Alimentation et Histoire à Verdun : Un Siècle Après le Conflit

La bataille de Verdun, l'une des plus longues et des plus coûteuses de la Première Guerre mondiale, a non seulement marqué l'histoire militaire, mais a également profondément influencé le paysage et les pratiques alimentaires de la région. Cet article explore l'alimentation à Verdun, l'impact de la guerre sur les terres agricoles et la forêt, ainsi que les stratégies alimentaires mises en place pendant cette période tumultueuse.

Paysage dévasté de Verdun après la bataille.

Verdun : Un Lieu Stratégique

Verdun se trouve au cœur du relief de côtes de la Lorraine sédimentaire, à l’est des côtes de l’Argonne et des Bars, dans la vallée de la Meuse. Le revers de la côte à l’est de la Meuse constitue sur sa rive droite une tête de pont d’importance stratégique majeure par la protection qu’elle offre à la ville.

Les ondulations anticlinales et synclinales qui affectent les deux rives de la Meuse se manifestent par des crêtes bordées de ravins qui furent autant d’obstacles à la progression allemande. Ces ondulations se manifestent également par des perturbations des fronts de côte sous forme de rentrants et de saillants. S’il était difficile de progresser depuis le nord en direction de Verdun à cause de ces ondulations qui constituaient autant de points de résistance et de dissimulation de l’artillerie à contre-pente, il était également difficile de progresser vers le sud par la vallée de la Meuse. En effet, celle-ci n’est pas la voie de communication que l’on pourrait penser.

Dans le cadre du système Séré de Rivières, la place forte de Verdun était l’extrémité nord du rideau défensif des Hauts de Meuse aménagé entre Verdun et Toul. Au sud, entre les deux places fortes de Toul et Verdun, le rideau des Hauts de Meuse comprenait les ouvrages suivants : au nord de la trouée de Spada, le fort de Génicourt et le fort de Troyon, au sud, les forts des Paroches, du Camp-des-Romains et de Liouville, la batterie de Saint-Agnant et les forts de Gironville et de Jouy-sous-les-Côtes.

Dès octobre 1915, des travaux considérables avaient été entrepris en vue de procéder au renforcement du front et à la création de positions successives en arrière.

L'Alimentation des Soldats dans les Tranchées

La Première Guerre mondiale (1914-1918) a été une guerre de tranchées, où les soldats devaient faire face à des conditions de vie terribles. Pour remonter le moral des troupes, l’alimentation a joué un rôle crucial. Les Poilus mangeaient principalement des rations distribuées par l’armée. Devant fournir quotidiennement 3 300 à 3 600 calories, elles étaient généralement constituées d’un ragoût à base de viande accompagné de riz, de pommes de terre ou de pâtes.

Les soldats avaient également droit à de grandes quantités de pain, ou encore des matières grasses sous forme de lard. Selon les origines des soldats, les rations pouvaient varier : un soldat français avait droit à du café là où un soldat britannique avait du thé. Les troupes coloniales avaient des repas sans porc pour les musulmans, par exemple.

Les soldats français avaient aussi droit à du vin, considéré comme indispensable. Dès le début de la guerre, l’armée distribuait quotidiennement un quart de litre de vin à chaque soldat. Grâce à cela, les soldats pouvaient se réchauffer, mais aussi trouver du réconfort.

Un an après le début de la guerre, le système de distribution de rations a évolué, avec l’apparition de cuisines roulantes proposant des repas chauds. Cependant, les soldats devaient parcourir le front jusqu’à l’arrière des lignes et revenir dans les tranchées. Un périple dangereux où de nombreux soldats ont perdu la vie.

Autre moyen de trouver de la nourriture : les colis envoyés par les familles. Souvent préparés par les femmes, ces paquets gourmands offraient du réconfort aux soldats dans les tranchées, loin de leur famille. De la charcuterie de pays, des saucissons, des biscuits faits maison… De quoi faire découvrir à ses camarades les denrées de sa région. Cela a contribué à une diffusion des cuisines régionales à travers le pays une fois la guerre terminée.

