Chaque mois de janvier, une question revient sur toutes les tables françaises : frangipane ou brioche ? Derrière ce débat apparemment gourmand se cache une vraie histoire de territoires, de traditions locales et de transmission familiale.
En France, l’Épiphanie oppose deux camps bien distincts. Le nord ne jure que par sa galette des rois à la pâte feuilletée, tandis que le sud défend la couronne des rois, une brioche moelleuse et parfumée. Mon sujet ici, c’est la version briochée du sud. J’adore sa texture aérienne et légère, en opposition directe à la richesse parfois lourde de la frangipane.
En Occitanie, c'est la brioche qui semble plaire. Beurre, farine, oeufs sucre, levain, les ingrédients sont souvent les mêmes. Pourtant, dans cette pâtisserie du centre ville, Enri Lopez réalise ses brioches avec une recette inchangée depuis 1950. Il l'a acquise en même temps que la boutique en 1982.
À l’origine, la galette des rois ne parle pas de beurre, d’amandes ou de fruits confits. Elle vient de l’Antiquité. Les Saturnales romaines célébraient déjà le solstice d’hiver. On partageait alors un gâteau dans lequel était cachée une fève. La tradition traverse les siècles, se christianise avec l’Épiphanie, puis s’enracine dans les foyers français.
Au XIVe siècle, par le biais des papes d’Avignon, le gâteau des Rois arriva en France. Au XVIe siècle, pâtissiers et boulangers se querellèrent pour savoir qui parmi eux pourrait vendre cette couronne briochée. Si François Ier trancha en faveur des pâtissiers, la corporation des boulangers décida alors d’offrir des galettes à ses clients le jour de l’Épiphanie.
A Paris, au 15ème siècle, le gâteau des rois aurait été l'objet d'une guerre féroce entre les boulangers et les pâtissiers : ces deux corporations voulaient chacune obtenir le monopole de la vente de ce gâteau symbolique. Ce sont les pâtissiers qui gagnèrent et François Ier leur accorda donc le monopole de la vente du gâteau des rois.
Depuis lors, ce jour reste celui où l’on tire les Rois, en référence aux Rois Mages qui, pour les chrétiens, arrivent à la crèche, découvrent l’Enfant Jésus et lui offrent des présents. Dans le calendrier chrétien, la fête de l’Épiphanie achève ainsi le temps de Noël. Et si la France célèbre cette fête majoritairement autour de la galette à la frangipane, la Provence, elle, continue de partager ses fameux gâteaux des Rois, fourrés de fruits confits, parfumés à la fleur d’oranger : ces fruits confits représenteraient d’ailleurs les trésors amenés par les Mages au petit Jésus.
La couronne des rois, emblème de l’Épiphanie en Provence, puise ses origines dans les Saturnales romaines, où un gâteau rond avec une fève désignait un « roi d’un jour ». En Provence, ce gâteau parfumé à la fleur d’oranger et aux agrumes symbolise la générosité : une « part du pauvre » était réservée à un invité inattendu.
La forme ronde de la brioche symbolise le chemin des Rois mages, et les fruits confits les pierres précieuses qu'on retrouve sur leur couronne.
Maintenant qu’on a posé les bases, remontons le temps. Je parie que vous ignorez que tout part des saturnales romaines. Ensuite, la tradition s’est christianisée. Elle arrive chez nous grâce à la papauté d’Avignon au XIVe siècle. Au XVIe siècle, une vraie guerre éclate. C’est la lutte entre les boulangers et les pâtissiers pour décrocher le monopole de la vente du gâteau des rois. François Ier tranche finalement pour les pâtissiers, leur donnant l’exclusivité.
Dans le Sud, parler de frangipane peut presque créer un malaise. Ici, la tradition, c’est la brioche. On la retrouve en Provence, en Occitanie, dans le Sud-Ouest et jusqu’en Catalogne française. Cette version est héritée des traditions méditerranéennes, proches des gâteaux des rois espagnols ou italiens.
