L'histoire du Petit Pain d'Argenteuil est intimement liée à celle de l'immigration italienne dans cette commune riveraine de la Seine, située dans le Val d'Oise, à un quart d'heure de train de la gare Saint-Lazare. Argenteuil compte aujourd'hui environ 100 000 habitants.
Nous sillonnons les chemins de la mémoire, en suivant les traces laissées par une présence qui, à l'échelle d'un siècle - depuis les années 1890 -, s'est enracinée sur la colline gypseuse de Mazagran jusqu'à y constituer un monde culturel. Ce qui ressort toutefois du récit de Marino, comme de ceux des autres témoins rencontrés au cours de cette recherche, c'est que chacun se considère comme représentant d'une mémoire collective unique.
Pour les immigrés d'origine italienne, la première question est, précisément, de nommer, avec leurs propres codes linguistiques, le lieu où ils vont habiter. C'est Mazzagrande, et nous avons repris les explications de Marino au début de ce texte. Un quartier rebaptisé, des noms italianisés... L'appropriation de l'espace a été facilitée par sa situation particulière dans la commune.
Le centre d'Argenteuil s'est consolidé autour du vieux village, près de la Seine, au sud-est; au nord, les versants de la colline, traditionnellement voués aux vignes, mais aussi aux figuiers et à la culture de l'asperge, ont connu, à partir du XVIIIe siècle, le développement croissant d'une nouvelle activité liée aux carrières de gypse.
L'économie de Mazagran reste liée à l'exploitation du gypse longtemps après la disparition du vignoble: encore pendant les années 20 et 30 et dans une moindre mesure après la guerre - en raison de la mécanisation, de l'épuisement de la matière première, de l'urbanisation de la colline par les pavillons. L'exploitation des carrières constitue bien, avec les emplois de manœuvres et de maçons dans le bâtiment, l'activité quasi exclusive des Italiens d'Argenteuil recensés en 1931.
Très tôt , la sociabilité est dominée par les Italiens. Pendant la grève dans les carrières de gypse du 1909 (mémorable dans l'histoire locale au XIXe siècle), le Franco-Italien (ainsi désignait-on un café-restaurant tenu par des Transalpins) joue le rôle de centre logistique pour le syndicat. Ensuite, et pour longtemps, les épiceries, les cafés, les billards, les bals tenus par les Italiens sont nombreux.
Ines, née à Roteglia di Castellarano, dans la province de Reggio Emilia, raconte comment elle a rejoint le quartier avec ses parents dans les années trente, pour ne plus le quitter.
Pour Leonardo, un autre témoin né à Cavriago, qui a tenu longtemps une boucherie italienne, la sociabilité italienne de Mazzagrande appartient à une époque révolue.
Parmi les entretiens qui viennent d'être cités, plusieurs ont été réalisés dans la salle de quartier Rino Della Negra. Il s'agit de la première salle municipale à Mazzagrande et elle date de 1980. Son ouverture a suivi la fermeture de la salle de bal la plus grande du quartier, gérée par un "Reggiano" d'origine (famille Canepari).
Quand la Municipalité communiste d'Argenteuil pose sur la hauteur de Mazagran la salle en matériel préfabriqué dont le nom honore Rino della Negra, jeune martyr de la Résistance - à quelques dizaines de mètres de sa vieille maison, dans le cœur symbolique du vieux quartier mais en position encore plus excentrique du point de vue de l'organisation urbaine -, ce nouveau point de rencontre joue plutôt un rôle de lieu de reconnaissance institutionnel de la culture et de la mémoire collective produites par les Italiens d'Argenteuil.
À Argenteuil même, cette expérience s'est poursuivie après la guerre, Gina étant devenue l'animatrice et la présidente de la Fratellanza Reggiana de Paris.
L'ombre de Paris s'étend sur l'Île-de-France. La capitale commande l'activité économique des villages alentours : Gonesse livre le pain, Argenteuil le vin de sa vigne, Montreuil ses pêches, Montmorency ses cerises, Villiers-le-Bel fournit la dentelle, Boulogne le linge blanchi, Versailles, Chantilly ou Écouen le calme apprécié des Parisiens fortunés.
Parallèlement à cette histoire locale, l'Auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise offre un autre aperçu de la vie rurale et artistique de la région.
