Rares sont les châteaux où l’on peut ressentir l’histoire d’aussi près. Chantilly (Oise) en fait partie, et on le doit à un homme, le duc d’Aumale. Sans héritier, il a légué en 1897 tous ses biens à l’Institut de France. De Nancy, on y est en tout juste quatre heures, et l’histoire de France vous y attend à bras ouverts.
Chantilly, souvent décrite comme une « ville princière » et « capitale du cheval », est bien plus qu'un simple slogan touristique. C’est une réalité historique, urbaine, économique et sociale qui marque encore aujourd’hui fortement le paysage et l’identité de la ville. Mais Chantilly c’est aussi une ville à la campagne où les espaces naturels et protégés déterminent sa forme et son expansion.
Celle-ci débute véritablement au XVIe siècle avec la construction du petit château et la rénovation du bâtiment médiéval par Anne de Montmorency. Elle se poursuit au XVIIe avec le Grand Condé qui transforme Chantilly (60) en haut lieu de la vie mondaine et fait appel à Le Nôtre pour l’aménagement des 115 hectares de jardins à la française. L’œuvre se parachève au XVIIIe avec la construction des grandes écuries, la création de la manufacture de porcelaine ou encore la construction du château d’Enghien.
Mais la Révolution passe par là. Le grand château est détruit en 1799. Le prince Louis Joseph de Condé est contraint à l’exil. En 1830, le duc d’Aumale hérite de tous ses biens, et il n’aura de cesse de reconstruire le grand château et, surtout, d’y installer les collections (tableaux, livres, manuscrits, graphiques, mobilier…) qu’il a réussi à se constituer tout au long de ses 23 années passées en Angleterre.
Avant d’être le château que l’on connaît, Chantilly était une forteresse qui servait à contrôler la route menant de Paris à Senlis. En parti démoli pendant la Révolution et vidé de son mobilier, le château est reconstruit, entre 1875 et 1885, par son nouveau propriétaire, le duc d’Aumale. Il fait appel à l’architecte Honoré Daumet. Son rêve : pouvoir exposer toutes les oeuvres qu’il a acquit tout au long de sa vie. En 1886, sans descendance et se voyant vieillir, il lègue le Domaine de Chantilly et toutes ses précieuses collections à l’Institut de France.
Le château de Chantilly est un endroit qui est resté inchangé depuis le décès de son dernier propriétaire, Henri d’Orléans, duc d’Aumale et fils du dernier roi des Français, en 1897. Considéré comme le plus grand collectionneur de tous les temps, le duc a fait du Château de Chantilly un véritable écrin. Il l’avait conçu pour conserver ses innombrables chefs-d’œuvre et manuscrits originaux, acquit tout au long de sa vie.
Aujourd’hui propriété de l’Institut de France, les collections ne peuvent pas être déplacées. C’est une volonté testamentaire de son ancien propriétaire.
En pénétrant à l’intérieur du château, c’est ce patrimoine de toute beauté, préservé à l’identique, que le public peut aujourd’hui découvrir. Plus grande collection privée française, le musée Condé - et notamment la galerie des peintures - est à cet égard un véritable écrin pour les plus beaux tableaux de la peinture française, mais aussi italienne de l’époque florentine. Une centaine de pièces au total parmi les quelque 830 œuvres y sont soigneusement répertoriées. Mais le trésor constitué par le duc d’Aumale est loin de s’arrêter là.
Chantilly conserve également un fonds impressionnant de portraits du XVIe siècle provenant de la collection de la reine de Médicis. La photographie à laquelle le duc s’est intéressé de près y occupe aussi une place de choix, avec des clichés datant de 1850. Notamment une cinquantaine d’entre eux pris par l’Anglais Roger Fenton lors de la guerre de Crimée. Plus fabuleux encore, le passage par la bibliothèque et les archives de Chantilly, qui comptent pas moins de 60. 000 volumes, 8000 cartes et plans ainsi que 80.000 lettres.
