Le Coût de Production du Porc en France: Une Analyse Complète

La filière porcine française, bien que dynamique en apparence, cache des réalités économiques, environnementales et sanitaires complexes. Cet article se penche sur les coûts de production du porc en France, en explorant les différents aspects qui influencent cette industrie.

Un Aperçu de la Filière Porcine en France

En France, 21,5 millions de porcs charcutiers ont été produits l’an dernier, dont plus de la moitié en Bretagne. La filière porcine s’est métamorphosée depuis les années 1960. Cette concurrence a éliminé les acteurs de plus petite taille et divisé le nombre d’abattoirs par 10 entre 1968 et 2023.

Les exploitations agricoles porcines génèrent en moyenne des revenus 50% plus élevés que l’ensemble des exploitations agricoles. Et la filière joue un rôle central dans l’économie agroalimentaire nationale et régionale, représentant près de 2 % des actifs bretons.

Les Revenus et les Bénéfices

  • Selon la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), les élevages de porcs génèrent « des revenus 50 % plus élevés » que l’ensemble des exploitations.
  • Le chiffre d’affaires des produits porcins (viande, charcuterie…) dans les grandes surfaces « atteint presque 7 milliards d’euros ».
  • Les grandes et moyennes surfaces ont généré en moyenne 427 millions d’euros de bénéfices nets par an, grâce à la vente de produits de charcuterie de porc sur la période 2017-2022.
  • Cela équivaut à 1/5e des bénéfices totaux de la grande distribution, tous rayons confondus (y compris les rayons déficitaires).

Malgré la bonne conjoncture 2023, des écarts entre élevages persistent. En effet, 20 % des exploitations porcines sont encore en situation financière fragilisée.

Impacts environnementaux des élevages porcins

Les Coûts Cachés de la Filière Porcine

Pourtant, l’analyse approfondie menée par la FNH nuance fortement ce constat d’apparente bonne santé. Derrière des rayons charcuterie dynamiques, des revenus agricoles parmi les plus élevés du secteur et un bassin d’emplois important en Bretagne, se cache une autre réalité jamais chiffrée : quel coût supporté par la sécurité sociale chaque année pour soigner les maladies liées à la surconsommation de charcuterie ? Quel coût payé par le contribuable pour dépolluer les eaux et lutter contre les algues vertes dans les territoires d’élevages porcins ? Quel impact du modèle intensif actuel sur l’emploi dans les 13 000 élevages et les 159 abattoirs restants en France ?

Pour la première fois, la Fondation pour la Nature et l’Homme a exploré ces angles morts en chiffrant les coûts sociétaux associés à la filière.

Coûts Liés à la Santé

Ainsi, le coût pour la Sécurité sociale des maladies engendrées par la surconsommation de charcuterie atteint 1,9 milliard d’euros selon les calculs de la Fondation. Notre estimation fait ainsi apparaître un coût annuel de 1,9 milliard d’euros, dont 1,3 milliard d’euros (71%) lié aux traitements et soins du diabète seul. Ces sommes, qui grèvent le budget de la sécurité sociale, s’expliquent par les coûts importants que représentent les soins chroniques et les médicaments à vie nécessaires pour traiter la maladie, conjugués à la taille importante de la population concernée. Sept pathologies ont été identifiées par l’étude de référence mondiale Global burden of disease sur les facteurs de risques sanitaires. Le diabète arrive en tête avec 1,3 milliard de dépenses liées aux « soins chroniques et aux médicaments à vie nécessaires pour traiter la maladie, conjugués à la taille importante de la population concernée ».

Ces montants sont issus d’un recensement rigoureux des dépenses effectuées par l’État, les collectivités territoriales et les agences publiques. Des dépenses de surveillance et de prévention de 127 millions d’euros, dont 72 pour la Bretagne.

Coûts Environnementaux

La pollution de l’eau liée à l’élevage porcin a été évaluée à 24,6 millions d’euros. « La gestion des nitrates provenant des effluents d’élevage (lisiers de porc) et qui s’infiltrent dans les cours d’eau et nappes phréatiques coûte 22 millions d’euros. », dont 12 pour la Bretagne. Le Plan de Lutte contre les Algues Vertes (PLAV) coûte 2,6 millions d’euros, exclusivement pour le territoire breton.

Dans une approche prudente, seuls les impacts ayant donné lieu à une dépense publique réellement effectuée apparaissent, tandis que d’autres dommages restent invisibles. Ces résultats ne tiennent par exemple pas compte des pollutions liées à la culture des céréales pour l’alimentation porcine, au coût du changement climatique, à la dégradation d’écosystèmes marins et littoraux, de l’indemnisation des victimes d’algues vertes, ou encore d’impacts sociaux ou d’impacts sur le bien-être animal.

Tableau Récapitulatif des Coûts

Type de Coût Montant Estimé (en millions d'euros)
Coûts de santé liés à la consommation de charcuterie 1 900
Gestion des nitrates provenant des effluents d’élevage 22
Plan de Lutte contre les Algues Vertes (PLAV) 2.6
Dépenses de surveillance et de prévention 127

L'Évolution des Coûts de Production

La forte hausse du prix des matières premières s’est logiquement répercutée sur le prix de l’aliment porc au courant de l’année 2021. En l’espace d’un an, le prix de l’aliment acheté en décembre pour les producteurs qui achètent 100% de leur aliment a progressé de près de 54 €/T (+20%). En moyenne sur un an, le prix de l’aliment porc était stable en 2019 et 2020 à 261 €/T. Pour les clôtures comptables de décembre (en cours), le prix de l’aliment en 100% achat sera proche de 297 €/T. Le prix des céréales reste élevé début 2022 dans un contexte géo-politique très instable. Le prix spot de l’aliment va donc continuer à grimper en production porcine. Il frôle le niveau de 330 €/T en janvier. Il se situe déjà au-dessus du précédent record de 2012/2013 et il devrait continuer à grimper en février.