En 1855, Auvers-sur-Oise est un pittoresque bourg rural, au cœur du département Seine-et-Oise (78). Avec ses quelques deux milles habitants, Auvers est aussi un chef-lieu de canton animé, qui attire commerçants et artisans. Paris n'est qu'à trente kilomètres, distance que l'on parcourt en une heure à peine en chemin de fer.
C'est là qu'un maître-maçon, originaire du village, construit sa maison, à quelque distance de l'ancien Manoir des Colombières. Son nom est Auguste Crosnier. Il vient d'épouser Adélaïde Caffin, couturière. Le jeune ménage est sans doute modeste : par mesure d'économie, le maçon récupère de vieux matériaux. Auguste Crosnier a bien choisi son emplacement.
Quelques années plus tard, la mairie du village dresse ses murs blancs, son toit d'ardoise et son clocheton, en face de sa maison. Le bâtiment municipal sert aussi d'école primaire. L'instituteur y habite. La poste, qui dispose déjà du télégraphe, est toute proche. Autour de la place, des commerçants tiennent boutique, chez qui on peut se procurer les nouveautés de Paris.
Quoi de plus naturel qu'un café ouvre ses portes sur cette place, qui devient le cœur du village ? En 1884, il commande des travaux d'embellissement de la façade du "Café de la Mairie". Le café devient alors un lieu agréable, où viennent sans doute les peintres, qui travaillent au village et aux environs. Charles-François Daubigny habite Auvers, où Paul Cézanne a travaillé deux ans.
En dehors des jours de marché, la clientèle se compose surtout des artisans - menuisiers, maçons, forgerons - des ouvriers des ateliers du voisinage et des nombreux journaliers employés dans les fermes du village.
En 1889, Monsieur et Madame Levert cherchent un gérant pour exploiter leur fonds. Ils finissent par s'entendre avec un certain Monsieur Ravoux, qui prend l'auberge à bail. Sa corpulence, son visage rond et sa moustache fournie évoquent un bon vivant. L'amabilité se lit sur ses traits. De petites lunettes rondes et un front haut et dégarni donnent un caractère sérieux et respectable au nouveau patron de l'auberge. On le dit d'un commerce agréable, et ses conseils sont appréciés. Il lui arrive cependant de s'emporter quand on le contredit. Arthur Ravoux est accompagné de toute sa famille.
Louise, son épouse, est une femme encore jeune, une jolie brune, dont la mise trahit une certaine coquetterie. Le fonds qu'il prend en gérance comprend alors une grande salle carrelée et décorée de fresques. Une frise à fond rouge sombre et un motif champêtre et rinceaux de feuillages égaient les murs. Dans le mur du passage sont scellés de gros anneaux de fer.
A l'Auberge Ravoux, comme dans les guinguettes des berges de l'Oise ou de la Seine, si souvent peintes par Charles Daubigny, Auguste Renoir et Claude Monet, on apprécie les petits vins frais. Les crus locaux d'Argenteuil ou le "ginglet" des coteaux de l'Oise connaissent une faveur particulière. Leur qualité est inégale mais, au moins, il n'y a pas de mélanges douteux, comme c'est le cas pour les mauvais vins servis à Paris.
A la tombée du jour, les clients peuvent s'attarder autour du grand billard, fierté de la maison. Le père Ravoux quitte son petit comptoir, couvert d'étain, pour allumer les suspensions. En hiver, un gros poêle ronronne. Dès les beaux jours, on aime prendre le frais devant l'Auberge. Quelques tables de fer permettent aux clients de profiter de l'ombre des arbres qui bordent la rue.
L'arrière-salle, comme l'écrira sa fille, Adeline, est alors "abandonnée aux artistes" qui logent à l'Auberge. Ils y terminent parfois leurs tableaux. Ces pensionnaires possèdent la clé de la porte qui donne sur le passage. Le confort est encore rudimentaire : un lit, une chaise, une petite commode ou un placard pour ranger les effets. Pour la toilette, une cuvette et un broc suffisent. L'eau courant n'existe à Auvers qu'aux fontaines publiques, alimentées depuis 1883 par la Compagnie Générale des Eaux.
Le 20 mai 1890, le train de Paris s'immobilise en gare d'Auvers. Mêlé aux voyageurs du pays, un peintre hollandais en descend. Au visiteur, Ravoux propose la petite chambre qui donne sur le palier du second étage. Elle est éclairée par une lucarne percée dans le toit. A Auvers, qui compte alors une bonne dizaine d'auberges, d'autres établissements plus confortables proposent des chambres à 6 francs. On en trouve aussi de moins chères.
