Depuis quelques années, l'entomophagie, c'est-à-dire la consommation d'insectes comestibles, est présentée comme une source alternative durable pour apporter des protéines aux humains comme aux animaux.
Répartition de l'entomophagie dans le monde.
L'occasion de s'interroger : l'entomoculture peut-elle constituer une solution durable pour assurer la sécurité alimentaire de l'humanité ?
Dans le monde, près de 2,5 milliards de personnes consomment déjà des insectes. Nombreux sont celles et ceux qui, en Asie, Amérique latine ou Asie, se nourrissent traditionnellement d’insectes. Criquets, fourmis, scarabées, adultes ou au stade larvaire… Quelque 2 000 espèces font ainsi le régal de 2 milliards d’individus.
Cette consommation d'insectes, ou entomophagie, a cependant du mal à émerger dans les autres régions du monde, où elle rebute car ne correspond à aucune pratique culturelle. Dans nos sociétés aseptisées et urbanisées, les insectes sont en effet avant tout considérés comme des nuisibles, sales et peu ragoutants, porteurs de maladies plus que source de gourmandise.
Malgré leur petite taille, les insectes comestibles sont pourtant extrêmement riches en nutriments. Du point de vue nutritionnel, les insectes comestibles sont une source importante de protéines puisqu'elles représentent entre 30 % et 65 % de la matière sèche totale des insectes. Après les protéines, les lipides sont les principaux constituants des insectes. La composition en graisses varie beaucoup d'une espèce à l'autre, les larves étant généralement plus riches en lipides que les adultes.
Ainsi, pour la même quantité, les grillons contiendraient 3 fois plus de protéines que le bœuf ! Ils fournissent un apport en énergie, en graisses, en protéines et en fibres et, selon l’insecte, peuvent être de bonnes sources de micronutriments tels que le zinc, le calcium et le fer. Ils sont une source de protéines pouvant se substituer à la viande traditionnelle.
Une étude a trouvé que les insectes sont particulièrement riches en antioxydants. Les poudres d'insectes peuvent être utilisées comme substituts pour la farine de céréales.
La FAO prend pour exemple le ver de farine qui a certes une teneur en acides aminés et en graisses inférieure à la viande de bœuf mais qui contient des valeurs comparables de minéraux et a une teneur en vitamines généralement plus élevée.
Si les mentalités s’avèrent impossibles à faire évoluer, faudra-t-il pour autant abandonner l’idée d’élever des insectes pour l’alimentation ? Pas forcément.
Élever des insectes pour nourrir les animaux : voilà déjà une piste plus prometteuse et acceptable par les Occidentaux que nous sommes. En effet, on estime que d’ici 10 ans, la demande en protéines animales sera au moins 50 % plus élevée qu’elle ne l’était il y a 10 ans. Or la production de viande et de poisson est gourmande en ressources, notamment en protéines, qu’il faut trouver à grand renfort de culture intensive de soja (pour nourrir le bétail) ou pêche intensive de poissons qui sont réduits en farine pour nourrir… les poissons d’élevage (25 % de la pêche mondiale est destinée à l’aquaculture, avec les conséquences que l’on observe déjà sur l’épuisement des ressources halieutiques).
La solution de trouver ces protéines dans les insectes semble donc opportune. Robustes, peu gourmands en ressources (ils peuvent se nourrir de divers déchets animaux ou végétaux), les insectes fournissent de la biomasse (protéines, mais aussi lipides et chitines, des molécules de la famille des glucides qui constituent leurs carapaces) à faible coût environnemental.
Les insectes comestibles offrent de multiples avantages pour l’environnement. Ils émettent beaucoup moins de gaz à effet de serre que la plupart des autres sources de protéines animales et nécessitent moins d’eau. De plus, les superficies requises pour les élever sont nettement moins importantes que celles nécessaires à la production animale. Ils présentent un très bon rendement de conversion des intrants alimentaires en protéines. Les grillons, par exemple, ont besoin de 12 fois moins d’intrants alimentaires que les bovins pour produire la même quantité de protéines.
De plus, l’élevage d’insectes génère des émissions de CO2 nettement inférieures à celles produites par l’élevage de porcs, par exemple. Cette réduction des émissions de gaz à effet de serre est essentielle pour lutter contre le changement climatique et préserver l’environnement.
