Maladies Porcines en Chine: Épidémies et Surveillance

La Chine, l'un des plus importants producteurs porcins au monde, est à l'origine d'environ la moitié de la population mondiale de porcs, soit 500 millions.

Pékin surveille tout particulièrement ses porcs - la viande la plus consommée par les Chinois - pour les protéger des maladies et notamment de la peste porcine africaine (PPA).

12 000 porcs malades jetés dans une rivière en Chine

La Peste Porcine Africaine (PPA)

La crainte de la peste porcine africaine est une préoccupation majeure. Cette maladie très contagieuse entraîne des fièvres hémorragiques avec un taux de mortalité proche de 100 %.

Le virus de la PPA est très résistant et peut survivre pendant de longues périodes dans un climat très froid ou encore très chaud ainsi que dans des produits porcins qu'ils soient secs ou cuits.

Distribution de la peste porcine africaine dans le monde.

Impact de la PPA en 2018

Confrontée à des milliers de contaminations à la PPA en 2018, la Chine avait été contrainte d'abattre 200 millions de porcs, soit la moitié de ses élevages.

Dans la foulée, les prix du porc avaient atteint des sommets et le gouvernement chinois avait dû acheter en urgence des stocks de viande congelée pour faire baisser les prix et calmer les inquiétudes des consommateurs.

Nouvelles Stratégies et "Hôtels Porcins"

Après le scénario catastrophe de 2018, les autorités chinoises ont décidé de développer l'élevage industriel qui est plus facile à contrôler. Traditionnellement, en Chine, beaucoup de porcs sont élevés dans des enclos jouxtant les maisons et se nourrissent de restes alimentaires et de déchets - un terrain propice à l'apparition des maladies.

Dans un pays où les espaces libres se font de plus en plus rares, l'idée de construire des fermes verticales est « populaire », rapporte Bloomberg.

Ferme porcine verticale moderne.

Il faut imaginer un immeuble de treize étages, bardé de caméras de surveillance. Des systèmes de sécurité perfectionnés dissuadent les curieux de pénétrer l'enceinte du complexe. Il ne s'agit pas de l'institut de virologie de Wuhan, mais d'une ferme porcine verticale abritant 10.000 porcs choyés par une armée de vétérinaires.

Situé dans le sud de la Chine, cet hébergement de luxe pour porcs, baptisé « hôtel porcin », est le dernier-né de la nouvelle politique de biosécurité chinoise.

C'est dans ce cadre que sont apparus les « hôtels porcins », construits par des groupes agroalimentaires privés, comme Muyuan Foods et New Hope Group.

Les élevages verticaux ont pris en exemple les normes appliquées dans les grandes exploitations occidentales pour éviter l'apparition de clusters de peste porcine. « En vingt ans, ils ont rattrapé ce que les Américains ont fait en 100 ans », poursuit Rupert Claxton.

Fonctionnement des Exploitations High-Tech

Le groupe chinois New Hope a récemment achevé près de Pékin la construction de trois bâtiments de cinq étages sur une superficie totale représentant vingt terrains de football. Le complexe produira à terme 120.000 porcs par an.

L'usine est équipée de robots qui gèrent la prise de température des bêtes, la filtration de l'air ainsi que l'alimentation, explique Gong Jingli, l'un des responsables de l'usine, cité par Bloomberg.

Avant de pénétrer dans le bâtiment, les employés sont soumis à un protocole digne d'un laboratoire de biosécurité. Ils ont obligation de prendre une douche et de changer de vêtements à l'entrée et à la sortie de l'exploitation. Dans d'autres fermes de ce type, les employés sont contraints de dormir sur place afin de limiter les contacts avec l'extérieur.

Menaces Persistantes

Malgré toutes ces mesures, le virus menace toujours les élevages de l'empire du Milieu. Selon le ministère de l'Agriculture chinois, onze cas de peste porcine africaine ont été détectés en 2021, entraînant l'abattage de 2.000 porcs.

Par ailleurs, l'apparition de nouvelles souches du virus causant des symptômes moins marqués et une période d'incubation plus longue compliquent la tâche des autorités sanitaires.

Grippe Porcine et Risque de Pandémie

L’étude publiée dans la revue PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) le 29 juin dernier a été relayée par plusieurs médias grand public et a suscité de nombreuses interrogations sur la possibilité d’une pandémie grippale chez l’Homme.

Les auteurs y relèvent l’augmentation de la fréquence d’une souche de virus grippal dans les élevages de porcs en Chine. Ce virus a été nommé « G4 reassortant EA H1N1 ».