Comment fonctionne une tranchée de la Première Guerre mondiale ?

Impact sur le Paysage et l'Agriculture

La première position s’étendait d’Avocourt à Ornes. Elle illustrait la militarisation de la forêt, devenue de 1873 à 1914 « acteur de la défense du territoire » et s’appuyait sur une rangée de bois : bois d’Avocourt, de Forges, d’Haumont, des Caures, de Ville et Herbebois. Les bois profitaient aussi aux Allemands qui préparaient leur attaque dans les forêts plus au nord, notamment Consenvoye, et Spincourt. Bien que considérée comme suffisante elle manquait d’abris de bombardement et de défenses accessoires.

La quatrième position était la seule à porter des fortifications permanentes. La ligne Bois Bourrus, Marre, Vacherauville, prolongée par la ligne Froideterre, Douaumont, Vaux, Moulainville formait une position extrêmement puissante. Toutefois, suite à la « crise de l’obus-torpille », en 1914, on ne croyait plus à l’efficacité des fortifications. Au lieu d’incorporer ces forts dans les lignes pour leur servir de points d’appui, on décida de les démanteler et de les faire sauter pour ne pas les laisser tomber entre les mains de l’ennemi.

Les Allemands, déjà tenus en échec sur la côte de Moselle à Nancy, se gardèrent d’attaquer depuis la Woëvre, dont le sol argileux était impropre aux manœuvres et où le petit nombre de voies praticables forçait à une concentration des troupes qui les rendait vulnérables à l’artillerie placée sur les Hauts de Meuse. Ils décidèrent de ne pas attaquer le front de côte mais de le prendre de flanc en attaquant sur la rive droite par le nord, avec une concentration d’artillerie sans précédent, dont notamment les fameux obusiers de 420 surnommés « Grosse Bertha ».

À la fin juin, le Kronprinz fut près de s’emparer de la quatrième position sur l’arête Froideterre, Douaumont, Vaux, Moulainville, mais il échoua. Dès le 4 juin, l’armée russe avait été engagée dans l’offensive Broussilov, et en juillet 1916 les Britanniques lancèrent l’offensive de la Somme et la tempête à Verdun s’apaisa. L’état-major allemand fut contraint d’alléger la pression sur Verdun et dut donner de nouvelles orientations à sa stratégie. L’effort de l’Allemagne contre le formidable obstacle des Hauts de Meuse avait échoué. Cependant, la récupération du terrain s’avéra difficile en raison du labyrinthe de trous d’obus remplis de boue et d’eau, et une grande partie du territoire gagné par les Allemands resta entre leurs mains.

Les différents faciès du Jurassique, et particulièrement de l’Oxfordien, avec ses formations récifales et péri-récifales hétérogènes, parfois massives et impossibles à creuser avec les outils de base du soldat ou fracturées et exigeant de gros travaux d’étayage n’étaient pas favorables à la construction d’ouvrages de terrain et au creusement de tranchées. Par endroits, et notamment sur la rive gauche (Cote 304 et Mort-Homme), le front était devenu à peu près partout un réseau de trous d’obus reliés par des boyaux sommairement creusés.

Avant même la Grande Guerre, la forêt était une composante de l’espace frontalier. Toutefois, la qualité de la forêt actuelle de Verdun ne doit pas faire oublier qu’en 1914, le territoire du champ de bataille de Verdun était faiblement forestier, le taux de boisement ne dépassant pas les 12 %.

Près de 90 ans après la bataille, la structure de la forêt domaniale de Verdun garde encore nettement la trace de son passé. Les trois grands sous-ensembles - peuplements résineux, peuplements feuillus adultes et végétation pré-forestière, jeunes peuplements - imbriqués les uns dans les autres en mosaïque, sont des témoins de l’histoire de ce territoire.

Des parcelles de forêt ancienne contiennent un certain nombre d’arbres-témoins. De nombreux hêtres et quelques chênes des anciens bois d’avant-guerre sont ainsi remarquables par le simple fait qu’ils ont survécu à la bataille. On les reconnaît, sans toujours avoir de certitude, à leur diamètre important pour la forêt et leur port au houppier imposant.

