La production porcine conventionnelle suscite de nombreuses critiques concernant l'environnement, le bien-être animal et l'organisation des élevages et des filières. Une majorité de consommateurs aspirent à des systèmes alternatifs, notamment ceux mis en œuvre dans le cadre de l'agriculture biologique (AB). Cet article explore les freins et les leviers au développement du porc en AB en France, en présentant la structuration de la filière, les défis identifiés et les thèmes de recherche pour favoriser son essor.
La filière porcine en AB a connu des mutations profondes ces dernières années, avec une augmentation du nombre de truies de 9 645 en 2016 à 19 287 pour 703 élevages en 2021. Une répartition inégale des truies en AB est observée sur le territoire français, avec une production principalement présente en Nouvelle-Aquitaine, Bretagne et dans les Pays de la Loire, rappelant la répartition de l’élevage porcin conventionnel.
La période de croissance a été caractérisée par l’arrivée d’acteurs dits « mixtes », présents initialement dans la filière conventionnelle et qui ont développé des activités en AB, comme la coopérative Cooperl. Cette mixité est un vecteur potentiel d’interactions et de dialogue entre les filières conventionnelles et en AB. La croissance a aussi vu la structuration et la mise en synergie des acteurs 100 % en AB, comme Forébio qui regroupe les organisations de producteurs de filières végétales et animales.
Le moteur principal de l’augmentation du nombre de producteurs et des volumes a été l’augmentation de la demande en produits certifiés en AB et la volonté de fournir de la viande française aux consommateurs. Après avoir atteint un maximum en 2019, la demande en produits porcins biologiques a ralenti en 2020 puis a diminué en 2021 et 2022. Les principales raisons évoquées sont l’augmentation des prix à l’achat, conséquence de l’accroissement des coûts de production, et une baisse générale du pouvoir d’achat.
Fin 2022, l’offre en produits porcins en AB semble dépasser la demande de plus de 20 %. La planification de la production est donc fondamentale pour un développement pérenne de la filière porcine en AB. La production porcine sous CDC AB peut difficilement s’adapter à des variations rapides ce qui rend difficile la synchronisation entre amont et aval.
Les déséquilibres de marché apparus en 2020 ont conduit à stocker une partie de la production, ralentir, puis stopper les nouvelles installations en AB. En 2020, 35-40 % des carcasses étaient valorisées en viande fraîche et 60-65 % en charcuterie. Comme pour la filière conventionnelle, les produits porcins en AB sont principalement vendus par la grande distribution. Les circuits de commercialisation sont cependant diversifiés avec des ventes chez les distributeurs spécialisés.
Au-delà de la difficulté d’équilibrer l’offre à la demande, une difficulté supplémentaire est celle de la gestion de l’équilibre carcasse. Historiquement, le jambon cuit est la pièce la plus demandée alors que des pièces telles que les épaules et longes sont plus difficiles à valoriser. La valorisation de l’ensemble de la carcasse implique de trouver des débouchés à ces pièces sur le marché en AB, de manière à assurer une rémunération qui couvre les surcoûts liés aux spécifications du CDC AB et de les répartir sur l’ensemble des pièces et pas uniquement sur celles les plus demandées, tout en maintenant un prix de vente abordable pour le consommateur.
La valorisation de la production porcine en AB prend plusieurs voies qui croisent stratégies « de filière » et/ou « de territoire ». La stratégie « de filière » est celle développée par la filière longue qui représente environ 90 % du volume de la production de porcs en AB. La stratégie dite « territoriale » est celle mise en place par les éleveurs en circuit court qui, par la vente directe ou de proximité, créent du lien entre producteurs et consommateurs sur les territoires. Le lien au sol est inscrit dans le CDC AB avec une obligation réglementaire d’au moins 30 % des aliments qui doivent provenir de l’exploitation ou de la même région. Il est renforcé par les opérateurs 100 % en AB avec une obligation contractuelle de 50 % des aliments produits sur l’exploitation chez les éleveurs de Biodirect, BVB ou encore Unebio.
À l’échelle des élevages, il existe une importante diversité de systèmes de production, ce qui peut être considéré comme un gage de résilience pour l’ensemble de la filière.