Le Château de Chantilly est vraiment destiné aux amateurs de peintures et de livres anciens. Tout simplement parce qu’il abrite la seconde plus importante collection de peintures anciennes après le Louvre et la seconde plus importante collection de livres en France après la Bibliothèque Nationale de France (BNF). C’est peu dire !
La visite débute par le cœur du château : les salles qui abritent l’énorme collection d’œuvres d’art du Duc d’Aumale. Le mot exact pourrait même être « foisonnante » car il y en a partout ! Les murs sont recouverts de tableaux du sol au plafond, sans ordre chronologique précis. Cette collection comprend plusieurs centaines de tableaux et des milliers de dessins.
Parmi les œuvres les plus connues, vous trouvez « Les Trois Grâces », « La Madone de la maison d’Orléans » et « La Vierge de Lorette » de Raphaël. Dans cette impressionnante salle, vous découvrez près de 85 peintures comme « Le Massacre des Innocents » de Nicolas Poussin ou encore « Le Portrait du Cardinal de Richelieu » par Philippe de Champaigne. Au fond de la galerie, vous pénétrez sous une belle rotonde. Ici, se trouvent la « Simonetta Vespucci » de Piero di Cosimo (1480), considérée à l’époque comme la plus belle femme au monde, et un authentique Raphael, « La vierge de Lorette ».
Dans cette salle, vous découvrez deux autres œuvres de Raphaël : « Les Trois Grâces » et « La Madone de la maison d’Orléans ». La troisième œuvre de Raphael, exposée dans la Galerie de Peinture, n’a été authentifiée que bien des années après le décès du Duc. C’est pour cela qu’elle n’est pas au même endroit que les deux autres. Le duc d’Aumale a conçu cette salle comme un panorama de l’histoire de la peinture : deux murs sont consacrés à la Renaissance avec Fra Angelico, Botticelli, Titien. Un mur est dédié aux 17e et 18e siècles français et flamands avec Poussin, Van Dyck, Watteau. Deux autres murs présentent des œuvres du 19e siècle français, avec d’un côté le courant néoclassique (Ingres), et de l’autre le romantisme (Delacroix).
Le cabinet des Clouet regroupe une collection de 90 portraits de la Renaissance. Tous les rois et reines de France du 16e siècle sont représentés, peints par Jean Clouet et son fils, François.
La Galerie de Psyché comporte 44 vitraux en grisaille qui relatent l’histoire de Psyché, tirée de L’Ane d’Or d’Apulée. Les 44 vitraux proviennent du château d’Ecouen aujourd’hui musée national de la Renaissance. L’histoire se lit de panneau en panneau, à l’horizontale. Psyché était la plus belle des mortelles. Jalouse de sa beauté, Vénus ordonne à Cupidon de la faire tomber amoureuse de l’homme le plus laid qu’il trouverait. Alors qu’il exécute la requête, Cupidon se blesse accidentellement avec l’une de ses flèches. Une nuit, Psychée profite du sommeil de Cupidon pour allumer une lampe et éclairer son visage. Mais une goutte d’huile brulante tombe sur l’épaule de Cupidon, qui, démasqué, s’enfuit. Désespérée, Psyché demande de l’aide à Vénus qui lui fait passer plusieurs épreuves. Elle les réussi toutes mais tombe dans un piège lors de la dernière. Cupidon, toujours amoureux, revient la sauver. Les dieux de l’Olympe décident de la rendre immortelle.
Cette vaste pièce était la salle à manger de réception. C’est là que le duc d’Aumale accueillait le dimanche toute l’élite artistique et intellectuelle de son temps. Sur les murs, des têtes de cerfs trônent fièrement. Elles rappellent la passion du Duc pour la chasse.
Le prince lui-même racontait : « Je pense que je suis atteint de bibliomanie ! ». Cette bibliothèque est très impressionnante car elle abrite une collection de plus de 60 000 ouvrages dont « Les Très riches Heures du Duc de Berry ». C’est un livre d’heures du 15e siècle, considéré comme l’un des plus beaux manuscrits enluminés au monde. Sur les 60 000 volumes que compte la collection de Chantilly, près de 19 000 volumes sont présentés dans le cabinet des livres, dont 1 500 manuscrits et 17 500 imprimés.
