Frédéric Paulin et La Peste Soit des Mangeurs de Viande: Un Regard Engagé sur la Société

Visage anguleux et crâne lisse, avant-bras musclés et tatoués : l'écrivain Frédéric Paulin a une gueule de mercenaire.

Un abattoir moderne en France.

Il faut sans doute du muscle pour prendre à bras-le-corps une période noire de l’histoire, longtemps ignorée des manuels, comme les conséquences de la guerre d’Algérie. L’Algérie, un pays qui le passionne, car son passé colonial ne cesse de nourrir l’histoire trouble de la France.

Né en banlieue parisienne, Frédéric Paulin vit depuis une vingtaine d’années à Rennes. Il a exercé différents métiers, journaliste, prof d’histoire-géo, forain, avec plus ou moins de réussite, avant de se consacrer à l’écriture de romans noirs.

Aujourd’hui entièrement engagé dans son métier d’écrivain, rien ne prédestinait particulièrement Frédéric Paulin, qui a grandi à Bussy-Saint-Georges, en Seine et-Marne, entre un père ingénieur et une mère au foyer, à ce parcours littéraire. Le Voyage au bout de la nuit de Céline lui fait toutefois forte impression, tout comme 37° 2 le matin, le film tiré du roman de Philippe Djian. « C’est sans doute la première fois où je me suis dit que ça devait être cool d’être écrivain », raconte-t-il, se souvenant de Zorg, l’amant de Béatrice Dalle à l’écran. « À cette époque, j’étais une sorte d’intello de droite qui se cherche », se souvient-il. L’évolution de ce grand anxieux, végétarien et aujourd’hui père de deux enfants, n’en sera que plus spectaculaire.

Objecteur de conscience dans un organisme de réinsertion, où il donne des cours d’alphabétisation, il découvre le monde de la précarité et de la misère sociale. Puis, poursuivant ses études comme doctorant en sciences politiques, il lit Guy Debord, Karl Marx, Herbert Marcuse, Gilles Deleuze. Pour boucler les fins de mois, il publie des « romans de gare » sous pseudonyme, ou devient la plume des Verts, dont il a mis en forme le programme des dernières municipales.

Depuis environ un an, aidé par une bourse du Centre national du livre (CNL), il peut se consacrer exclusivement à son travail d’écrivain. Une somme prévue sur trois volets, dont le premier, intitulé La guerre est une ruse, sortira chez Agullo en septembre prochain.

L'Engagement de Frédéric Paulin

Ses convictions à lui, nul ne peut les ignorer : il a fait tatouer sur ses avant-bras « meat is murder » ( « la viande est un crime ») et « Future is unwritten » ( « le futur n’est pas écrit »). L’avenir n’est pas joué d’avance, à condition de l’empoigner. Membre de l’association de protection animale L 214, il n’a pas hésité à se plonger dans le monde des abattoirs pour écrire La peste soit des mangeurs de viande.

« Une charge contre la malbouffe mais aussi contre le traitement des salariés des abattoirs, qui a tourné à la catastrophe sociale avec les licenciements chez Gad par exemple.

Grand, athlétique, entièrement vêtu de noir, le crâne chauve et les yeux clairs, Frédéric Paulin peut de prime abord impressionner. Et, s’il n’était écrivain, cet homme de 46 ans, qui se révèle généreux dans l’échange et soucieux du monde comme il va (pas toujours bien), pourrait sans doute incarner à l’écran un des personnages qui peuplent ses romans. Trafiquant d’armes ? Mercenaire ? Psychopathe ? Loubard ?

Une chose est sûre, avec une dizaine d’ouvrages écrits sous son nom et publiés pour la plupart aux éditions Goater, cet auteur compte désormais parmi les plus talentueux de sa génération. Il suffit pour s’en convaincre de décliner quelques-uns de ses titres les plus marquants. Tel La Grande peur du petit blanc, l’histoire d’une vengeance consécutive à la guerre d’Algérie, qui lui a valu le prix Produit en Bretagne en 2014. Ou 600 coups par minute, qui raconte le trafic d’armes en Europe à partir de l’effondrement de l’ex-Yougoslavie. Ou encore Le Monde est notre patrie, qui traite des sociétés militaires privées engagées dans les conflits internationaux. Le tout emporté par un style direct, des dialogues incisifs et un sens du rythme auquel sa passion précoce pour The Clash n’est peut-être pas étrangère.

Frédéric Paulin avoue être un anxieux, que l’écriture apaise, comme une catharsis de sa colère. « Qu’est-ce qui me met en colère ? L’injustice, la mauvaise répartition des richesses. » Il assume l’étiquette d’écrivain engagé, regrette que le goût du débat d’idées se soit perdu dans les arcanes des réseaux sociaux. « Où l’on s’aperçoit que nos amis ont les mêmes idées que nous. C’est dommage, car nos ennemis peuvent avoir raison sur certains points.

Les Impacts de la viande sur l'Environnement

La Fabrique de la Terreur et l'Analyse du Terrorisme

« Pourquoi des gamins se font sauter ? »Le dernier opus La fabrique de la terreur a pour point de départ l’immolation d’un jeune marchand de fruit en Tunisie en 2011, jusqu’aux attentats de Charlie hebdo et du Bataclan en 2015. « Pourquoi des gamins se font sauter ? Je ne cherche pas à les pardonner mais à comprendre les raisons sociologiques qui les poussent à en arriver là. On est frappé de voir que des auteurs d’attentats ralliés à Daech, étaient parfois en boîte de nuit la veille ! Peut-être était-ce tactique pour tromper l’ennemi, mais cela relevait aussi de la psychiatrie.

« L’hypothèse c’est que quand l’État français a cessé de soutenir les militaires algériens, ils ont laissé passer le chaos en France. Car le chaos leur permettait de se maintenir au pouvoir ».

Carte des revendications territoriales de Daech en Europe.

Adaptation Cinématographique et Projets Futurs

En attendant Frédéric Paulin a d’autres fers au feu. Comme l’adaptation en scénario de « La Fabrique de la terreur » avec Philippe Triboit, réalisateur des séries « Un village français » et « Engrenages ». « C’est une autre forme d’écriture. On cisèle les personnages.

Se sent-il plus proche de Tedj Benlazar, agent du renseignement français en Algérie dans La guerre est une ruse ou de sa fille Vanessa, reporter trente ans plus tard dans La fabrique de la terreur ? « Je me sens proche de beaucoup d’entre eux, y compris les personnages féminins. Certains comme Tedj Benlazar ont vieilli avec moi, c’est l’avantage d’une trilogie sur trente ans. C’est comme une famille.

Prix et Reconnaissances

  • Prix Mystère de la critique 2022 ÉDITIONS AGULLO, COLL. Trilogie Benlazar
  • Grand prix de littérature policière 2020 ÉDITIONS AGULLO, COLL. Trilogie Benlazar
  • Prix Moussa Konaté du roman policier francophone du festival Vins noirs de Limoges 2019 ÉDITIONS AGULLO, COLL.
  • Prix du noir historique 2019 ÉDITIONS AGULLO, COLL.
  • Nomination au Grand prix Paul-Féval de littérature populaire ÉDITIONS GOATER, COLL.

Résumé de "La Peste Soit des Mangeurs de Viande"

Un policier est retrouvé égorgé dans un abattoir des Hauts-de-France. Un groupe de défenseurs des animaux est rapidement mis en cause. Etienne de Barzac, de l’IGPN, et le lieutenant Salima Belloumi enquêtent.

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