La situation des allergies alimentaires en France est un enjeu de santé publique de plus en plus préoccupant. Au fil des années, la situation s'aggrave et aujourd'hui, plus de 3 millions de Français sont concernés.
À l’occasion de la Semaine mondiale de l'allergie, Séverine Fernandez, médecin allergologue à La Ciotat et présidente du Syfal, fait le point sur les allergies alimentaires. Du 24 au 29 juin se tient la Semaine mondiale de l'allergie organisée par le Syndicat français des allergologues (Syfal) et la Fédération française d'allergologie (FFAL). Cette année, les médecins ont choisi de mettre l'accent sur les allergies alimentaires et leurs répercussions dans la vie des patients. Séverine Fernandez, médecin allergologue à La Ciotat et présidente du Syfal revient sur ce qui est devenu un enjeu de santé publique.
En France, la prévalence des allergies alimentaires est estimée à 3,24 % de la population générale. Si elle peut apparaître à tout âge, l’allergie alimentaire reste plus fréquente chez l’enfant avec une prévalence estimée à 8 % de la population pédiatrique française, si l’on prend en compte la dermatite atopique.
Il est crucial de distinguer l'allergie de l'intolérance alimentaire. L'intolérance alimentaire se manifeste par des troubles digestifs, des douleurs et une fatigue qui peuvent survenir après les repas. Ce qui est important, c'est que le pronostic vital n'est pas en jeu. Généralement, il suffit d'adapter le régime alimentaire pour diminuer l'inconfort.
Concernant l'allergie alimentaire, il s'agit d'une hypersensibilité allergique immédiate ou retardée. L'allergie alimentaire peut, elle, entraîner une perte de connaissance, un choc anaphylactique jusqu'à causer la mort. Il faut garder en tête que l'on peut mourir d'une allergie alimentaire, c'est très sérieux.
Les données du Réseau d'allergo-vigilance (Rav) rapportent que de 6 % à 8 % des enfants de moins de 15 ans souffrent d'une allergie alimentaire. En vingt ans, les chiffres ont augmenté de 300 %. Au total, 3 millions de personnes sont atteintes d'une allergie alimentaire en France. Il faut lever le tabou autour des allergies alimentaires, les patients sont en souffrance totale. Une allergie alimentaire est une réponse immunitaire. Dans le cas des allergies immédiates, elle est induite par les IgE au contact d'une protéine présente dans un aliment. Aujourd'hui, ces allergies ont une origine multifactorielle : des facteurs environnementaux, un stress de l'organisme, etc.
En 20 ans, le nombre d'enfants concernés par des allergies alimentaires a augmenté de 300%. L'alerte a été lancée ce jeudi par Séverine Fernandez, médecin allergologue à La Ciotat et présidente du Syndicat français des allergologues (Syfal), invitée de franceinfo. "Cela représente 6 à 8% des enfants de moins de 15 ans alors que ce n'était que 2% il y a 20", a-t-elle précisé. Selon les données du réseau d'Allergo vigilance (RAV), 4 à 5% de la population française est concernée par une allergie alimentaire. "Si on ne prend pas le sujet à bras-le-corps, on va avoir une explosion des allergies", prévient la médecin. Avec ses homologues, elle appelle à une plus grande sensibilisation, une meilleure application de la réglementation et une mise à jour des allergènes à déclaration obligatoire.
Séverine Fernandez rappelle que les allergies alimentaires peuvent être mortelles : "Il y a moins d’allergiques alimentaires que d’intolérants alimentaires, mais pour eux le risque est plus grand. On ne meurt pas d’une intolérance alimentaire", dit-elle. Pour le docteur Sébastien Lefevre, chef du service d'allergologie à l'hôpital de Metz, interrogé par franceinfo, les allergies sont "de plus en plus complexes, et avec de plus en plus d'aliments". Lui aussi tient à bien faire la distinction avec les intolérances alimentaires, qui concernent principalement les produits contenant du gluten et du lactose, "ils causent des troubles digestifs, qui ne sont pas graves". En revanche, une allergie alimentaire peut provoquer un choc anaphylactique : "un enfant allergique à la cacahuète peut déclencher de l'urticaire les dix premières fois qu'il en mange et faire un arrêt cardiaque à la onzième fois, on est incapable de le prédire".
L’interrogatoire alimentaire constitue la partie la plus importante de l’enquête allergologique proprement dite. Cette enquête peut orienter vers de fausses allergies alimentaires (régime trop riche en histamine par exemple), allergènes masqués. Ce test peut se réaliser dans un centre spécialisé, vous pouvez y adresser votre patient. Cette technique consiste en une poncture épidermique à travers une goutte d’allergène déposée sur la peau du patient. Le test est considéré comme positif lorsque la papule mesure 3 mm ou plus et est associée à un érythème périphérique.