Situés au 1er étage du petit château, les appartements comprennent deux salles décorées au 19e siècle (l’antichambre et la salle des gardes). Elles ont été élevées sur l’ancien bras d’eau qui séparait le Petit Château du Grand Château. On y visite ainsi les appartements des princes de Condé.
115 ha, c’est la superficie totale des jardins. Autant dire que pour en faire le tour, il vous faudra un peu de temps et de bonnes jambes. Mais vous pouvez notamment découvrir : un jardin à la française dessiné par André Le Nôtre au 17e siècle, un jardin anglo-chinois datant de la fin du 18e siècle et un jardin anglais datant du début du 19e siècle. La balade vaut vraiment le coup d’oeil. D’autant plus que le parc est très agréable et que vous pouvez y passer la journée si vous prévoyez un pique-nique.
Si vous ne vous sentez pas de marcher, vous avez 2 possibilités : le petit train touristique qui vous emmène dans tous les jardins (4 euros par adulte).
Dessiné en 1665 par André Le Nôtre, jardinier du roi Louis XIV, pour Louis II de Bourbon-Condé, le grand parterre se déploie au pied du château de façon spectaculaire. Masqué par la grande terrasse du château, il s’offre comme par surprise au regard du visiteur. Symbole du jardin à la française, il s’organise de façon symétrique et géométrique autour de nombreux bassins, véritables miroirs d’eau jouant avec la lumière. Le jardin de Chantilly est de toutes les créations de Le Nôtre celle où la superficie des eaux est la plus importante.
Dessiné en 1773 par l’architecte Jean-François Leroy pour le prince Louis-Joseph de Bourbon-Condé, le jardin anglo-chinois de Chantilly témoigne du goût pour la Chine et du retour à la nature prôné par la philosophie des Lumières au 18e siècle et déjà adopté par les Anglais. À l’opposé du jardin à la française, il se caractérise par une imitation de la nature et de son côté sauvage mais avec goût. En son centre, Leroy aménage un hameau composé de sept maisonnettes, qui a notamment servi de modèle à celui de Marie-Antoinette au Petit Trianon de Versailles.
Durant la période Révolutionnaire, la partie ouest du jardin dessiné par le Nôtre au 17e siècle est détruite et en partie recouverte par la ville. Sur la parcelle restante, entre le château et les grandes écuries, le prince de Condé, de retour à Chantilly, fait aménager, un parc à l’anglaise par l’architecte Victor Dubois en 1819. Dans le style désormais à la mode, Dubois compose un grand parc paysager, peuplé de fabriques comme le Temple de Vénus, le pont des grands hommes ou encore l’ile d’Amour.
La visite du domaine de Chantilly ne saurait être complète sans un passage par les grandes écuries construites à partir de 1719 ; les plus grandes d’Europe avec un édifice de 186 m de long et un dôme central de 28 m de haut. À l’origine, 250 chevaux et 250 chiens pouvaient y être hébergés. Mais, grâce à la passion et l’opiniâtreté d’Yves Bienaimé, les lieux ont retrouvé leur âme. Une aile du bâtiment abrite ainsi depuis 1982 le musée vivant du cheval. Aujourd’hui, c’est sa fille Sophie qui y perpétue la tradition avec un spectacle équestre retraçant la mémoire du site. « Il était une fois… les grandes écuries » est une fresque ludique mêlant à la fois l’humour, la poésie, la gravité et les prouesses acrobatiques.
Chaque année, le château accueille 450. 000 visiteurs dont 150. 000 pour les seules écuries. Avec une pointe supplémentaire de magie lors des fêtes de Noël, lorsque la troupe équestre dévoile ses contes oniriques au cœur d’un domaine paré de ses habits de lumière.
Logé dans un immeuble datant du XIXe siècle, Le Vertugadin accueille ses clients depuis plus d’un siècle. Michaël Ejzenbaum a repris l’établissement en 2017. « C’était auparavant une auberge. Les chambres ont été supprimées en 2000. D’ailleurs, il s’appelait l’Hôtel du Lion d’Or, mais mon prédécesseur l’a rebaptisé Le Vertugadin », explique-t-il.