En 1928, l’État a exproprié la plus grande partie de la zone rouge meusienne pour y créer de nouvelles forêts domaniales, dont celles du Mort-Homme et de Verdun. Les essences choisies au lendemain de la guerre pour le reboisement impliquent que la forêt domaniale soit constituée d’une mosaïque de peuplements et de types de végétation.

Toutefois, ces plantations, si elles ont permis la reconstitution rapide des sols, se sont révélées peu adaptées au milieu. Les peuplements résineux ont été peu à peu remplacés à partir de 1973, par des feuillus, hêtre notamment, qui correspondent mieux aux conditions écologiques de la région. La structure actuelle du paysage de la forêt domaniale de Verdun est encore très nettement marquée par son histoire et différencie nettement ce territoire au sein des côtes de Meuse.

Si l’évolution du paysage forestier est bien documentée, celle du paysage agraire a donné lieu à moins de publications. Dans ce domaine, l’impact de la guerre n’est pas indiqué par des traces, mais plutôt par ce qui ne se voit pas, à savoir les terres agricoles disparues. Les huit villages rasés : Beaumont, Bezonvaux, Douaumont, Fleury, Haumont, Louvemont, Ornes et Vaux.

A la fin du XIXe siècle, le paysage agraire de la Meuse était celui d’un openfield, avec les traits caractéristiques d’un découpage de parcelles en lanières d’une superficie voisine de l’unité traditionnelle du jour, et de l’habitat groupé (villages-rues).

En 1882, la Meuse était un département de petites exploitations, avec 56 000 exploitations dans leur grande majorité de taille inférieure à 10 ha. Les données de 1890 sur l’occupation des terres agricoles montrent une structure d’assolement triennal typique d’un openfield, avec des superficies à peu près équivalentes de blé (100 000 ha), de céréales secondaires (107 000 ha, majoritairement avoine), et de jachères et prairies artificielles de légumineuses (respectivement 57 000 et 30 000 ha).

On observe après la Grande Guerre une baisse drastique de la superficie en terres labourables. Les personnels communaux chargés d’établir la statistique agricole se trouvent alors face à des espaces dévastés qui n’entrent dans aucune nomenclature connue et qu’ils rattachent au poste friches, s’ils ne peuvent les affecter aux prairies ou à la forêt.

En 1922, R. Musset écrivait : « En Lorraine les bois et les cultures se mêlaient (…). Nulle part les dévastations n’ont été si complètes et si irréparables que dans la région des Côtes de Meuse et plus encore dans celle au Nord de Verdun.

Si la superficie des terres labourables a fortement diminué après la guerre, l’enquête de 1929 ne montre pas de changement radical dans la nature des cultures. Elles sont toujours dominées par le blé et par l’avoine, nécessaires à l’alimentation des chevaux.

Les changements qui ont affecté l’agriculture après la Deuxième Guerre mondiale font qu’on ne retrouve plus trace du paysage d’openfield qui était encore visible dans les années 50, là où il n’avait pas été détruit par la Grande Guerre. En 2010, on ne comptait plus que 3 000 exploitations. Les cultures étaient dominées par le blé tendre (71 800 ha), et les orges d’hiver et printemps (66 000 ha).

En définitive, le grand changement paysager réside dans la perte définitive de 15 % des surfaces agricoles de la Meuse, majoritairement dans l’arrondissement de Verdun, tombées en friche, classées en Zone Rouge et définitivement impropres à l’agriculture.

Les destructions qui ont affecté les terres cultivables ont aussi affecté les villages. Ceux-ci formaient un habitat groupé typique des terroirs d’openfield, sous la forme bien connue du village-rue lorrain.

Tableau Récapitulatif des Cultures en Meuse

Le tableau ci-dessous illustre l'évolution des cultures en Meuse avant et après la Première Guerre mondiale :

AnnéeBlé (ha)Céréales Secondaires (ha)Jachères (ha)Prairies Artificielles (ha)
1890100 000107 00057 00030 000

tags: #alimentation #de #verdun #histoire

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