L'Alimentation des Bovins Laitiers: Besoins et Stratégies

L’alimentation des vaches laitières françaises traduit la diversité et les contrastes de la France agricole. Dans les exploitations laitières, les vaches sont souvent nourries avec une ration unique composée d’un mélange de fourrages et de concentrés. Cependant, la variabilité individuelle des besoins énergétiques et des performances donne son intérêt à des pratiques personnalisées, intégrant la distribution de l’aliment.

Chaque jour, l’animal doit consommer la quantité d’aliments nécessaire pour couvrir ses besoins: cette quantité est appelée la ration. Les bovins se nourrissent essentiellement de végétaux. A chaque étape de la filière, les professionnels s'engagent pour garantir aux consommateurs une viande bovine de bonne qualité. A ce titre, les éleveurs respectent des normes exigeantes notamment pour la nourriture qu’ils distribuent à leurs animaux.

En France, les viandes bovines proviennent d’animaux nourris exclusivement de végétaux et de compléments minéraux. L’apport de compléments alimentaires aux fourrages est encadré par une règlementation rigoureuse, tant à l’échelon national qu’européen. La réglementation impose un étiquetage précis de tous les produits achetés par l’éleveur et destinés à l’alimentation des animaux.

Pour éviter tout risque de contamination des bovins par l’agent de l’encéphalopathie spongiforme bovine (ESB), l’utilisation de farines animales est interdite dans leur alimentation. De plus, l’ajout d’additifs à action anabolisante ou antibiotique dans les aliments distribués aux bovins est interdit.

En cette année 2025, éleveurs de vaches laitières et allaitantes, vous faites face à des prix d'aliments très élevés et vous cherchez à diminuer votre coût alimentaire pour augmenter votre marge. Les minéraux et oligo-éléments sont indispensables tant sur le plan sanitaire, que pour la croissance et la production de vos bovins.

Comment optimiser la ration de ses vaches ?

Les Besoins Nutritionnels des Vaches Laitières

Les vaches ayant besoin d’une nourriture équilibrée en énergie, protéines, vitamines et minéraux, leur alimentation est également complétée par 4 à 5 kg par tête d’aliments dits « concentrés ».

Pendant leur lactation, les vaches laitières ont besoin d’être traites tous les jours. Il est donc nécessaire de les faire pâturer sur des prairies situées à proximité de la ferme. De plus, l’herbe ne pousse pas toute l’année. C’est une plante qui n’aime pas les températures extrêmes (périodes hivernales ou estivales). Selon les régions, les saisons de pâturage sont donc plus ou moins longues.

Ainsi, l’alimentation fourragère de la vache varie en fonction des saisons et des régions: herbe fraîche des pâturages à la belle saison, foin et ensilage d’herbe, de maïs ou d’autres plantes fourragères.

Voici les trois périodes de l'alimentation des vaches laitières :

  • La période d’élevage qui se termine avec le premier vêlage et pendant lequel l’alimentation de la génisse est du même type que celle des génisse de race à viande
  • La période de production laitière pendant laquelle l’alimentation est plus abondante et plus concentrée en énergie avec les 3/4 de la ration constituée de fourrages (herbe et maïs principalement) et le quart restant de céréales et végétaux riches en protéines
  • La période de finition qui a pour objectif de préparer la vache « réformée » avant l’abattage avec une nourriture plus énergétique constituée pour presque un tiers de céréales et végétaux riches en protéines.

Pour les vaches allaitantes, les périodes se ressemblent si ce n’est que la période de production consiste pour la vache à porter et allaiter son veau. Ayant un besoin énergétique moindre, son alimentation est davantage basée sur les fourrages que celle des vaches laitières. Sur cette période, les vaches passent 60 à 80 % de l’année au pâturage, le plus souvent avec de l’herbe seule.

La ration alimentaire des bovins, et plus généralement des ruminants, est essentiellement constituée de fourrage. Il existe en plusieurs types, qui se distinguent par leur mode de conservation :

  • Les fourrages verts directement pâturés par les animaux pendant la belle saison : herbe, luzerne, colza, …
  • Les fourrages récoltés et conservés pour une consommation pendant l’hiver, parmi lesquels :
    • Les fourrages secs comme le foin (herbe fauchée puis séchée sur le pré avant sa récolte), ou encore la paille
    • Les fourrages ensilés, stockés après broyage dans un silo et conservés par acidification en l’absence d’oxygène : ensilage de maïs, d’herbe, ou occasionnellement de sorgho ou de pulpe de betterave
    • Les fourrages plus ou moins séchés, conservés à l’abri de l’air dans un film plastique, que les éleveurs appellent l’enrubannage d’herbe ou de légumineuses. C’est un produit intermédiaire entre un foin et un ensilage.

L’herbe tient une place prépondérante dans l'alimentation des bovins (60 % en moyenne). Les fourrages ne couvrent pas toujours tous les besoins des bovins.

L’éleveur, qui connait ses animaux et sait évaluer leurs besoins, va régulièrement adapter la ration qu’il leur distribue. En particulier, il va la compléter avec des aliments concentrés, d’origine végétale et minérale. Une grande partie des compléments de nature végétale est produite sur l’exploitation, notamment les céréales.

