Le Blaireau eurasien, ou Meles meles de son nom binominal, est un Mustélidé fort bien connu du grand public. Surnommé « petit ours des bois » en raison de son faciès de peluche, ce pseudonyme sympathique sans aucun fondement taxinomique témoigne à lui seul de l’empathie de nos contemporains pour l’animal. Maître Tesson n’en demeure pas moins un animal sauvage. Grand gourmand, il ne manque pas de faire bombance des nombreuses ressources que lui offre la nature.
S’il fallait résumer en un seul mot le régime de notre cher blaireau, nous n’aurions aucune hésitation : omnivore, sans l’ombre d’un doute. Et pour cause, ce grand dadet n’est pas capable de prédation active. En effet, contrairement à la plupart de ses cousins de la famille des Mustélidés, Maître Tesson est un piètre chasseur. Il n’est pas adapté à la poursuite d’une proie et doit se rabattre sur des ressources plus faciles à capturer.
Son menu ordinaire comprend donc aussi bien des Végétaux que des proies faciles : des Invertébrés adultes ou des larves, voire à l’occasion quelques Vertébrés capturés sans trop de difficultés. Mais pourquoi se limiter à un tel régime, alors que ses cousins Mustélidés comme la Martre ou la Loutre sont d’excellents chasseurs ? Examinons de plus près sa morphologie.
Un prédateur actif doit pouvoir poursuivre sa proie afin de la mettre à mort. Le blaireau peut certes galoper, mais il n’utilise cette allure que rarement (surtout lorsqu’il prend peur) et se limite à de courts trajets. Point de vue cinétique, sa vitesse au galop est comprise entre 25 à 30 km/h. Autant dire que dans ces conditions, une proie suffisamment véloce peut lui échapper. N’espérez pas non plus qu’il bondisse sur une proie après un long affût à la manière du renard mulotant dans les prés.
Le blaireau sait sauter, mais ce comportement se limite à franchir un obstacle bas, ou bien lors des phases de jeux sociaux. Pourtant, les griffes du blaireau lui permettent de grimper aux troncs d’arbres ! N’exagérons rien, il n’aura en aucun cas l’agilité d’une martre des pins. De plus, sa vue n’est pas si perçante que cela. Maître Tesson distingue surtout les contrastes, alors que les détails lui échappent. Il arrive ainsi qu’il se fasse surprendre même par des humains dont le vent aura caché leur odeur ! De plus, s’il est sensible aux mouvements, il risque de repérer malgré tout au dernier moment sa proie en fuite.
L’opportunisme. Ou pour mieux dire, la chance de tomber sur une proie facile à déterrer ou occupant déjà les galeries de son terrier. Les souterrains qu’il creuse sont là son seul « terrain de chasse ». Et chez lui, Maître Tesson peut se révéler un tueur chevronné ! Mais nous y reviendrons plus tard.
En attendant, de quoi se compose principalement son régime alimentaire ? Pour le savoir, il existe plusieurs méthodes, comme la dissection minutieuse de ses crottes (appelées « laissées »). Mais aujourd’hui, les analyses ADN par metabarecoding permettent d’approfondir ces études et d’identifier au plus près les espèces consommées. De même, les collisions routières permettent parfois l’étude des contenus stomacaux. L’état de digestion beaucoup moins avancé du bol alimentaire simplifie alors les déterminations.
Les différents résultats collectés à l’échelle européenne sont formels : les blaireaux n’ont pas les mêmes comportements alimentaires selon les zones d’études !
Le blaireau est avant tout un mangeur de vers de terre, de lombrics. Dans les pays du nord ils représentent jusqu’à 83% de la biomasse ingérée. Ils sont présents dans 96% des crottes. Dans les pays du sud, Italie, Espagne les sols sont secs et les lombrics peu disponibles au printemps et en été.
Le blaireau en bon opportuniste consacre alors ses recherches de nourriture à dénicher des fruits à pépins ou noyaux (olives). Le blaireau complète son régime en été et dans les pays secs avec ces arthropodes : scarabées, carabes, bousiers, guêpes, bourdons, sauterelles, criquets, punaises, mouches et leurs larves. Tout est bon ! Il m'est arrivé plusieurs fois de trouver des fourmilières de forêt avec de gros cratères. C'est notre ami tesson qui est passé par là. Ce n’est pas très nourrissant en termes de quantités mais cela reste qualitatif car riche en protéines.
Dans les pays du nord les blaireaux consomment en été des céréales par suite de la diminution de leur aliment favori, les vers. Le maïs est également consommé soit dans les champs mais aussi sur les sites de nourrissage des sangliers. Il est facile de voir que ces grains sont souvent retrouvés non digérés dans les crottes . Ils affectionnent les fruits sauvages : cynorhodons des églantiers, prunelles, alises mais aussi olives, baies de genévrier, noix, pommes, raisins, châtaignes, prunes, melons, amandes.