En 2024, la détente des marchés des matières premières à l’international a entrainé une nette baisse des coûts de production pour les éleveurs de porc. Les coûts de production des éleveurs de porcs ont largement diminué en 2024. Hors Ukraine et Grande-Bretagne, la baisse moyenne pour les pays suivis dans InterPIG était de 9 % par rapport à 2023. Ce repli s’explique par la détente des cours des matières premières et donc des prix de l’aliment porcin.

Le prix de l’aliment atteint son maximum sur 12 mois à la fin du printemps 2023 avant d’engager un repli progressif avec la baisse des prix des céréales et du soja. Si le prix de l’aliment a entamé son recul à partir du second semestre 2023, il reste à un niveau élevé jusqu’à ce printemps par rapport à la période d’avant Covid, la faute aux prix des céréales, du soja et de l’énergie qui n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise. Le coût alimentaire sur 12 mois devrait toutefois diminuer jusqu’à la récolte 2024.

Prix de Revient et Rentabilité en 2023-2024

Ces différentes hausses de charges conduisent à l’augmentation sans précédent du prix de revient du kg de carcasse en 2023 chez les naisseurs engraisseurs. Il atteint en moyenne 1,912 €, soit + 28 cts en un an. Toutefois, avec un marché porteur et un prix de vente situé à 2,172 € du kg de carcasse, les éleveurs naisseurs engraisseurs ont pu rémunérer, en moyenne, leur travail au-delà de 2 SMIC par exploitant. La progression de la rentabilité permet un doublement du revenu disponible par UTAF. Le taux d’endettement global régresse de cinq points pour s’afficher à 56 %.

Aussi, en intégrant une inflation modérée sur les biens et les services, le prix de revient en juin 2024 peut être estimé à 1,71 € du kg de carcasse, soit une baisse de 20 cts en un an. Or depuis le début de l’année 2024, le prix du porc au MPB est relativement stable, au-dessus de 2 € le kg. Malgré une offre en retrait, celle-ci répond à la demande. La météo reste peu propice à la reprise saisonnière des pièces à griller. Avec un prix de revient moyen en baisse pour 2024, et un prix de vente qui se maintient jusqu’ici, l’écart prix de vente / prix de revient devrait être à nouveau favorable aux producteurs à court terme.

Les Soutiens Financiers et les Inégalités

Aux coûts indirects liés à la santé et aux traitements des pollutions environnementales, s’ajoutent des soutiens financiers plus directs qui confortent la filière dans un modèle ayant pour objectif des volumes de production élevés. Pour les défenseurs de cette vision, c’est la garantie d’une promesse d’emplois créés et/ou sauvegardés, ainsi que d’une souveraineté préservée. Là encore, ce recensement reste non exhaustif.

Enfin, un travail a également été mené pour estimer les revenus dégagés par les exploitations porcines sur la base de l’année 2023. Il révèle de très fortes inégalités. Alors qu’environ 5% des sites d’élevages porcins - les élevages industriels facilités par la proposition de loi Duplomb - génèrent 237 000 euros de revenus par associé, 7% des exploitations porcines génèrent un revenu négatif.

Des Alternatives et des Solutions

Face à ce constat, plusieurs travaux ont démontré que des trajectoires alternatives sont possibles. Elles passent notamment par la diffusion de pratiques agroécologiques (élevage de plein air, sur paille, alimentation animale non industrielle, reconnexion entre l’élevage et les cultures végétales, etc.), la fin de la spécialisation de certains territoires dans l’élevage porcin, le redéploiement sur l’ensemble du territoire de petits élevages et une baisse de la taille des exploitations.

Face à de tels défis, des politiques publiques sont indispensables pour accompagner la filière dans une transformation ayant pour objectifs l’autonomie alimentaire, le maintien de l’emploi rural et la résilience, plutôt que de laisser le marché commun européen et la mondialisation des échanges structurer les rapports entre les acteurs de la filière porcine et en aggraver les impacts. L’institut technique de la filière (Ifip) modélise une baisse d’a minima 20% de la consommation et de 28% de la production pour s’inscrire dans les objectifs carbone français (en plus d’une optimisation des pratiques), cf.

La filière française est enfermée dans un modèle où elle exporte des produits à faible valeur ajoutée (animaux vivants, carcasses, abats, etc.) et importe des produits à haute valeur ajoutée (charcuteries sèches) ou des matières premières à bas coût pour fabriquer de la charcuterie en France. Tous ces éléments viennent nuancer le portrait souvent dressé d’une filière performante.

Face à cet état des lieux inquiétant, la FNH propose d’organiser une planification de la transition de la filière à 2040. Cette planification doit être très progressive et partir d’abord de la consommation et de la création de débouchés, tout en réorientant progressivement les financements publics et en assurant un partage de la valeur équitable. Lancer un plan de désendettement des éleveurs puis de restructuration-diversification des exploitations grâce à ce fonds de transition agroécologique et en suivant l’exemple d’autres pays européens déjà engagés dans cette voie.

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