Camille Bloch : Histoire d'une chocolaterie suisse emblématique

La Suisse, c’est aussi le pays du chocolat ou plutôt des chocolats. Reconnu mondialement pour son excellence, le chocolat suisse incarne à la fois tradition et innovation. Sa réputation ne repose pas sur un simple hasard : cette renommée résulte d’un savoir-faire historique, d’une qualité irréprochable et d’une inventivité constante qui ont permis à la Suisse de s’imposer comme une référence incontournable dans l’univers du chocolat.

L’abondance d’usines spécialisées dans la fabrication du chocolat contribue à l’excellence suisse. La réputation d’excellence est également liée à des critères stricts dans la sélection des matières premières et la fabrication. La consommation nationale appelle aussi à la qualité, puisque la Suisse figure parmi les plus grands consommateurs de chocolat au monde, avec une moyenne annuelle dépassant les 11 kilogrammes par habitant. La dimension internationale du chocolat suisse est fondamentale pour comprendre sa réputation.

Visite de la Chocolaterie Camille Bloch

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, de fracasser la tablette et de croquer dans le carré, la Suisse c’est aussi le pays d’Alain Tanner, grand nom du cinéma, né à Genève et dont on peut retenir d’emblée La Salamandre en 1971 avec Jean-Luc Bideau également genevois et bien sûr Bulle Ogier, ouvrière d’usine, Rosemonde, qui fabrique désespérément des saucisses en noir et blanc avec la même conviction que Jacques Tati des tubes en plastique démoniaques mais en couleurs dans Mon oncle.

Cette page pseudo-intello-nostalgique tournée sans bruit, revenons à ce qui fait la dimension humaine d’une entreprise. C’est d’abord un lieu où on a peu de pas à faire pour aller d’un point à un autre. Un périmètre qui reste à portée de pieds. Inutile de prendre un vélo, une Land Rover ou un jet pour se rendre à l’autre bout de l’usine.

Le plus loin ? La cantine, il suffit juste d’emprunter le passage piétons qui zèbre de jaune la grand-rue de Courtelary, bourgade modeste qui comme son nom ne l’indique pas ne se situe pas entre Cambridge et Oxford mais au cœur du Jura bernois. Enfin, ce qui donne la dimension humaine de la Chocolaterie Camille Bloch, c’est son histoire. Une histoire de famille qui chemine de père en fils, de grand-père en petit fils, où chacun se plait à ressembler quasiment trait pour trait à celui à qui il succède.

Les débuts de Camille Bloch

Tout commence avec Camille Bloch, le grand-père né en 1891, issu d’une famille juive venant de France et installée à Berne depuis le milieu du XIX° siècle. L’une des passions de Camille enfant, c’est la collection des images d’animaux que l’on trouve dans les plaquettes de chocolat Tobler. La légende affirme qu’il ne lui manquait qu’une image, celle du « Loup blanc ».

Alors quand à la fin de sa scolarité, le maître annonce à Camille, qu’il a le choix entre deux places d’apprentissage, l’une chez un ferblantier, l’autre chez Théodore Tobler, le chocolatier, le jeune Camille n’hésite pas une seconde. Son chemin est désormais tracé. Les années passent et Camille gravit les échelons. Il est représentant alors que l’Europe sombre dans la Première Guerre mondiale.

Après la guerre, Camille Bloch, excellent vendeur, rêve de monter sa propre affaire et en février 1929, elle est inscrite au Registre du commerce. Il a pu acheter des machines d’occasion à A. & W.Lindt à Berne qui a cessé son activité.

Un nouveau signe du destin après l’image du loup blanc de chez Tobler ? De Rodolphe Lindt, industriel fantasque, l’histoire retiendra l’invention du conchage en 1879. Une technique qui consiste à malaxer à température idéale durant trois jours et trois nuits la pâte de chocolat jusqu’à obtenir un chocolat fondant au lieu d’un produit dur et sablonneux. Le procédé, certes abrégé en temps, est toujours en usage.

