Le mouvement #MeToo, né aux États-Unis, et son équivalent français #BalanceTonPorc, ont marqué un tournant dans la prise de conscience et la dénonciation du harcèlement et des agressions sexuelles à travers le monde. Cet article explore l'origine, l'évolution et l'impact de ces mouvements, ainsi que les débats qu'ils ont suscités.
En 2006, Tarana Burke, une travailleuse sociale de Harlem, lance une campagne de soutien aux victimes d’agressions sexuelles dans les quartiers défavorisés, choisissant le nom « Me too » (« moi aussi »). Elle ne pouvait pas s’imaginer que, dix ans plus tard, « Me too » galvaniserait des dizaines de milliers de femmes et les encouragerait à partager leur histoire.
Le 5 octobre 2017, l’affaire Weinstein éclabousse Hollywood. C’est sur cette même plate-forme que rejaillit l’étincelle #MeToo. Dans la nuit du 14 au 15 octobre, Alyssa Milano, fervente critique d’Harvey Weinstein, décide de poster un petit message avec cette idée : « Si vous avez été victime de harcèlement ou d’agression sexuelle, écrivez “moi aussi” en réponse à ce tweet. »
Plus de soixante mille messages lui feront directement écho dans les cinq jours qui suivirent. Les signataires de ces tweets sont en grande partie des femmes, certaines célèbres, d’autres anonymes, qui livrent de courts témoignages, qui racontent pêle-mêle les brimades, les réflexions, les regards, les agressions, les viols.
En France, le hashtag #BalanceTonPorc est lancé par la journaliste Sandra Muller le 14 octobre. C'est le lancement du hashtag #balancetonporc qui rencontrera un immense succès sur les réseaux sociaux. Ce mot a été repris de manière virale par des femmes comme par des hommes pour témoigner sur le sujet du harcèlement sexuel et des agressions sexuelles.
L’amoncellement de ces récits en quelques centaines de caractères montre que le harcèlement sexuel des femmes ne s’arrête pas à Hollywood ; il n’épargne aucune classe sociale, aucun milieu. Les discussions en ligne s’étendent de l’Amérique du Nord à l’Europe en passant par le Japon, la Corée du Sud, la Chine.
Chaque semaine, d’octobre à janvier, plus de 38 000 font référence au harcèlement sexuel. En un an, #BalanceTonPorc comptabilise 930 000 tweets ; #MeToo, 17,2 millions.
Selon la plate-forme de veille en ligne Visibrain : « En 2017, deux fois plus de tweets concernant les agressions et le harcèlement sexuel ont été publiés par rapport à 2016. »
#MeToo a permis de faire bouger les lignes. En plus d’avoir éveillé des consciences et d’avoir galvanisé quelques rassemblements physiques, comme la seconde marche des femmes aux Etats-Unis en janvier ou les manifestations des Argentines en faveur de la légalisation du droit à l’avortement, le mouvement a amené la question du harcèlement sexuel et des violences envers les femmes sur de nombreuses tables : dans la sphère publique et politique, au sein des entreprises, dans les écoles et dans les couples.
En France, 39 000 plaintes pour coups et blessures volontaires ont été déposées depuis janvier, soit 10 000 de plus qu’il y a un an, et 3 357 cas de violences sexuelles recensés en plus selon LCI.
Les premiers travaux scientifiques ont souligné les aspects positifs de cette libération de la parole : la variété de profils des femmes qui ont pris la parole, son utilité pour la psychologie des victimes, ou encore de l’ampleur du mouvement social #metoo.
Le tableau ci-dessous résume les statistiques clés qui illustrent l'ampleur et l'impact des mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc sur les réseaux sociaux et dans la société :
| Indicateur | #MeToo | #BalanceTonPorc |
|---|---|---|
| Nombre de tweets en un an | 17,2 millions | 930 000 |
| Augmentation des plaintes pour coups et blessures volontaires en France | +10 000 | |
| Augmentation des cas de violences sexuelles recensés en France | +3 357 | |
| Augmentation des tweets sur les agressions et le harcèlement sexuel (2016-2017) | x2 | |
Plusieurs polémiques sont apparues avec ces hashtags mettant en avant l’idée de se faire justice soi-même sur les réseaux en « balançant » un nom, de stigmatiser tous les hommes ou « l’homme blanc dominant », de faire preuve de puritanisme ou encore de s’opposer à une certaine « liberté d’importuner ».
La publication d'une tribune signée par un collectif de 100 femmes défendant "une liberté d’importuner, indispensable à la liberté sexuelle" a provoqué la colère de nombreuses autres féministes. Dans cette tribune, ces femmes se désolidarisent du mouvement né de l'affaire Weinstein, s'émouvant d'un retour "du puritanisme" qui fait des femmes des "éternelles victimes".
Caroline de Haas accuse : "Cette tribune, c’est un peu le collègue gênant ou l’oncle fatigant qui ne comprend pas ce qui est en train de se passer. Dès que l’égalité avance, même d’un demi-millimètre, de bonnes âmes nous alertent immédiatement sur le fait qu’on risquerait de tomber dans l’excès".
De même que Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, a dénoncé un "pot-pourri" de "réflexions pas inintéressantes mais pas nouvelles non plus" comme "la question de savoir si on doit se sentir victime et être traumatisée après un viol ou une agression sexuelle".
La Cour de cassation s'est prononcée, le 11 mai 2022, sur deux affaires emblématiques du mouvement #Metoo et #Balancetonporc dans lesquelles deux femmes accusaient respectivement l'ancien patron de la chaîne Equidia et un ancien ministre de harcèlement et d'agression sexuelle.
La première chambre civile a jugé que les propos étaient diffamatoires mais qu'ils s'inscrivaient « dans un débat général consécutif à la libération de la parole des femmes ». Elle a accordé aux deux femmes le bénéfice de la bonne foi et a rejeté les pourvois formés.
La Cour rappelle qu'en matière de diffamation, le juge examine 4 critères afin de constater la bonne foi :
La Cour était tenue de trouver un juste équilibre entre, d'un côté, le droit pour une victime d'exposer le harcèlement ou l'agression dont elle estime avoir fait l'objet (et de contribuer ainsi au débat d'intérêt général sur la lutte contre les violences sexuelles et sexistes) et, de l'autre, le droit pour toute personne de ne pas être diffamée.
Dans les deux affaires, la première chambre civile a jugé que la cour d'appel avait souverainement retenu que les propos incriminés reposaient sur une base factuelle suffisante et que, compte tenu du contexte dans lequel ils avaient été tenus, le bénéfice de la bonne foi devait être reconnu.
En conclusion, les mouvements #MeToo et #BalanceTonPorc ont indéniablement transformé le paysage social et juridique en matière de harcèlement et d'agressions sexuelles.
tags: #mouvement #metoo #et #balance #ton #porc
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