Diversification Alimentaire Tardive : Conséquences et Recommandations

La diversification alimentaire est une étape essentielle dans le développement de l'enfant, marquant le passage d'une alimentation exclusivement lactée à l'introduction progressive d'aliments complémentaires. Il est préconisé de commencer la diversification alimentaire quand Bébé a entre 4 et 6 mois. Cependant, la question de savoir quand et comment introduire ces nouveaux aliments suscite de nombreuses interrogations chez les parents. Si une diversification trop précoce peut être inadaptée, une diversification trop tardive comporte elle aussi des risques.

Cet article examine les conséquences d'une diversification alimentaire tardive, en s'appuyant sur les recommandations des experts et les études scientifiques récentes.

Diversification alimentaire : dans quel ordre introduire les aliments ? - Puériculture

Recommandations Actuelles sur la Diversification Alimentaire

Face à la valse des recommandations ces dernières années, sur la question de la diversification alimentaire des nourrissons, l’OMS est restée droite dans ses bottes, et ses recommandations tiennent toujours : environ 6 mois d’allaitement exclusif. Les experts recommandent d’introduire progressivement de nouveaux aliments entre 4 et 6 mois, une étape clé pour le développement et la prévention des allergies. Toutefois, il est vraiment déconseillé d’introduire des aliments autres que le lait avant 4 mois. Selon le plus récent document de principe de la Société canadienne de pédiatrie (SCP, 2021), chez les nourrissons à haut risque, il faut encourager l’introduction précoce des aliments allergènes (p. ex. œufs cuits [pas crus], arachides) à la maison, vers l’âge de six mois, mais pas avant l’âge de quatre mois, d’une manière sécuritaire et adaptée au développement.

Il est important de noter que chaque bébé a son propre rythme et que la diversification reste dans un premier temps de la découverte. Il arrive que des petits picorent un certain temps avant d'augmenter les quantités mangées. La diversification peut être retardée ou boudée temporairement pour des raisons diverses (autres découvertes ou acquisitions en cours, le petit est trop fatigué au moment des repas, maladie, poussée dentaire, chaleur, changement d'habitudes avec besoin de se rassurer...).

Définitions importantes :

  • Allaitement maternel : Alimentation du nouveau-né ou du nourrisson par le lait de sa mère.
  • Allaitement exclusif : Le nouveau-né ou le nourrisson reçoit uniquement du lait maternel à l’exception de tout autre ingestat, solide ou liquide, y compris l’eau.
  • Allaitement partiel : L’allaitement est associé à une autre alimentation comme des substituts de lait, des céréales, de l’eau sucrée ou non, ou toute autre nourriture.

Selon l‘OMS, "L’allaitement exclusif au sein - défini comme la pratique de ne donner au nourrisson que du lait maternel au cours des 6 premiers mois (sans apport d’eau ni aucune alimentation complémentaire) - est, parmi les différentes interventions préventives, celle dont les effets sur l’enfant sont les plus marqués.

La diversification alimentaire consiste à faire découvrir les aliments à votre enfant, avant de passer à une alimentation solide. Cela consiste à ajouter des légumes, des fruits, de la viande et des féculents, en complément du lait. Mais attention, l’introduction de ces aliments ne doit pas représenter la moitié de son alimentation de bébé de 0 à 3 ans. Il s’agit simplement de faire goûter de nouvelles saveurs à votre enfant.

Conséquences Potentielles d'une Diversification Tardive

Une publication dans la revue Allergy, jeudi 27 juillet, apporte de nouveaux éléments pour trancher le débat. Selon cette étude menée par une des nombreuses équipes de chercheurs travaillant sur la cohorte ELFE (étude longitudinale française depuis l’enfance), qui suit la socialisation et l’exposition environnementale de 18 000 enfants depuis 2011 en France, il existe un lien clair entre l’âge tardif de la diversification alimentaire chez les enfants et le risque de développer des allergies. « Le fait de ne pas avoir introduit dans l’alimentation à l’âge de 10 mois au moins deux allergènes est associé à un risque multiplié par deux de développer une allergie alimentaire dans les années qui suivent », explique Blandine de Lauzon-Guillain, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, qui coordonne la partie alimentation de la cohorte.