D’autres chocolatiers de renom de la même époque ? Amédée Kohler de Lausanne, inventeur du chocolat aux noisettes, François-Louis Cailler, le premier à mettre au point en 1875 une recette de chocolat au lait utilisant le lait condensé. 1929, c’est évidemment l’année noire du krach boursier de New-York dont les répercussions vont frapper dans les deux, trois années qui suivent le vieux continent.

Les exportations de chocolats s’effondrent de 87% et secouent durement les Chocolats Camille Bloch mais la structure encore bien modeste par rapport à de gros chocolatiers permet de limiter la casse. Camille Bloch emploie peu de personnel et vise un marché local occasionnant donc peu de frais de transport. Au milieu de la tourmente financière, le roseau fléchit mais ne rompt pas. Puis la crise s’éloigne.

Le milieu des années trente voit l’installation de la fabrique de chocolat Camille Bloch S.A. à Courtelary. Montée du fascisme en Italie, l’Allemagne se couvre de croix gammée, Guerre d’Espagne, Front populaire en France avec la semaine de 40 heures et les premiers congés payés, les accords de Munich en 1938 qui devaient préserver la paix mais sacrifient la Tchécoslovaquie, viendra ensuite l’invasion de la Pologne.

Vingt ans après les tranchées de la Der des der et de Verdun, le monde bascule une fois encore dans la guerre mais cette fois l’horreur va dépasser tout ce que l’on peut imaginer. L’holocauste, la Shoah, des mots qui vont se graver à jamais dans notre vocabulaire. Sur le plan industriel et même si cela peut sembler bien dérisoire dans une Europe vouée à toutes les pénuries et à toutes les privations, aux ersatz de toutes sortes, le secteur du chocolat suisse tente de survivre.

Mais comment faire ? Comment s’approvisionner en cacao ? En sucre ? Le cours des matières premières a flambé et du fait des hostilités la devise suisse a subi une forte dévaluation. Enfin, comment faire voyager le cacao sur des milliers de kilomètres alors que le conflit s’étend et que les blocus se renforcent ?

La création du Ragusa

En 1941, Camille Bloch a pu négocier mais au double du prix d’avant-guerre un dernier convoi de cinq wagons de fèves localisés à Moscou. D’autres produits échappent aux difficultés d’approvisionnement. C’est le cas des noisettes qui peuvent être importées de Turquie et qui sont riches en matière grasse. Les noisettes sont torréfiées et transformées en pate à laquelle on associe des noisettes entières, la barre obtenue est recouverte de chocolat. Reste à Camille Bloch à baptiser la nouvelle confiserie.

Ce sera Ragusa, tiré de Raguse, le nom ancien de la ville de Dubrovnik où Camille Bloch avait séjourné quelques années auparavant. Nous sommes en 1942 et depuis la recette du Ragusa est pratiquement restée la même… Le produit est proposé en deux saveurs, chocolat au lait d’abord et chocolat noir par la suite.

Fin des années quarante, début des années cinquante, le Torino voit le jour. C’est une fine tablette de chocolat, fourrée d’un praliné fondant à la crème de noisettes et amandes. Suivra ensuite la gamme Mousse : Extra Lait, Lait et Noir. Mais entretemps l’entreprise a su faire preuve d’innovation avec la spécialité de chocolat au Kirsch.

Les chocolats liqueurs ne sont pas nouveaux sur le marché mais cette fois l’entreprise de Courtelary va mettre au point un procédé de fabrication sans croute de sucre et le produit liqueurs sera décliné en plusieurs saveurs : Cognac, Cointreau, Grappa, Kirsch et Williams. En décembre 1970, Camille Bloch s’éteint au moment même où la production s’intensifie naturellement pour les fêtes de Noël.

