Le gaspillage alimentaire représente un prélèvement inutile de ressources naturelles (terres cultivables, eau, etc.), et des émissions de gaz à effet de serre qui pourraient être évitées. Ces dernières sont évaluées par l’Ademe à 4,2 % de l’ensemble des émissions nationales. Les déchets sont générés à chaque étape de l’alimentation humaine, depuis la production jusqu’à la consommation en passant par la distribution.
En France, en 2023, 9,7 millions de tonnes de déchets alimentaires ont été produits. Parmi ces déchets, 5,9 millions de tonnes ne sont pas comestibles (os, épluchures…) et sont assimilés à du gaspillage alimentaire. Le gaspillage alimentaire représente donc 3,8 millions de tonnes de déchets issues des parties comestibles des aliments (aliments non-consommés encore emballés, restes de repas, etc.), soit 55 kg par personne.
Chaque année, un Français jette 61 kilos de déchets alimentaires, dont 19 kilos de nourritures encore comestibles. La valeur moyenne du gaspillage alimentaire s'élève à 100€ par habitant par an.
Toutes les étapes de la chaîne alimentaire sont concernées. La part de ce gaspillage varie d'une étape à l'autre, et représente :
La France se situe au-dessus de la moyenne européenne (130 kg par habitant).
Selon le ministère de l’agriculture parue en 2022, les ménages seraient à l’origine de près de la moitié (46%) des déchets alimentaires. Viennent ensuite les industries agroalimentaires (20%), la production primaire (14%), la restauration (13%) et enfin la distribution (7%).
Les mesures nationales en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire se sont progressivement renforcées au cours des 10 dernières années, avec la signature du premier Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire réunissant l’ensemble des parties prenantes en 2013 (renouvelé pour deux périodes de 3 ans), la loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte (LTECV) en 2015, la loi Garot en 2016, la loi EGAlim en 2018, et enfin la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC) en 2020.
La loi a notamment introduit une hiérarchie des actions à mener en matière de lutte contre le gaspillage alimentaire, en donnant la priorité à la prévention, puis au don ou à la transformation. Viennent ensuite la valorisation en alimentation animale ou sous forme d’énergie. La destruction est envisagée en dernier recours.
Les distributeurs ayant une surface de vente de plus de 400 m², les opérateurs de la restauration collective préparant plus de 3 000 repas par jour, et les opérateurs de l’industrie agroalimentaire ayant un chiffre d’affaire supérieur à 50M€, et les grossistes (chiffre d’affaires supérieur à 50M€) doivent par ailleurs proposer des conventions de don à des associations d’aide alimentaire pour écouler leurs invendus. Il est en outre interdit, dans l’industrie agroalimentaire et la restauration collective, pour les grossistes et les distributeurs, de rendre impropres leurs denrées alimentaires invendues encore consommables. Les contrevenants s’exposent à une amende pouvant atteindre jusqu’à 0,1 % de leur chiffre d’affaires.
La France s’est par ailleurs dotée d’un objectif global de réduction du gaspillage alimentaire de 50 % entre 2015 et 2025 dans les domaines de la distribution alimentaire et de la restauration collective d’ici 2025, et de 50 % entre 2015 et 2030 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
Avant qu’une législation soit mise en place en faveur de la lutte contre le gaspillage alimentaire, l’ensemble des parties prenantes avaient été réunies sous le Pacte national de lutte contre le gaspillage alimentaire, qui a été signé pour 2013 et renouvelé pour deux périodes de 3 ans.
En 2020, la loi prévoit la mise en place d’un label national « anti-gaspillage alimentaire » visant à valoriser les acteurs de la chaîne alimentaire qui contribuent aux objectifs nationaux de réduction du gaspillage alimentaire. Ce label est aujourd’hui disponible pour le secteur de la distribution (grandes et moyennes surfaces, grossistes et métiers de bouche). Suivent le référentiel pour le secteur de la restauration (restauration collective et commerciale) en 2025, puis celui de l’industrie agroalimentaire.
Dans la loi AGEC (2020), la France s’est engagée à réduire de moitié le gaspillage alimentaire par rapport à son niveau de 2015 dans les domaines de la consommation, de la production, de la transformation et de la restauration commerciale.
Pour les secteurs de la restauration collective et de la distribution, ces objectifs sont fixés d’ici 2025 et pour l’ensemble des autres secteurs d’ici 2030. Depuis la loi Garot (2016) qui s’étend à la restauration collective publique, plusieurs lois constituent l’arsenal législatif pour l’ensemble des acteurs.
