L'alimentation en eau du Canal du Midi : Une prouesse historique

Joindre la mer Méditerranée et l’océan Atlantique a, depuis la nuit des temps, donné lieu à de multiples projets. La création d’une voie navigable reliant la Garonne à la Méditerranée permettrait ainsi de développer les échanges et de raccourcir les délais de transports en évitant le périlleux passage par le Détroit de Gibraltar. C’est à Pierre-Paul Riquet, bourgeois autodidacte de Béziers, que l’on doit la construction du Canal du Midi.

Cette voie d’eau, voulue et réalisée par un entrepreneur de génie, Pierre-Paul Riquet, est creusée entre 1666 et 1681. C’est le second canal français de l’histoire après le Canal de Briare, créé sous Henri IV mais presque six fois plus long. Le canal royal de Languedoc, devenu le Canal du Midi à la Révolution, sera réalisé en seulement 15 ans !

Aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, le Canal du Midi est désormais une attraction touristique majeure en Région Occitanie. Le Canal du Midi comporte des ouvrages remarquables qui lui confèrent un intérêt patrimonial exceptionnel. Il est prolongé jusqu’à l’Atlantique par le canal latéral à la Garonne sur 193 kilomètres.

Cette idée n’est pas neuve. Déjà Charlemagne s’y était intéressé, tout comme François 1er et Henri IV. Grâce à son génie, Riquet va reprendre le projet d’Arribat et le rendre possible en résolvant le problème de l’alimentation en eau du canal. Pour cela, il s’inspire de l’étude de Thomas de Scorbiac, protestant de Castres, qui, le premier, avait eu l’idée de prélever dans les nombreuses rivières de la Montagne Noire, l’eau nécessaire à un canal qui aurait relié, plus au nord, l’Atlantique à la Méditerranée.

Alimenter en eau un canal à seuil de partage aussi long que celui du Canal du Midi demande une certaine technique et de solides connaissances hydrauliques. Le système d’alimentation du Canal est au cœur de sa construction.

Comme le futur canal est à bief de partage, c'est-à-dire qu'il doit relier les bassins hydrographiques de l'Océan Atlantique et de la Mer Méditerranée, il faut passer le seuil de séparation que Riquet situe à Naurouze, à 189 mètres d'altitude.

Colbert, séduit par le projet de canal de Riquet, qui pourrait assurer la puissance économique de la France en particulier à l’égard de l’Espagne, fait nommer par le roi Louis XIV et les Etats du Languedoc, une commission d’experts chargée d’étudier la faisabilité du projet.

Les défis de l'alimentation en eau

Pour alimenter le Canal du Midi, canal à seuil de partage, il est nécessaire de mobiliser des ressources en eau positionnées à une altitude supérieure au point culminant de la voie navigable, situé à 189 mètres d’altitude. Tous les projets antérieurs de canal se heurtent à cet épineux problème, sans toutefois y répondre.

Dans les années 1650, Pierre-Paul Riquet voit le rôle majeur que peuvent jouer les petites rivières de la Montagne Noire, massif situé en contrefort du Massif Central. Il envisage de se servir des eaux du Sor, sur le versant atlantique, et compte également capter l'eau des rivières du versant méditerranéen de la Montagne Noire et les conduire par une rigole artificielle dans la vallée du Sor, sur le versant océanique afin de combler les besoins en eau du canal.

Il fait creuser 17 km de rigoles dans la montagne pour suralimenter le Sor à partir des rivières du versant méditerranéen : Alzeau, Coudrières, Lampy, Rieutord. This wealthy tax collector from the Languedoc was neither architect nor engineer, which made the technical prowess even more astonishing.

Avec l’aide du fontainier de Revel, Pierre Campmas, Riquet met alors au point un dispositif de captage des eaux du versant méditerranéen. Les ressources des rivières Alzeau, Bernassonne, Lampy et Rieutort sont captées et conduites sur le versant océanique.

Il construit des bassins d’essai dans son château de Bonrepos-Riquet pour éprouver ce système.

Riquet démontre la viabilité de son projet en construisant à ses frais une rigole d’essai. En octobre 1665, les eaux prélevées sur l’Alzeau, rivière du versant méditerranéen de la Montagne Noire, s’écoulent à Naurouze, point culminant du canal. Le pari de Riquet est gagné.

En octobre 1666, la signature par le roi de l’édit de Saint-Germain, autorise la création du canal et les travaux sont confiés à Riquet.

