L'histoire des peurs alimentaires est intimement liée à l'histoire de l'Occident. Au-delà de la peur de manquer et de la famine, angoisse prégnante jusqu'à une période récente, se trouve la crainte de consommer des aliments corrompus, malsains ou impurs. En parallèle à la réduction de la pénurie, l'Occident a progressivement placé sous surveillance l'ensemble de la chaîne alimentaire.
Notre comportement contemporain vis-à-vis de la nourriture a donc une longue histoire que Madeleine Ferrières s’attache à reconstituer et à analyser. L’histoire des peurs alimentaires n’est ainsi rien d’autre que l’histoire de l' « Occidental way of life ».
Illustration de la famine en Irlande en 1847
Des règlements médiévaux de boucherie à l’abattage systématique des animaux au temps de Louis XIV, de la peur des poisons à la suspicion à l’endroit des nourritures nouvelles comme la pomme de terre, l’Occident a mis sous surveillance l’ensemble de la chaîne alimentaire et inventé la figure du consommateur. Des règlements médiévaux de boucherie aux perspectives géniales de Giovanni Lancisi, médecin de la cour pontificale au début du XVIIIe siècle ; du conflit entre symbolique faste ou néfaste des aliments et médecine et hygiénisme, mais aussi, plus tard, avec la chimie et les sciences vétérinaires, à la peur des poissons, levures, plantes ou légumes importés d’autres horizons ; de la suspicion à l’endroit du cuivre ou des conserves à la mise en cause de l’air vicié des villes, l’Occident invente, avec précaution et prévention, un ordre alimentaire illustré de manière éloquente au début du XXe siècle par le Pure Food and Drug Act américain. Mais cette invention n'est pas allée sans une autre : celle du consommateur.
Rassasié, prudent, voire savant ou se croyant tel, il appartient à l’utopie de l’abondance et de la sécurité.
Les aliments nouveaux ont longtemps éveillé la suspicion. La pomme de terre, par exemple, fut assimilée à la mandragore maléfique, retardant son adoption pendant des siècles. Ce rejet, alimenté par la méfiance culturelle et des expériences malheureuses, illustre la néophobie alimentaire qui continue d’influencer nos choix.
Du Moyen Âge à nos jours, les aliments ont souvent été accusés d’être la cause de maladies mystérieuses. Le pain, la viande ou encore l’eau ont été pointés du doigt, tout comme ceux qui les produisaient. Juifs, commerçants ou boulangers furent parfois accusés de maléfices, traduisant une quête constante de boucs émissaires face à l’inconnu.
Pour contrer les épidémies comme le mal des ardents ou le choléra, Madeleine Ferrières nous explique que les pouvoirs publics ont instauré des régulations strictes. Dès le XIVᵉ siècle, les animaux devaient être inspectés vivants avant l’abattage. Parallèlement, des pratiques comme l’interdiction de consommer des viandes malades révélaient des préoccupations sanitaires qui persistent aujourd’hui.
| Période | Peur dominante | Mesures de contrôle |
|---|---|---|
| Moyen Âge | Aliments corrompus, empoisonnement | Réglementation des boucheries, inspection des animaux avant abattage |
| Temps Modernes | Poisons, aliments nouveaux (ex: pomme de terre) | Méfiance culturelle, régulations publiques |
| XIXe - XXe siècles | Air vicié, conserves, produits importés | Développement de la chimie et des sciences vétérinaires, Pure Food and Drug Act (USA) |
Madeleine Ferrières est professeur d'histoire moderne et spécialiste de la culture matérielle. Elle a notamment publié "Le Bien des pauvres".
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