Comportement alimentaire excessif : Causes et conséquences

Les troubles des conduites alimentaires, également connus sous le nom de troubles du comportement alimentaire, se manifestent sous différentes formes, chacune ayant ses propres caractéristiques et effets sur la santé. Un trouble du comportement alimentaire (TCA) peut être défini comme une perturbation de la relation à l’alimentation, altérant de façon significative la santé physique comme l’adaptation psychosociale.

Les TCA regroupent un ensemble de troubles psychiatriques caractérisés par des comportements alimentaires anormaux et persistants, qui entraînent des conséquences physiques, psychologiques et sociales souvent graves. Les TCA ne résultent jamais d’une seule cause. Ils naissent de la rencontre entre des fragilités personnelles, psychologiques et environnementales.

Anorexie, Boulimie, Hyperphagie : comment en sortir ? Malnutrition 2024

Qu’est-ce qu’un trouble alimentaire ?

C’est un comportement alimentaire anormal qui affecte sérieusement la santé mentale et physique. Les TCA sont des maladies complexes et multifactoriales qui nécessitent une compréhension approfondie de leurs types, causes, conséquences, et traitements.

Les troubles alimentaires peuvent toucher toute personne, à tout âge. Longtemps associés à l’adolescence et à la féminité, ils concernent aussi des hommes, des adultes et même des seniors.

Types de troubles alimentaires

On dénombre dans la classification internationale du DSM-5 plusieurs grandes catégories de troubles du comportement alimentaire. Les principaux types de troubles alimentaires sont l'anorexie mentale, la boulimie, l'hyperphagie boulimique, le mérycisme et la potomanie. Selon la classification internationale (DSM-5), trois troubles principaux sont identifiés : l’anorexie mentale, la boulimie et l’hyperphagie boulimique.

Anorexie mentale

L’anorexie mentale se caractérise par une peur intense de prendre du poids, une perception déformée du corps et une obsession alimentaire. L’anorexie se manifeste par une restriction alimentaire volontaire et une peur intense de prendre du poids, même lorsque la personne est déjà en état de maigreur. Il s’agit d’une restriction alimentaire visant une perte de poids significative.

Les personnes atteintes de l’anorexie mentale peuvent croire qu’elles sont grosses, même si leur poids est inférieur au poids normal pour leur taille et leur âge. L’anorexie mentale se caractérise aussi par une altération de la perception du poids et de l’image du corps, proche de la dysmorphobie. La malnutrition due à l’anorexie peut entraîner des troubles digestifs et l’ostéoporose.

Boulimie nerveuse

La boulimie nerveuse se manifeste par des épisodes d’hyperphagie où la personne consomme une grande quantité de nourriture rapidement, souvent jusqu’à se sentir malade. La crise boulimique correspond à l’ingestion d’un volume alimentaire largement supérieur à la normale en un temps limité, de moins de 2 heures en général, de manière compulsive ou ritualisée.

Après ces crises de boulimie, des comportements compensatoires tels que les vomissements provoqués, l’utilisation excessive de laxatifs, ou la privation alimentaire sont courants. Les personnes boulimiques mettent souvent en place des comportements compensatoires pour neutraliser leur prise de poids : vomissements, prise de laxatifs ou de diurétiques, périodes de jeûne et exercices excessifs.

Le Dr Filsnoël souligne que les patients souffrant de boulimie sont généralement des personnes impulsives et émotives. Les crises de boulimie et les comportements compensatoires surviennent au moins deux fois par semaine pendant trois mois, en moyenne. Elles peuvent en outre devenir pluriquotidiennes et parfois nocturnes.

Hyperphagie boulimique

L’hyperphagie boulimique se distingue de la boulimie par l’absence de comportements compensatoires après les crises de boulimie. L’hyperphagie boulimique, ou accès d’hyperphagie, se présente sous la forme de crises de boulimie incontrôlées et récurrentes, sans comportements compensatoires. Les personnes atteintes d’hyperphagie boulimique consomment de grandes quantités de nourriture de manière incontrôlable et récurrente, ce qui peut entraîner un surpoids ou une obésité.

Généralement, une certaine restriction est observable, ce qui renforce les pulsions alimentaires. L’individu va manger de grandes quantités de nourriture en l’absence de sensation de faim, jusqu’à ressentir une pénible distension abdominale. Il recherche cette sensation de distension même si elle est inconfortable. Il mange seul par gêne et va ensuite se sentir coupable et déprimé.

Cette pathologie, qui génère une grande souffrance psychique, occasionne généralement un surpoids important, voire une obésité, parfois morbide. Encore peu connue, l’hyperphagie est d’ailleurs souvent confondue à tort avec de l’obésité. Pourtant, on n’y retrouve pas de valorisation du surpoids telle que souvent observée dans l’obésité, les comorbidités sont moins nombreuses et l’évolution est plus favorable lorsqu’une prise en charge psychologique adaptée est proposée. Dans le traitement de cette pathologie mentale, la mise en place d’un régime ne sert à rien.

Autres troubles

Le trouble des conduites alimentaires non spécifié est un diagnostic du DSM-5 utilisé pour qualifier toutes les problématiques qui ne répondent pas précisément aux critères des troubles du comportement alimentaire spécifiques, tels que l’anorexie mentale, la boulimie et l’accès hyperphagique. Il s’agit d’une régurgitation ou d’une re-mastication des aliments qui peut durer des heures. Ceux-ci sont à nouveau mastiqués, ruminés, puis généralement ravalés, en l’absence de nausées ou de sentiment de dégoût.

Dans le DSM-5, il est précisé que cette conduite doit être fréquente, répétée, et donc « survenir plusieurs fois par semaine, en principe quotidiennement ». Le mérycisme peut en outre débuter à tout âge, dès la première enfance. Le mérycisme est un trouble du comportement alimentaire lié à la notion de plaisir. En effet, par cette remontée volontaire des aliments, la personne revit, inconsciemment ou non, la satisfaction qu’elle a vécu lorsqu’elle les a ingérés.

Il s’agit d’une prise alimentaire non contrôlée, excessive, pendant la nuit. L’individu se réveille pour aller manger copieusement. Cette conduite alimentaire peut se produire dans un état de demi-sommeil, la personne n’en étant pas toujours consciente. Le lendemain, elle se réveille avec un souvenir plutôt imprécis de ce qu’elle a consommé pendant la nuit.

La potomanie est un trouble du comportement alimentaire qui se définit par un besoin irrépressible de boire en grande quantité, principalement de l’eau (polydipsie) ou de l’alcool (dipsomanie). Ce trouble alimentaire s’inscrit dans une volonté de se purger, se purifier, se nettoyer. Il peut également avoir pour objectif de se remplir l’estomac au maximum et être associé à une anorexie mentale.

Causes des troubles alimentaires

Les origines et facteurs de risque des TCA sont nombreux, on parle d’un trouble aux origines psycho-bio-sociales. Il y aurait plusieurs facteurs de vulnérabilité ou de prédispositions de nature génétique ou biologique et des facteurs déclenchants ou précipitants dans le trouble tels que des pressions familiales, sociales ou culturelles, voir émotionnels ou des troubles de la personnalité. Les TCA restent à ce jour une entité dont l'origine est encore mal connue, et pour laquelle aucune cause directe n'a été identifiée. L'hypothèse la plus courante est que l'anorexie, comme la boulimie, sont dues à l’interaction de multiples facteurs.

Les facteurs biologiques incluent des éléments génétiques, des déséquilibres hormonaux et des anomalies du microbiote intestinal. Certaines personnes peuvent avoir une prédisposition génétique aux troubles alimentaires, liée à des anomalies des neurotransmetteurs régulant l’appétit et l’humeur. Des études ont mis en évidence des vulnérabilités neurobiologiques : déséquilibres hormonaux (ghréline, leptine), perturbations des circuits de la dopamine et de la sérotonine, influence génétique dans certaines formes d’anorexie ou d’hyperphagie. Ces éléments biologiques ne suffisent pas à expliquer le trouble, mais ils contribuent à sa compréhension globale.

Les facteurs psychologiques jouent un rôle crucial dans le développement des troubles alimentaires. Une mauvaise estime de soi et une image corporelle négative sont souvent présentes chez les personnes souffrant de ces troubles. Les TCA s’enracinent souvent dans une estime de soi fragilisée. La peur de l’échec, le perfectionnisme, les antécédents de harcèlement ou de traumatisme jouent un rôle majeur. Le contrôle de l’alimentation devient alors une façon de reprendre la maîtrise d’une vie ressentie comme incontrôlable. Pour certaines personnes, restreindre, compenser ou se remplir devient un moyen d’exprimer une souffrance que les mots ne parviennent plus à dire.

