Anthropophagie et Cannibalisme au Cameroun et à Travers le Monde

L'anthropophagie, ou cannibalisme, est un sujet complexe et souvent tabou, présent dans l'histoire de nombreuses cultures à travers le monde. Cet article explore les pratiques anthropophages de l'ethnie Fang au Cameroun, ainsi que d'autres exemples historiques et contemporains de cannibalisme à travers le monde.

Carte des ethnies du Cameroun.

L'Anthropophagie chez les Fang du Cameroun

Appartenant à l'ethnie bantoue, les Fang (ou m'fan) vivent principalement entre le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon. Jusqu'au XIXe siècle, ils agrémentaient leur menu de chair humaine, tout bêtement pour se remplir la panse de bonnes protéines sans avoir à chasser. Il fallait n'y voir aucune raison rituelle ou religieuse.

Comme la ménagère d'aujourd'hui va s'approvisionner chez son boucher, les Fang se rendaient chez leurs voisins pour acheter leurs cadavres, sans toujours faire la fine bouche devant de la marchandise avariée par une maladie. Il faut dire qu'à l'époque, le règlement sanitaire était des plus succincts.

Le premier à évoquer cette pratique est Paul du Chaillu. Né à La Réunion en 1831, d'un père français et d'une mère métisse, il s'improvise explorateur et naturaliste quoique n'ayant aucune formation scientifique en la matière. Il est, par exemple, le premier Occidental à décrire le gorille dans son milieu naturel. Gagnant sa vie comme conférencier aux États-Unis, longtemps il ne fut pas pris au sérieux. Surtout dans ses descriptions de cannibalisme, on l'accusait de forcer le trait. Mais aujourd'hui, ses travaux sont réhabilités.

Dans son ouvrage Voyages et aventures dans l'Afrique équatoriale publié en 1863, il écrit :

« J'étais à causer avec le roi, lorsque des Fang apportèrent un corps mort qu'ils avaient acheté dans un village voisin et qu'il s'agissait de partager. Je m'aperçus que cet homme était mort de quelque maladie. J'avoue que je ne pus rester là quand on se prépara à dépecer le corps. J'en fus malade. Je me retirai dès que l'infernale scène commença ; et de chez moi, je pus les entendre encore se quereller à propos du partage. »

Ce qui surprend le plus du Chaillu, c'est la consommation de personnes mortes de maladie. Il poursuit avec deux anecdotes scabreuses :

« Jusqu'à ce jour, je n'avais jamais pu croire à deux faits qui sont authentiquement prouvés, mais qui paraissent impossibles à quiconque n'a pas une connaissance approfondie de ce peuple. C'est au Gabon qu'on me les a racontés. Une troupe de Fang qui était venue sur la côte, vola un jour un cadavre fraîchement enterré dans le cimetière, le fit cuire et le mangea. Une autre fois, des gens de la même nation enlevèrent un autre cadavre qui fut transporté dans les bois ; ils en découpèrent la chair, la fumèrent, et l'emportèrent avec eux. Ces horribles actions firent grand bruit chez les Mpongwés ; et même les missionnaires en entendirent parler, car elles s'étaient passées dans un village qui n'était pas loin de leurs établissements ; mais jusqu'alors je m'étais refusé à y apporter foi, quoique, je le répète, elles soient constatées par des témoignages irrécusables. En définitive, les Fang paraissent être des espèces de goules avouées, pratiquant leur horrible coutume ouvertement, en plein jour, et sans rougir. J'ai vu chez eux des couteaux couverts de sang humain, auxquels leurs propriétaires attachaient un grand prix. »

À sa parution, l'ouvrage de Paul du Chaillu provoque une vive réaction d'incrédulité qui lui fit rajouter, dans les éditions suivantes cette note : « Ces histoires paraissent si incroyables, et même le fait d'acheter et de manger les corps des peuplades voisines, usage encore en vigueur chez les Fang, et qui jusqu'ici n'était établi que par ma propre déclaration, a soulevé une telle incrédulité chez les amis auxquels j'en ai fait part, que je suis heureux de me trouver à même d'invoquer un autre témoignage à l'appui du mien, celui du révérend M. Walker, membre de la mission Gabon, qui m'autorise à publier qu'il garantit la complète exactitude des deux faits ci-dessus rapportés. »

Aujourd'hui encore, le témoignage de l'explorateur gène. Lors de la réédition de son livre en 1996, le philosophe Gabonais Boncaventure Mvé-Ondo, reconnaît à Chaillu une excellente description des peuples rencontrés, mais il réfute ses propos sur le cannibalisme des Fang en soulignant « volonté d'impressionner le lecteur ».

