Salut les Cocottes : Origine et Évolution d'une Expression Française

L'expression "Salut les cocottes" est une formule familière et souvent affectueuse, utilisée principalement par les hommes pour s'adresser à des femmes. Son origine et son évolution sont riches en histoire et en nuances culturelles. Cet article explore les racines de cette expression, son parcours à travers les siècles et son utilisation dans la société française.

Origines et Évolution Sémantique

L'utilisation de termes animaliers pour désigner les femmes est une pratique courante dans la langue française. Dans ce domaine, la volaille est souvent mise à contribution : poulette, poule, poupoule, cocotte.

Au XVIe siècle, une caillette était une personne frivole, sans consistance et bavarde. "Caillette" était le nom d’un bouffon de Louis XII et François Ier. Sans doute tenait-il son nom du fait qu’il était fort bavard et caquetait comme une caille. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle cela resta un nom masculin au moins jusqu’au début du XVIIIe siècle.

Nous en avons un exemple dans les mémoires de Saint-Simon (1716) :

« Canillac en colère lui reprocha la futilité de son esprit et son incapacité d’affaires et de secret et, qu’en un mot, il n’était qu’une caillette. »

C’est devenu féminin sous l’influence de la terminaison. Et cela donna, vers la fin du XVIIIe, le verbe “cailleter” (faire la caillette, bavarder) et le mot “cailletage” (bavardage).

Et l’on retrouve encore du cailletage au XIXe siècle. C’est la cas, notamment, chez Sainte-Beuve, dans les causeries du lundi (1850) :

« En général, le ton de ces lettres de Mme de Grafigny est petit, assez commun ; c’est proprement du cailletage : « Cailleter ! oh ! »

Un peu plus tard, dans le dictionnaire de la langue verte (1907), Hector France indique qu’une caillette est une “petite femme aimable et de moeurs légères“.

C’est aujourd’hui un terme affectueux utilisé surtout par une homme pour appeler sa chérie. Alors, est-ce à dire que Monsieur a parfois des prises de bec avec sa bien-aimée ?

Obama rattrape une femme enceinte sur le point de s'évanouir durant un discours sur l'Obamacare

Les Courtisanes et l'Époque de la "Cocotte"

À partir de 1850, les courtisanes prennent le pouvoir et mettent Paris à leurs pieds. Paris ! Étrangers et provinciaux sont inexorablement attirés par la réputation de lieu où tout semble possible, et surtout le meilleur. Il est vrai que la cité est métamorphosée par le développement du chemin de fer, les grands travaux d'Haussmann, la multiplication des grands magasins et des lieux de divertissement.

L'argent y afflue, la misère aussi. Si certains y voient une capitale sulfureuse, lieu de rendez-vous de tous les jouisseurs, d'autres en rêvent comme la promesse d'un nouveau départ. Mais pour les Rastignac en jupons, il n'y a alors guère d'autre moyen de s'élever rapidement dans la société qu'en vendant ses charmes. L'époque, d'ailleurs, n'est pas contre.

Si la prostitution est toujours considérée comme un fléau, elle est aussi jugée indispensable pour le bien-être de la population. Comment vivre dans la sérénité si ces messieurs, enfermés à vie dans des mariages où l'amour n'est bien souvent pas l'essentiel, ne peuvent aller voir ailleurs ? C'est pourquoi la prostitution ne constitue alors pas un délit selon le code pénal. Cette tolérance n'empêche pas la police de procéder à des arrestations pour surveiller son petit monde et tenter de limiter le grand péril des contaminations vénériennes.

On sait ainsi que la Belle Otero, mais aussi Marie Duplessis et Cora Pearl, trois des plus célèbres courtisanes du XIXe siècle, furent victimes très jeunes de viol. Et il faut bien travailler, en se faisant embaucher par exemple en tant que petite main dans un atelier de confection, comme la future Valtesse de La Bigne.

La voici qui rejoint à 13 ans l'armée de grisettes qui travaillent près de 14 heures par jour pour quelques sous. Alors les plus délurées ou les plus ambitieuses profitent de leur dimanche pour chercher l'aventure du côté des bals populaires, avec à l'esprit ce conseil qu'Émilienne d'Alençon reçu de sa tante alors qu'elle commençait sa carrière :

« Avant de regarder le visage d'un homme, il [est] plus judicieux de regarder son portefeuille ! »

Ce n'est qu'ainsi que l'on peut passer à l'étape suivante et devenir lorette, c'est-à-dire une femme entretenue, installée dans son propre logement. Qu'ont-elles de plus que les autres ? La beauté ? Mais être bien faite ne suffit pas. Il faut non seulement une belle volonté pour s'extraire de son milieu, mais aussi très souvent un petit coup de pouce.

Courtisanes à Paris au XIXe siècle

L'Expression dans la Culture Contemporaine

Aujourd'hui, l'expression "Salut les cocottes" est souvent perçue comme désuète ou légèrement machiste, mais elle peut aussi être utilisée de manière humoristique ou affectueuse, selon le contexte et la relation entre les interlocuteurs. Elle reste un témoignage de l'évolution de la langue française et des mœurs sociales.

L'artiste Abuz, connu pour son album de rap libidineux jamais sorti, a utilisé le terme "cocotte" dans son projet Ricardo Malone. Il explique qu'il était à fond dans les clubs libertins et que ce projet était une manière de regrouper ses deux passions : niquer des meufs et faire du son.

« J’étais à fond dans les clubs libertins. Ce n’était pas de la fiction. Si j’ai fait Ricardo Malone, ce n’est pas par hasard. J’avais deux passions : niquer des meufs et faire du son, alors je me suis dit que ce serait bien de les regrouper. »

Il décrit son album comme un projet sur les rapports hommes/femmes, très axé sur le libertinage, avec quelques titres plus romantiques et beaucoup de blagues.

tags: #salut #les #cocottes #origine #expression

Articles populaires: