L'histoire du chocolat, née chez les Mayas qui utilisaient les fèves de cacao comme monnaie d’échange et pour préparer une boisson, est intimement liée à celle de la colonisation, de la disparition des grandes civilisations d’Amérique du Sud, et de l’esclavage.
Cabosses de cacao sur un arbre.
Le cacao trouve ses racines au Pléistocène, dans la vaste forêt d’Amazonie. Les plus anciennes traces de consommation du cacao que l’on connaisse à ce jour ont été retrouvées en haute Amazonie par les archéologues, dans des céramiques et des récipients en pierre polie issus de la culture Mayo Chinchipe-Marañon, datant d’il y a environ 5 300 ans. Pourtant, c’est auprès des populations autochtones d’Amérique centrale et du Nord (Olmèques, Mayas, Mixtèques, Nahuas et Aztèques) que les Européens ont rencontré ce fruit pour la première fois.
Ces peuples cultivaient le cacaoyer, dont ils utilisaient les fèves comme monnaie d’échange et pour préparer des aliments. Le cacao était ainsi utilisé pour différentes boissons, très amères, auxquelles on ajoutait d’autres ingrédients comme le piment, le roucou ou de la vanille. Ces boissons cacaotées étaient battues et servies de haut pour obtenir une consistance mousseuse. Elles étaient largement consommées par le peuple et l’élite. Certaines servaient d’offrandes aux divinités.
Préparation du chocolat à Oaxaca, Mexique.
Alors que les Européens apprécient de plus en plus le cacao, les souverains cherchent à faire produire ces fruits dans leurs colonies. Les puissances coloniales, dès le milieu du XVIIe siècle, participent activement à la culture du cacao. En 1660, Benjamin da Costa d’Andrade plante ainsi le premier cacaoyer en Martinique. La même année, Louis XIV ordonne la mise en culture du cacao pour répondre à une demande grandissante en France.
Les Hollandais, particulièrement friands de cette boisson, imposent la culture de cacaoyer à Cuaraçao et au Suriname, tandis que les Britanniques la lancent en Jamaïque et à Saint-Christophe. Les Portugais, en parallèle, extraient le cacao d’Amazonie brésilienne d’où il est natif. La route du cacao devient ainsi internationale : les échanges de plants et de fèves se font outre-Atlantique, tandis que de nouvelles variétés sont introduites dans des archipels colonisés.
L’un des premiers mouvements qui soit vraiment significatif est celui organisé par le Portugal de l’Amazonie brésilienne vers l’île de Principe (São Tomé-et-Principe) dès 1721. En moins d’un siècle, les colons portugais y ont acclimaté la plante et cultivent le cacaoyer à grande échelle. Le marché du cacao repose alors sur celui de la traite négrière, puisque les esclaves servent de main d’œuvre pour intensifier la production.
São Tomé-et-Principe devient le point de départ de l’introduction du cacaoyer en Afrique continentale. Si l’on ne sait pas vraiment à quelle date précise les cacaoyers sont arrivés dans quel pays, il n’en reste pas moins que cette propagation s’est révélée très intense, et que rapidement, les pays africains se sont imposés comme principaux producteurs de cacao pour l’Europe. Au XIXe siècle, la "ceinture" de cacao, représentant l’ensemble des pays producteurs sur le globe le long des tropiques, était née.
L’Afrique est d’ailleurs aujourd’hui la principale source de production mondiale de cacao (70 % en 2022), tandis que l’Amérique ne représente "plus" que 20 % des productions.
São Tomé est un territoire où se sont étendues des économies de plantation successives. Ainsi, depuis le XIXe siècle, la culture du cacao a favorisé l'introduction sur l'île d'esclaves africains puis de travailleurs sous contrat en provenance d'autres colonies portugaises. Ces migrations et la stratification sociale en contexte colonial ont façonné la distribution de la diversité génétique humaine sur l'île.
Colonisée par les Portugais, São Tomé est l’un des premiers exemples d’économie de plantation coloniale, fondée au XVe siècle autour de la culture de la canne à sucre et l’exploitation d’esclaves venus principalement du Golfe de Guinée et du nord de l’Angola. Leurs descendants, issus de métissages et en partie affranchis, resteront sur place pendant deux siècles de déclin économique.