Cannibalisme Contemporain au Cameroun

Bien que ces pratiques soient officiellement révolues, il arrive de lire dans la rubrique des faits divers, qu’un épicé morceau de chair humaine a été trouvé dans un plat de restaurant ou au fond d’une marmite de vendeuse de nourriture. Cela fut le cas en 2009, au quartier Sodiko, à Douala.

«Il y a dans certaines ethnies du Cameroun, des sociétés secrètes qui font du cannibalisme. Mais cela se passe dans des cercles bien fermés où l’omerta est une règle d’or», pense un quinquagénaire originaire de la région de l’Ouest (ayant requis l’anonymat).

Infractions Mystiques et Anthropophagie

Sous le nom d’infraction « mystique », emprunté à l’anthropologie anglo-saxonne, ce sont les pratiques relevant de la sorcellerie -pour employer la terminologie courante- qui sont étudiées dans une première partie : après s’être interrogé sur l’ambiguïté du phénomène, après avoir tenté de le définir et en avoir constaté l’omniprésence malgré certaines pratiques antidotiques (fétichisme et divination), l’auteur en décrit des formes telles que les métamorphoses d’hommes-animaux ou l’anthropophagie.

La seconde partie constate la difficulté d’appréhender ces phénomènes sous un angle juridique : l’incrimination de la sorcellerie remonte à la période antérieure à la colonisation, avant de se développer pendant la période coloniale puis dans le cadre du droit moderne.

En maintes régions du monde est répandue l’idée selon laquelle certaines personnes peuvent nuire à autrui par l’exercice de pouvoirs dont l’individu ordinaire ne dispose pas. Ces pouvoirs agiraient d’une manière si subtile que la cause réelle du mal ne serait identifiable qu’une fois les premiers symptômes du mal déclarés. Omniprésents dans les sociétés africaines traditionnelle et contemporaine, ces phénomènes ne se présentent que sous formes de nuisances à l’endroit des personnes et parfois de leurs biens. Ils sont constitutifs d’infractions mystiques.

Les détenteurs de ces pouvoirs et auteurs d’infractions mystiques sont diversement présentés, suivant la nature des phénomènes qu’ils manifestent. Mais la dénomination la plus répandue est celle de sorcellerie. L’examen des infractions dans la société traditionnelle oblige à se pencher sur ces infractions qui, par opposition aux infractions ordinaires, se déroulent dans un champ éminemment immatériel.

Il ne s’agit pas de refaire ici une nomenclature des atteintes aux personnes et aux biens, mais d’insister sur le caractère spécifique de ces infractions à l’aune de leurs manifestations, de la place qu’elles occupent dans la société et au regard du droit.

Théories sur la Sorcellerie et l'Anthropophagie

La sorcellerie est un phénomène qui renvoie à des êtres particuliers : les sorciers. La pensée populaire leur attribue depuis des temps immémoriaux la réputation dans la plupart des sociétés africaines d’être des gens tristes et peu sociables. Lorsque l’on parle de sorcellerie en Afrique, on oublie généralement que son ambivalence, soulignée par presque tous les auteurs, est liée au caractère neutre du principe qui fonde la puissance et la connaissance non seulement du sorcier, mais aussi de tout homme.

Si par le passé on pouvait supposer que le développement, l’urbanisation, la modernisation, la scolarisation, la christianisation ou l’islamisation feraient disparaître les croyances et les pratiques sorcières, la situation actuelle au sud du Sahara démontre l’inverse. Loin de s’estomper, « ces représentations sociales et culturelles se sont maintenues, transformées et réadaptées en fonction des réalités et des besoins contemporains ».

La notion de sorcellerie, bien qu’elle ait une sémiologie plurielle, peut être définie, dans une grande partie des pays africains, comme une capacité de nuire à une personne grâce au pouvoir mystique. Le vocabulaire français de « sorcellerie », ainsi que ses homologues anglais « witchcraft » et « sorcery », ont été introduits sur le continent africain par les premiers explorateurs, colonisateurs et missionnaires.

La traduction des termes locaux désignant des réalités locales par l’appellation unique de « sorcellerie », fortement influencée par l’histoire européenne et par conséquent péjorative, est souvent inappropriée et peut être source de confusion. La sorcellerie regroupe une pluralité de mots qui désignent des phénomènes divers dans les langues vernaculaires et se prêtent à des interprétations fortement contextualisées. Cependant, cette terminologie ethnocentrique est aujourd’hui intégrée dans les langues vernaculaires des populations africaines qui l’utilisent dans le langage quotidien pour désigner essentiellement les « forces occultes ou mystiques ».

Mode traditionnel de l’explication du mal, pratique reconnue et présente au sein des sociétés traditionnelles, la sorcellerie, pour reprendre la définition de l’anthropologue français Marc Augé, « est un ensemble de croyances structurées et partagées par une population donnée touchant à l’origine du malheur, de la maladie ou de la mort, et l’ensemble des pratiques de détection, de thérapie et de sanction qui correspondent à ces croyances ».

