Le gaspillage alimentaire est un problème mondial majeur, avec des conséquences économiques, sociales et environnementales considérables. L'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) estimait en 2011 que le monde gaspillait environ 30% de la nourriture produite chaque année. Mais où en est le gaspillage alimentaire en France, surtout après la mise en place de la loi anti-gaspillage ? Cet article fait le point sur les statistiques récentes et les mesures prises pour lutter contre ce fléau.
Selon l'Ademe, le gaspillage alimentaire est défini comme "toute nourriture destinée à la consommation humaine qui, à une étape de la chaîne alimentaire, est perdue, jetée ou dégradée". En France, plusieurs mesures visent à limiter ce gaspillage depuis 2013, avec le lancement du pacte de lutte contre le gaspillage alimentaire.
La mesure la plus importante est la loi Agec, promulguée en février 2020. Elle a pour objectif de lutter contre les gâchis et la surconsommation inutile. Cette loi a notamment entraîné la création du label national anti-gaspillage alimentaire et prévoit de réduire de 50% les déchets alimentaires d’ici à 2025 ou 2030. Cette date limite varie selon les secteurs et la réduction se mesure par rapport aux niveaux de 2015. Si les résultats de la loi AGEC ne sont pas encore mesurables, pour suivre les avancées, encore faut-il avoir des données comparables…
En 2016, l'Ademe a publié une étude révélant que "10 millions de tonnes de produits sont perdus et gaspillés pour l'alimentation humaine" chaque année. Cela équivalait à environ 150 kg de déchets alimentaires par habitant par an, avec un impact carbone de 15,3 millions de tonnes équivalent CO2 (Mteq). Cependant, l'Ademe n'a pas actualisé ces chiffres depuis.
Une directive européenne de 2019 impose aux États membres de publier des chiffres actualisés sur le gaspillage alimentaire à compter de 2022. En France, le ministère de l'agriculture et de la souveraineté alimentaire a publié en 2022 des résultats basés sur les données de l'année 2020, estimant le gaspillage alimentaire à plus de 8,7 millions de tonnes. Il est important de noter que ces données ne sont pas directement comparables à celles de 2016 en raison de différences dans les périmètres et les méthodes de calcul.
En octobre 2023, le ministère a publié les chiffres de l’année 2021, indiquant que le gaspillage alimentaire est resté au même niveau qu’en 2020. Ces données permettront de suivre l’évolution du gaspillage alimentaire en France dans les prochaines années.
Selon l'étude du ministère de l'agriculture parue en 2022, les ménages seraient à l’origine de près de la moitié (46%) des déchets alimentaires. Viennent ensuite les industries agroalimentaires (20%), la production primaire (14%), la restauration (13%) et enfin la distribution (7%).
Pour limiter le gaspillage alimentaire au niveau des ménages, les opérations de sensibilisation et d’éducation ont pourtant montré leur efficacité. Cela a notamment été le cas de la Zéro Gâchis Académie, une opération nationale menée par l’Ademe et trois associations de consommateurs (CSF, CLCV, Familles Rurales) en 2019. Cette initiative a accompagné 243 foyers pendant trois mois. Cela leur a permis de prendre conscience de l’ampleur du gaspillage alimentaire et de mettre en place certains gestes anti-gaspi dans leur quotidien.
D’après le compte rendu de l’Ademe, les foyers ayant participé à l’opération ont réduit leur gaspillage alimentaire de 59%. “Les foyers passent en moyenne de 25,5 à 10,4 kg gaspillés par an et par personne, soit 30 repas économisés”, explique l’agence. Et ce n’est pas tout, le changement amené par la Zéro Gâchis Académie semble durable.
Les quantités de nourriture gaspillée sont stupéfiantes :
Aujourd'hui, les déchets alimentaires représentent 85 % des déchets jetés par les ménages, soit 20 à 30 kg de nourriture gâchés par personne et par an, dont 7 kg encore emballés.