Cette étape consiste à doser les IgE sériques spécifiques d’allergènes (méthode RAST). Ce test permet de diagnostiquer une sensibilisation IgE dépendante de manière plus sensible que les prick tests. On accorde actuellement beaucoup d’importance à la valeur quantitative du taux d’IgE spécifiques pour 4 aliments : le lait, l’œuf, le poisson et l’arachide. Par exemple pour le lait, pour obtenir une VPP > 95 %, le taux d’IgE devra être supérieur à 32 UI/ml (technique CAP SystemR) ; pour l’arachide, ce seuil correspond à 15 UI/ml. Ces tests sont les seuls à pouvoir rendre compte d’une réelle allergie alimentaire et de la différencier d’une simple sensibilisation.
L’objectif de ces tests est de reproduire les manifestations allergiques en évitant toutefois le déclenchement d’une réaction grave. Ces méthodes présentent donc des risques de réaction.
Un test est considéré comme positif lorsque les symptômes ont été observés de quelques minutes à quelques heures (parfois 48 h) après l’ingestion de l’aliment.
Les manifestations allergiques secondaires à la prise alimentaire sont très diverses selon les personnes, selon les allergènes et en aucun cas spécifiques. Les manifestations d’allergies sont variables selon la sensibilité de la personne allergique, la quantité d’allergène ingéré : il n’y a pas de seuil minimal pour déclencher une allergie. Les cas plus graves (œdème de Quincke, choc anaphylactique) nécessitent des soins médicaux urgents et vitaux pouvant être associés à une hospitalisation.
Pour une partie de la population, certains aliments peuvent provoquer des réactions secondaires. Au premier contact avec l’allergène, l’organisme est tout d’abord sensibilisé. Des lymphocytes B, des cellules immunitaires, produisent des anticorps spécifiques, les immunoglobulines E. Ces IgE vont se fixer sur des mastocytes qui fabriquent des substances inflammatoires comme l’histamine. Les symptômes apparaissent si la personne ingère à nouveau l’allergène. Chez la personne allergique, l’aliment normalement sans danger est perçu par l’organisme comme une menace contre laquelle il faut se défendre. En effet, l’aliment allergisant contient plusieurs protéines (allergènes) contre lesquelles l’organisme va réagir en développant différents symptômes.
Le choc anaphylactique est la forme la plus sévère des allergies alimentaires : différents symptômes sont observés, allant de la simple urticaire à l’œdème pulmonaire. Une assistance médicale est alors nécessaire car il y a un risque vital pour la personne.
Les données du réseau d’Allergo Vigilance® permettent d’identifier des allergènes émergents en France. Les signalements reçus par le RAV ont permis d’identifier des allergènes émergents : il s’agit du sarrasin, du lait des petits ruminants (chèvre et brebis), du kiwi, du pignon de pin, de la viande de mammifère (dans le cas de l’allergie à l’α-gal), du pois et des lentilles. Pour ces allergènes, le risque anaphylactique se trouve supérieur à celui de certains allergènes de mention obligatoire au titre de l’Annexe II du règlement européen n°1169/2011. Par ailleurs, les protéines de nombreux fruits ou légumes partagent de fortes homologies avec des protéines de pollens.
Ainsi, un individu sensibilisé, voire allergique aux pollens de bouleau peut présenter une réaction allergique en mangeant une pomme, car son organisme reconnaît le même type de protéines. Ces allergies croisées pollens/aliments deviennent de plus en plus fréquentes en consultation d’allergologie, du fait de l’augmentation des pollinoses liée au réchauffement climatique et à la pollution. En effet, le réchauffement climatique et les polluants jouent un rôle direct sur les pollens en augmentant la production de protéines de stress et en altérant ou modifiant chimiquement le grain de pollen, le rendant ainsi plus sensibilisant et allergisant.
Il faut davantage informer toutes les personnes qui travaillent dans l'alimentaire, et, notamment, ceux qui travaillent avec les enfants. Il faut appliquer et faire appliquer la réglementation Inco [Information du consommateur], une réglementation européenne. La liste des allergènes à déclaration obligatoire doit être révisée en y intégrant les allergènes émergents et à la mettre à jour régulièrement selon les données scientifiques. Les industriels doivent indiquer ce qu'il y a dans les produits, cela faciliterait grandement la vie des patients et des parents des enfants concernés.
L’objectif de cette indication obligatoire des allergènes sur les denrées alimentaires est de permettre aux consommateurs de choisir leur repas, leur produit alimentaire en connaissance des risques. Une fois que l’allergie est confirmée, il faut éviter de consommer à nouveau l’allergène en cause. Pour cela il faut demander les ingrédients, lire les étiquettes. Il existe une liste de 14 allergènes à déclaration obligatoire, qui doivent figurer en gras ou en souligné sur les étiquettes. Les “traces”, “peut contenir”, “fabriqué dans un atelier qui utilise” sont habituellement autorisés, tout comme les huiles industrielles. En cas de prise accidentelle, il faut avoir une trousse d’urgence avec souvent un antihistaminique (pour les réactions légères, cutanées) et un stylo d’adrénaline (pour les réactions sévères).
Il est recommandé de réaliser une diversité alimentaire précoce - entre 4 et 6 mois - avec les bébés. Il ne faut pas avoir peur d'intégrer même l'arachide ou certains fruits à coque lors de la diversification même pour les patients atopiques.
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