Le Moulin de la Galette : Une Source d'Inspiration pour Van Gogh et les Artistes de Montmartre

Le Moulin de la Galette est le sujet et titre de plusieurs tableaux réalisés par Vincent van Gogh en 1886 sur un moulin qui était proche de l'appartement qu'il occupait à Montmartre avec son frère Théo.

Les artistes de l'avant-garde ont propagé à travers les siècles la légende du Moulin de la Galette par la qualité d'oeuvres aussi frappantes que variées.

Pierre-Auguste Renoir, Henri de Toulouse-Lautrec, Vincent Van Gogh, Pablo Picasso fréquentent tous ce bal public. Attirés par l’idée de saisir l’air du temps, ils y captent dans l'instant la réalité de la société parisienne hors des ateliers.

La représentation du bal du Moulin de la Galette appartient à l’histoire intime de Montmartre, commune annexée à la ville de Paris en 1860. Les paysagistes comme Paul Signac ou Maurice Utrillo sont séduits par les paysages champêtres d’un village à peine urbanisé tandis que d’autres se laissent happer par les scènes de genre au cœur des hauts lieux de la nuit parisienne.

Le Moulin de la Galette incarne ce nouveau type d’établissements populaires où se pressent les personnages hauts en couleur de la bohème. En choisissant pour motif cette foule bigarrée, les peintres rendent compte d’une forme d’ébullition sociale, culturelle, illustrent un quotidien tangible dans toute sa vérité.

Mélange des genres, des origines, l’ouvrier y côtoie le grand bourgeois. Cela se traduit plastiquement par un travail nouveau de la lumière, du mouvement.

Le bal Debray, guinguette réputée qui attire les foules depuis le début des années 1830 devient sous le nom de Moulin de la Galette un emblème de la vie nocturne de la Butte. Transformé dès 1890 en cabaret fermé après avoir été bal public en plein air, il rend compte de l’essor de l’industrie du spectacle et annonce l’ère du divertissement.

Interlope, vaguement louche à la fin du XIXème siècle, il évolue en music-hall à partir de 1924 puis devient studio de l’ORTF jusqu’en 1974.

L'Histoire du Moulin de la Galette

Au lendemain de la chute de Napoléon Ier, à Montmartre, l’héritier de la famille Debray, dynastie de meuniers de la Butte, est un fameux amateur de danse. Il dispense des cours aux riverains et aux Parisiens qui viennent prendre l’air le week-end.

Il est propriétaire de deux moulins, le Radet et le Blute-fin, perché sur un petit tertre en plein maquis de Montmartre, tertre sur lequel les Romains avaient établi un temple dédié au dieu Mars.

Dès 1833, il organise le dimanche dans la cour de la ferme Debray au pied du Blute-fin, un bal public en plein air. De 15h à la nuit tombée, une foule s’y presse pour danser, boire le petit vin blanc aigrelet de Montmartre et déguster les galettes de seigle qui donneront son surnom à la guinguette.

En 1834, Debray transfère le Radet à l’intérieur de la ferme, à la croisée de la rue Giraudon et de l’allée des Deux-frères. Avec le développement des accès à la Butte Montmartre, la vie nocturne s’y fait plus intense d’autant que le village au-delà des barrières d’octroi n’est pas soumis aux taxes qui pèsent sur le vin dans Paris intra-muros.

A partir de 1809, une nouvelle rue baptisée chemin Neuf, puis en 1852 rue l’Empereur, avant de devenir en 1864 la rue Lepic facilite le transport. Cette voie adaptée à la circulation en voiture notamment, rassemble divers chemins de terre et sentiers rectifiés conduisant de la barrière Blanche, la place Blanche, au haut de la Butte Montmartre.

En 1860, sous l’impulsion de Napoléon III, Montmartre est annexée à la ville de Paris. Dans les années 1870, le bal Debray ouvre quatre jours par semaine, les moulins sont relégués au rang de décor pittoresque. Il prend officiellement le nom de bal du Moulin de la Galette en 1895.