Risque accru d'allergies

Les allergies : la barrière intestinale du tout-petit est encore immature, du coup les antigènes alimentaires (ils se trouvent dans les fruits et légumes) absorbés par l’enfant passeraient dans le sang. Conséquence, un risque d’allergies alimentaires, mais aussi d’eczéma accru. Une étude basée sur la cohorte ELFE confirme l’importance d’introduire entre 4 et 6 mois tous les aliments, y compris les allergènes, comme les œufs, le poisson, le blé et les produits laitiers.

Carences nutritionnelles

Les carences en fer ou/et en zinc peuvent entraîner une perte d’appétit qui se résout avec une supplémentation médicamenteuse. L’enfant allaité aime la nourriture familiale dont il connait les saveurs via le liquide amniotique puis le lait maternel. Lui proposer ce qu’il y a dans les assiettes des personnes à table a souvent plus de succès que la nourriture industrielle pour bébé.

Troubles de l'oralité

Néanmoins, certains enfants qui ne portent rien à la bouche, ni jouet, ni leurs doigts, ni nourriture peuvent souffrir d’un trouble de l’oralité qui demande une prise en charge par des orthophonistes spécialisés. Si la prise de poids se ralentit ou stagne, il est important de consulter.

ARFID est l’acronyme anglais pour Avoidant Restrictive Food Intake Disorder, ce que l’on pourrait traduire par trouble de restriction ou d'évitement de l'ingestion d'aliments. Il concernerait jusqu’à 2 % de la population. La Pre Véronique Abadie, du service de pédiatrie générale et maladies infectieuses à l’Hôpital Necker Paris a décrit les trois symptômes clés de l’ARFID sous forme de rébus : "Mon premier symptôme est une aversion sensorielle pour certaines textures, goûts, couleurs, plus rarement la température, des aliments. Mon second symptôme est un manque d’intérêt chronique pour l’alimentation ou "petit appétit" ou même "satiété précoce". Mon troisième symptôme est une peur vis-à-vis d’un risque associé à l’alimentation, que ce soit de vomissement, d’étouffement, de fausses routes ou de douleur voire d’inconfort abdominal post-prandial. Enfin, mon "tout" aboutit à une alimentation réduite, à un choix d’aliments très restreint et à des ingestas souvent insuffisants". A ne pas confondre avec le "petit mangeur sélectif" ou l’anorexie mentale.

Difficultés de développement psychomoteur

Non seulement il y a un risque important de fausses routes avant 3-4 mois parce que le développement psychomoteur du nourrisson ne lui permet pas encore de manger en sécurité. Mais en plus, une diversification alimentaire trop précoce peut entraîner une hypersensibilité de la sphère orale. Au-delà de l’allaitement, l'introduction de morceaux était associée à la motricité globale à l'âge d'un an : une introduction précoce, avant 8 mois, était associée à une probabilité moindre de faire partie du groupe " score de motricité globale inférieur " et une introduction tardive (après 10 mois) à une probabilité plus élevée, par rapport à une introduction entre 8 et 10 mois.

Conseils pour une Diversification Alimentaire Réussie

  • Respecter le rythme de l'enfant : Chaque bébé est différent et progresse à son propre rythme.
  • Introduire les aliments un par un : Cela permet d'identifier facilement les éventuelles allergies ou intolérances.
  • Proposer une variété d'aliments : Exposer l'enfant à une large gamme de saveurs et de textures favorise un régime alimentaire équilibré et réduit le risque de difficultés alimentaires plus tard.
  • Ne pas forcer l'enfant à manger : Il est important de respecter les signaux de faim et de satiété de l'enfant.
  • Consulter un professionnel de la santé : En cas de doute ou de difficultés, il est recommandé de demander conseil à un pédiatre ou à un nutritionniste.

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