La Controverse des Menus de Substitution au Porc à Metz et la Désinformation

La question des menus de substitution au porc dans les cantines scolaires est un sujet sensible qui a suscité de nombreuses controverses en France. À Metz, comme dans d'autres villes, cette question a été au cœur de débats passionnés et a été le point de départ de rumeurs et de désinformations.

Cantine scolaire à Paris

La Rumeur d'une Interdiction du Porc à Metz

Une rumeur persistante a circulé, affirmant que « des parents musulmans ont demandé l’abolition du porc de toutes les cantines des écoles de banlieue à Borny », un quartier de Metz. Selon cette rumeur, une note a été adressée aux parents d’élèves, expliquant la position de la municipalité. On y lit notamment que « la municipalité a raison de refuser toute concession à l’islam et la [charia] » et que « les musulmans doivent s’adapter à la Lorraine et à la France, à leurs coutumes, à leurs traditions, leur style de vie, parce que c’est là où ils ont choisi d’immigrer ».

La conclusion de la supposée missive est la suivante : « Si vous avez quitté votre pays pour venir en France mais non pas pour un autre pays musulman, c’est parce que vous pensez que la vie est meilleure en Lorraine plutôt qu’ailleurs. Posez-vous la question juste une fois : pourquoi la vie est-elle meilleure en France plutôt que dans votre pays d’origine ? Une cantine où on sert du porc et du museau lorrain ou de la quiche lorraine avec une bonne tarte aux fraises ou à la mirabelle de Lorraine fait partie de la réponse. »

Le Démenti de Dominique Gros, Maire de Metz

Dominique Gros, le maire (PS) de Metz, a catégoriquement démenti être l’auteur d’un tel courrier. « Il s’agit d’une rumeur malveillante, complètement fabriquée, qui circule depuis longtemps sur les réseaux et ressurgit à intervalles réguliers », a-t-il assuré. De fait, l’élu a jugé la publication « grossière » et « islamophobe ». Nul besoin, par ailleurs, de changer les menus des cantines de la ville puisque des plats de substitution y sont servis lorsque le porc y figure.

Il est important de noter que Dominique Gros n’est pas le seul à avoir été associé à tort à ce texte. Marc Duvivier, bourgmestre d’Ath, en Belgique, a lui aussi dû publier un démenti face à la même rumeur en 2013, tout comme les maires d’Antibes et de Perpignan.

La Position du Conseil d'État sur les Menus de Substitution

Le Conseil d'État a jugé que proposer des menus de substitution au porc dans les cantines scolaires n'est ni obligatoire, ni contraire au principe de laïcité. La plus haute juridiction administrative rappelle que les collectivités n'ont pas l'obligation de fournir des menus de substitution au porc et que le principe de laïcité interdit "à quiconque de se prévaloir de ses croyances religieuses pour s'affranchir des règles communes" - c'est-à-dire d'exiger un tel menu s'il n'est pas fourni.

Elle ajoute que "ni les principes de laïcité et de neutralité du service public, ni le principe d'égalité des usagers devant le service public, ne font, par eux-mêmes, obstacle à ce que ces mêmes collectivités territoriales puissent proposer de tels repas".

Les principes de la laïcité

Le Halal et l'Abattage Rituel

Pour comprendre les enjeux liés à l'alimentation dans le contexte de l'islam, il est essentiel de définir le concept de halal. Il s’agit d’un concept qui émane des sources scripturaires musulmanes : le Coran et la Sunna - la tradition prophétique. Le sens du halal dans les textes renvoie à ce qui est permis et licite, par opposition à ce qui est haram, qui renvoie à l’interdit.

Pour ce qui est des produits carnés, on appelle communément une viande « halal » une viande qui a été obtenue via la dhakat - acte d’abattage rituel -, et décrit donc toute pièce de viande provenant d’un animal autorisé selon la loi islamique, abattue conformément aux règles de l’abattage rituel musulman et contrôlée selon le principe de la chahada - à savoir l’attestation, le témoignage - pour valider et garantir au musulman sa licéité. La dhakat est un abattage rituel réalisé au nom du Dieu unique.

L'Abattage Rituel Islamique en France

Un arrêté conjoint du ministère de l’intérieur et du ministère de l’agriculture, du 21 juin 1996, considère qu’il est d’intérêt public d’organiser l’abattage rituel islamique dans des conditions garantissant l’ordre et la santé publics. Cet agrément implique que tout sacrificateur rituel musulman souhaitant opérer dans un abattoir en France, doit être détenteur d’une habilitation délivrée par la grande mosquée de Lyon ou par l’une des deux autres mosquées habilitées, la grande mosquée de Paris et la grande mosquée d’Évry.

L’ARGML (Association Rituelle de la Grande Mosquée de Lyon) a mis en place un dispositif de contrôle des abattages, des opérations de découpe, de transformation et d’élaboration des viandes et autres produits agroalimentaires destinés à être commercialisés sous l’appellation « halal ».

Les étapes d'abattage des animaux à l'abattoir.

Sensibilisation au Bien-Être Animal

L’opinion a joué un rôle important pour sensibiliser les pouvoirs publics à la souffrance animale et, beaucoup plus récemment, à la maltraitance des animaux. C’est pourquoi le décret de 2013 oblige les sacrificateurs, avant même d’opérer, avant même d’obtenir leur carte, à suivre une formation qui leur donne une compétence en matière de prévention de la souffrance animale.

Il faut savoir que l’élément central est le larynx. Les quatre vaisseaux - les carotides droite et gauche et les jugulaires droite et gauche - qui passent au-dessus du larynx doivent être sectionnés à cet endroit précis. La jugulation est la tranchée des éléments du cou : on doit veiller à ce que les quatre vaisseaux que j’ai mentionnés ont bien été sectionnés et ont bien saigné. D’autres organes doivent être également sectionnés, comme l’œsophage et le thymus. La section ne doit pas aller au-delà des arcades mandibulaires ni au-dessous, faute de quoi la saignée n’est pas valable.

Il faut attendre un certain temps pour que l’animal se vide de son sang puis il faut vérifier l’absence de spasmes, contrôler les réflexes de vigilance, notamment le réflexe cornéen, celui de l’audition, en tapant dans les mains. Puis on affale l’animal avant qu’une chaîne ne prenne sa patte arrière gauche, afin qu’on procède à l’habillage, au dépeçage, pesée, etc.

Nombre de cartes de sacrificateur délivrées par la Grande Mosquée de Lyon

Année Nombre de cartes délivrées
2013 29
2014 26
2015 41
2016 30

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