L’arrivée du cacao sur l’île au XIXe siècle provoque le lancement d’une 2e économie de plantation, qui se poursuit après l’abolition formelle de l’esclavage. C’est durant cette vague que des habitants du Cap Vert, un archipel situé face aux côtes du Sénégal, immigrent pour servir de main d'œuvre peu payée, formant une nouvelle couche sociale avec très peu de libertés.
L’activité économique de l’île se structure alors autour des "roças", de vastes exploitations agricoles centrées sur la culture du cacao. Ces domaines structurent l’espace et la société : ils regroupent les terres cultivées mais aussi le logement du propriétaire terrien, les dortoirs pour esclaves et travailleurs sous contrat, des hôpitaux pour soigner les travailleurs de leurs maladies tropicales, d’une école et d’une place centrale.
Une analyse récente des génomes des Santoméens met en évidence une contribution génétique majeur provenant du Golfe de Guinée et de l’Angola, liée à la traite esclavagiste durant la première économie de plantation. À cela s’ajoute une composante cap-verdienne, issue de la seconde vague migratoire associée à la culture du cacao, elle-même marquée par le métissage auparavant entre des populations de Sénégambie et d’Europe au Cap Vert.
En somme, les Santoméens d’aujourd’hui portent, dans leur diversité génétique complexe et imbriquée, l’empreinte des dynamiques migratoires et sociales liées aux plantations.
Le temps passant, la hausse du coût de la main-d’œuvre, les maladies des cacaoyers, et les changements du marché mondial contribuent au déclin de l’industrie cacaotière sur l’île.
Tout d’abord, rappelons la lointaine origine du cacao pour comprendre le lien entre ce fruit et le Ghana. La Côte de l’Or, actuellement l’État du Ghana correspond à la majeure partie de la côte guinéenne. Elle tire cette appellation du commerce de poudre d’or que les Européens y effectuaient. Depuis le 19e siècle, Ghana a cessé de porter ce nom en raison de la disparition progressive de la filière or sur le territoire national.
L’or, l’argent et les trésors ne sont pas les seules découvertes effectuées par les Conquistadors débarqués au Mexique. En effet, ils ont découvert un nouveau fruit enveloppé d’une cabosse. Il paraît que les Indiens, les Mayas ainsi que les Aztèques ont été les précurseurs de la plantation de ce fruit.
Ces peuples ont déjà pratiqué depuis 2000 avant J.C la culture du cacao et ont transformé les fèves en une boisson connue sous le nom de «tchocolatl». De goût particulièrement amer, cette boisson n’a cependant pas plu à Christophe Colomb qui a décidé de s’éloigner de la côte du Mexique. Par contre, Fernand Cortez a apprécié la valeur du cacao et l’a rapportée à son pays natal.
Selon l’Empereur aztèque de l’époque, la boisson du chocolat était uniquement destinée à la classe sociale supérieure et aux guerriers pour ses propriétés revigorantes et diététiques. Linné, un botaniste suédois a ainsi assigné le nom scientifique Théobroma cacao (nourriture des dieux) au cacao.
Le cacao a été introduit pour la première fois au Ghana en 1879 dans une zone géographiquement restreinte d’Accra. Des améliorations culturales ont été apportées au secteur (au début, production nécessitait huit ans tandis que depuis peu, elle ne requiert que deux ans), ce qui a permis l’expansion de la filière. En 1919, le secteur cacao du Ghana a produit plus de 242.000 tonnes de fèves de haute qualité, soit l’équivalent de 45% de la production mondiale. Et cette situation ne s’arrêtait pas puisqu’entre 1960 et 1965, une fulgurante croissance annuelle de plus de 15 % a été constatée.
Néanmoins, le Ghana totalise à ce jour une dizaine de sous-variétés hybrides de cacao à forte rentabilité. La plantation de cacaotiers fait vivre plus de 300.000 familles d’agriculteurs et demeure de ce fait un pilier économique important pour le pays.