Au début des années 1920, Pierre Auguste Debray mène d’importants travaux dans sa propriété afin de développer les activités festives du Moulin de la Galette. Il envisage un temps de raser le Radet car il fait doublon avec le Blute-fin.

Les riverains galvanisés par l’association la Société du Vieux Montmartre se portent au secours du moulin. Debray finalement choisit de ne pas s’en défaire.

Les propriétaires du moulin de la Galette ont aménagé la vue sur la butte surplombant Paris en créant une terrasse panoramique et une piste de danse pour divertir sa clientèle.

Construit en 1622, il était à l'origine nommé Blute-Fin et appartenait à la famille Debray au XIXe siècle. Moulin de la Galette était également le lieu d'un bal dansant en extérieur qui était situé entre deux des derniers moulins de la butte Montmartre.

Il y avait encore trois moulins sur la butte, mais c'était celui-ci que van Gogh avait pour sujet préféré. Le Moulin à Poivre, un second moulin, est juste à gauche du tableau à l'horizon.

Le Moulin de la Galette par Van Gogh

Les Artistes et le Moulin de la Galette

Henri de Toulouse-Lautrec

Henri de Toulouse-Lautrec (1864-1901) s’ingénie à saisir l’âme de Montmartre, la vie des cabarets, des théâtres, l’électricité de la nuit et les distractions canailles. Il s’attache aux personnalités, les excentricités, les talents variés comme Louise Weber dite la Goulue, Jane Avril, Yvette Guibert. Il encourage Suzanne Valandon alors modèle dans sa vocation de peintre.

Toulouse-Lautrec s’intéresse à la réalité de la société dans ses aspects authentiques voire même les plus crapuleux. Le Moulin de la Galette ne sera pas son quartier général à Montmartre mais il laissera tout de même une trace. Il lui préfère notamment le Moulin Rouge.

Toulouse-Lautrec porte un regard amusé, grave, lucide sur les plaisirs, la débauche de ces cabarets.

Pierre Auguste Renoir

En comparaison, Pierre Auguste Renoir (1841-1919) semble bien sage. Il s’installe au début des années 1880 dans un petit atelier de la rue Cortot afin de réaliser un grand tableau, "Le bal du Moulin de la Galette". Les études sont nombreuses, la recherche intense.

La toile est achevée en 1886 puis présentée en 1887 lors de la Troisième exposition du groupe impressionniste. Renoir représente la vie parisienne, ses proches amis. Il saisit l’instant, retranscrit une atmosphère, une forme d’insouciance bon enfant toute de fraîcheur et de joie.

Dans cette œuvre particulière, il traduit le mouvement par des effets floutés, l’atmosphère de liberté par un fourmillement des motifs. Le tableau acheté par le peintre Gustave Caillebotte en 1879 est légué par testament à l’Etat en 1894.

Kees Van Dongen

Il est intéressant de comparer la représentation du Moulin de la Galette de Renoir à celle proposée en 1904-05 par Kees Van Dongen (1877-1968). Trente ans les séparent et au-delà des sensibilités esthétiques différentes, l’évolution de l’atmosphère est frappante.

Le Moulin de la Galette devenu bal fermé semble plus canaille. Dans ce tableau de foule mouvante, les couleurs assombries, plus crues de la palette fauve soulignent les attitudes directes, gestes lestes d’une séduction sexuée.

Van Dongen, qui multiplie néanmoins les clins d’œil à Renoir, porte un regard moins naïf sur les bals populaires fréquentés par les lorettes, voyous, les apaches. Misère, alcool, prostitution sont des motifs prégnants de ces scènes.

Le peintre acquiert à Paris la reconnaissance. A Montmartre puis à Montparnasse, il s’attache à représenter la ville, la foule, la bohème dans l’exaltation des sens, une vivacité qui répond à l’ambiance de la nuit.

Vincent Van Gogh

Noctambule averti, Vincent Van Gogh (1853-1890) a pourtant offert une vision apaisée et champêtre du Moulin de la Galette. En 1886, il quitte les Pays-Bas pour s’installer chez son frère Théo, marchand d’art à Paris, qui demeure à Montmartre.