L’entreprise est bâtie sur un mode de financement innovant, alliant les fonds propres de Riquet et des subsides publics.

Colbert est conquis. En octobre 1666, un Édit royal ordonne le creusement du canal.

Le système d'alimentation pensé par Riquet est basé sur la création de deux sections de rigole de 62 km de long :

  • La rigole de la Montagne : à une altitude supérieure à 500 mètres, elle permet de détourner les eaux du versant méditerranéen de la Montagne Noire, depuis l’Alzeau jusqu’au Conquet.
  • La rigole de la Plaine : après avoir franchi la ligne de partage des eaux entre les versants méditerranéen et atlantique, les eaux sont jetées dans la vallée du Sor. Elles seront captées à nouveau sur le Sor en amont de Revel et conduites au seuil de partage des eaux, à Naurouze.

Afin de pallier la baisse des eaux en été, Riquet envisage la construction d’une dizaine de petits réservoirs. Riquet les nomme magasins d’eau ou aussi bassins de provision. Finalement, ces petits bassins de provision sont remplacés par un seul et grand réservoir placé sur la rivière Laudot, affluent du Sor, sur le site de Saint-Ferréol.

A Naurouze, un bassin octogonal permettant aux sédiments contenus dans l’eau de se déposer avant d’être introduites dans le canal, avait été aménagé par Riquet. Par un projet très ambitieux, il espérait bâtir une ville sur cet emplacement, avec la construction d’un port de commerce et des bureaux de marchands. Ce projet ne vit jamais le jour.

L'épopée du Canal du Midi

La Rigole de Montagne

La rigole de la Montagne, située entre 650 et 550 mètres d’altitude, collecte les eaux sur le versant méditerranéen de la Montagne Noire. Née des ruisseaux du versant sud de la montagne, la rigole de la Montagne bascule dans un cours d'eau du versant nord « le Sor » au hameau du Conquet au lieu-dit « le saut du Sor ».

Le Sor, une fois gonflé des eaux de la rigole est dévié dans la rigole de la plaine au niveau de la ville de Sorèze pour alimenter la ville de Revel et le seuil de Naurouze.

Ce système fut amélioré et renforcé à différentes époques, notamment en 1687, par Vauban qui entre autres, prolongea la rigole de la Montagne de 7 km pour créer une liaison avec le Laudot; cela nécessita la création d’un tunnel de 122 m aux Cammazes, la « voute Vauban ».

En 1689, Vauban prend la suite de Riquet et améliore le canal et son système d’alimentation. Il relie la rigole de la Montagne au ruisseau du Laudot par un cheminement souterrain appelé « la voûte Vauban » sur l'actuelle commune des Cammazes.

Le canal a été modifié au cours du temps et en partie dès son achèvement par Vauban qui apporta certaines modernisations comme par exemple la construction du pont canal de Cesse, ou le tunnel des Cammazes. Un siècle plus tard, il lui fut même greffé une dérivation qui prendra le nom d’embranchement de la Nouvelle.

Le canal a progressivement été aménagé au cours du temps, notamment par Vauban qui apporta plusieurs modernisations comme la construction du pont-canal de Cesse ou la tranchée des Cammazes. Un siècle plus tard, en 1787, c’est un nouvel embranchement qui est ouvert, passant par Narbonne.

La rigole de la plaine est terminée : elle est navigable et équipée d’écluses.

Carte du Canal du Midi

Le lac de Saint-Ferréol

Le réservoir de Saint-Ferréol, situé à 350 mètres d’altitude permet de conserver près de 5 000 000 m3 d’eau aujourd'hui. Ce lac-réservoir sert à l’alimentation du canal du Midi de Toulouse à Villedubert, près de Carcassonne, et complète l'alimentation de tout le canal dans les périodes sèches. Il fait aussi le bonheur des touristes et habitants des alentours qui profitent de cet espace de baignade et de loisirs.

Le Saint Ferréol dam provides a water reserve on the Laudot in order to regulate water output in all seasons.

Alimenté par le ruisseau du Laudot, les eaux du lac-réservoir de Saint-Ferréol rejoignent, en fonction des besoins d'alimentation, la rigole de la plaine au niveau du lieu-dit « les Thoumazés ».