Grâce à son odorat le blaireau arrive à capturer des campagnols dans leurs galeries en creusant rapidement et quelquefois des rats. Notre mustélidé consomme des crapauds et grenouilles régulièrement en prenant soin d’enlever la peau avec les glandes paratoïdes qui contiennent des poisons.
De nombreux végétaux sont retrouvés dans ses crottes. Leur origine est considérée comme accidentelle car ils sont avalés avec les vers. Ils pourraient jouer un rôle de ballast et d’hydratation.
Pour remplir ses besoins nutritifs, le Blaireau parcourt un vaste territoire, qu’il visite selon les ressources disponibles. S’il ne chasse pas activement, il va cependant établir des terriers secondaires au plus loin de son domaine, à portée de chaque ressource en nourriture exploitée. En zone céréalière, il va donc aussi prospecter à la bonne saison les champs de maïs, de blé, d’orge ou d’avoine. Les vergers, oliveraies et vignes l’attirent également, et il est fréquent de retrouver toutes sortes de fruits sauvages à son menu. En Italie, cela peut représenter 40-70 % volume ingéré !
Les climats méditerranéens favorisent une production de fruits plus étalée dans l’année que dans les climats septentrionaux. Aussi le régime alimentaire du Blaireau s’y révèle plus frugivore. En Lombardie, les fruits comptent pour 93-100% du volume ingéré l’été, contre 60% de châtaignes l’hiver ! Dans les Préalpes, par exemple, les oliveraies sont visitées toute l’année. Les fruits tombés au sol se décomposent lentement et fournissent une nourriture régulière du moment qu’ils ne sont pas ramassés. A l’inverse, plus on remonte vers le Nord, plus les pourcentages fruitiers de volumes ingérés s’effondrent.
Omnivore soumis à la saisonnalité, donc. Mais qu’en est-il des proies parmi les Vertébrés ? Notons tout d’abord un rappel utile : le blaireau est un opportuniste. Il ne chassera que si l’occasion de croquer une proie facile se présente. Et de préférence dans son domaine souterrain où il règne en maître.
Dans ces conditions, les campagnols représentent une proie intéressante, puisqu’ils sont susceptibles de cohabiter dans ses terriers. Les rongeurs acculés dans le dédale exigu de galeries, que maître Tesson connaît comme sa poche, seront facilement croqués. Le blaireau consomme donc des campagnols dits « fouisseurs » et appartenant à différentes espèces : campagnols des champs, terrestres, agrestes, fouisseurs, souterrains.
Il est évident que le blaireau ne creuse en aucun cas ses terriers dans le but avoué d’acculer ses proies souterraines. Aussi, même les épisodes de pullulations entrent dans cette catégorie de ressources opportunistes. Si jamais les densités de campagnols terrestres ou des champs explosent, le blaireau en consommera massivement en raison de leur abondance, et non en relation avec une stratégie apparente de chasse active ou spécialisée.
C’est la conclusion de Weber & Aubry (1994), qui notent que dans les pâturages et bois humides suisses, la consommation de campagnols par les blaireaux ne devient majoritaire dans le volume ingéré que s’il y a pullulation locale. Et ceci indépendamment de la disponibilité en lombrics.
Mais pour autant, n’oublions pas que les comportements alimentaires du blaireau varient selon les saisons et les milieux, et que si l’exception n’est jamais la norme, il peut arriver que des comportements alimentaires d’apparence spécialisés apparaissent localement.
C’est notamment le cas des Blaireaux du parc national espagnol de la Doñana (Martin et al., 1995), en Andalousie, dont le régime alimentaire annuel atteint les 76 % de lapins ! Maître Tesson capture les nouveaux-nés (84 %) et les jeunes (14 %) qu’il sait déterrer pour les attraper. Encore une fois, notez que même ce comportement alimentaire spécialisé est soumis à deux conditions : le très faible pourcentage de captures d’adultes, trop véloces pour lui, et la concentration de cette chasse sur les périodes de reproduction.
D’ailleurs dans ce cas aussi, Señor Tesson reporte son régime alimentaire sur d’autres ressources dès lors que la saison des laperaux est passée (Revilla & Palomares, 2002). En d’autres termes, une « spécialisation » peut survenir, mais sa nature opportuniste l’emporte puisque liée à la ressource disponible.
D’autres preuves ? Les blaireaux suédois par exemple, spécialisés dans la consommation d’Amphibiens (50% max) que durant leur migration en fin d’hiver. De même, plus on remonte l’Europe selon la latitude, plus le Blaireau peut être consommateur d’oiseaux au sol (nidifications) (Hounsome & Delahay, 2005), ce qui peut provoquer des dégâts sur des espèces protégées.