Les stratégies d'alimentation des vaches laitières sont le plus souvent basées sur le fourrage disponible sur l'exploitation complété par des concentrés produits ou non sur l'exploitation aussi, pour couvrir les besoins des animaux. Il faut alors trouver un compromis entre les besoins individuels très différents au sein du troupeau et une simplification de l'alimentation tout en optimisant l'utilisation d'aliments concentrés. Pour cela, différentes stratégies existent.

Compléments Alimentaires

  • Un complément protéique est apporté par les tourteaux, obtenus à partir des graines de plantes oléagineuses comme le soja, le lin, le tournesol ou encore le colza, après extraction de l’huile.
  • Un complément énergétique est apporté par des céréales riches en glucides telles que le blé, l’orge et le maïs ou d’autres végétaux tels que les betteraves sous forme de pulpe.
  • Des compléments minéraux (calcium, phosphore) et vitaminiques peuvent être apportés.
  • Enfin, l’éleveur met а disposition des animaux, au pré ou а l’étable, de l’eau potable et propre.

Alimentation de Précision pour les Vaches Laitières

L’alimentation de précision (ou alimentation sur mesure) consiste à ajuster les apports alimentaires à chaque individu (ex. en ajustant la proportion de concentrés dans la ration). Les fréquences d’ajustement de ces apports, ainsi que les critères de déclenchement de ces ajustements varient d’une étude à une autre (ex. production laitière, balance énergétique) et s’intéressent rarement à un ajustement individuel fréquent (ex. hebdomadaire).

Une étude a été menée avec les objectifs principaux suivants :

  1. Évaluer l’efficacité d’une alimentation individualisée sur les performances de production (production laitière, poids des animaux et consommation alimentaire).
  2. Déterminer si l’état métabolique des vaches peut être prédit au début de la lactation et ainsi être intégré dans les règles d’ajustement de la ration, afin d’optimiser les stratégies alimentaires futures.
  3. Déterminer si les données de production, collectées automatiquement, peuvent permettre de prédire le statut métabolique de la vache (initialement déterminé via les métabolites sanguins)

L’étude a été conduite sur 40 vaches laitières multipares de race Holstein. Les animaux ont été regroupés par paires selon leur date de vêlage, leur parité (2e ou 3e lactation) et leur gain de poids durant la première semaine post-vêlage. Deux stratégies alimentaires ont été appliquées :

  • Régime global (Global) : ration standard à volonté (mélange de fourrages et concentrés) + 3 kg de concentrés supplémentaires
  • Régime de précision (Précis) : ration standard à volonté + quantité de concentrés ajustée hebdomadairement de 0 à 6 kg en fonction de la variation de poids (par exemple, une perte de poids ≥15 kg impliquait 6 kg de concentrés supplémentaires).

Différents paramètres ont été mesurés, notamment :

  • Les performances de production : poids corporel, production laitière, composition du lait (matières grasses, protéines), consommation alimentaire (fourrages et concentrés).
  • Le profil métabolique : prélèvements sanguins hebdomadaires pour doser le glucose, les acides gras non estérifiés et le β-hydroxybutyrate (+ 3 prélèvements sanguins lors de la première semaine de lactation). Une classification basée sur ces variables permet la répartition les vaches en deux groupes : les vaches avec un état métabolique « Equilibré » (26 vaches) ou « Déséquilibré » (14 vaches).

Résultats de l'étude

Statistiquement, les vaches des groupes Global et Précis ont présenté des performances similaires en termes de production laitière totale sur les 16 semaines expérimentales, mais la stratégie Précis a permis une réduction moyenne de 1,5 kg/j de la consommation de concentrés dans les dernières semaines, sans impact significatif sur la production.

De plus, numériquement, les vaches en régime Précis ont produit plus de lait (+ 12 kg sur 16 semaines, mais statistiquement non significatif) et consommé moins que les vaches en régime Global (ingestion de fourrages : - 34 kg, ingestion de concentrés : - 15 kg).

Les vaches au profil Equilibré avaient une ingestion, une production laitière et une perte de poids plus élevées que les vaches du profil Déséquilibré. Le classement des vaches dans un des deux profils a été possible dès la première semaine de lactation, avec une précision de 90 % en utilisant les dosages de 3 métabolites sanguins. Les variables enregistrées automatiquement comme le gain de poids et l’ingestion totale ont permis de prédire l’appartenance à l’un des 2 groupes avec une précision de 70 %.

Sur les 4 mois de l’étude, la stratégie d’alimentation n’a pas diminué significativement les performances des vaches mais elle a permis une réduction des coûts alimentaires (moins de concentré).

La stratégie d’alimentation de précision offre l’opportunité de prendre en compte la variabilité individuelle des besoins nutritionnels et des profils métaboliques des vaches. *Le statut métabolique désigne l’ensemble des processus biochimiques et physiologiques qui reflètent l’équilibre énergétique, nutritionnel et hormonal d’une vache à un moment donné. Il est influencé par plusieurs facteurs, notamment l’état de lactation, l’alimentation, la mobilisation des réserves corporelles et les réponses aux variations de l’environnement ou aux contraintes physiologiques (gestation, stress thermique, etc.).

Conclusion

L'alimentation des bovins laitiers est un domaine complexe qui nécessite une attention constante aux besoins individuels des animaux et aux contraintes environnementales. L'alimentation de précision offre une voie prometteuse pour optimiser la production laitière tout en réduisant les coûts alimentaires et en améliorant le bien-être animal.

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