L'histoire des boîtes de viande à Wallis et Futuna : Un regard sur le "Tini Pipi"

Chaque vendredi, plongez au cœur des petites histoires de Wallis et Futuna, à la découverte des surnoms des îles et des origines des fameuses "Tini pipi", les boîtes de bœuf. Ces boîtes de corned-beef sont devenues un élément incontournable de la culture locale, s'intégrant même aux mets traditionnels.

La rédaction de Wallis et Futuna la 1ère propose un rendez-vous hebdomadaire intitulé "Le saviez-vous ?". Ce court format aborde divers thèmes, qu'ils soient historiques, d'actualité ou de société. L'engouement pour les boîtes de corned-beef à Wallis et Futuna est un sujet fascinant, témoignant de l'évolution des habitudes alimentaires et de l'impact des produits importés.

Carte de Wallis-et-Futuna

L'industrie de la viande face à la "disruption"

Depuis près de deux décennies, le terme "disruption" est régulièrement utilisé pour décrire la déstabilisation d'un marché. Des exemples tels qu'Uber pour les taxis et AirBnB pour l'hôtellerie illustrent ce phénomène. Aujourd'hui, il semble que l'industrie de la viande, un marché stable et peu élastique, soit également en passe de se faire "uberiser".

En 2013, le premier steak fabriqué in vitro a été dégusté à Londres. Cette "viande" est produite à partir de cellules souches élevées dans des boîtes de Pétri et enrichie d'additifs pour améliorer sa texture. De nombreuses entreprises de la Silicon Valley, telles que Beyond Meat, Just Food, Memphis Meats, Mosa Meat et Impossible Foods, travaillent actuellement à la fabrication de la "viande propre" ou "viande éthique", en réponse à la pollution causée par la surindustrialisation de la filière.

En France, Gourmey travaille sur du foie gras de synthèse. Cette filière attire également de grands investisseurs tels que Bill Gates, Richard Branson (patron de Virgin), Jack Welch (ancien PDG de General Electric) et Tyson Foods, la plus grande entreprise alimentaire américaine.

Malgré les difficultés techniques et le prix élevé de la viande de synthèse, l'enjeu est considérable. La maîtrise des brevets de fabrication et de production ouvrirait un marché gigantesque, car la consommation mondiale de viande devrait augmenter de 70 % d'ici 2050. Cependant, avec une tendance croissante à l'alimentation biologique, le véritable défi sera de convaincre les populations de consommer une viande provenant d'un laboratoire.

C'est pourquoi de nombreux investissements sont dirigés vers des sociétés de lobbying et des associations de défense des animaux. Ces acteurs cherchent à "préparer" l'opinion publique à cette technologie et à influencer les instances publiques pour la mise en place de normes et l'autorisation de sa commercialisation.

Production de viande in vitro

Comment est Produite la Viande Synthétique ?

Fonctionnement d'un élevage en laboratoire

La viande artificielle est obtenue en cultivant des cellules souches prélevées sur quelques animaux, notamment leur fœtus. Actuellement, la viande in vitro est un amas de cellules musculaires qui se multiplient dans des boîtes de Pétri contenant un milieu de culture riche.

Cependant, on est encore loin d'un vrai muscle, qui mêle des fibres organisées, des vaisseaux sanguins, des nerfs, du tissu conjonctif et des cellules adipeuses. Pour l'instant, elle ne reproduit pas les qualités nutritionnelles et sensorielles d'un vrai muscle : elle est pauvre en fer et doit être assaisonnée avec de nombreux ingrédients pour se rapprocher du goût de la viande.

Les problèmes des fermes-usines

Éradiquer la faim dans le monde est une aspiration phare des philanthropes depuis de nombreuses décennies. Cependant, il est aujourd'hui de notoriété publique que la production alimentaire suffit à nourrir le monde, voire plus. Les Européens jettent environ 20 % de la nourriture qu'ils achètent, ce qui correspond à 88 millions de tonnes de nourriture gaspillée chaque année. La faim dans le monde est principalement causée par des problèmes économiques, d'organisation ou d'infrastructures.

De nombreux autres problèmes entourent la filière. En 2006, un rapport de la FAO a révélé que l'élevage produisait une quantité importante de gaz à effet de serre, environ 18 % des émissions d'origine humaine. Des calculs fondés sur des données plus précises établissent à 14,5 % la contribution de l'élevage dans les émissions de gaz à effet de serre d'origine anthropique, dont 9,3 % pour les seuls bovins. En effet, les animaux d'élevage rejettent du méthane, un puissant gaz à effet de serre.

De plus, l'agriculture est responsable de 73 % de la déforestation mondiale, dont 80 % est directement (prairies qui servent au pâturage) ou indirectement (nourriture des animaux) consacrée à la production de produits animaux que nous consommons. La déforestation a de nombreuses conséquences :

  • Sur la santé : elle entraîne une perturbation des forêts et augmente les risques d'épidémies et de propagation de maladies infectieuses par les insectes et les animaux.
  • Sur la biodiversité : la destruction des habitats naturels menace 80 % de la biodiversité terrestre.
  • Elle participe à l'augmentation du réchauffement climatique.
  • Elle fragilise la structure des sols, favorisant les glissements de terrain et les inondations.

