Notre Pain Quotidien : Une Analyse Documentaire Profonde de Nikolaus Geyrhalter

Le cinéma, un art essentiellement urbain, a rarement accordé une place centrale aux questions paysannes. Pourtant, certains réalisateurs ont su braquer les projecteurs sur le monde agricole, ses défis et ses réalités souvent méconnues. Parmi eux, Nikolaus Geyrhalter, cinéaste autrichien, se distingue par son approche méticuleuse et son regard attentif sur la manière dont les hommes interagissent avec leur environnement, notamment dans le secteur agroalimentaire.

Nikolaus Geyrhalter est un cinéaste méticuleux dans le soin qu’il met à pointer, précisément, les excès de la surmodernité. Les processus industriels appliqués au vivant dans l’industrie du soin (Hôpital Danube), comme dans l’agrobusiness (Notre pain quotidien) sont des expériences ambivalentes de cinéma. Ses images aussi difficiles que nécessaires ne sont jamais de la provocation. Elles sont une célébration de leur puissance à révéler un réel hors de notre expérience directe. Sa fascination récurrente pour les processus industriels de la technosphère interroge les ambiguïtés de la science et de la technique pour notre avenir.

Cet article propose une analyse approfondie du documentaire "Notre Pain Quotidien" (Unser täglich Brot), réalisé en 2005 par Nikolaus Geyrhalter. Sorti sur les écrans français le 14 mars 2007, ce film nous plonge au cœur du secteur agroalimentaire, révélant les réalités souvent occultées de la production de notre nourriture quotidienne.

Notre pain quotidien - Bande annonce

Un Regard Sans Complaisance sur l'Industrie Agroalimentaire

Comme le dit le réalisateur lui même "le titre fait référence à notre histoire culturelle" et à la façon dont l'Homme traite ces ressources. L'œuvre met effectivement en scène l'Homme au sein du monde qui le nourrit, qui le fait vivre, c'est tout le secteur agro-alimentaire, plus particulièrement les multinationales qui sont ici visées. Durant deux années, Nikolaus Geyrhalter a parcouru l’Europe et ses plus grandes sociétés, ses cultures agricoles, ses champs, ses élevages, ses abattoirs, un milieu auquel on est étroitement lié et pourtant qui nous est trop souvent inconnu, et y a placé sa caméra de façon à en transposer la vision la plus réaliste, la plus proche possible de la réalité.

D'après ces propos, le metteur en scène envisage ses films comme "des documents d'archives", il cherche à y capter "une petite parcelle l'histoire". Notre Pain quotidien l'illustre très bien grâce à des partis pris permettant une objectivité que n'offre que peu de documentaires. En effet, l'un des enjeux fondamentaux du film est d'avoir refusé d'y inclure tous commentaires, interviews, dialogues.

La première forme d'expression de l'Homme, la parole, n'est donc présente à aucune des 92 minutes de la projection, si l'on excepte quelques conversations en langues étrangères en fond sonores qui ne sont d'ailleurs pas sous titrées. Ce parti pris important du réalisateur s'explique selon lui par l'envie de ne pas troubler le rapport du public au film. En effet, selon ces propos, certaines interviews avait été tourné puis jeter au montage. Il justifie ce choix: "Nous avons alors réalisé que ces entretiens avaient tendance à déranger, à troubler notre rapport au film. [...]Les spectateurs peuvent ainsi plonger dans cet univers et de se faire leur propre opinion."

Les deux films les plus ambitieux du cinéaste autrichien sont des fresques documentaires de très grande envergure. Occident est un autoportrait subjectif de la vieille Europe et de sa civilisation contemporaine, ses lieux et ses non-lieux, ses peurs comme ses émois. Homo sapiens est un portrait de l’Humanité réalisé après le désastre, encore plus radical.

Il y a dix ans, l'Autrichien Nikolaus Geyrhalter traitait déjà de déshumanisation en marche avec Notre pain quotidien, documentaire cauchemardesque sur l'industrie alimentaire. Révélé par Notre pain quotidien, le réalisateur autrichien Nikolaus Geyrhalter signe un nouveau long métrage, Homo Sapiens, en salles ce mercredi.

A l'origine même de l'agriculture, le blé est, après des millénaires, la première plante cultivée au monde et l'aliment de base du tiers de la population mondiale.Sa production annuelle dépasse les 700 millions de tonnes soit près de 100 kg par habitant.

