L'alimentation au Québec : Statistiques et défis, focus sur les communautés autochtones

Les systèmes alimentaires autochtones se caractérisent par un ensemble de pratiques alimentaires traditionnelles ancrées dans une relation sacrée avec la terre, l’eau, les plantes et tous les êtres vivants. Ils favorisent le partage des connaissances et la transmission interrelationnelle entre les générations. Les systèmes alimentaires autochtones sont considérés par les communautés comme un don sacré de la nature et/ou du Créateur.

Le terme « autochtone » au Québec renvoie spécifiquement aux Inuits et aux dix Premières Nations suivantes : Abénaquise, Algonquine, Atikamekw, Crie, Huronne-Wendat, Innue, Malécite, Mi’gmaq, Kanien’kehá:ka et Naskapie. Ensemble, elles représentent un peu plus de 1 % de la population du Québec. Au Québec, comme dans le reste du Canada, les systèmes alimentaires autochtones ont subi d’importantes transformations, principalement à partir du XIXe siècle.

Cet article vise à brosser un portrait des données existantes dans la littérature sur les systèmes alimentaires autochtones. Cette section met en lumière les résultats tirés de la revue de la littérature, mettant l’accent sur les concepts fondamentaux nécessaires à la compréhension des systèmes alimentaires autochtones. Elle examine également les défis alimentaires rencontrés au sein des communautés autochtones du Québec et présente les initiatives et politiques visant à renforcer la souveraineté alimentaire des communautés autochtones.

Canada : un chemin de réconciliation avec les peuples autochtones

Les systèmes alimentaires autochtones : un aperçu

Les savoirs autochtones constituent le socle des systèmes alimentaires des peuples autochtones. Les Nations Unies décrivent les savoirs traditionnels des peuples autochtones comme « des connaissances, compétences et philosophies élaborées par les communautés autochtones grâce à une interaction continue avec leur environnement naturel.

Les savoirs autochtones reposent sur l’observation, le savoir-faire, les technologies locales appropriées, les techniques, les récits de création et les pratiques cérémonielles. De plus, les savoirs autochtones sont principalement transmis oralement, à travers les récits, les chants, l’art, la danse et les objets, ainsi que lors de cérémonies. Les savoirs autochtones sont également dynamiques et holistiques, englobant la gouvernance, les systèmes de dénomination et les visions du monde.

Quoique souvent marginalisés dans les institutions et les processus décisionnels du système alimentaire mondial, les savoirs autochtones s’avèrent essentiels pour assurer une transformation durable et inclusive des systèmes alimentaires et méritent d’être reconnus au même titre que les savoirs scientifiques occidentaux. À titre d’exemple, en Colombie-Britannique, les connaissances autochtones sont intégrées au processus d’évaluation environnementale effectué par le Bureau d’évaluation environnementale (notre traduction), une agence gouvernementale chargée d’évaluer l’impact environnemental des projets proposés dans la province.

La notion de la souveraineté alimentaire autochtone a émergé au début des années 2000, notamment grâce au travail du BC Food Systems Network, un groupe de réflexion sur la souveraineté alimentaire autochtone en Colombie-Britannique. Selon Dawn Morrison, la perspective d’une souveraineté alimentaire autochtone réfère aux « stratégies actuelles qui permettent et soutiennent la capacité des communautés autochtones à maintenir leurs pratiques traditionnelles de chasse, de cueillette, d’agriculture et de distribution, comme elles avaient fait pendant des milliers d’années avant le contact avec les premiers colons européens ».

La souveraineté alimentaire autochtone repose essentiellement sur le principe d’autodétermination des systèmes alimentaires. Ce principe désigne la liberté et la capacité des communautés autochtones à répondre à leurs besoins en matière d’aliments traditionnels sûrs, sains et adaptés à leur culture, ainsi qu’à prendre des décisions concernant la quantité et la qualité des aliments qu’elles chassent, pêchent, cueillent, cultivent et consomment.

