Le marché de la viande chevaline est aujourd’hui le principal débouché pour les races de chevaux de trait français. Cependant, année après année, la consommation de viande chevaline se fait de plus en plus marginale en France.
En 2022, les Français en ont consommé 5 797 tonnes contre 12 343 en 2016. En 2022, seulement 6,9 % des foyers français en ont acheté. Ces dernières années, le nombre de chevaux tués dans les abattoirs en France a fortement diminué. 3 882 animaux en 2022, soit 1 090 tonnes, contre 20 550 en 2013 (5 763 tonnes), indique Agreste, l’organisme de statistiques du ministère de l’Agriculture.
Il faut dire qu’en pleine période d’inflation, la viande de cheval est la plus chère du marché : 19,55 €/kg prix moyen d’achat en boucherie contre 16,93 € pour le bœuf, selon le rapport 2022 de l’Institut français du cheval et de l’équitation (Ifce).
Récemment, le député souverainiste Nicolas Dupont-Aignan a présenté une proposition de loi pour en interdire la production et la commercialisation. Le 4 juillet 2023, l’ancien candidat à l’élection présidentielle et actuel député « Debout la France » Nicolas Dupont-Aignan a présenté une proposition de loi « visant à modifier le statut juridique du cheval, à en interdire l’abattage, le commerce et la consommation de viande sur l’ensemble du territoire français ».
Une proposition qui passe mal côté éleveurs, alors que depuis des années, la consommation de viande de cheval baisse en France. On devrait donc continuer à trouver, de temps en temps, de la viande de cheval sur les marchés en France. Au grand dam de Violette Belloux, 23 ans, une cavalière confirmée qui monte depuis l’âge de 10 ans : « Le cheval est un compagnon avec lequel l’homme a toujours eu des liens très forts. Je ne peux même pas imaginer en manger… C’est tellement dépassé. De génération en génération, notre rapport aux animaux change.
Comme en témoignent les scènes de chasse des peintures rupestres, la viande de cheval est consommée par l’homme, depuis la préhistoire. Dans l’Antiquité, la plupart des nations (les Perses, les Grecs, les Chinois, les Romains) étaient hippophages. L’Avesta (livre sacré des anciens Perses) montre les Aryas mangeant le cheval avant d’être devenus agriculteurs.
A travers l’histoire et particulièrement avec la domestication des équidés, la consommation de leur viande diminue peu à peu. Les principales oppositions historiques à l’hippophagie ont une base religieuse. Entre 1739 et 1784, alors que les interdits religieux ont perdu leur pouvoir dissuasif, des ordonnances françaises rappellent l’interdiction de l’hippophagie, et contribuent à lui donner mauvaise réputation.
A la fin du XVIIIe siècle, Parmentier lutte pour faire admettre sa consommation, mais sans succès. Il faut attendre le 9 juin 1866 pour que la commercialisation de la viande chevaline soit autorisée. Geoffroy Saint-Hilaire et la Société Protectrice des Animaux, fondée en 1845, y sont pour beaucoup, voyant respectivement dans cette filière un moyen de nourrir les classes ouvrières et de protéger l’exploitation des vieux chevaux.
Après la guerre de 39-45, le développement de la mécanisation en agriculture entraine un déclin rapide du cheptel équin. Depuis cette date, les effectifs de chevaux de trait, initialement utilisés pour la traction animale n’ont cessé de reculer. Aujourd’hui, les chevaux de trait sont majoritairement destinés à la production de viande chevaline.
« Nous avons sauvegardé 9 races de traits (ardennais, auxois, boulonnais, breton, cob normand, comtois, mulassier poitevin, percheron, trait du nord). Elles ont notamment été préservées grâce à la production de viande… Sans finalité de production, elles auraient disparu, observe-t-il.
Hippolyte, marque d’Équid’Export créée par la Société Française des Équidés de Travail (SFET) en 2016, accompagne les éleveurs en défendant la revalorisation de la production de viande chevaline française, et en assurant la promotion de cette viande en France et à l’étranger. Les chevaux de trait Hippolyte sont élevés sur l’ensemble du territoire, valorisant des herbages du Massif Central, des Pyrénées, des Alpes, des plaines de Franche-Comté, de Bourgogne, du Grand Est, de la Bretagne, des Hauts de France, de la Normandie et des Pays de la Loire.
Puis, à l’issue d’une saison de pâturage permettant aux poulains de se construire dans les meilleures conditions, ils rejoignent nos fermes pour être soignés, nourris et préparés dans le respect du bien-être animal.
Pour les éleveurs, le cheval constitue souvent un complément appréciable, tant du point de vue économique, qu’environnemental. Nos élevages trouvent un débouché en boucherie, et nos poulains vivants sont exportés majoritairement vers l’Italie, la Suisse, l’Espagne et aussi au Japon. Pour la filière viande, environ 6 000 chevaux sont abattus chaque année.