4 spécialités phares, une mémoire et un plaisir indéfectible qui se perpétue de générations en générations tant pour leurs fabricants que pour les chocophiles, les chocolats Camille Bloch ont réussi à conserver leur rang de délices cultissimes suisses depuis près de 85 ans. Figurant parmi l’une des dernières entreprises familiales dans l’industrie du chocolat suisse mais aussi l’une des rares maisons à pérenniser la fabrication de la fève à la tablette, la chocolaterie Camille Bloch affiche fièrement son indépendance en cultivant son histoire et une tradition familiale sur plus de 80 ans.

Les marques phares de Camille Bloch

Un plaisir fondé sur l’assemblage d’un savoir-faire, des idées et des ingrédients de choix. Ambitionnant d’apporter un soin et un raffinement égalant celle d’un confiseur à ses produits, Camille Bloch choisit dès 1935 de se lancer dans le beans-to-bar. Et contrairement à un bon nombre de fabricants qui achètent des fèves déjà torréfiées, l’entreprise peut s’enorgueillir de la maîtrise totale du goût de ses produits en torréfiant elle-même ses fèves de cacao mais aussi ses noisettes et ses amandes.

Les marques phares de Camille Bloch ont chacune leur histoire. Le cultissime Ragusa est né en 1948 d’une simple idée pour pallier à la pénurie de cacao - pourquoi ne pas fourrer le chocolat d’une pâte de noisette moulue parsemée de noisettes entières ? Le praliné fondant du Torino est né d’une envie d’insérer de la tendresse dans un chocolat… Camille Bloch est également l’inventeur des chocolats à Liqueurs sans croûte de sucre, et du délicieux fourrage de Mousse, léger et sensuel.

La barre pralinée Ragusa a 75 ans. Fabriquée depuis l'origine à Courtelary (canton de Berne), c'est le produit culte de la chocolaterie Bloch. En Suisse, la nouvelle étape des fondus de chocolat s'appelle Courtelary. Ce petit village du Jura bernois, la partie francophone du canton de Berne, est depuis 1935 le fief de la chocolaterie Bloch. Aujourd'hui, la troisième génération est aux commandes de cette florissante entreprise famililale. Ces dix dernières années, la production (3 700 tonnes) a doublé. Au point que les ateliers de fabrication n'y suffisaient plus.

Baptisé «Authenti-cité», le bâtiment ultra-moderne abrite également un «Centre Visiteurs». Cet espace de 1 700 m² raconte l'histoire de la société au fil d'un parcours interactif . La visite dure une heure et demi, ponctuée d'étapes dégustations (sur réservation, 13 €, moins de 16 ans 7 €). Ce Centre Visiteurs s'appelle «Chez Camille Bloch», en hommage au fondateur de la maison, à Berne, en 1929. C'est lui qui avait inventé la barre Ragusa pralinée qui fit sa fortune.

Soixante-quinze ans plus tard, cette barre de chocolat au lait pralinée est toujours le produit culte de la chocolaterie. En 2008, un «Ragusa noir» (60% de cacao) est né, suivi, en 2014 d'un «Ragusa bond» caramélisé. Depuis 2003, Bloch diversifie également sa gamme Torino, lancée par Camille Bloch également, en 1948, avec une tablette de chocolat au lait fourré.

Avec «Chez Camille Bloch», la chocolaterie, l'une des plus importantes de Suisse, espère attirer 100 000 visiteurs par an. En attendant, Bienne offre un excellent camp de base dans la région. Courtelary n'est qu'à une vingtaine de kilomètres de là et à vingt minutes de train seulement.

Les Dates Clés de Camille Bloch
Année Événement
1891 Naissance de Camille Bloch
1929 Fondation de l'entreprise Chocolats et bonbons fins Camille Bloch
1935 Installation de la fabrique à Courtelary
1942 Création du chocolat Ragusa
1948 Lancement du Torino
1970 Décès de Camille Bloch
2008 Création du Ragusa Noir
2014 Création du Ragusa Blond

Le fameux chocolat Ragusa

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