Cette approche s’inscrit dans les luttes autochtones pour la décolonisation, la revitalisation culturelle et l’autodétermination en matière alimentaire. Elle permet aux communautés autochtones d’aspirer à mieux contrôler leurs systèmes alimentaires en améliorant l’accès aux aliments traditionnels et sains tout en réduisant leur dépendance à la restauration rapide et aux aliments transformés. L’approche de la souveraineté alimentaire autochtone permet aux communautés autochtones de se reconnecter à leurs connaissances et valeurs traditionnelles et de rétablir leurs systèmes alimentaires traditionnels basés sur la transmission intergénérationnelle des connaissances.

Elle permet de transformer le système alimentaire industrialisé en un modèle plus juste et écologique pour tous et pour toutes en promouvant des pratiques agricoles durables et en protégeant les terres et ressources naturelles. Elle permet une préservation des semences traditionnelles dans le but de planter ce dont les communautés ont besoin, en particulier pour celles qui choisissent l’agriculture.

La notion de « décolonisation des méthodes de recherche » a été développée par Linda Tuhiwai Smith. Dans son ouvrage Decolonizing Methodologies: Research and Indigenous Peoples, Smith critique les pratiques de recherche historiquement utilisées pour étudier les communautés autochtones. La décolonisation des méthodes de recherche s’inscrit dans une réflexion épistémologique, c’est-à-dire une interrogation sur la nature, l’origine, la portée et les limites de la connaissance.

Dans cette perspective, la décolonisation épistémologique des méthodes implique que « les épistémologies autochtones soient considérées sur un pied d’égalité avec l’épistémologie occidentale (et scientifique) et que les autochtones soient partie prenante dans tout le processus de la recherche, depuis l’élaboration des objectifs et de la problématique, la documentation, l’analyse et la diffusion des résultats ».

La perspective de décolonisation épistémologique des méthodes de recherche remet en question les méthodes de recherche occidentales qui tendent à privilégier les connaissances des chercheurs et chercheuses non autochtones. Son objectif est de redonner du pouvoir aux peuples autochtones en validant leurs connaissances, valeurs et croyances. Cette approche promeut une recherche éthique et culturellement appropriée et déconstruit les relations coloniales dans la production de connaissances.

Cette approche promeut une recherche participative par et pour les populations autochtones, ce qui représente un élément particulièrement pertinent pour les études sur les systèmes alimentaires autochtones.

Défis alimentaires rencontrés par les peuples autochtones au Québec

Les peuples autochtones au Québec font face à plusieurs enjeux alimentaires, identifiés dans la littérature, notamment sur les plans politique, socioéconomique, sanitaire et environnemental. Les systèmes alimentaires des peuples autochtones au Québec reposent traditionnellement sur la chasse, la pêche et la cueillette, et pour certains peuples, sur l’agriculture.

La littérature consultée révèle plusieurs causes ou facteurs expliquant ces changements. Tout d’abord, les politiques coloniales visant à déplacer les peuples autochtones de leurs terres d’origine et à les assimiler ont rompu les liens avec leurs territoires et leurs pratiques alimentaires, entraînant des perturbations sur le plan de leur identité, de leur culture, de leur santé et de leur bien-être. Cette dépossession territoriale s’est poursuivie jusqu’au XXe siècle.

Par exemple, la réserve de Timiskaming a été cédée à la paroisse voisine de Nédelec en 1939, après des années de campagne agressive de la part des colons blancs désireux d’accaparer ces terres fertiles. Puis, la législation sur l’utilisation des terres et le développement de l’industrie extractive et agricole ont restreint l’accès des communautés autochtones à leurs territoires traditionnels pour la chasse, la cueillette, la pêche et la culture d’aliments qui étaient essentielles à leur mode de vie.