Cette définition qui ne convient que partiellement à notre propos confond les aspects négatifs et thérapeutiques du phénomène. Pourtant la culture occidentale les distingue très bien si l’on remonte à l’origine du phénomène. En effet, il y a d’abord une discrimination à opérer entre les notions de magie et de sorcellerie. La magie est l’art de commander aux forces du mal. La sorcellerie celui d’essayer de commander les mêmes forces. Le magicien est un initié aux grands mystères ; le sorcier ne connaît que les petits mystères. Le magicien est un maître, le sorcier un apprenti. Le magicien est en quelque sorte un homme de science et le sorcier est un marginal social. Le magicien ne risque que son âme car il est le protégé des grands à la cour desquels il vit et qui le consultent. Le sorcier risque son âme et sa vie, car il n’est qu’un paysan sur lequel viennent s’accumuler les haines et les jalousies de « ses frères de misère ».

A l’évidence, depuis toujours, les sorciers sont l’incarnation du vice et du mal. Puisque le contenu de la sorcellerie peut être interprété comme « une métonymie de configurations complexes et entremêlées de divers domaines notamment philosophique, culturel et social », l’on peut établir que la sorcellerie imputée à un être communément appelé sorcier ou sorcière selon le sexe, renferme en Afrique noire francophone l’idée de nuisance.

Les sorcières sont des mangeuses d’âmes et de corps, animées d’une volonté de nuire à autrui en commençant par leurs proches puis étendent le cercle de leurs victimes au-delà de la parenté . Au Bénin, on leur attribue depuis des temps lointains le pouvoir de transformer leurs victimes en animaux pour les dévorer ou les vendre. Au-delà de toutes ces considérations, la sorcellerie revêt un ensemble d’attributs, de pouvoirs agressifs invisibles et de vampirisme occulte dont les résultats sont assimilables à des infractions, qu’ils sont les mêmes que ceux d’une infraction ordinaire.

Dans la mesure où la sorcellerie apparaît comme un phénomène ambigu et insaisissable, c’est à travers les personnes par lesquelles elle se manifeste qu’on pourrait l’identifier. Il faut cependant nuancer le propos car dans la terminologie anglaise du terme, une distinction s’opère entre « witchcraft » et « sorcery ».

RENCONTRE AVEC LES CANNIBALES D’INDE - Les Aghoris de Varanasi

Cannibalisme à Travers le Monde

Répartition mondiale du cannibalisme.

Le mot « cannibale » est inventé par Christophe Colomb. Dans son Journal de bord, il désigne ainsi les habitants des îles Caraïbes, dont certains sont réputés être de farouches sauvages qui mangent leurs ennemis. En fait, les anthropologues adoptent aujourd’hui que le cannibalisme a bel et bien existé dans plusieurs régions du monde, en Amérique, en Afrique et en Océanie. Cependant, il ne fut jamais une pratique alimentaire courante. On ne mange pas de l’humain pour se nourrir, comme on consommerait du gibier.

On distingue ainsi un « endo-cannibalisme » et l’« exo-cannibalisme » qui consiste à dévorer la chair (souvent le cœur) de l’ennemi. L’anthropologue anglais Evans-Pritchard a établi, à propos des Niam-Niams (ou Zandés), qu’ils pratiquaient effectivement l’anthropophagie lors de conflits guerriers. L’alimentation n’était nullement le but du combat ; il s’agissait d’un rituel impliquant l’humiliation de l’ennemi. L’« endo-cannibalisme » désigne en anthropologie une pratique funéraire consistant à absorber les restes d’un parent défunt afin de s’approprier son âme. C’est une pratique observée dans plusieurs sociétés d’Amazonie, comme les Yanomami. Les proches ingèrent, en fait, des os pilés mélangés à une mixture.

Le cannibalisme guerrier était pratiqué en Amériques par les Tupi-Guarani ou les Aztèques. En Afrique, ce sont les « hommes panthères » du Cameroun qui ont contribuer à la sinistre réputation de cannibales des Africains. En Nouvelle-Guinée, le fait de cannibalisme rapporté en janvier 2025, ne font que reprendre une tradition guerrière bien documentée.

Contrairement aux récits fantasmatiques des colons, le cannibalisme guerrier n’a jamais été une pratique courante. Il est toujours resté sporadique, souvent associé à d’autres pratiques de mutilation des ennemis telles que la décapitation et l’exhibition de trophées comme chez les chasseurs de têtes jivaros. Le cannibalisme guerrier n’est pas réservé aux seules tribus dites « primitives ».

Très différents sont les cas de cannibalisme de survie où, dans des circonstances exceptionnelles de famine, des gens ont été amenés à manger des cadavres. Un cas célèbre est celui survenu dans les Andes en 1972 suite à un accident d’avion. Certains rescapés, restés isolés en haute montagne durant plusieurs semaines, s’étaient résolus à manger des personnes décédées.