En 2020, la loi AGEC propose la mise en place d’un label anti-gaspillage alimentaire qui permet de valoriser tous les acteurs qui contribuent à l’atteinte des objectifs nationaux de réduction.
D’après la Commission européenne, jusqu’à 10% du gaspillage alimentaire serait lié à une mauvaise compréhension des dates de consommation qui sont indiquées sur les emballages. Les produits alimentaires pré-emballés doivent indiquer un délai pour la consommation : la date limite de consommation (DLC) ou la date de durabilité minimale (DDM).
La date limite de consommation (DLC) indique une limite impérative. Elle est signifiée par la mention « à consommer jusqu’au… » suivie du jour, du mois, et éventuellement de l’année. Elle s'applique à la majorité des produits à conserver au frais qui sont très périssables (viandes, les poissons, la charcuterie, les plats cuisinés, produits laitiers frais etc.). Une fois la DLC dépassée, les aliments concernés sont impropres à la consommation car ils présentent un caractère dangereux pour la santé.
Pour les produits alimentaires qui ne sont pas soumises à la mention DLC, une date de durabilité minimale (DDM) est apposée, présentée sous la forme « à consommer de préférence avant… ». Celle-ci concerne les produits secs, stérilisés et déshydratés (café, lait, jus de fruit, gâteaux secs, boîtes de conserve, pâtes, riz, sucre, farine, etc.). Le dépassement de la DDM ne rend pas l'aliment dangereux pour la santé. Il peut en revanche avoir perdu son arôme ou sa consistance. Les aliments dont la DDM est dépassée, contrairement à ceux dont la DLC est dépassée, peuvent être commercialisés et consommés.
Pour clarifier davantage cette possibilité de consommer des produits dont la DDM est dépassée, les opérateurs peuvent depuis 2022 ajouter sur l’emballage les mentions « pour une dégustation optimale… » ou « ce produit peut être consommé après cette date ».
Depuis 2022, les États membres doivent rapporter chaque année les quantités de déchets alimentaires produites à chaque étape de la chaîne alimentaire (production primaire, transformation, distribution, restauration, ménages).
La directive-cadre déchets, qui fixe les orientations majeures de la politique de gestion des déchets, a été révisée pour y introduire notamment des objectifs de réduction des déchets alimentaires d’ici 2030 au niveau européen, à l’image de ce qui a été fait en France. Le Conseil et le Parlement se sont ainsi accordés en 2025 sur les objectifs suivants :
La journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture, instaurée par l’Assemblée générale des Nations unies est célébrée pour la première fois le 29 septembre 2020.
La FAO a également lancé, en collaboration avec le Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et plusieurs partenaires, la campagne « Pensez. Mangez. Préservez - Dites non au gaspillage alimentaire », destinée à soutenir l’initiative SAVE FOOD sur le volet de la prévention et de la réduction du gaspillage alimentaire. Cette campagne a vu la création d’un portail de partage de ressources et d’informations.
Enfin, la FAO et l’International Food Policy Research Institute (IFPRI) ont présenté en juillet 2020 une version complète de la plateforme technique sur l’évaluation et la réduction des pertes et du gaspillage alimentaire, en élaboration continue depuis son lancement en 2015.
En concertation avec les Etats-membres, la FAO élabore actuellement un « Code volontaire pour réduire les pertes et gaspillages alimentaires ». L’objectif du Code est de présenter des principes directeurs et de normes de pratiques responsables afin de réduire les pertes et le gaspillage.
Dans l’Union européenne, selon EUROSTAT, elle serait de près de 132 milliards d'euros par an, due à 59 millions de tonnes de déchets alimentaires.
Un tiers de la nourriture dans le monde est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire. La dernière étude de la FAO sur le sujet réalisée en 2011, estime qu’un tiers de la nourriture est perdu ou gaspillé le long de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation, ce qui représente environ 1,3 milliard de tonnes par an.
En 2019, une étude du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) estimait que 913 millions de tonnes de nourriture, soit 17% de la nourriture totale disponible aurait été jetée dans les poubelles des ménages, des commerçants, des restaurants et autres services alimentaires.
Sur le plan mondial, 121 kilos de denrées alimentaires sont gaspillés chaque année au niveau du consommateur, dont 74 kilos au sein des ménages. La réduction totale des pertes et gaspillages permettrait de nourrir environ 2 milliards de personnes selon l’International Food Policy Research Institute (IFPRI).