Vous l’aurez donc compris, le régime alimentaire du blaireau se résume en une seule phrase : faire feu de tout bois selon les circonstances ! Tout le succès adaptatif de ce Mustélidé repose sur cette stratégie, qui lui permet d’être présent en abondance sur une très large aire de répartition.
Tableau récapitulatif des aliments consommés par le blaireau selon la saison et la région :
| Région/Saison | Aliments Principaux | Pourcentage Approximatif |
|---|---|---|
| Pays du Nord (Hiver) | Lombrics | 70-85% |
| Pays du Nord (Eté) | Céréales | Variable (selon disponibilité des vers) |
| Italie/Espagne (Printemps/Eté) | Fruits (Olives, etc.) | 40-70% |
| Andalousie | Lapins (jeunes) | 76% (période de reproduction) |
| Suède (Fin d'hiver) | Amphibiens | Jusqu'à 50% |
Le blaireau est classé dans l’annexe III « espèces de faune protégée dont l’exploitation est réglementée » de la convention de Berne (décret n° 90-756 du 22 août 1990). L’espèce figure dans l’arrêté ministériel du 26 juin 1987 modifié, fixant la liste des espèces gibier chassable.
Le blaireau se chasse, soit à tir, pendant la période d’ouverture de la chasse (septembre à février), soit par la vénerie sous terre du 15 mai au 15 janvier. Il ne fait pas partie de la liste des espèces susceptibles d’être classées nuisibles depuis 1988 mais peut faire l’objet de mesures administratives de régulation à l’initiative du préfet sous l’autorité des lieutenants de louveterie (art. 427-6 du CE). Les moyens de régulation utilisés peuvent être le tir de nuit, le déterrage ou le piégeage.
Cette espèce a une dynamique de population lente et on peut supposer que des prélèvements importants sur la fraction adulte d’une population peuvent induire assez rapidement une diminution des effectifs.
Il est à l’origine de diverses nuisances pour les activités agricoles : perte de céréales, dégâts dans les cultures par le creusement de terriers. Son comportement de terrassier peut constituer des atteintes à la sécurité publique (voies ferrées, digues, fondations…). Il peut être le réservoir de la tuberculose bovine, infection constatée à partir de 2009 dans le département de la Côte-d’Or.
La chasse à tir du blaireau, animal nocturne, se pratique souvent à l’affût à proximité des terriers à la tombée de la nuit. Le déterrage est autorisé pour les équipages de vénerie sous terre du 15 septembre au 15 janvier. Le piégeage est généralement interdit.
La consommation de viande de blaireau reste marginale et peu documentée, mais elle existe. Certains chasseurs et amateurs de cuisine sauvage la considèrent comme un gibier savoureux, à condition de bien la préparer.
Cependant, il est crucial de noter que la consommation de viande de blaireau, comme celle d'autres animaux sauvages, peut comporter des risques sanitaires. L’ex compagnon de J*** vient de mourir. Nous lui adressons nos sincères condoléances. Il était chasseur, consommait régulièrement de la venaison et son décès est dû au VHE de l’hépatite E. Selon les données de l’ANSES et de l’OMS, la France figure parmi les pays les plus touchés par l’hépatite E ; 200 à 300 cas y sont signalés chaque année.
La transmission du virus se fait essentiellement par voie alimentaire, par ingestion de produits issus d’un animal porteur du virus : par exemple, viande et abats de sanglier, de porc et de cerf consommés crus ou insuffisamment cuits. Des atteintes neurologiques ont été observées au cours des infections aiguës ou chroniques par le VHE dans environ 15 % des cas.
Les trichines sont des parasites qui appartiennent à la classe des nématodes (vers ronds). Les adultes sont des vers de petite taille (1,5 à 3 mm). Après la fécondation, les adultes femelles donnent naissance à de nouvelles larves (en moyenne 1 500 larves par femelle) entre les jours J4 et J10 après l’infestation.
Les trichines sont susceptibles d’infester la quasi totalité des mammifères carnivores et omnivores, y compris certains mammifères marins, et sous toutes les latitudes. On les trouve notamment chez le cheval, le sanglier, le porc… mais aussi le lynx, le renard, l’ours, le blaireau, le putois, les oiseaux, le chien, le chat, le rat… et l’homme. Chez l’animal, leur présence est en règle générale asymptomatique. Les oiseaux carnivores ou détritivores ainsi que certains reptiles peuvent être également infestés.
Symptômes : fièvre, douleurs abdominales, diarrhée, nausées, vomissements. Puis fièvre en plateau, altération de l’état général, atteinte musculaire avec des myalgies parfois intenses et diminution du tonus musculaire, œdème de la face, très caractéristique de la maladie et éventuellement des manifestations de type allergique. Tout vient de la quantité de larves ingérées.
Il est donc essentiel de prendre des précautions lors de la manipulation et de la cuisson de la viande de blaireau pour éviter ces risques.
Un blaireau européen.
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