L'Auberge est coquette, bien tenue. Soucieux de ménager son argent, Vincent van Gogh décide de s'installer "provisoirement, chez Ravoux". Ce même printemps, un autre peintre s'installe chez Ravoux. Il est lui aussi d'origine hollandaise. Theo lui a peut-être indiqué l'adresse de Vincent. Il habite au second, dans la chambre voisine de celle de Vincent. Jeune, de caractère enjoué, il semble peindre par amusement plutôt que par passion véritable.
Celui que les Ravoux appellent "Monsieur Vincent" devient vite familier de l'Auberge. Mais il ne vit que pour la peinture. Chaque matin, Van Gogh quitte l'auberge avec son attirail, pour aller peindre dans le village ou dans les champs. De retour chez Ravoux, il prend la plume pour écrire de longues lettres. La famille Ravoux ignore sans doute qu'il rend parfois visite au Docteur Gachet.
Celui-ci semble se plaire chez Ravoux : il espère même que son frère et sa famille viendront le rejoindre pour les vacances. La campagne d'Auvers est tellement plus proche que la Hollande et plus agréable que Paris ! Vincent est tombé d'accord avec les Ravoux, qui pensent que son neveu grandirait mieux à la campagne, où l'air est meilleur qu'à Paris. Il s'empresse de l'écrire à son frère, mais ce projet n'aura pas de suite.
Pourtant, le dimanche 6 juillet, après une journée passée à Paris chez son frère Theo, Van Gogh rentre à l'auberge, fatigué et tendu. Rien n'indique encore le drame qui se jouera dans quelques semaines. A cette époque, Arthur Ravoux a sans doute d'autres sujets d'inquiétude que le moral de ses pensionnaires. Alfred Levert a en effet décidé de vendre les murs de l'Auberge. L'acheteur est un certain Monsieur Delépine, propriétaire terrien à Butry, hameau alors rattaché à Auvers.
Peu après, Arthur Ravoux l'entend se plaindre. Inquiet, il monte au second et découvre le drame. Pour le Docteur Gachet, il n'y a guère d'espoir. Il est naturellement hors de question d'opérer le blessé sur place. Quant à le transporter à l'hôpital de Pontoise, les cahots de la route ne feraient qu'empirer son état.
Il fait chaud sous les toits, tandis qu'on veille le blessé. Anton Hirschig reste un moment à son chevet et échange quelques mots avec lui. Puis il va se coucher dans la chambre voisine. On imagine la tristesse mais aussi l'embarras de Ravoux ! Dès le lendemain, ceux-ci arrivent de Méry pour mener leur enquête. D'un ton bourru, le brigadier, nommé Rigaumont, interroge Vincent : pourquoi a-t-il commis ce suicide ?
Faible mais encore lucide, Van Gogh affirme qu'il s'est lui-même blessé. Puis il se tait, refusant de répondre aux autres questions du gendarme. Vers midi, un autre visiteur se présente chez Ravoux : c'est Theo, prévenu par un message du Docteur Gachet. Hirschig le lui a déposé au matin à la galerie Boussod & Valadon. Il monte aussitôt rejoindre Vincent.
Durant une dernière et longue soirée, les deux frères parlent ensemble. Theo veut encore croire que son frère guérira. Dans la nuit, à 1h30, Vincent van Gogh meurt. Au matin, Arthur Ravoux accompagne Theo van Gogh à la mairie pour la déclaration de décès. Vincent n'avait que trente-sept ans et peignait depuis dix ans à peine.
Lorsqu'il arrive le lendemain à Auvers, l'un des meilleurs amis de Vincent, le peintre Emile Bernard, trouve le cercueil déjà clos, posé sur le billard. Les dernières toiles de Vincent l'entourent et forment, selon Emile Bernard "comme une auréole" en hommage à Vincent. Après l'enterrement, Theo, profondément peiné, propose aux amis de Vincent de garder quelques toiles en souvenir de son frère.
Pour sa part, Arthur Ravoux décline la proposition. Il ne conserve que les deux tableaux que Vincent lui avait déjà offerts, tous deux peints à l'Auberge : le portrait d'Adeline en robe bleue, et la vue de la mairie le 14 juillet. Bien plus tard, alors qu'il réside à Meulan, il cède les deux tableaux pour 40 F à un groupe de peintres qui disent connaître l'œuvre de Van Gogh.
