Alors qu'Emmanuel Macron s'est rendu ce jeudi à Roquefort-sur-Soulzon (Aveyron), fief du célèbre fromage de brebis, pour célébrer les 100 ans de son appellation d'origine, une étude pourrait vous faire regretter la tranche de fromage du soir. Il est difficile pour certaines personnes de zapper le bout de fromage en fin de repas, que ce soit le midi ou le soir. C'est en effet une habitude courante bien française. Et, il ne s’agit pas seulement de calories ou de digestion difficile, mais de quelque chose de beaucoup plus surprenant.
La sagesse populaire le dit depuis longtemps : mieux vaut dîner léger pour bien dormir. Mais peu de recherches scientifiques ont exploré l’influence de l’alimentation sur les songes.
Une étude, publiée dans la revue Frontiers in Psychology, révèle que certains aliments augmentent le risque de perturber le sommeil, notamment avec de mauvais rêves. Désireux d’en savoir plus sur les liens entre aliments consommés et cauchemars, des chercheurs canadiens ont entrepris d’interroger quelque 1 082 étudiants de l’Université MacEwan (Canada) sur leurs habitudes alimentaires, leur sommeil et plus spécifiquement leurs cauchemars, et le lien qu’ils faisaient entre les deux. Environ 40 % des participants ont estimé que leur alimentation jouait sur la qualité de leur sommeil, dont 24,7 % en la dégradant. Et 5,5 % pensaient qu’elle avait influencé leurs rêves.
Les desserts/sucreries et les produits laitiers ont été cités par les sondés comme les aliments affectant le plus la qualité de leur sommeil (respectivement 22,7 % et 15,7 %) et leurs rêves (29,8 % et 20,6 %) en les rendant « bizarres » ou « perturbants ». Au contraire, les fruits (17,6 %), les légumes (11,8 %) et les tisanes (13,4 %) ont été le plus souvent identifiés comme contribuant à une bonne nuit.
Les auteurs ont comparé ces déclarations à celles sur leurs intolérances alimentaires. Et ont trouvé une forte association entre les cauchemars et l’intolérance au lactose. Le fromage ou le yaourt que vous dégustez le soir seraient-ils la source de vos cauchemars ? Et bien des chercheurs canadiens suggèrent effectivement qu’il puisse exister un lien entre mauvais rêves et intolérance au lactose… probablement en raison des symptômes digestifs qu’elle provoque.
De nombreuses personnes intolérantes au lactose « consomment malgré tout des produits laitiers », l’intolérance variant en intensité selon la quantité de lactase (l’enzyme qui digère le lactose) que chacun produit dans son intestin grêle, rappelle Tore Nielsen, spécialiste en neurophysiologie et neurocognition des rêves et cauchemars à l’Université de Montréal et auteur principal de l’étude. La publication commence fort : « Selon la science, manger du fromage le soir peut provoquer des cauchemars ! » Une affirmation intrigante, mais qui est pourtant issue d’un travail scientifique très sérieux mené au Canada.
Quand elles dorment, ces personnes peuvent donc ressentir, de façon consciente ou non, des « signaux somatiques et organiques subtils » associés à des symptômes gastro-intestinaux (ballonnements, crampes...) après la consommation de produits laitiers. Or, de précédentes études ont apporté des preuves que certains rêves « captent des troubles corporels inconscients qui ne se manifestent que plus tard sous forme de symptômes visibles », souligne le chercheur. Ainsi, « rêver d’un incendie peut précéder une poussée de fièvre ».
L’étude n’a en revanche pas établi de lien entre intolérance au gluten et cauchemars, peut-être en raison de sa faible prévalence dans l’échantillon. Ou parce que l’intolérance au gluten « produit des effets physiologiques ou émotionnels différents », avance-t-il.
Bien que le lien entre intolérance au lactose et cauchemars semble robuste, les chercheurs s’interrogent sur la façon dont il fonctionne : est-ce que les participants dorment mal parce qu’ils mangent moins bien ? Ou est-ce qu’ils s’alimentent moins bien parce qu’ils dorment mal ? À moins qu’un autre facteur n’affecte à la fois alimentation et sommeil...
Une autre explication pourrait être les émotions négatives, comme l’anxiété, liées aux symptômes gastro-intestinaux. « On sait que les émotions négatives vécues à l’état de veille peuvent se prolonger dans les rêves. Il en va probablement de même pour celles qui émergent à cause de troubles digestifs survenus pendant le sommeil », explique le Dr Nielsen.
En clair, un ventre qui travaille pendant la nuit pourrait envoyer de mauvais signaux au cerveau, ce qui rendrait les rêves plus intenses, et plus cauchemardeux. Donc, si vous êtes intolérant au lactose, ou que vous avez des intestins fragiles, vous devriez éviter de manger votre routinier morceau de gruyère du soir... au risque que votre nuit se transforme en scénario de film d’horreur.
Le repas du soir est déterminant pour la qualité du sommeil. Entre manger trop et pas assez, il y a un bon équilibre à trouver. Il est aussi préférable d’éviter certains aliments. Voici ce qu’il vaut mieux manger, ou pas, avant d’aller se coucher pour passer une bonne nuit. Pour bien s’endormir, notre corps doit pouvoir abaisser sa température. Il est donc conseillé de manger léger le soir pour que l’organisme ne se mette pas à « surchauffer » à cause de la digestion. Mais il faut aussi manger suffisamment pour ne pas se réveiller à 2 h du matin, complètement affamé. L’idéal est de manger environ une heure et demie avant d’aller au lit.
« Nous devons mener d’autres études sur davantage de personnes d’âges différents, issues de milieux variés et ayant des habitudes alimentaires différentes pour voir si ces résultats sont généralisables », estime le Dr Nielsen. Qui réfléchit déjà avec ses collègues à de futures recherches. Une « expérience idéale » consisterait à répartir aléatoirement des participants ayant ou non une intolérance au lactose en groupes assignés à consommer des aliments spécifiques avant de dormir, puis à recueillir et analyser leurs rêves. Un groupe pourrait consommer des produits laitiers classiques avant le coucher, tandis qu’un autre groupe consommerait des produits laitiers sans lactose, « afin de déterminer si les effets du lait sont limités à celles atteintes de cette condition », détaille-t-il.
L'étude souligne que « ceux qui privilégient des repas légers ou une alimentation plus équilibrée le soir déclarent un sommeil plus réparateur et des rêves moins perturbants ». Mais, alors, doit-on dire adieu au fromage du soir à vie ? Pas nécessairement, on vous rassure !
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