L'élevage porcin en liberté suscite un intérêt croissant, en lien avec le bien-être animal et le respect de l'environnement. En France, la réglementation impose que les truies gestantes soient logées en liberté et en groupe un mois après l’insémination artificielle (IA) et ce, jusqu’à une semaine avant la mise-bas.
En France, la très grande majorité de l’élevage de porcs se fait en bâtiment. Les sols utilisés dans ces bâtiments peuvent varier en fonction du type d’élevage ou de la phase d’élevage (naissance, post sevrage, engraissement). Chaque type de sol présente des avantages et des inconvénients, que ce soit sur le plan économique ou pour le bien-être des porcs et des éleveurs.
Dans ce cadre, l'élevage sur paille émerge comme une alternative prometteuse, suscitant un intérêt croissant pour des raisons environnementales, éthiques et économiques. Ce modèle, en rupture avec le système sur caillebotis, est-il à même de répondre aux attentes des citoyens en matière d'environnement et de bien être animal ?
Même si les systèmes d'élevage alternatifs sont en développement dans la plupart des pays fortement producteurs de porcs de par le monde, ils ne séduisent toutefois actuellement qu'une faible fraction des éleveurs, l'élevage sur litière ou plein air ne représentant que 5 à 10 % des élevages en France.
Les systèmes d’élevages alternatifs, dont l’image dans la société est souvent idéalisée, permettent aux porcs d’exprimer un éventail de comportements plus large que dans les élevages confinés.
Examinons de plus près les avantages et inconvénients de cette méthode d'élevage.
Les Bases de l'Élevage Porcin en LibertéHugues et Jennifer Moly, avec leurs trois salariés, élèvent des porcins et des bovins allaitants : 20 truies reproductrices, 2 verrats, 450 porcelets par an (dont 200 sont engraissés sur la ferme) et 25 vaches allaitantes et leur suite (chaque femelle fait au moins 1 veau et les mâles castrés sont engraissés jusqu’à 30 mois).
« J’ai différents types de parcs : des parcs pour truies gestantes (2 lots de truies, avec un verrat par parc), des parcs de naissage où les porcelets passent 2 mois avec les truies (1 mois seuls avec leur mère et un mois regroupés avec deux autres truies et leurs porcelets), des parcs d’engraissement où les porcs passent 4 mois et un parc d’attente où je les prélève petit à petit en fonction de la demande.
« Au niveau du chargement instantané, je mets des lots de 2 à 3 bandes d’au moins 30 porcelets (constitués dès le deuxième mois passé dans le parc de naissage) dans des parcs d’engraissement de 1 à 2 ha, pendant 4 mois, la condition étant que les terres se reposent ensuite. Les bandes restent quatre mois à l’engraissement.
« Il y a un intérêt à maintenir des couverts végétaux de qualité dans les parcs des porcins. Cela nécessite une rotation adaptée : un temps de présence des porcins, un temps de repousse, et un temps de pâturage de bovins en fonction de l’herbe. Il arrive aussi que je fasse pâturer porcins et bovins en même temps sur une même parcelle. La cohabitation ne pose pas de problème.
En effet, sur deux ans de rotation, les parcelles ne sont pas exploitées par les porcs aux mêmes périodes de l’année et elles ne sont occupées que 50 % du temps.
« Quant aux truies, 20 truies tournent sur 4 ha, ce qui représente 2 000 m²/truie, avec environ 1 000 m²/truie de chargement instantané. Pour avoir une bonne gestion pastorale, il faudrait qu’elles tournent sur 6 ha (3 000 m²/truie), toujours avec un chargement instantané de 1 000 m²/truie, ce qui permettrait de régénérer davantage les prairies.
« L’élevage des porcs a un effet positif sur la productivité de mes prairies et cultures, contrairement à ce que l’on pourrait penser. Ils améliorent la productivité des prairies et des céréales en les retournant et en les fertilisant. Je réalise 30 % de journées de pâturage de plus sur les prairies où sont les porcs.
J’estime qu’une année de pâture par les cochons équivaut en termes de restitution à un précédent de 2 ans de luzerne. Si en 2014, j’ai réussi à maintenir la production de fourrages pour mes vaches et à rester assez autonome, j’ai un peu délaissé la gestion des prairies et fait quelques erreurs.