Des cas de cannibalisme ont été rapportés durant des périodes de famines. Mais il est difficile de faire la part entre les fantasmes (des chroniques anciennes parlent de mères dévorant leurs enfants !) et la réalité. Il a été établi que les grandes famines russes des années 1920-1930 et celles du Grand Bond en avant chinois des années 1950 ont donné lieu à des cas de cannibalisme.

Le cannibalisme des psychopathes suscite un écho médiatique inversement proportionnel au nombre de cas recensés. Le cas du Japonais Issei Sagawa (née en 1949) a défrayé la chronique en son temps. En 2001, un autre cas célèbre a horrifié le public en Allemagne. Armin Meiwes, un informaticien, avait castré puis cuisiné et mangé le sexe d’un homme avant de le tuer, et de congeler ses restes.

L’enquête a révélé que la victime était volontaire : Bernd Jürgen Armando Brandes, un ingénieur berlinois de 42 ans, avait répondu favorablement à une annonce sur Internet ! De tels actes nous plongent évidemment dans des abîmes insondables de la psychologie humaine.

On ne peut terminer sans évoquer ce rappel, même s’il est symbolique. Le rite chrétien de l’eucharistie a une étrange connotation cannibale. Jésus, on s’en souvient, déclare lors de la Cène : « Prenez, mangez, ceci est mon corps. Prenez, buvez, ceci est mon sang. » Et chaque dimanche, à la messe, la cérémonie de l’eucharistie est censée reproduire une forme particulière d’anthropophagie où l’on mange symboliquement le corps du Christ. Ce qui ne semble pas choquer outre mesure les communiants.

Les preuves de cannibalisme préhistorique se sont accumulées depuis les années 2000. Seraient-elles un autre indice de lointains massacres ? Il est désormais clairement établi qu’Homo sapiens et certains de ses prédécesseurs ont pratiqué le cannibalisme.

Des pratiques cannibales ont été constatées sur plusieurs sites : ceux des grottes de Maszycka (Pologne) et de Gough (Angleterre), datés de 15 000 ans avant notre ère (ce qui en fait les contemporaines de Lascaux). Dans le village d’Herxheim (Allemagne), il y a environ 7 000 ans, les corps de plusieurs centaines d’individus ont été dépecés et fracturés. Des traces de cuisson et de morsures ont été observées, ce qui laisse peu de doute quant à l’existence de pratiques cannibales. Néandertal aussi fut cannibale, comme le montrent les restes retrouvés dans les grottes de Baume Moula-Guercy (Ardèche) et d’El Sidrón (Espagne).

Ce cannibalisme était-il « alimentaire » ? Les mammifères carnivores ne mangent jamais les corps de leurs congénères. S’agit-il d’un cannibalisme funéraire destiné à s’approprier l’âme des ancêtres ? C’est possible ; certains Indiens d’Amazonie connaissaient cette pratique, à ceci près qu’ils ne consommaient pas les enfants ni les femmes. Reste l’hypothèse d’un cannibalisme meurtrier accompagnant des tueries.

Selon l'anthropologue Erik Trinkaus de l'Université de Washington à St. Louis, dans certains cas, le cannibalisme peut avoir été purement pratique : « C'est une question de survie quand il n'y a pas d'autres sources de nourriture, que des membres d'un groupe social sont morts et que les membres survivants consomment les corps de personnes déjà mortes. »

Bill Schutt, professeur de biologie au campus Post de l'Université de Long Island, ajoute : « Le cannibalisme est extrêmement répandu dans le règne animal », dit Schutt, et les humains ne font pas exception. « Ce qui nous différencie, ce sont les rituels, la culture, les tabous », dit-il. « Nous avons été amenés à croire que le cannibalisme était la pire chose que nous puissions faire. »

Tableau Récapitulatif des Formes de Cannibalisme

Type de Cannibalisme Description Exemples
Cannibalisme Guerrier Consommation de parties du corps de l'ennemi à des fins rituelles ou d'humiliation. Niam-Niams (Zandés), Tupi-Guarani, Aztèques
Endo-cannibalisme Consommation des restes d'un parent décédé pour s'approprier son âme. Yanomami, Guayakis
Cannibalisme de Survie Consommation de corps humains en situation de famine ou de survie extrême. Survivants des Andes (1972), famines russes (1920-1930)
Cannibalisme Psychopathique Actes de cannibalisme commis par des individus atteints de troubles mentaux. Issei Sagawa, Armin Meiwes
Cannibalisme Préhistorique Pratiques cannibales datant de la préhistoire, souvent liées à des rituels ou à la survie. Grottes de Maszycka et de Gough, Herxheim, Baume Moula-Guercy

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