Mais ce n’est pas tout… car les insectes, par leurs déjections, procurent une matière riche en azote utilisable pour faire des engrais naturels qui viendront nourrir les cultures. Attention cependant : les végétaux ainsi produits, comme tous ceux qui font appel à des engrais d’origine animale (lisier, fumier et autre) ne sont pas à strictement parler pas « vegan », car reposant sur un apport d’azote issu d’un élevage animal.
Ainsi, selon le magazine 20 minutes, pour augmenter d’un kilo la masse corporelle d’un bovin, il faut lui donner 8 kilos de viande. Selon cette même source, ils émettent également de faibles quantités de gaz à effet de serre, soit entre 10 et 100 fois moins que les porcs.
| Facteur | Insectes | Bœuf |
|---|---|---|
| Émissions de gaz à effet de serre | Faibles | Élevées |
| Consommation d'eau | Faible | Élevée |
| Superficie requise | Faible | Élevée |
| Intrants alimentaires pour 1 kg de protéines | 2 kg (grillons) | 12 kg (bovins) |
Chaque grand changement présente des avantages et des inconvénients. Il y a de bonnes raisons de manger des insectes, mais abordons quelques inconvénients dont il faut tenir compte avant d’ajouter des insectes à notre alimentation.
Les allergènes présents dans les insectes représentent un risque important, qu'il est difficile d'évaluer précisément, étant donné que la consommation des insectes demeure assez nouvelle chez les populations occidentales.
Enfin, il existe aussi un risque de transmission de micro-organismes si les insectes ne sont pas transformés. Dans un rapport de 2015, l'EFSA, l'agence européenne en charge de la sécurité alimentaire, souligne le manque d'études à ce sujet.
Cependant, les experts soulignent que les personnes présentant des allergies aux crustacées ou aux acariens pourraient être également sensibles aux préparations à base de vers de farine.
Aujourd’hui, des fermes à insectes se développent donc, et le leader mondial est français : il s’agit de l’entreprise Ynsect, qui a récemment levé plus de 400 millions de dollars. Elle ouvrira d’ici un an la plus grande ferme verticale au monde où seront produites plus de 100 000 tonnes par an sur 40 000 m2, à partir d’une seule espèce, le ver de farine.
Ailleurs, d’autres misent plutôt sur les criquets : en Thaïlande, 20 000 élevages de crickets domestiques produisent, en moyenne, 7 500 tonnes d’insectes par an, destinés à la fois à la consommation personnelle et à la vente. Aux États-Unis, quelques sociétés s’essaient à améliorer le goût ou les propriétés nutritives de ces insectes en espérant convaincre les consommateurs.
Selon certaines projections, le marché mondial des insectes comestibles, pourrait atteindre 8 milliards de dollars et un volume de 730 000 tonnes en 2030.
Ferme d'insectes verticale Ynsect.
La Commission européenne a donné son feu vert pour la commercialisation de plusieurs insectes comestibles sur son territoire, entiers ou sous forme de poudres.
La Commission européenne a autorisé, à compter du 10 février 2025, la mise sur le marché d’une poudre de larves du ver de farine Tenebrio molitor. Cette poudre est obtenue à partir de larves entières, traitées thermiquement, broyées puis traitées aux UV, avant d’être incorporée dans des recettes.
D’autres autorisations ont déjà été accordées précédemment pour des insectes : en février 2022, la Commission européenne a autorisé la commercialisation des grillons domestiques pour la consommation dans le périmètre de l'Union européenne. Cela signifie que le grillon domestique peut être vendu séché, congelé ou en poudre. Cette autorisation a été publiée début janvier 2023.
Non ! "Les produits contenant ce nouvel aliment seront étiquetés de manière adéquate pour signaler tout risque de réaction allergique", précise la Commission européenne. Cela signifie que, si vous vérifiez bien l'étiquetage des produits, vous ne devriez pas manger des insectes à votre insu !
Les entreprises Jimini's et Micronutris commercialisent des insectes pour l'apéritif, mais aussi des barres protéinées contenant des poudres d'insectes. Du point de vue nutritionnel et environnemental, ces farines présentent un profil intéressant en raison de leur richesse en protéines.
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