Aujourd’hui, j’adapte donc mes rotations et ma technique de pâturage. Après ces deux années de pâturage sur une même parcelle, il faut la mettre en culture ou en prairie pendant au minimum 2 ans et idéalement au moins 4 ans. Pour maintenir la prairie en état, les porcs doivent pâturer de manière discontinue, mais il faut aussi alterner la période de pâturage d’une année sur l’autre.
« Les truies et les verrats mangent au cornadis, il y a des barrières entre chaque animal pour éviter toute concurrence. Les cornadis sont montés sur un chariot mobile pour faciliter les rotations. Les aliments sont fabriqués avec les céréales de la ferme : triticale-pois, féverole, orge, blé, graines de soja, et des tourteaux (8 % de l’aliment). Au printemps, lorsqu’il y a une bonne pousse d’herbe, je peux réduire la ration (aliment fabriqué à la ferme, à base de céréales, protéagineux, tourteaux, son…) : la consommation des truies et des porcs diminue ainsi de 500 g (passant de 3 Kg à 2,5 Kg par jour). L’hiver, les truies ont du foin en plus.
« J’ai des niches de 2m20 x 1m90 et de 1m50 de haut, qui ont une base plus large que le toit. Ainsi les parois sont obliques ce qui permet aux porcelets de s’échapper lorsque la truie se couche. Les niches sont simples, bien isolées, et c’est un modèle que l’on peut facilement construire soi-même.
Lors des mises-bas, moins j’interviens, mieux cela se passe. Je ne rentre jamais dans les cabanes car cela stresse la truie, elle bouge, et risque d’écraser des porcelets. Je paille beaucoup afin que la truie fasse un nid et pour limiter le risque d’écrasement. Je castre les porcelets à 8 jours en utilisant une bombe de froid, toujours loin des mères pour qu’elles n’entendent pas leurs petits.
Trois bandes de porcelets sont regroupées, ce qui représente des lots de 30 à 35 porcs à l’engraissement. Je ne mélange jamais des bandes de porcelets qui n’ont pas grandi ensemble en parc de naissage afin d’éviter qu’ils se battent.
« Chez moi, c’est assez simple : lorsque mes porcs rencontrent des problèmes de santé, je leur fais une cure de chlorure de magnésium. Je mets 2 g/litre dans leur eau de boisson pendant une semaine. Mon lot qui semblait en mauvaise santé a ainsi récupéré une peau parfaitement rose et souple et une bonne vigueur.
Utile au bien-être des cochons, pour lesquels fouiller et jouer sont des activités naturelles, la paille présente l’avantage de résorber une partie de l’azote présent dans leurs déjections en les compostant. L’utilisation de cet engrais solide, plutôt que le lisier, limite de plus les risques de ruissellement.
Une litière composée de paille a des propriétés similaires au type de substrat qu’un porc trouverait naturellement, agissant comme un coussin et réduisant ainsi l’inconfort et les blessures. Plusieurs études ont montré que le risque de bursite (inflammation et gonflement d’une poche (bourse séreuse) située autour des articulations, entre les tendons et l’os) était nettement inférieur dans les élevages alternatifs, avec accès à l’extérieur ou sur paille, que dans les élevages en claustration. La gravité de la bursite en effet est associée à un environnement dur et inconfortable qui augmente la pression exercée sur la peau.
De même, l'élevage sur paille permet aux porcs d’exprimer un éventail de comportements plus large que dans les élevages confinés.
Alors que l'azote contenue dans les déjections des porcs, épandues sur des terres cultivables pour les fertiliser, contribue à la contamination en nitrates des cours d'eau et nappes phréatiques, la paille a l'avantage d'en résorber une partie et de limiter les risques de ruissellement.
Dans son exploitation de 125 hectares, il élève entre 250 et 300 cochons répartis par âge. Sur leur matelas de paille, les animaux n’ont pas l’air malheureux. « Le porc est un animal qui a besoin de fouiner et de mâchouiller, c’est son instinct naturel, et il ne peut pas le faire sur du ciment, ça le stresse », indique-t-il. Son élevage, qui n’est pas bio, ne menace pas non plus la ressource en eau car la paille a l’avantage de résorber une partie de l’azote contenue dans les déjections de porcs, limitant ainsi les risques de ruissellement dans les cours d’eau.