Par exemple, au début du XXe siècle, les sentiers déboisés pour la coupe forestière ouvrent le territoire à la villégiature, les chalets et les clubs privés de chasse et de pêche se multiplient, s’établissant sur les terres des Innus sans consultation. De plus, les politiques coloniales de dépossession des terres et d’assimilation qui interdisaient la transmission de la culture, de la religion, de la langue traditionnelle et des savoirs ancestraux ont profondément marqué les peuples autochtones et créé un traumatisme historique qui a également affecté leur capacité à utiliser leurs systèmes alimentaires.

Enfin, les communautés autochtones peuvent entretenir des relations avec des organisations extérieures à leur communauté, telles que les paliers de gouvernement et les organismes subventionnaires, qui peuvent être défavorables à leur autodétermination et marquées par des déséquilibres de pouvoir. En effet, les communautés autochtones peuvent être exclues de la prise de décision, de la planification stratégique, des politiques et des programmes gouvernementaux liés à l’utilisation des terres et des ressources naturelles.

Cela peut entraîner une participation inégale de ces communautés autochtones dans les institutions politiques qui régissent leur destin. Toutefois, cette exclusion n’est pas homogène, car certaines communautés, notamment celles ayant signé des ententes territoriales spécifiques, disposent d’un pouvoir décisionnel plus important.

Les communautés autochtones au Québec sont par ailleurs confrontées à d’importants enjeux socioéconomiques affectant significativement leur accès à une alimentation saine et nutritive. Parmi ces enjeux figurent la pauvreté, les revenus insuffisants, le chômage et le sous-emploi. De même, le prix des aliments sains et nutritifs vendus dans les commerces de nombreuses communautés autochtones est très élevé étant donné leur éloignement.

Prix moyens de quelques aliments au Québec (novembre 2024)

Aliment Prix moyen
Pain (675g) 3,00 $
Lait (4L) 4,00 $
Oeufs (12) 3,50 $
Fromage (500g) 7,00 $
Pommes de terre (10 lbs) 6,00 $

Carte des provinces du Canada

À l’occasion de la rentrée scolaire, le site québécois Science Presse a réalisé une émission sur la restauration à l’école. On y apprend qu’1 enfant sur 5 au Québec ne mangerait pas à sa faim. L’émission rappelle également que le Canada est le seul pays riche du G7 à ne pas avoir de programme national d’alimentation dans les écoles.

Pour autant, des actions sont réalisées pour lutter contre ce fléau, comme le Club des petits-déjeuners. D’autres existent à l’instar de La Cantine pour tous ; la Tablée des chefs ou encore Alimentation 5 épices. Pour rappel, le gouvernement canadien a également annoncé en avril dernier investir 1 milliard de dollars sur 5 ans pour un programme d’alimentation scolaire universel au Québec.

Vos dépenses dépendront beaucoup de votre province de résidence, des supermarchés que vous fréquentez et de vos habitudes alimentaires. Les provinces où les dépenses alimentaires restent les moins élevées sont la Nouvelle-Écosse, le Nouveau-Brunswick, le Québec et Terre-Neuve-et-Labrador.

Le coût de la nourriture dépend toujours fortement de votre ville d’installation. De manière générale, cependant, les produits frais (produits laitiers, fruits et légumes…) ont tendance à être beaucoup plus chers qu’en France ou en Belgique. Il est également très difficile de trouver des produits locaux et-ou biologiques à petits prix. Il n’est pas impossible de bien se nourrir, mais il faut faire preuve d’ingéniosité en allant dans plusieurs boutiques, marchés, et supermarchés !

Dans son premier numéro Bioclips de l’année 2022, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) présente une brève analyse économique de la fabrication des produits de viande. Première du secteur agroalimentaire pour la valeur des ventes, les exportations ou le nombre d’emplois, cette activité est dominée par deux grands transformateurs.

En 2020, les ventes ont généré 7,3 milliards de dollars. D’après une estimation, 36 % de la valeur de la production ont permis l’achat d’intrants importés, tandis que les 64 % restant constituent la valeur ajoutée. 54 % de celle-ci servent à la rémunération des travailleurs.

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