La restauration collective joue un rôle crucial dans la lutte contre le gaspillage alimentaire. En France, ce secteur génère environ 540 000 tonnes de déchets alimentaires chaque année. Présente dans divers environnements tels que les restaurants universitaires (Crous), les entreprises, les hôpitaux, les cantines scolaires, ainsi que dans le milieu carcéral, la restauration collective est omniprésente dans notre quotidien. Cette présence étendue lui confère une responsabilité importante dans la sensibilisation et l’éducation de nos concitoyens sur les enjeux du gaspillage alimentaire.
Les consommateur.ices se révèlent être les moins bons élèves, gaspillant chaque année environ 74 kilos de nourriture chacun. Dans les pays développés, on a tendance à être dans un modèle de surconsommation ou les portions sont mal calibrées et l’on consomme trop par rapport à nos nécessités. Dans les pays en développement, le gaspillage peut par exemple venir de problèmes de conservation des aliments.
Les institutions ne sont pas les seules à lutter contre le gaspillage alimentaire, les entreprises et les associations participent aussi à cette bataille. En France, on retrouve notamment Too good to go, Phénix ou Zéro Gâchis qui proposent des paniers d’invendus à petits prix pour éviter le gaspillage.
Il existe aussi des associations telles que Tinki Kmou, créée à Nantes. Cette structure lutte contre le gaspillage qu’il soit alimentaire mais aussi vestimentaire en organisant des distributions alimentaires avec des invendus. Ces invendus sont généralement soit fournis par les magasins directement, mais peuvent aussi venir des banques alimentaires.
Chez Kikleo, c’est au niveau de la restauration que l’on a choisi d’agir.
La consommation mondiale de viande a doublé depuis les années 1990, bien plus rapidement que l’augmentation de la population. Les Américains (du Nord et du Sud), les Australiens ou les Européens ont doublé leur consommation de produits animaux depuis 50 ans et mangent 2 fois plus de protéines d’origine animale que la moyenne mondiale. En Chine, la consommation de viande par habitant (65 kg en 2022) a quadruplé en 40 ans.
Selon les projections de la FAO, la consommation mondiale de protéines carnées aura augmenté de 9 % en 2032 par rapport à 2022 (+43 millions de tonnes). Cette augmentation devrait être principalement le fait des pays asiatiques (+26 millions de tonnes), notamment la Chine, et des pays du continent américain (10 millions de tonnes).
Dans les pays à revenus élevés, la consommation de viande atteint un plafond : elle est suffisante sur le plan nutritionnel, voire excessive, et se stabilise sous l’effet des changements de comportements alimentaires. L’augmentation globale constatée concerne majoritairement la consommation de volailles, d’une part car c’est une des viandes les moins coûteuses et d’autre part car les volailles sont considérées par les consommateurs comme des produits sains, faciles à cuisiner et peu émetteurs de gaz à effet de serre.
En France, après une baisse au début des années 2010, la consommation individuelle de viande connaît une très légère hausse depuis quelques années. C’est le résultat de la hausse de consommation des populations jeunes, en particulier de viande hachée, qui contrebalance le changement de régime de certaines populations pour des motivations diverses (par ex., environnement, bien-être animal) et l’augmentation d’une population âgée moins consommatrice.
Un grand nombre de facteurs influencent le niveau de perte et de gaspillage des productions. Les pertes alimentaires font référence à des situations dans lesquelles les produits agricoles ou alimentaires sont détériorés avant d’atteindre la dernière étape de production ou d’entrer dans le circuit de vente au détail.
Il existe cependant diverses solutions pour lutter contre les pertes et gaspillages alimentaires. En France, seul un faible pourcentage de tous les gaspillages et pertes alimentaires est transformé en compost.
Pour limiter le gaspillage alimentaire au niveau des ménages, les opérations de sensibilisation et d’éducation ont pourtant montré leur efficacité. Cela a notamment été le cas de la Zéro Gâchis Académie, une opération nationale menée par l’Ademe et trois associations de consommateurs (CSF, CLCV, Familles Rurales) en 2019.
| Secteur | Objectif de réduction | Échéance |
|---|---|---|
| Distribution alimentaire | 50% | 2025 |
| Restauration collective | 50% | 2025 |
| Consommation | 50% | 2030 |
| Production | 50% | 2030 |
| Transformation | 50% | 2030 |
| Restauration commerciale | 50% | 2030 |
D’après le compte rendu de l’Ademe, les foyers ayant participé à l’opération ont réduit leur gaspillage alimentaire de 59%. “Les foyers passent en moyenne de 25,5 à 10,4 kg gaspillés par an et par personne, soit 30 repas économisés”, explique l’agence. Et ce n’est pas tout, le changement amené par la Zéro Gâchis Académie semble durable.
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