Un intérêt environnemental, car le cheval contribue au maintien de systèmes herbagers permanents, en association ou non avec d’autres espèces bovines ou ovines. Rappelons tout d’abord que, dans certaines régions, du fait de conditions naturelles défavorables à la culture, l’élevage extensif est la seule activité agricole possible ; c’est typiquement le cas des zones de montagne. Dans ces conditions, les animaux d’élevage ne sont pas en compétition avec l’homme puisqu’ils valorisent une ressource dont ce dernier ne peut se nourrir directement, l’herbe.
Une grande majorité des lieux d’élevage de chevaux de trait se concentre sur les départements intégrés au Massif Central (Allier, Puy-de-Dôme, Cantal, Haute-Loire et Loire) qui est identifié comme la plus importante zone de multiplication de chevaux de trait en France. Nos neuf races évoluent principalement dans les territoires du Massif central, en Bourgogne-Franche-Comté, et sur la chaîne des Pyrénées.
Elle n’est pas très importante, et plutôt en décroissance depuis plusieurs années. Il existe des régions où elle demeure plus dynamique qu’ailleurs, comme le Nord et l’Ile-de-France. C’est historique, dans les cités industrielles, la viande de cheval était au début du XXe siècle, la plus consommée.
Pourtant, la France importe 70 % de sa viande de cheval (en 2019, la France a importé 9 020 tonnes de viande chevaline, soit quatre fois les volumes abattus), alors que dans le même temps, nous exportons des animaux vivants. L’arrêt des haras nationaux nous a fait perdre 30 % de la production. Notre ambition est donc de relocaliser la production pour satisfaire le marché et offrir de la réassurance aux consommateurs.
En effet : « En 2022, la France a importé 7 090 tonnes de viande chevaline, afin de combler son manque de production, dont 40 % sont issues d’Amérique du Sud. Le consommateur français aime plutôt la viande rouge issue de chevaux d’âge (d’où les importations), tandis que la France produit des poulains de chevaux de traits, correspondant à de la viande blanche rosée, qui sont exportés notamment vers l’Italie », explique Caroline Drapeau, ingénieure chargée d’études statistique à l’observatoire économique et social du cheval (Ifce).
La demande française en viande équine est majoritairement couverte par les importations de viande. Elles ont démarré au début des années 1960 ; les animaux vivants représentaient alors plus de 90 % des tonnages. Les importations de viande ont progressé jusque dans les années 80 pour atteindre un niveau record en 1979 de 57 400 tec de viande chevaline importée, dépassant alors celles de vifs.
Depuis les achats de viande diminuent sous l’effet de la baisse de la consommation française de viande équine. En 2013, la France a importé seulement 16 000 tec de viande équine dont moins de 3 % étaient de la viande congelée. Le principal fournisseur de la France en viande équine est le continent américain (plus de 55 % des exportations) dont les plus importants exportateurs sont le Canada, l’Argentine, le Mexique et l’Uruguay.
Les Etats-Unis ont longtemps exporté leur viande équine vers la France jusqu’en 2007 où une loi américaine a interdit l’utilisation des fonds fédéraux pour l’inspection vétérinaire des carcasses de chevaux destinées à la consommation humaine. Cela a eu pour conséquence de stopper l’abattage des chevaux sur le sol étasunien, objectif recherché par les associations de défense du bien-être animal à l’origine de l’adoption de ces dispositions, et d’augmenter les exportations en vif sur de longues distances vers le Canada et le Mexique où l’abattage était encore autorisé.
Depuis la fin de l’interdiction en 2012, les Etats-Unis n’ont pas encore fait leur retour sur la scène internationale du commerce de viande chevaline.
Or, en Amérique du Sud, les conditions d’élevage et d’abattage des chevaux ne sont pas toujours exemplaires… comme l’ont révélé depuis plusieurs années les associations de protection animale suisse Tierschutzbund Zürich (TSB) et allemande Animal Welfare Foundation (AWF). « Les conditions de détention et d’abattage des équins dans les pays d’Amérique du Sud sont loin des standards européens en matière de protection animale, même lorsque les abattoirs dont proviennent les carcasses sont agréés par l’Union européenne », souligne l’ONG Welfarm, qui a relayé en France ces enquêtes.
Welfarm dénonce « des conditions déplorables » et signale de nombreux cas de maltraitance, notamment dans l’abattoir Clay en Uruguay. « Manque d’eau et de nourriture, boiteries, blessures, plaies ouvertes non soignées, animaux émaciés, frappés, parfois très violemment… Autant de faits cachés lors des audits des inspecteurs européens, dont les visites sont toujours annoncées à l’avance dans les abattoirs », commente Ian Fafet, membre de l’ONG.