C'est l'heure des adieux : Theo emballe les affaires de Vincent, offre un dernier cadeau à la petite Germaine Ravoux, en remerciement de tout ce que ses parents ont fait, puis s'en retourne à Paris. Il ne reviendra jamais à l'Auberge : six mois plus tard, en effet, il meurt en Hollande.
Chez Ravoux, la tristesse ne dure qu'un temps. Le 19 juin 1892, un événement heureux survient à l'Auberge, avec la naissance d'une dernière fille, Olga Réjane. Pourtant, huit mois plus tard, Arthur Ravoux et les siens quittent le village. Ils s'en vont tenir une grande brasserie à Meulan. Un autre gérant, nommé Leleu, lui succède.
Au début du XXe siècle, la devanture de l'Auberge est remise au goût du jour : celle qu'a connue Van Gogh disparait alors. L'ancien commerce de vins et restaurant demeure le café du village. Entre les deux guerres, les promoteurs commencent pourtant à affluer : l'œuvre de Van Gogh attire déjà historiens d'art, photographes ou simples passionnés.
Après la Libération, le café change plusieurs fois de mains en quelques années. Le bâtiment se dégrade et la maison n'a pas bonne réputation. Heureusement, l'Auberge est reprise en 1952 par Roger et Micheline Tagliana. Certes, les débuts sont difficiles. L'enthousiasme et la chaleur humaine compensent le manque de moyens. Grâce à Adeline Ravoux, qui revient en 1954 sur les lieux de son enfance, la chambre de Van Gogh peut être reconstituée.
Des expositions de tableaux sont organisées, dont une rétrospective de l'œuvre d'Emile Bernard en 1960. Cependant, après avoir passé trente-cinq ans derrière les fourneaux, Madame Tagliana, devenue veuve, aspire à une retraite bien méritée.
| Date | Événement |
|---|---|
| 1855 | Construction de la maison d'Auguste Crosnier à Auvers-sur-Oise |
| 1884 | Travaux d'embellissement du "Café de la Mairie" |
| 1889 | Arthur Ravoux prend l'auberge à bail |
| 1890 | Vincent van Gogh s'installe à l'Auberge Ravoux |
| 1890 | Décès de Vincent van Gogh |
| 1892 | Naissance d'Olga Réjane Ravoux |
| 1952 | Roger et Micheline Tagliana reprennent l'Auberge |
| 1993 | Réouverture de l'Auberge Ravoux après restauration |
Acquise en 1987, l'Auberge Ravoux est protégée des intempéries par une bâche, qui l'enveloppe complètement. Elle reproduit le dernier autoportrait de Vincent. Plus que centenaire, la vieille bâtisse a en effet besoin d'une restauration approfondie. Plusieurs années d'études sont nécessaires avant le démarrage des travaux en janvier 1992.
Après un patient travail de recherche en archives, d'études stratigraphiques ou d'analyses chimiques poussées, son aspect, son aménagement et même ses couleurs d'origine sont retrouvés. Chaque détail est étudié avec soin, afin de garder son âme à la Maison de Van Gogh, tout en permettant l'accueil du public dans les meilleures conditions.
A l'issue de vingt mois de chantier, l'Auberge Ravoux accueille depuis le 17 septembre 1993 tous les passionnés de Van Gogh. Cette restauration a permis la sauvegarde d'un monument historique unique au monde car l'Auberge Ravoux demeure l'une des rares maisons où Van Gogh ait vécu, qui soit parvenue intacte jusqu'à aujourd'hui.
Auberge Ravoux à Auvers-sur-Oise
PARCE QUE le pain accompagne l'histoire des hommes depuis des millénaires, le village de Commeny, riche d'une longue tradition boulangère, lui a consacré un musée.
En janvier 1998, la Maison du pain ouvre ses portes au public, à Commeny, et devient le premier équipement culturel de l'écomusée du Vexin français. Installé au-dessus de la boulangerie, dans le grenier à farine du village, le musée évoque l'histoire du pain à travers le temps et les méthodes traditionnelles de fabrication. Gardien du temple, Marc-Olivier Lambert invite les visiteurs à mieux connaître les secrets de ce métier ancestral.
A l'heure de la « nouvelle économie », la Maison du pain qui reçoit 5 000 visiteurs par an témoigne de la richesse des activités traditionnelles. Elle est la première des maisons à thème que souhaite développer le parc naturel régional du Vexin français.
Maison du Pain de Commeny
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