Ce séjour marque une période charnière pour l’artiste qui puise dans la fréquentation de l’avant-garde, les impressionnistes, les pointillistes de nouveaux moteurs de renouvellement. Van Gogh fréquente assidument Toulouse-Lautrec, Pissarro, Gauguin, Emile Bernard, Charles Angrand, Louis Anquetin.

Il invente ses propres techniques, sa touche, libère sa palette. Fasciné par les atmosphères pastorales, il peint les paisibles paysages du haut Montmartre et s’encanaille dans un bas Montmartre plus urbanisé.

En juin 1886, Théo trouve un appartement avec atelier au 54 rue Lepic à quelques pas du Moulin de la Galette.

Le Moulin de la Galette, également appelé Le Moulin de Blute-Fin, Montmartre (F274) reflète une transition artistique de van Gogh par rapport à son travail aux Pays-Bas qui était sombre et lourd. Influencé par l'impressionnisme, van Gogh a peint ce tableau avec des couleurs lumineuses et des coups de pinceaux permettant de montrer la lumière et le mouvement.

Van Gogh a fait ce tableau depuis un local vide de la rue Lepic, rue où il vivait avec Théo. Le tableau représente le moulin de Blute-Fin, un moulin à grain du XVIIe siècle, qui était une attraction de l'époque pour sa vue sur Paris.

Le Moulin de la Galette (F348) est un exemple de la façon dont van Gogh utilise une technique pour appliquer massivement de la peinture appelée impasto, qu'il a créé en donnant un effet de relief, en partie pour suggérer l'émotion. Les coups de pinceau sur le moulins et les marches sont nettement visibles.

Van Gogh goes to Paris, the art capital of the world in his time, because he seeks to develop further as an artist. But he also hopes to sell work there. The windmills of Montmartre offer an attractive and above all handy motif, as they are near to his home in rue Lepic.

The dark palette is still reminiscent of Van Gogh’s Dutch period. But the broad brushstrokes and fluently painted buildings and figures demonstrate an urge to innovate inspired by impressionism.

Tableau -Le Moulin de la Galette, 1886-, de thématique: Paysage, oeuvre de l'artiste: Van Gogh, Vincent.

Le Moulin de la Galette, 1886

Autres Artistes

C’est la séduction trouble des lieux interlopes que Ramon Casas (1866-1932) ainsi que Pablo Picasso (1881-1973) s’attachent à retranscrire dans leurs tableaux évoquant le Moulin de la Galette.

Ramon Casas s’installe à Montmartre en 1890 avec ses amis Rusiñol, Miquel Utrillo et Ramon Canudas. Ses œuvres évoquant le Moulin de la Galette reçoivent de nombreux prix internationaux. Il quitte Paris en 1896 et retourne à Barcelone.

Pablo Picasso qui y vit aussi se rend à Paris à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900. Il y séjourne deux mois et découvre la bohème montmartroise, les galeries, les cafés, les bals, les cabarets.

Isaac Israëls (1865-1934), peintre néerlandais associé au mouvement impressionniste d’Amsterdam réside en France entre 1904 et 1905.

Fils de Suzanne Valadon, le nom de Maurice Utrillo (1883-1955) est intimement lié à celui de Montmartre où il est né. Authentique autochtone de la Butte, il impose son style dépouillé et devient une figure phare de l’Ecole de Paris.

Utrillo peint et expose dans les cabarets qu’il fréquente assidument. Les paysages urbains le passionnent et il s’attache à représenter les lieux de la vie de bohème, les quartiers mal famés, les faubourgs.

Son travail se plonge dans les couleurs de la réalité, palette chromatique terreuses, textures grumeleuses. Artiste prolifique, sa carrière sera néanmoins troublée par ses problèmes d’alcool et ses nombreux séjours en cure de désintoxication. Il trouve dans l’énergie libératrice de la peinture une forme de rédemption qui lui évite la déchéance.

Carte de Montmartre au temps de Van Gogh

Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne.

Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture.

L'impressionnisme - Comprendre #8

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