Dans un registre différent, le film "Le Blé, notre pain quotidien", d'Alexandre Largeron et Émilie Darnaud, revient aux origines de l'agriculture, explorant l'histoire de cette plante cultivée essentielle et son rôle dans l'alimentation mondiale. La France, premier producteur de blé en Europe, témoigne de l'importance de cette céréale dans la filière agricole.

Analyse de la Scène d'Introduction

Le film s'ouvre sur un travelling avant, avec au centre de l'image une personne, de dos, un casque anti-bruit sur les oreilles, au milieu de deux longues rangés de porcs éventrés. A la main, elle tient une nettoyeuse à haute pression avec laquelle elle lave le sol qui n'apparaît pourtant pas sale. Arrivé au bout de la rangée, elle fait demi tour et recommence le même processus protocolaire que précédemment.

Maintenant face à la caméra en travelling arrière, on peut distinguer une légère partie de son visage baissé, qui ne cesse de fixer l'impact du jet d'eau de sa machine sur le sol dont le son est le seul d'audible. Entourer de tous ces animaux morts suspendu autour de lui, il n'y prêtera aucune attention, concentré unique sur sa laborieuse tâche. La caméra s'arrête, le titre apparaît, le décor est jeté.

Le spectateur est déjà immergé dans ce monde où l'Homme et la machine se confonde, où la vie de ce qui nous nourrit ne semble avoir aucune valeur si ce n'est celle de marchandise. Cet Homme, au milieu des rangées de porcs éventrés ne semble pas pour autant plus humains qu'eux, rien ne le caractérise en tant que tel, que ce soit sa façon de marcher cadencé, ces gestes de bras en va et viens réguliers, son visage bas, son casque qui l'empêche d'entendre, aucune paroles, aucune expression, rien.

Si l'on ajoute à cela son uniforme qui ne laisse entrevoir qu'une infime partie de son corps, l'Homme est réellement restreint un simple outil de travail. C'est le vide humain, le règne de la machine et du profit.

Cette séquence introductive offre donc une vision d'ensemble du métrage car elle aborde tous les thèmes principaux qui y seront approfondi par la suite : la déshumanisation d'un travail dans des multinationales d'agro-alimentaire, la mécanisation des tâches, la marchandisation excessives des animaux, la recherche d'objectivité. Il est important de noter la qualité esthétique de cette première scène. Le travail de la photographie, du cadre, des mouvements de caméra, toute la construction formelle de l'oeuvre est une véritable réussite qui n'est pas sans relation avec le fond.

Construction Formelle et Thématiques Clés

Il est primordial de noter que la construction formelle du film de Nikolaus Geyrhalter permet à ces thématiques de prendre toute leur envergure. En effet le film est construit par de longs plans souvent fixes où aux mouvements lents et très fluides, mit bout à bout, sans son extra-diégétique permettant aux spectateurs de se fondre pleinement dans l'environnement qui lui est présenté. Il n'y a pas de dialogue, ou bien ne sont quasiment pas audible et qui plus est intentionnellement non sous-titrés.

Un rythme lent s'en ressent. Les longs plans fixes permettant aux spectateurs d'ancrer les images durablement dans leurs esprits. Cette composition délibérément carrée, se pose en parallèle de la mécanisation qui nous est montré, simplifiée et épurée à son maximum. Il en ressort une froideur des images, qui suscitent tantôt la fascination, tantôt l'indignation.

Fascination devant une telle beauté esthétique du cadre, notamment avec quelques paysages comme ce champs de tournesol au dessus du quel passe un avion qui y projette des produits chimiques; scène qui n'est pas s'en rappeler le célèbre plan d'Hitchcock dans La Mort aux trousses. Indignation face aux traitements que peuvent endurer certains animaux, comme tous ces poussins, entasser dans des machines puis dans des caisses, ou bien indignation devant le phénomène d'exploitation que subissent les ouvriers de ces multinationales ne jurant que par le profit.

De part le caractère brut des images, le réalisme cru d'un univers qui est pour la plupart inconnu, le spectateur en est d'autant plus concerné. L'absence d'interview, de commentaire, et de dialogue y joue un rôle très important qui sera abordé en détail plus loin. Sur la forme, le réalisateur réussi donc clairement un tour de force qui déstabilisera peut être les moins adeptes du genre mais fascinera les autres par des partis pris qui rompent avec un style de documentaire plus conventionnel. Si d'un point de vue esthétique le film frappe fort, ce qu'il contient n'en est pas moins laissé de coté, le fond et la forme étant ici intimement lié.