Après l’indépendance (1957), qui entraîna la nationalisation de la filière cacao (coopératives, etc), des mesures drastiques furent prises pour lutter contre les mirides, insectes ravageurs qui avaient fait leur apparition, et contre le swollen shoot. En dépit de l’effondrement des cours mondiaux, dans les années 1960, le cacao ghanéen continua de dominer le marché, sa production atteignit 538 000 tonnes en 1964, et 60 % des exportations totales du pays étaient constitués par le cacao.
Toutefois, dans un pays en proie à de graves difficultés politiques, et bien qu’une certaine libéralisation de la filière cacao se fit jour, sous le contrôle du Cocoa Marketing Board, la promulgation, en 1969, d’une loi sur l’immigration porta un coup sévère à la gestion et à l’entretien des plantations, dans la mesure où exploitants et main-d’œuvre d’origine étrangère - soit plus de 50 % - durent quitter le Ghana.
La cacaoculture se trouva ainsi affaiblie, et les tentatives de relance de la production ne parvinrent pas à enrayer sa régression. Mauvais entretien des plantations, concurrence des cultures vivrières, maladies, prix non incitatifs… Si, jusqu’en 1976, le pays demeura le premier producteur de fèves - en 1973, le cacao constituait plus de la moitié de ses exportations totales -, la lente chute de la production devait entraîner le recul du pays, bientôt supplanté par la Côte-d’Ivoire.
Le Ghana prit alors le deuxième rang, avec environ 15 % des exportations de fèves. Une place qu’il a conservée jusqu’à ce jour, et ce bien que des réformes aient été prises en faveur de l’économie cacaoyère. Passée au-dessous de la barre des 200 000 tonnes en 1982, celle-ci connut ensuite des fluctuations, avant d’atteindre des records au cours des années 2000. Ce qui s’explique par des conditions climatiques particulièrement favorables, l’arrivée sur le marché de la production de nouvelles plantations, un meilleur entretien des exploitations, un apport accru d’engrais et les encouragements dispensés aux planteurs. A la fin des années 2000, le rendement à l’hectare oscillait entre 700 et 750 kilogrammes à l’hectare.
Carte de la production de cacao au Ghana.
Aujourd’hui, le commerce du cacao est un marché mondial avec une soixantaine de pays producteurs. Certaines régions productrices comme São Tomé-et-Principe sont valorisées pour leur terroir et le patrimoine génétique de leurs cacaoyers. Leurs fèves sont recherchées pour la fabrication de chocolat fin. Actuellement, le marché du chocolat haut-de-gamme valorise les "chocolats d’origine" dont la traçabilité et (en théorie) la génétique sont claires.
La nouvelle tendance consiste ainsi, pour les chocolatiers européens, à travailler en direct avec des producteurs sélectionnés pour la qualité de leurs fèves. Le chocolatier européen torréfie lui-même les fèves et produit ce qu’on appelle un chocolat "de la fève à la tablette" (bean to bar). On observe désormais une déclinaison locale de cette tendance puisque certains producteurs de fèves fabriquent leur propre chocolat sur place, selon le concept de l’"arbre à la tablette" (tree to bar).
C’est ainsi qu’en Amazonie, mais aussi à São Tomé et dans d’autres régions, la filière cacaotière vit actuellement un large renouveau avec la production locale de chocolats fins. Ce mouvement associé à la chocolaterie haut-de-gamme permet de redessiner la géopolitique du cacao : alors que traditionnellement les producteurs de fèves se trouvent dans les pays du Sud et les fabricants de chocolat dans les pays du Nord, on assiste désormais au développement de savoir-faire chocolatiers dans les Suds.
Pour ce qui est du marché du chocolat commun, cette économie, bien qu’elle soit un pilier pour des pays comme la Côte d’Ivoire ou le Ghana, induit de nombreux problèmes : la main d’œuvre évolue souvent dans des conditions très précaires tandis que la déforestation massive fait des ravages sur les écosystèmes. Certaines initiatives tentent d’enrayer ces mécanismes en faisant la promotion du commerce équitable et de l’agriculture biologique.
En somme, la migration du cacao est le fruit d’un projet colonial poussé par le gout des européens envers cette nouvelle boisson.
| Pays | Pourcentage de la production mondiale (2022) |
|---|---|
| Afrique | 70% |
| Amérique | 20% |
tags: #chocolat #du #ghana #histoire #production
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