Les légumes et les fruits sont les premiers touchés par le gaspillage. En 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produites en France, dont 3,8 millions de tonnes de nourriture comestible gaspillée, soit près de 40 % des déchets alimentaires.
C’est lors de la consommation à domicile que l’on gaspille le plus : avec 19 kilogrammes d’aliments encore comestibles par habitant, c’est plus d’un tiers du gaspillage total. La production est responsable de 14 kilos de gaspillage par habitant : c’est un peu plus de trois-quarts des déchets alimentaires de cette étape. Pendant la transformation et la consommation des aliments en dehors du domicile, les pertes comestibles sont plus réduites : c’est 8 et 9 kilos par habitant. Selon la SDES, la France se distingue par une production de déchets alimentaires supérieure à la moyenne européenne, largement imputable aux ménages, notamment au stade de la consommation à domicile, avec des produits encore emballés.
Les États membres de l’Union européenne se sont engagés à réduire de moitié d’ici 2030 le volume des déchets alimentaires par habitant tout au long de la chaîne. Toutefois, en 2023, la quantité de déchets produits par les Français a encore augmenté par rapport aux données de 2021. C’est ce que rapporte le service des données et études statistiques (SDES) fin septembre suite à l’analyse des enquêtes de l’Ademe. Cette année-là, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires totaux ont été produites en France sur l’ensemble de la chaîne alimentaire contre 8,8 millions de tonnes en 2021. Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes ne sont pas comestibles (os, épluchures, coquilles, etc.). Les déchets alimentaires comestibles réellement gaspillés sur l’ensemble de la chaîne alimentaire représentent donc 3,8 millions de tonnes.
Le rapport indique que les déchets (comestibles et non comestibles) sont générés à chaque étape de l’alimentation humaine, depuis la production jusqu’à la consommation. La plus importante production de déchets alimentaires (43 %) provient des ménages à l’étape de la consommation à domicile. Suivent les déchets produits lors de la transformation industrielle des aliments (24 %), puis la production primaire (13 %), la consommation hors domicile (commerciale et collective) et enfin la distribution (9 %). Au moment de la production primaire, 1,3 millions de tonnes de déchets sont générés. La pomme de terre est la culture qui produit le plus de déchets alimentaires proportionnellement à la production (9 % de la récolte), suivie des légumes (3,2 %), puis des fruits (2 %). Les productions animales produisent peu de déchets au stade agricole. Certaines cultures (oléagineux) également grâce à de la valorisation animale.
Le gaspillage alimentaire est assimilé à la fraction comestible des déchets alimentaires. Donc, en ne considérant que les déchets comestibles, le gaspillage alimentaire représente 14 kg par habitant à l’étape de la production primaire, 9 kg par habitant lors de la transformation et la fabrication, 4 kg par habitant lors de la distribution, 8 kg par habitant en restauration hors domicile et 19 kg par habitant pour la consommation à domicile. Sur ces déchets comestibles produits à domicile (1,3 million de tonnes), 19,5 % (0,8 Mt) sont des restes de repas non consommés et 11,7 % (0,5 Mt) sont des produits encore emballés.
La Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies est célébrée pour la première fois le 29 septembre 2020. Un tiers de la nourriture dans le monde est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire.
Plusieurs initiatives sont en place pour lutter contre les pertes et gaspillages alimentaires, notamment le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, créé en 2013 et renouvelé en 2017. La loi du 11 février 2016 relative à la lutte contre le gaspillage alimentaire (dite Loi Garot) dresse un cadre légal contre le gaspillage et permettra notamment de répondre à l’objectif fixé par le pacte national de 2013, sur la réduction de moitié du gaspillage alimentaire d’ici 2025. La loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, adoptée en février 2020, vise à renforcer les mesures existantes pour lutter contre le gaspillage alimentaire.
La réduction des pertes et gaspillage est un objectif central pour la FAO, puisqu’il concerne simultanément des problématiques de gestion des ressources, de réduction des émissions de CO2, de production agricole, de nutrition, d’innocuité et de qualité des aliments. En concertation avec les Etats-membres, la FAO élabore actuellement un « Code volontaire pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires ». L’objectif du Code est de présenter des principes directeurs et de normes de pratiques responsables afin de réduire les pertes et le gaspillage. Le 29 septembre 2020, la FAO a célébré pour la toute première fois la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture.