Dans ce restaurant, la décoration reflète son ancienneté, avec notamment un cerf empaillé trônant à l’entrée. « Le cerf est l’emblème décoratif de l’établissement, un clin d’œil à l’ancien propriétaire, passionné de chasse, et à la tradition cynégétique de la région.
Le gérant y propose une cuisine traditionnelle. Ici, pas de carte courte : le restaurant perpétue la tradition d’il y a 40 ans avec une carte longue de plats typiquement français - steak au poivre, tartare de bœuf, poitrine de cochon confite ou filet de dorade. « On essaie toujours d’ajouter des produits locaux quand c’est possible et de privilégier les plats de saison. La carte reste la même, mais on ajuste les garnitures et on propose quelques suggestions », précise le gérant. Il a choisi de ne pas la modifier pour une raison simple : « Les clients viennent pour mon steak au poivre, mon tournedos Rossini ou le tartare de bœuf préparé sous leurs yeux. Ce n’est pas un restaurant de chef en quête de création permanente. Ma passion, c’est de recevoir les clients.
Avant de reprendre Le Vertugadin fin 2017, Michaël Ejzenbaum a évolué de cuisinier à directeur, en passant par le service, dans des restaurants étoilés à Paris, avant de travailler comme acheteur pour le groupe Bertrand Franchise. Il a ensuite ouvert son propre restaurant dans la capitale.
Amoureux de Chantilly, Michaël y a trouvé son bonheur et accueille les clients dans sa néo auberge avec une cuisine gastro-décomplexée. Une décoration atypique, deux jardins qui accueillent les expositions de nombreux artistes et une cuisine de qualité avec des produits de saison. Michaël Ejzenbaum, propriétaire du Vertugadin, à deux pas du Châteaux de Chantilly nous ouvre les portes de son restaurant et nous donne les secrets de sa sauce au poivre, sa chantilly et sa tarte aux pommes.
Lors de votre visite à Chantilly, voici quelques adresses utiles :
François Vatel, organisateur des événements les plus en vogue du règne de Louis XIV, est entré dans l'histoire en se suicidant, épuisé par l'organisation d'une réception pour le roi. Les légendes autour de François Vatel l'ont tantôt qualifié d'inventeur de la crème Chantilly (il n'en est rien), tantôt de cuisinier de génie (il n'a jamais été aux fourneaux), et ont fait de lui un personnage souvent cité dans l'histoire de la gastronomie française.
En tant que "contrôleur général de la bouche", en charge de l'organisation des réceptions, du ravitaillement et des achats pour les repas, on lui demande à nouveau d'organiser une réception en présence du roi et de la cour, dix ans après celle de Vaux. L'enjeu est de taille : ces trois jours de fête doivent célébrer la réconciliation entre les deux cousins. Car si le prince de Condé a été pardonné officiellement en 1659, son entente avec le roi reste fragile.
Pour Vatel, la pression est immense. Les festivités doivent durer trois jours et accueillir des centaines de personnes. Les semaines et les jours précédant la réception, il faut donc organiser non seulement les festivités mais aussi l'accueil de ces centaines de personnes. Quand la fête commence, la fatigue se fait donc déjà sentir.
Le premier soir, le jeudi 23 avril 1671, première fausse note : il manque du rôti pour la dernière des vingt-cinq tables. Quant au feu d'artifice, qui aurait coûté 16 000 francs, il est gâché par la météo : des nuages l'ont recouvert. Le poisson doit arriver tôt dans la matinée, par pourvoyeur, depuis les ports de la Manche. À 4 heures, une première livraison arrive, mais elle ne contient pas grand chose, en tout cas, pas assez pour tous les convives. Vatel monte dans sa chambre, coince son épée dans le chambranle de porte et s'embroche dessus à trois reprises, jusqu'à tomber mort. La fatigue, la pression, les imprévus : toutes ces choses accumulées l'auront amené à ce suicide spectaculaire.
Ironie du sort : quelques instants après le suicide de Vatel, de nouvelles livraisons de poissons, plus importantes, sont arrivées.
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