Dans ces conditions, Welfarm demande « idéalement au niveau européen, au minimum au niveau français » d’interdire les importations de viande chevaline en provenance d’États qui ne respectent pas des normes élevées de protection animale en abattoir. « La coopérative de commerçants de grande distribution Système U (Super U, Hyper U…) nous a récemment indiqué stopper toutes importations de viande de cheval hors Europe. C’est une première avancée », se réjouit Ian Fafet.
Pour autant, Welfarm indique ne pas être « favorable à une interdiction totale de la consommation et vente de viande de cheval en France. » « Notre rôle est de tout faire pour que les animaux de ferme soient bien traités. Pas de faire interdire la consommation de viande », souligne l’organisation.
Chaque poulain, dès sa naissance, est immatriculé. Sur le territoire français, tout propriétaire d’un cheval peut choisir que son animal ne soit pas abattu à des fins alimentaires. Cette information figure dans le « feuillet médicamenteux » qui accompagne le livret d’identification du cheval. Cette mesure est importante pour la traçabilité, elle permet de connaître l’origine d’un cheval conduit à l’abattoir.
En effet, les médicaments vétérinaires administrés aux chevaux dont les viandes sont destinées à la consommation humaine sont soumis à une réglementation stricte qui permet d’assurer l’absence de résidus dans les denrées. La durée du transport est particulièrement règlementée. Elle ne doit pas excéder 8 heures d’affilée pour les chevaux adultes. Si la durée dépasse 8 heures (ce qui est exceptionnel), les camions doivent être aménagés pour abreuver et nourrir les bêtes toutes les 8 heures.
Tout transporteur doit, par ailleurs, être agréé. À l’abattoir, les chevaux sont regroupés en parcs ou logettes individuelles où ils sont abreuvés et conservés au calme et au repos. La maltraitance n’a pas et ne peut pas avoir sa place dans l’élevage des chevaux à vocation bouchère.
Aux États-Unis, l’interdiction des abattoirs chevalins a eu les effets contraires à ceux attendus en termes de bien-être animal. En effet, on recense de nombreux actes d’abandon et d’absence de soin, alors que le cheval est un animal fragile.
Nous devrions donc voir davantage de viande chevaline dans les linéaires des magasins d’ici 2023 ? Nous nous y employions avec tous les acteurs de la filière. C’est un projet pilote que nous menons avec les GMS. Nous souhaitons également travailler sur la déclinaison de nos produits, en préparations originales (tartare, viande séchée…). Les italiens ont un coup d’avance sur nous en la matière.
Pour lutter contre les importations, Emmanuel Perrin de l’Anctc veut parier sur la production française : « Nos élevages sont extensifs, avec de petits effectifs d’animaux dans les pâturages à l’hectare. Les chevaux paissent de bonnes prairies, la qualité des fourrages est supérieure. Il faut valoriser notre production. En mettant en place de véritables circuits courts notamment », suggère-t-il.
En attendant, il tend la main : « Je vais inviter monsieur Dupont-Aignan au Concours national de la race comtoise, les 8 et 9 septembre prochain à Maîche (Doubs), confie-t-il. La confrontation ne mène à rien. Il faut du dialogue. Depuis Paris, difficile de mesurer les bienfaits de l’élevage sur la ruralité. Il faut venir voir comment l’on travaille. D’ailleurs, j’invite tous ceux qui le souhaitent à venir découvrir nos élevages. »
Sur un plan parlementaire, la proposition de loi de Nicolas Dupont Aignan a peu de chance d’aboutir.
La viande chevaline a une teneur en fer exceptionnelle (près de 4 mg de fer/100 g de viande). Ce fer d’origine héminique (présent dans l’hémoglobine et la myoglobine), offre l’avantage d’être bien assimilé par le corps, à l’inverse du fer non héminique présent dans les végétaux, les œufs et les produits laitiers.
La viande chevaline se caractérise par une tendreté extrême. C’est une viande fragile, elle contient beaucoup de fer et s’oxyde donc davantage à l’air. C’est pourquoi la cuisson et la conservation de la viande chevaline exigent certaines précautions. Sa chair, très maigre, s’assèche facilement.
La France est le 5ème producteur européen de viande chevaline (8 % des volumes européens) ;Selon les statistiques de FranceAgriMer et des douanes, elle est passée de 85 000 tonnes à un peu plus de 20 000 tonnes de 1981 à 2012.
| Année | Production (tonnes) |
|---|---|
| 1981 | 85 000 |
| 2012 | 20 000 |
tags: #élevage #cheval #viande #France
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