La rigole de la plaine

La rigole de la plaine (de 245 à 189 mètres d’altitude) permet d’acheminer l’eau du réservoir jusqu’au seuil de Naurouze. Elle commence à Pont-Crouzet et draine les eaux du Sor, puis du Laudot pour les amener jusqu’à Naurouze, point culminant du canal du Midi. La longueur totale de la rigole de la Plaine est de 38,120 km, pour une largeur moyenne de 2m.

Le seuil de Naurouze est le point de partage qui permet de déverser l'eau en se servant de la gravité à l'ouest vers Toulouse et à l'est vers la Méditerranée.

Le réseau de la Montagne Noire alimente en eau une distance de 109 km entre Toulouse (Ponts-Jumeaux) et l'aval de Carcassonne (écluse de Villedubert), soit 52 km pour chacun des versants et 5 km du bief de partage. La capacité totale des biefs est de 3,65 Mm3.

Plus de 350 ans après sa conception, le système d’alimentation en eau conçu par Riquet est intégré à un plus vaste réseau, géré par Voies navigables de France, où circule l’eau pour de multiples usages (navigation, irrigation, eau potable...) !

D’autres sources d’alimentation pour renforcer le système pensé par Riquet, les rigoles de la Montagne Noire ne constituent pas la seule source d’alimentation du canal d’autant plus que les usages de l’eau ont augmenté avec le temps et notamment le développement de l’irrigation.

De Carcassonne à Béziers, quatre prises d’eau complémentaires en rivière permettent d’alimenter le canal de Carcassonne jusqu’à Béziers (99 km) ainsi que le canal de jonction (5 km) :

  • la prise d’eau de Lachaux sur le Fresquel à Villemoustoussou , aujourd’hui abandonnée.
  • la prise d’eau de Villedubert sur l’Aude, à Villedubert
  • la prise d’eau de l’Orbiel sur la rivière Orbiel à Trèbes, également abandonnée
  • la prise d’eau de Cesse, sur la rivière Cesse à Mirepeisset.

La capacité des biefs est de 3,3 Mm3, pour cette partie du canal du Midi et 0,165 Mm3 pour le canal de jonction.

Pour la partie terminale du canal du Midi et le canal de la Robine, trois autres prises d’eau viennent compléter le système d’alimentation :

  • la prise d’eau du barrage du Pont-Rouge à Béziers, sur l'Orb Située en rive gauche de l’Orb, elle assure le complément d’alimentation du canal à partir de Béziers. Elle est aujourd’hui pratiquement abandonnée, hormis cas exceptionnel.
  • la prise d’eau d’Agde sur l'Hérault Située en rive gauche du fleuve Hérault, elle donne de l’eau pour la partie de Agde à l’Etang de Thau et permet d’alimenter le bief du Bassin Rond, de l’aval de Portiragnes jusqu’au débouché dans l’Hérault, pour compléter les apports de l’amont.
  • la prise d’eau de Moussoulens, sur l’Aude Située en rive droite de l’Aude, elle alimente le canal de La Robine.

L’incroyable chantier va aller bon train, puisque le canal royal de Languedoc, devenu le Canal du Midi à la Révolution, sera réalisé en seulement 15 ans ! Hélas, Pierre-Paul Riquet décède six mois avant la fin des travaux.

Pierre Paul RIQUET meurt en 1680 : il ne verra pas son œuvre entrer en fonction.

Pendant les 15 ans du chantier, ce simple fermier des gabelles du Haut Languedoc fera preuve de persévérance, de génie et d’habileté avec le roi Louis XIV et son surintendant Colbert.

Le canal du Midi n’est pas un cours d’eau comme les autres. Cette prouesse humaine a révolutionné le transport fluvial dans le Languedoc.

L’importance du Canal du Midi est maintenant reconnue au niveau international.

En 1990, le trafic commercial sur le canal est devenu anecdotique.

C’est l’Etat qui est propriétaire du Canal du Midi et de ses berges.

Chronologie des événements clés
Année Événement
1666 Début des travaux en Montagne Noire avec la construction des rigoles de la montagne et de la plaine.
1680 Mort de Pierre Paul Riquet avant la fin des travaux.
1681 Le système d’alimentation est opérationnel et les premiers essais de navigation sont effectués entre Naurouze et Toulouse. Inauguration et ouverture à la navigation entre Toulouse et Castelnaudary.
1782 Construction du barrage du Lampy neuf pour accroître la réserve d'eau.
1856 Ouverture du Canal Latéral à la Garonne, reliant Toulouse à l'Atlantique.
1996 Le Canal du Midi est classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

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