Les facteurs sociaux incluent l’influence des médias, la culture de la minceur et les pressions sociétales. La société joue un rôle incontestable : culte de la minceur, pression esthétique, influence des réseaux sociaux, exposition constante à des modèles de corps « idéaux ». Les sociétés occidentales, où la minceur est valorisée, voient plus de cas de troubles alimentaires. Dans certains milieux, la performance, la réussite ou la discipline deviennent des normes intériorisées qui se traduisent jusque dans le rapport au corps. L’environnement familial ou professionnel peut aussi favoriser ou aggraver le trouble : remarques sur le poids, conflits, isolement, changements de vie, ou évènements traumatisants.

Conséquences des troubles alimentaires

Les troubles alimentaires peuvent entraîner des conséquences physiques, psychologiques et sociales graves, affectant de manière significative la santé globale de l’individu. Les conséquences négatives liées à ces troubles sont nombreuses. Elles sont physiques d’une part, causées par la dénutrition, ainsi que par les comportements associés comme les vomissements (carences, troubles métaboliques, atteintes cutanées et dentaires, atteinte cardiovasculaire, troubles digestifs…) et d’autre part psychiques.

Conséquences physiques

Les conséquences physiques des troubles alimentaires comprennent des problèmes dentaires, des déséquilibres électrolytiques et des carences nutritionnelles. Pour l’anorexie mentale, les conséquences découlent de la malnutrition voire de la dénutrition qui s’ensuivent : troubles digestifs, arrêt des cycles menstruels, léthargie, déficits cognitifs, dysfonctionnement rénal, ostéoporose… Une atteinte cardiovasculaire peut aussi toucher les patients pendant la phase aiguë de l’anorexie.

Pour la boulimie, les risques sont liés aux vomissements répétés. Ces derniers peuvent induire à court terme une baisse du taux de potassium dans le sang ainsi qu’un arrêt cardiaque, et à long terme, des troubles digestifs et des problèmes dentaires. Sans accompagnement, certaines complications peuvent être vitales.

Conséquences psychologiques

Les troubles alimentaires ont un impact profond sur la santé mentale, souvent associés à la dépression, à l’anxiété et aux troubles obsessionnels compulsifs. Les TCA entraînent des obsessions alimentaires et corporelles pouvant être particulièrement envahissantes et épuisantes, et donnant lieu, dans le cas de l'anorexie, à des ritualisations importantes. Chez les patients souffrant de boulimie, il existe un fort sentiment de culpabilité avec un effondrement progressif de l'estime de soi.

Les TCA s’accompagnent souvent d’anxiété, de dépression ou de phobie sociale. La culpabilité et la honte isolent la personne, tandis que la perte de repères corporels altère l’identité. Il existe chez ces patients, un risque suicidaire important.

Conséquences sociales

Les conséquences sociales des troubles alimentaires incluent l’isolement social et les conflits familiaux. Les personnes atteintes peuvent s’éloigner de leurs proches, menant à une dissolution de leur réseau social. Les TCA ont un retentissement important sur la vie sociale, affective, scolaire ou professionnelle. L'évolution est marquée par un repli et un désinvestissement relationnel.

Diagnostic et dépistage

Le dépistage est effectué par le psychiatre et doit être exhaustif pour les comorbidités psychologiques et psychiques afin d’apporter une offre de soins pluridisciplinaires et adaptés. Le diagnostic clinique des troubles alimentaires se base sur des critères spécifiques à chaque trouble. Il est essentiel d’avoir une vigilance accrue chez les adolescentes, en particulier les mannequins, les sportives et celles qui sont astreintes à un régime quelle qu’en soit la raison.

Le diagnostic des TCA repose sur l’écoute et la collaboration entre plusieurs professionnels de santé. La première étape consiste souvent à consulter un médecin généraliste, qui oriente vers un psychiatre ou un centre spécialisé. L’évaluation associe :

  • un bilan médical complet (poids, tension, carences) ;
  • une évaluation psychologique pour comprendre les origines du trouble ;
  • un entretien sur les comportements alimentaires et la perception corporelle.