Mécanisation, Industrialisation Excessive et Surproduction

Avant de parler du caractère déshumanisant dont il est ici question, il est tout d'abord important de parler de l'industrialisation massive et de ces excès car c'est avant tout cette mécanisation qui est primordial dans le film. Le travail à la chaîne, qui se faisait déjà pointé du doigt il y a de ça plusieurs décennies, entre autres grâce à des films comme le célèbre Les temps modernes de Charlie Chaplin, est ici bien présent puisqu'il régie quasiment toutes les zones de travail, que ce soit dans le domaine de l'agriculture (élevages d'animaux et culture de plantes) ou de l'industrie agro-alimentaire (transformation de produits vivants ou des plantes en produits alimentaires).

Ce choix de travail stakhanoviste n'est pas nouveau et va à l'encontre du sens moral. Mais les multinationales, travaillant dans une optique et dans un soucis de rentabilité, dans la surproduction abusive, laisse la plupart du temps le caractère humain de coté. Le lucratif prenant le pas sur la morale, les multinationales élargissent toujours plus les frontières de la bienfaisance. Le système de travail de ces sociétés est donc prévu pour être le plus productif possible, les tâches sont alors séparé et le travail à la chaîne souvent choisis comme étant le plus bénéfique.

Nikolaus Geyrhalter film donc plusieurs de ces travaux avec un mécanisme qui rappelle celui que subit les ouvriers. De longs plans fixe durant lesquels l'action se répète et où la lassitude du personnage filmé peut devenir celui du public. La machine tient aussi une place importante dans la chaîne de production. En général elle se pose en assistanat, elle et le l'ouvrier formant un binôme, souvent elle tient le rôle le plus important, et parfois elle se substitue entièrement à l'Homme, par exemple pour le découpage de poissons.

Il est clair que la machine prend une place de plus en plus grande dans l'industrie, une nouvelle fois pour des raisons lucratives. Cependant, ce qui peut être vu par certains spectateurs comme un manque d'humanisme est vu tout autrement par d'autre. En effet une partie des sociétés dans lesquelles a été filmé Nikolaus Geyrhalter en est d'ailleurs fier. Le réalisateur en parle dans une interview : "Avec certaines sociétés cela a été facile. Fières de leur travail, de leurs innovations, de la sûreté de leurs produits, elles ont acceptée de participer au projet." A l'inverse il rajoute "de nombreuses sociétés ont eu peur de la publicité, des conséquences éventuelles d'un tel film. Il y a tant de scandales sur le sujet, qu'elles ont préféré qu'on aille tourner chez le concurrent." Le pire n'est donc sûrement pas à l'écran.

Comme déjà dit plus haut, dans un monde capitaliste, où la mondialisation est devenu mot d'ordre et le profit seul façon d'exister dans une marché de plus en plus concurrentiel, la qualité de travail de l'employé prend une importance très secondaire.

Déshumanisation : Un Phénomène Naturel de la Mondialisation

Visages fermés, corps en perpétuellement mouvements, cadencés par une rythmique dicté par la loi du profit. Durant tout film la succession de scène ou l'Homme est confronté à différentes tâches dans le secteur de l'agro-alimentaire permet de se faire une idée assez claire et nuancé des conditions de travail qui y prospère.

Outre la scène introductive dont il a été question précédemment, le film propose une multitude de séquences ou l'Homme exécute ses travaux quotidiens. Que ce soit trier des poussins, des pommes, égorger des poulets, ramasser des concombres, des salades, dépecer des vaches, aucunes des opérations n'apparaissent comme épanouissantes, toutes paraissent répétitives, ennuyeuses, dévalorisantes. Le travail s'effectue souvent seul, face à sa tâche, sans prononcer le moindre mot, sans éprouver la moindre émotion. De cette façon, s'opère naturellement une certaine mécanisation, voir robotisation, et donc déshumanisation de la personne.

Ceci est d'autant plus amplifier lorsqu'il y a un rapport Homme/Animal, toujours traiter comme une simple marchandise. Ils trient des poussins comme ils trient des tomates, dans l'indifférence de l'être vivant. Ce qui est apparaît comme grave, c'est la normalisation de ce mode de fonctionnement qui entraîne la passivité, l'indifférence des ouvriers devant leur ouvrage.