L'élevage sur paille, largement minoritaire en France (5 %), demande "de l'huile de coude et de l'argent", ne cache pas le Breton de 47 ans. Cet ancien ingénieur informatique a repris en 2010 la petite exploitation familiale, d'où 500 cochons sont aujourd'hui envoyés chaque année dans un abattoir local, un chiffre très éloigné des standards de l'élevage conventionnel intensif.
En contrepartie des coûts de production supérieurs qu'il entraîne, le "porc sur paille" se vend à 2,10 ? le kilo (contre 1,15 ? pour le conventionnel et autour de 3,50 ? pour le bio), un prix fixe négocié chaque année avec les bouchers partenaires.
Afin de pouvoir se revendiquer de la marque "porc authentique élevé sur paille", déposée depuis cinq ans, les éleveurs doivent répondre à un cahier des charges précis interdisant notamment le recours systématique aux antibiotiques ou les OGM dans l'alimentation des bêtes.
Produire de cette façon génère du travail supplémentaire pour pailler les enclos et les nettoyer. Cela a aussi un coût. La chambre régionale d’agriculture de Bretagne a chiffré le surcoût de l’élevage sur paille à 0,16 euros par kilo de carcasse produit, soit environ 10 % en plus par rapport au porc sur caillebotis. "Cela s’explique par le coût de l’achat de paille, et parce que les porcs dépensent plus d’énergie et ont une croissance un peu moins rapide", explique Brigitte Landrain, cheffe du service Elevage à la chambre régionale. Chez les éleveurs Cohérence, les porcs partent ainsi à l’abattoir quand ils ont entre 190 à 210 jours, contre 180 en conventionnel. Le gage selon eux d’un cochon en bonne santé et d’une viande de meilleure qualité.
Les sols alternatifs au caillebotis intégral nécessitent une meilleure gestion de la ventilation du bâtiment et une plus grande surface pour garantir la propreté des animaux et des enclos, le confort thermique en période chaude et diminuer le risque de maladies infectieuses.
Le Centre National de Référence pour le Bien-Etre Animal (CNR BEA) a publié une synthèse bibliographique sur les impacts des sols pleins, partiels ou totaux sur le bien-être et le comportement des porcs.
Le caillebotis intégral est un sol entièrement composé de lattes pleines alternant avec des ouvertures qui permettent l’évacuation des déjections. Il présente plusieurs inconvénients :
La caudophagie est définie par l’EFSA comme des « morsures de queue infligées par des congénères, entraînant des lésions de la peau, des muscles, des os, des cartilages, des vaisseaux sanguins et des tissus nerveux ». Ce comportement anormal est multifactoriel. La prévention passe actuellement le plus souvent par la caudectomie (coupe de la queue), une pratique douloureuse qui ne traite pas les causes du problème.
Le caillebotis partiel combine une partie en caillebotis (30 à 50 % de la surface) et une zone en sol plein, appelée gisoir. Le sol plein est souvent en béton, parfois avec de la litière. Il présente les inconvénients suivants :
Pour chaque type de sol, le CNR BEA propose une série de recommandations visant à améliorer le bien-être des porcs. Les sols alternatifs au caillebotis intégral améliorent le bien-être des porcs en favorisant leurs comportements naturels, en réduisant les risques de caudophagie et de blessures, et en offrant plus de confort et d’espace.
| Type de Sol | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|
| Caillebotis Intégral | Évacuation facile des déjections | Stress thermique, risque de caudophagie, blessures, mauvaise qualité de l'air |
| Caillebotis Partiel et Sol Plein | Combinaison de zones propres et de repos | Confort de couchage limité, risque d'accumulation de déjections, problèmes de litière |
| Élevage sur Paille | Bien-être animal amélioré, réduction des blessures, gestion de l'azote | Coûts de production plus élevés, gestion de la ventilation, surface nécessaire |
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