Traitement et prise en charge

Le suivi médical et nutritionnel est essentiel pour traiter efficacement les troubles alimentaires. Il faut une alliance thérapeutique avec le patient pour qu’il prenne conscience des comportements nuisibles liés à la nourriture, au poids et à son corps. Le soutien familial et social est crucial pour la prise en charge des troubles alimentaires. Les parents doivent discuter avec leurs enfants des changements de comportement liés à l’image corporelle et rester ensemble après les repas pour prévenir les comportements compensatoires.

La prise en charge doit être globale, combinant un suivi pluridisciplinaire prenant en compte les aspects psychiatriques, nutritionnels et corporels. La prise en charge nutritionnelle et somatique aura pour objectif la renutrition, la prise en charge d'éventuelles complications physiques, ainsi que la rééducation nutritionnelle et diététique. L'aspect psychothérapeutique visera quant à lui d'abord, à favoriser la sortie du déni, ainsi que l'adhésion aux soins.

La prise en charge passe par une psychopédagogie de l’alimentation (se nourrir est vital) et des psychothérapies (augmenter l’estime de soi, réduire la rigidité et la persévérance des comportements néfastes pour la santé du patient). Il y a un contrat de reprise de poids qui peut passer par une hospitalisation.

Prévention

La prévention des troubles alimentaires passe par l’éducation et la sensibilisation, le dépistage précoce et la promotion de l’image corporelle positive. L’éducation et la sensibilisation sur la nutrition et les comportements alimentaires sains sont essentielles. Promouvoir une image corporelle positive est essentiel pour prévenir les troubles alimentaires et favoriser une perte de poids saine.

Signes d'alerte

Les signes d'alerte des troubles alimentaires incluent des comportements alimentaires inhabituels, l'amaigrissement, les vomissements provoqués et l'abus de laxatifs. Reconnaitre un TCA est souvent difficile. Les signes physiques peuvent être masqués, et la honte empêche parfois d’en parler. Certains signes peuvent alerter.

Signes physiques

  • Perte ou prise de poids rapide et importante.
  • Troubles digestifs, douleurs abdominales, ballonnements.
  • Fatigue chronique, malaise, troubles du sommeil.
  • Aménorrhée (absence de règles), chute de cheveux, peau sèche.
  • Dans certains cas, dénutrition sévère ou déséquilibres électrolytiques.
  • Dans le cas de la boulimie, des marques sur les doigts liées aux moment où la personne se fait vomir

Signes psychologiques et comportementaux

  • Préoccupation excessive du poids ou de la silhouette, avec la recherche constante d’une perte de poids lors de l’anorexie mentale.
  • Des conduites visant à une maîtrise du poids avec une pratique sportive excessive voire déraisonnable, l’usage de laxatifs, vomissements.
  • Contrôle strict des repas, suppression de groupes d’aliments et évitement des repas partagés en famille / entre amis.
  • Une image perturbée de l’image du corps (dysmorphophobie).
  • Isolement social, repli sur soi, irritabilité.
  • Sentiment de culpabilité après avoir mangé.
  • Crises alimentaires récurrentes, souvent cachées.

Quelques chiffres sur les troubles des conduites alimentaires

Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont des pathologies fréquentes en France. L’anorexie mentale touche entre 0,9 et 1,5 % des femmes et 0,2 à 0,3 % des hommes selon Ameli. Dans plus de 80 % des cas, les personnes atteintes sont des femmes, avec un pic de fréquence chez les 13-14 ans et les 16-17 ans. D’après l’Inserm, plus de 65 % des patients sont guéris après 5 ans d’évolution.

La boulimie concerne quant à elle 1,5 % des 11-20 ans et touche en majorité les femmes d’après la Haute autorité de santé (HAS). Le pic de fréquence se situe vers 19-20 ans selon Ameli. Enfin, l’hyperphagie boulimique touche autant les hommes que les femmes, et apparaît plutôt à l’âge adulte.

Trouble Prévalence chez les femmes Prévalence chez les hommes Pic de fréquence
Anorexie mentale 0,9 - 1,5 % 0,2 - 0,3 % 13-14 ans, 16-17 ans
Boulimie 1,5 % (11-20 ans) Moins fréquente 19-20 ans
Hyperphagie boulimique Égale Égale Âge adulte

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