L'exploitation de ces hommes et femme prend une toute autre tournure lors de la séquence du bus puis du travail dans les cultures agricoles. Que ce soit dans l'espace clos du bus ou dans les grands espaces à ciel ouvert, le visage de ces ouvriers se fait toujours terne. Quelques mots sont tout de même échangés dans le bus, ou la proximité facilite les échanges. Ces personnes n'ont l'air de vivre de rien, le visage fatigué et les vêtements usés, ce métier doit être la seule alternative possible pour ne pas mourir de faim.

De temps à autre, des scènes de repas viennent ponctuer les séquences. Cela permet donc au spectateur de se plongée dans une forme d'intimité de l'ouvrier, de l'humaniser un minimum. Mais l'inexpressivité qui caractérisé les ouvriers pendant leur travail se retrouve rapidement pendant ces instants. Parfois seuls face à la caméra, souvent muets, il n'y a visiblement aucun réconfort à aller chercher pendant ces instants de répit. Il s'agit plus de moments permettant la recharge d'énergie que de moment de détente comme cela est censé l'être. De plus, ces scènes mettent en évidence le cycle de l'agro-alimentaire : après la production de nourriture, il y a la consommation. Ce qu'ils produisent finit invariablement dans leur estomac.

Marchandisation des Animaux

L'un des thèmes choc du documentaire est le traitement de ces sociétés vis à vis des animaux. Faut-il le faire avec un certains respects envers l'être vivant ? Car Geyrhalter n'essaye à aucun moment de faire l'apologie du végétarisme ou du veganisme. Encore une fois il montre une réalité que les gens ne peuvent ou ne veulent pas voir. Ils les posent devant une vérité qui les concerne tous.

Sans tomber dans une facilité qui serait de montrer des images provocantes afin de mettre le spectateur dans un profond malaise qui le ferait culpabiliser, il ne néglige rien. Personne ne restera indifférent devant ces animaux qui vont à la mort et qui le ressentent, tétaniser par la peur, leurs cris brisent le silence et le son des machines jusqu'alors seul composant de la bande son.

Nikolaus Geyrhalter lors du Festival International du Film de Vienne en 2011

L'Objectivité dans le Cinéma Documentaire : Une Réelle Utopie

De nos jour où le documentaire est de plus en plus apparenté au reportage, l'absence de commentaire, d'interview, d'explication dans ce genre cinématographique peut paraître déstabilisant pour un spectateur de plus en plus en proie à quête d'information. Mais ce pari risqué du metteur en scène se justifie par la recherche de l'objectivité, une volonté d'écarter tout risque de propagande, en usant simplement de la force des images.

Comme le montre parfaitement Marker dans Lettres de Sibérie, c'est avant tout le commentaire qui donne son sens à ce que nous voyons. Ici donc pas de ligne directrice, pas de positionnement, à chacun de se faire son propre maître à penser, c'est tout du moins ce que laisse penser ce choix. Cependant, rien n'est moins simple.

Effectivement, nous ne pouvons pas dire que la sélection des images, de l'angle de la caméra, de ce qui est montré, que tous les procédés de mise en scène ont été laissé au hasard. Même des images isolées de toute nuisance sonore peuvent conduire à une même idée forte. Que ce soit dans leurs constitutions formelles, leurs assemblages ou dans se qu'elles représentent, les images parlent.

Réception et Reconnaissance du Film

La réception fut très bonne puisque le film remporta plusieurs prix dans différents festivals :

  • Grand Prix 2006 au Festival International du Film d'environnement à Paris
  • Prix EcoCamera 2006 aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal
  • Élu Meilleur film 2006 à l'Ecocinema (Festival International du Film d'Athènes)
  • Prix spécial du jury 2006 catégorie "International" aux Hot Docs (Festival International du Documentaire de Toronto)
  • Prix spécial John Templeton 2006 aux Visions du Réel à Nyon
  • Prix spécial du jury 2005 à l'International Documentary Film Festival Amsterdam
  • Nomination au European Film Award pour le prix Arte en 2006

Afin de mieux comprendre les clés de ce succès et de cerner les points importants d'un film il est intéressant d'en étudier les premières minutes, celles dans lesquelles la première scène tient une place primordiale puisque introductrice du reste.

On pense bien sûr à Tchernobyl, à Fukushima, mais sa quête l’a aussi mené en Europe, aux États-Unis et en Amérique du Sud. Les images sont fascinantes à plus d’un titre : par leur beauté pleine de mélancolie, bien sûr, mais surtout parce qu’elles « racontent une histoire », selon les mots du réalisateur. Au cœur des gravats, les objets épars - bouteille à moitié pleine, écrans d’ordinateurs - témoignent d’une présence pas si lointaine de l’homme et offrent à l’imagination de s’envoler.