Il a été détecté pour la première fois en 2013, mais sa proportion parmi les souches virales identifiées a augmenté depuis 2016. Il provient d’un réassortiment de gènes issus de plusieurs lignées de virus influenza porcins.

Virus de la grippe porcine.

La caractéristique qui a alerté les chercheurs est que certains de ses gènes sont issus du virus H1N1pdm, qui a causé une pandémie de grippe chez l’homme en 2009. Ces gènes pourraient faciliter son passage à l’Homme et sa capacité à se transmettre d’humain à humain.

Une expérimentation sur des furets, modèle animal utilisé pour étudier la grippe humaine, a montré qu’il pouvait se transmettre d’un animal à l’autre.

Absence de Risque Immédiat

Toutes les caractéristiques ne sont cependant pas réunies pour que ce virus provoque une pandémie chez l’Homme : tout d’abord, seuls deux cas avérés de contamination de l’Homme par le virus « G4 reassortant EA H1N1 » ont été recensés (en 2016 et 2018).

Les deux personnes concernées vivaient à proximité d’élevages et aucune transmission d’Homme à Homme n’a été identifiée autour de ces cas. De plus, le virus n’a été détecté que dans des élevages chinois.

Enfin, il ne s’agit pas du premier réassortiment d’un virus influenza porcin avec le virus pandémique H1N1pdm, d’autres exemples ont été identifiés depuis 2010, sans qu’ils ne provoquent de pandémie.

La plateforme Épidémiosurveillance en Santé Animale (ESA), à laquelle participe des chercheurs de l’Anses, a publié sur son site une note de lecture qui analyse plus en détail les résultats de cette recherche.

Surveillance de la Grippe Porcine en France

En France, la surveillance des virus influenza chez le porc s’est renforcée depuis la pandémie de 2009. L’unité Virologie immunologie porcines du laboratoire de Ploufragan-Plouzané-Niort de l’Anses est le laboratoire national de référence pour l’influenza porcin.

À ce titre, il a plusieurs missions, notamment développer et valider les méthodes permettant d’identifier les sous-types et lignées de virus grippaux. Le laboratoire analyse précisément les caractéristiques de ces virus dépistés par les laboratoires vétérinaires agréés pour la détection des virus influenza A chez le porc.

Il assure également une veille sanitaire et conserve des banques d’échantillons, de souches virales et de sérums. Ces missions sont notamment menées en lien avec le réseau national de surveillance des virus influenza porcins, Résavip.

Le laboratoire mène également des recherches pour comprendre l’évolution des virus grippaux, ainsi que les facteurs influençant la sévérité de l’infection chez le porc, notamment en cas de co-infection par d’autres pathogènes.

Enfin, l’unité travaille à identifier les caractéristiques virales qui facilitent la transmission des virus de la grippe d’une espèce à l’autre.

Recommandations pour Éviter les Transmissions Porc-Homme

Les personnes qui travaillent au contact des porcs sont plus à risque d’être contaminées par un virus grippal porcin que la population générale. Inversement, elles peuvent transmettre certains virus de la grippe humaine aux animaux.

Il n'existe pas de vaccins efficaces pour protéger les porcs de la maladie. Jusqu'à présent, dans le cadre de leurs efforts visant à contrôler la propagation de la maladie, les autorités chinoises ont abattu plus de 24.000 porcs dans quatre provinces.

« Il y a quelques années, la FAO a commencé à collaborer avec le Ministère chinois de l'agriculture et des affaires rurales et ensemble, nous avons mis sur pied un plan d'urgence contre la PPA et développé une capacité de diagnostic », a indiqué Wantanee Kalpravidh, Coordinatrice régionale pour la FAO et l'ECTAD.

« La réponse immédiate à l'épidémie sera de l'éradiquer aussi vite que possible », a ajouté Mme Kalpravidh.

« Les épidémies telles que celles-ci nous rappellent que nous devons travailler ensemble, déployer des efforts multilatéraux et intergouvernementaux afin de prévenir et de faire face aux épidémies de maladie animale car ces maladies n'ont pas de frontières », a déclaré Kundhavi Kadiresan, Sous-directrice générale de la FAO et Représentante régionale pour l'Asie et le Pacifique.

L'essor des mégas exploitations reflète également les changements des habitudes alimentaires chinoises. La croissance économique et la nouvelle prospérité des Chinois amènent le pays à consommer de plus en plus de viande.

« La Chine est le pays qui consomme le plus de porc dans le monde, et c'est parti pour durer », affirme David Ortega, professeur à l'université du Michigan.

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