Chez moi à Toulouse, j’ai toujours mangé la couronne des Rois délicieusement parfumée à la fleur d’oranger. J’ai appris que la recette originelle des galettes en Occitanie était celle confectionnée à Limoux, dans l’Aude.
Pour le pâtissier, la meilleure brioche c'est la Limoux aux fruits confits. Très appréciées à l'époque, elle n'a plus autant de succès aujourd'hui. "C'est une question d'éducation, moi je mangeais cela dans mon enfance donc j'en garde un bon souvenir. La force de cette entreprise familiale c'est que les gâteaux sont confectionnées tout au long de la journée pour garantir une meilleure qualité. Un pari gagnant puisque les amateurs font déjà la queue devant la boutique.
Aussi appelée galette de Goumeau, elle n’a rien à voir avec la pâte feuilletée. C’est une pâte fine, proche d’un flan, parfumée à la fleur d’oranger. On la partage depuis des générations en Franche-Comté, souvent faite maison. Dans certaines zones du Sud-Ouest, la brioche prend une forme plus dense, parfois sans fruits confits, appelée royaume.
L’âme de la couronne, c’est avant tout son parfum intense d’eau de fleur d’oranger. Pour moi, c’est la signature olfactive incontournable des pâtisseries du sud de la France. La brioche est généreusement parsemée de sucre perlé et de fruits confits colorés. Notez bien que ces derniers ne sont pas là par hasard : ils symbolisent les joyaux des couronnes des Rois Mages.
Pour nous, la couronne est le pivot de la fête de l’Épiphanie. Ce n’est pas qu’un dessert, mais le prétexte à un rassemblement social et familial chaleureux. Tout le monde attend de trouver la fève dissimulée dans la brioche. Ensuite, le plus jeune se glisse sous la table. Celui qui trouve le sujet devient roi. La fève n’est pas un prix, c’est une responsabilité.
Voici une recette traditionnelle de couronne des rois provençale, cette brioche légère et parfumée, emblématique de l’Épiphanie en Provence.
Si l’on remonte encore plus loin dans la tradition, on constate localement qu’elle se mange garnie de crème pâtissière. Son petit nom est le « limos ».
La tradition peut même s’étirer jusqu’à la Chandeleur, le 2 février. Cette tradition, bien qu’ancrée, n’est pas figée. Du « Royaume » à la « Coque », chaque terroir du sud impose fièrement son appellation. Les vitrines évoluent avec des hybrides, comme ces brioches fourrées à l’amande tentant de réconcilier nord et sud. Une hérésie pour les puristes.
Au final, peu importe le nom qu’on lui donne, la couronne des rois est surtout une belle excuse pour se retrouver ensemble.
Les couronnes briochées diffèrent légèrement que l’on soit en Provence ou dans le Bordelais (gros sucre, avec ou sans fruits confits). Dans certaines familles d’Alsace ou de Lorraine, la tradition repose sur un gâteau plus sec ou une brioche nature. Ici, l’essentiel n’est pas la recette spectaculaire, mais le moment partagé.
| Région | Nom | Caractéristiques |
|---|---|---|
| Provence | Gâteau des Rois | Brioche parfumée à la fleur d'oranger, fruits confits |
| Bordelais | Couronne des Rois | Gros sucre, avec ou sans fruits confits |
| Limoux (Aude) | Limos | Garnie de crème pâtissière et quelques fruits confits artisanaux |
| Sud-Ouest | Royaume | Brioche dense, parfois sans fruits confits |
| Alsace et Lorraine | Gâteau des Rois / Brioche Nature | Gâteau sec ou brioche nature |
Frangipane ou brioche, ce n’est pas qu’une question de goût. C’est souvent une histoire d’enfance, de territoire, de souvenirs précis. Et c’est là que la galette devient intéressante. Elle montre comment les traditions suivent les mobilités. On arrive dans une région avec ses réflexes, puis on adopte peu à peu ceux du territoire. La galette des rois est un détail du quotidien. Mais elle dit beaucoup. Elle parle de diversité culturelle, de géographie, de transmission.
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