En France, on estime que 20% de la nourriture est jetée et que le poids annuel du gaspillage alimentaire s’élève à 10 millions de tonnes par an. Cela représente un tas d’aliments équivalant à 1000 fois le poids de la Tour Eiffel.
Des astuces anti-gaspillage sont nombreuses et vous permettront de réduire votre empreinte écologique tout en réalisant des économies :
La Commission européenne a mis en place un cadre de surveillance des niveaux de déchets alimentaires des États membres, dont un des objectifs est de suivre l’évolution des niveaux de déchets alimentaires incluant les niveaux de gaspillage alimentaire sur leur territoire et de mesurer l’efficacité de leurs politiques de lutte contre le gaspillage alimentaire. Le premier exercice de rapportage des données de gaspillage alimentaire a été réalisé en 2022 sur la base des données de 2020.
La directive-cadre déchets, qui fixe les orientations majeures de la politique de gestion des déchets, a été révisée pour y introduire notamment des objectifs de réduction des déchets alimentaires d’ici 2030 au niveau européen, à l’image de ce qui a été fait en France. Le Conseil et le Parlement se sont ainsi accordés en 2025 sur les objectifs suivants :
Dans la loi AGEC (2020), la France s’est engagée à réduire de moitié le gaspillage alimentaire par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
Pour les secteurs de la restauration collective et de la distribution, ces objectifs sont fixés d’ici 2025 et pour l’ensemble des autres secteurs d’ici 2030.
Depuis la loi Garot (2016) qui s’étend à la restauration collective publique, plusieurs lois constituent l’arsenal législatif pour l’ensemble des acteurs.
En 2020, la loi AGEC propose la mise en place d’un label anti-gaspillage alimentaire qui permet de valoriser tous les acteurs qui contribuent à l’atteinte des objectifs nationaux de réduction.
D’après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages.
Les produits alimentaires pré-emballés doivent indiquer un délai pour la consommation : la date limite de consommation (DLC)ou la date de durabilité minimale (DDM).
La date limite de consommation (DLC) indique une limite impérative. Elle est signifiée par la mention « à consommer jusqu’au… » suivie du jour, du mois, et éventuellement de l’année. Elle s'applique à la majorité des produits à conserver au frais qui sont très périssables (viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés, produits laitiers frais etc.). Une fois la DLC dépassée, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un caractère dangereux pour la santé.
Pour les produits alimentaires qui ne sont pas soumises à la mention DLC, une date de durabilité minimale (DDM) est apposée, présentée sous la forme « à consommer de préférence avant… ». Celle-ci concerne les produits secs, stérilisés et déshydratés (café, lait, jus de fruit, gâteaux secs, boîtes de conserve, pâtes, riz, sucre, farine, etc.). Le dépassement de la DDM ne rend pas l'aliment dangereux pour la santé. Il peut en revanche avoir perdu son arôme ou sa consistance. Les aliments dont la DDM est dépassée, contrairement à ceux dont la DLC est dépassée, peuvent être commercialisés et consommés.
Pour clarifier davantage cette possibilité de consommer des produits dont la DDM est dépassée, les opérateurs peuvent depuis 2022 ajouter sur l’emballage les mentions « pour une dégustation optimale… » ou « ce produit peut être consommé après cette date ».
Depuis 2022, le gaspillage alimentaire fait l’objet d’un suivi annuel pour l’ensemble des pays de l’Union européenne.
En France, en 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits ; parmi eux, 3,8 millions de tonnes étaient encore comestibles : produits abîmés, restes de repas, etc.
Chaque année, un Français jette 61 kilos de déchets alimentaires, dont 19 kilos de nourritures encore comestible.
La valeur moyenne du gaspillage alimentaire s'élève à 100€ par habitant par an.
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