L’art du montage, manié avec une grande dextérité, construit le récit sensoriel d’une fiction presque métaphysique : que resterait-il de notre passage si l’homme venait à disparaître ? Les images d'Homo Sapiens pourraient venir d'un film de science-fiction, se déroulant dans une Terre devenue inhabitée.

Ce ne sont pas seulement des lieux « vides », comme une forêt sans âme qui vive. Ce sont des endroits où demeurent des traces de l'humanité, de la civilisation, mais qui ont semble t-il été oubliés par le monde entier.

La première chose qui frappe en voyant Homo Sapiens, c'est le sens plastique du cinéaste : chaque plan est une splendeur dans sa composition, ses lignes, sa profondeur. Derrière la beauté évidente, il y a des drames : des magasins abandonnés dans l'urgence laissent deviner les choses terribles qui ont pu se passer. Il faut un talent certain pour arriver à rendre émouvant des plans fixes de lieux vides - Geyrhalter y arrive avec brio et son concept ne se limite évidemment pas à un économiseur d'écran esthétisant.

Il y a quelque chose d'éminemment romanesque à imaginer les bouts manquants : ce qui a mené ce bateau échoué dans un champ ou ce tank (!) abandonné dans la forêt. C'est presque, dans une richesse de tons remarquable, à un comique de répétition qu'on assiste avec une escalade de l'improbable, comme ces missiles laissés à l'air libre ou cette route qui s'est totalement cassé la gueule. Il y a une tristesse qui ressort de ce spectacle, à l'image de mascottes rose bonbon, éventrées et la tête par terre. Mais le film, plus complexe qu'il n'en a l'air, charrie des émotions contradictoires.

On assiste à une apocalypse, mais le chaos ici est paisible. La nature a repris ses droits, comme si l'humanité avait vraiment disparu - et la vie continue. Lorsque des rayons de lumière traversent des bâtiments vidés, une atmosphère magique s'installe. A l'image de la musique répétitive, Homo Sapiens gagne en ampleur au fil du film, de petits garages à vélos oubliés en début de long métrage à des villes fantômes entières qui s'élèvent.

Ces plans muets, en ex-URSS hantée, dans de jolis bois autrichiens ou à Fukushima, créent un ensemble passionnant, romanesque et poétique.

Je voulais traiter de ce sujet, mais en montrant des endroits qui existent déjà dans la réalité. Une approche plus « documentaire » si vous voulez. J'avais le sentiment que tous ces lieux avaient des histoires à raconter sur nous, humains. Nous recherchions des lieux qui parlent d'eux-mêmes, à propos desquels il était évident de savoir comment ils étaient utilisés auparavant. Ils devaient aussi fournir des informations sur notre culture. Le regard rétrospectif sur notre société se devait d'être critique.

Le son joue un rôle important dans Homo Sapiens. Sauf rares exceptions, on n'a pratiquement rien enregistré en direct, tout simplement parce qu'il était impossible d'obtenir un son parfaitement net, et qui ne soit pas parasité par des bruits de fond tels que des voitures au loin, des avions, parfois des voix etc... Le but principal était de créer un paysage sonore sans aucun bruit anthropique.

Certaines images de Homo Sapiens sont apocalyptiques, et pourtant elles sont souvent paisibles. Probablement. Après l'apocalypse, il y aura la paix. Moins il y a de choses et plus on voit dans votre film. En tant que spectateur, on doit construire un storytelling à partir de ces images qui ne comportent que des indices d'humanité, parfois de manière absurde et toujours sans aucune explication. Tout le storytelling se lit ici entre les ligne. La narration est entièrement basée sur ces indices.

Les films appartiennent aux salles de cinéma, c'est leur place. Ceux que je fais en tout cas.

Image illustrative de l'industrie agroalimentaire

Tableau Récapitulatif des Récompenses de "Notre Pain Quotidien"

Festival Prix Année
Festival International du Film d'environnement (Paris) Grand Prix 2006
Rencontres internationales du documentaire (Montréal) Prix EcoCamera 2006
Ecocinema (Festival International du Film d'Athènes) Meilleur film 2006
Hot Docs (Festival International du Documentaire de Toronto) Prix spécial du jury (International) 2006
Visions du Réel (Nyon) Prix spécial John Templeton 2006
International Documentary Film Festival Amsterdam Prix spécial du jury 2005
European Film Award Nomination pour le prix Arte 2006

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