Voici un tableau récapitulatif des principaux aspects de la filière porcine biologique en France :
| Aspect | Données |
|---|---|
| Nombre de truies en AB (2021) | 19 287 |
| Nombre d'élevages en AB (2021) | 703 |
| Principales régions de production | Nouvelle-Aquitaine, Bretagne, Pays de la Loire |
| Part de la production valorisée en viande fraîche (2020) | 35-40 % |
| Part de la production valorisée en charcuterie (2020) | 60-65 % |
Des entretiens semi-directifs de 21 acteurs ont permis d’identifier 164 freins et 231 leviers. Sept types de freins et six types de leviers sont mis en évidence par les deux ACM. La projection des typologies obtenues par les deux ACM permet d’identifier sept groupes associant freins et leviers.
La majorité des déterminants relevant de la conduite d’élevage et de la gestion technique des animaux et des troupeaux sont dans le groupe 1 comprenant 18 freins/37 et 19 leviers/57 des catégories conduite d’élevage sur les 84 déterminants du groupe 1. Ces déterminants sont associés à la génétique des animaux, à la conduite de la reproduction, à l’alimentation des animaux et à la gestion sanitaire. Ils expliquent des coûts de production élevés. Les déterminants techniques sont associés, au sein de ce groupe 1, à des freins liés à la réglementation et aux spécifications du CDC AB.
Les conditions de logement des animaux doivent répondre à leurs besoins physiologiques et éthologiques. L'aération et l'éclairage doivent être naturels. Les espaces en plein air doivent offrir des protections suffisantes contre la pluie, le soleil, le vent et les températures extrêmes. Les bâtiments doivent avoir une ouverture sur 3 côtés et les porcs doivent avoir accès au minimum à des aires d’exercice à l’extérieur (courettes). Les aires extérieures peuvent être partiellement couvertes. Pour les porcelets, l’interdiction de caillebotis et de cages est de mise et une aire de couchage en dur avec litière est obligatoire.
Au sein de la Cooperl, l'organisation est axée sur le bien-être animal. L'arrêt de la castration et la réduction de l’usage des antibiotiques ont été des premières étapes. Des essais impliquant l’arrêt de la caudectomie sont en cours. L’alimentation est également au centre des recherches, avec une orientation vers l’alimentation de précision. Une nouvelle solution bâtiment permettant d'avancer vers l’avenir avec sérénité a été mise au point. Les recherches sont aussi orientées vers la digitalisation, avec l'utilisation des données pour apporter des solutions en élevage.
Un exemple concret est l'alimentation individuelle des cochettes en quarantaine, permettant d’homogénéiser leur état d’engraissement. Pass’Porc permet le suivi individuel des porcs, de la naissance jusqu’à l’abattoir.
La conduite en bandes permet d’avoir des groupes d’animaux de taille identique au même stade physiologique, facilitant la surveillance et les pratiques d’adoption. Le cycle de reproduction de la truie est composé de la durée de lactation, de l’intervalle sevrage-insémination et de la durée de gestation. La durée de gestation est de 114 jours, et l’intervalle sevrage-insémination est relativement constant autour de 5 jours.
C’est la manière dont sont logées les truies qui va en grande partie influencer sur les performances d’un élevage de plein air. En maternité, elle doit pouvoir également façonner le nid pour elle et ses porcelets.
Mixité Bio / Non Bio : Autorisée si espèces différentes dans des unités dont les bâtiments et les terres sont bien séparées.
Durée de conversion : Parcours = 1 an, animaux = 6 mois.
Conduite des truies : En groupe.
Castration des porcelets : À partir du 1er Janvier 2022, elle doit être pratiquée à moins de 7 jours d’âge sous anesthésie et analgésie. La bombe de froid est autorisée comme analgésique.
Aliment en C1 (Conversion 1ère année) : 20 % de la ration si provenance de prairies ou protéagineux en 1ère année de conversion de l’exploitation.
Aliment en C2 (2ème année) : Si achat = ≤ 25 % de la ration annuelle moyenne, si produit sur l’exploitation = ≤ 100 %.
Nombre de traitements autorisés :
L’analgésie pour la castration est assimilée à un traitement obligatoire.
Le bien-être animal est au cœur de la filière porcine biologique, avec des mesures telles que l'arrêt de la castration à vif et la réduction de l'utilisation d'antibiotiques. De plus, les recherches se concentrent sur l'arrêt de la caudectomie et l'amélioration de l'alimentation des animaux.
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