L'épidémie de coronavirus a une fois de plus mis en évidence les problèmes de l'industrie alimentaire. Les suspicions de sa transmission à l'Homme par le Pangolin ont ravivé le débat sur les conséquences de notre système de production alimentaire.

Le bien-être des animaux est devenu un débat de société important. L'image des animaux en batterie, du gavage des oies et des canards ou des vaches à hublot suscite l'horreur de l'opinion publique.

Les vecteurs d'influences pour l'innovation

Ces deux problèmes sont les outils de communication et d'influence utilisés par les sociétés fabricant ou investissant dans la viande in-vitro. Elles nomment leurs produits "viande propre" ou "viande éthique", en argumentant que quelques cellules permettraient de nourrir l'équivalent de milliers d'animaux. La start-up Mosa Meat explique que 150 vaches seraient suffisantes pour satisfaire la demande actuelle de viande à l'échelle mondiale. Ce procédé n'utiliserait qu'environ 1 % de la terre et 10 % de l'eau nécessaire à l'agriculture animale classique, réglant ainsi les problèmes de pollution et de déforestation. En outre, l'animal n'étant plus nécessaire, cela supprimerait les fermes-usines et aiderait la cause animale.

Outre les arguments classiques de communication, les entreprises décident d'utiliser les différentes associations pour faire entendre la cause animale, puis d'y apporter la solution. L'enjeu pour ces entreprises financées par des acteurs de la Silicon Valley est de convaincre les consommateurs de se convertir à cette viande in vitro, quitte à les rebuter de consommer de la viande classique.

Par exemple, l'entreprise "The Good Food Institute", qui fait la promotion et le financement de la viande in vitro, a reçu 6,5 millions de dollars de la part de l'Open Philanthropy Project. De l'autre côté, la fondation de Dustin Moskovitz a financé près de 50 ONG et associations comme Compassion in World Farming, Eurogroup for Animals et l'association française L214, qui a reçu 1,14 million d'euros en 2017.

Depuis plus de dix ans, L214 est très active, notamment sur les réseaux sociaux, pour réveiller les consciences sur la souffrance animale. Elle révèle des pratiques scandaleuses pratiquées par de nombreux abattoirs en France, que ce soit les poules en cage, le foie gras, les vaches gestantes ou encore les poussins broyés. Ces révélations sont obtenues grâce à la publication de vidéos chocs tournées clandestinement. Cette association créée par un couple de végan, dont l'objectif est de mettre fin à l'élevage intensif, explique sur son blog ne pas avoir l'intention de promouvoir la viande artificielle. Ils indiquent notamment que l'argent avait été donné sans contrepartie et qu'ils étaient libres de l'utiliser comme ils le souhaitaient. En outre, ils précisent qu'ils n'avaient aucune connaissance de la fondation américaine avant d'être contactés par celle-ci, intéressée par les actions de leur association.

Cependant, malgré la probable bonne foi des membres de l'association, leurs actions profitent directement aux stratégies des investisseurs de la viande in-vitro. En effet, selon le journaliste Gilles Luneau, qui a enquêté sur l'organisme de philanthropie, ce don est accompagné d'arrière-pensées. D'une part, elle soutient un certain nombre d'associations pour la cause animale, et d'autre part, elle finance la recherche, le développement et la quasi-mise en industrie de viandes artificielles. Il déclara : « À leurs yeux, la filière d'avenir, c'est de changer la manière dont se nourrit le monde. Ils veulent s'emparer du marché mondial de l'alimentation, tout simplement. » Montrer des images chocs afin de faire culpabiliser les citoyens qui mangent de la viande industrielle les incitera à faire un « choix éthique » : arrêter la viande ou manger de la viande artificielle (ou « viande éthique »).

Lobbying et influence normative sur l'échiquier politique

En addition de l’environnement sociétal, les entreprises essayent de jouer sur l’échiquier politique. Car pour vendre une viande artificielle il faut l’accord de commercialisation. De plus, ce nouveau mode de production devra s’accompagner de normes et de standards, les entreprises doivent donc s’assurer que les futures normes seront à leurs avantages.

Aux Etats-Unis, des groupes professionnels agricoles comme Sheep Industry Association, la National Cattlemen's Beef Association ou le National Chicken Council ont envoyé une lettre à Donald Trump, demandant la parité en ce qui concerne la réglementation de la viande de culture. En outre, l’agence fédérale américaine Food and Drug Administration (FDA) insiste fortement pour s’occuper de la réglementation des futures entreprises de viandes artificielles. Supplantant l’agence USDA qui règlemente aujourd’hui la production agricole des États-Unis. Le fait qu’une agence fédérale veuille s’occuper de la réglementation légitime la fabrication de la nourriture artificielle aux États-Unis. De plus, dû à la « Prescription Drug User Fee Act », la FDA est aujourd’hui financée à 75% par des groupes biopharmaceutiques privés. Lorsque les entreprises de viandes artificielles entreront sur le marché, ils pourront tout aussi facilement financer la FDA pour influencer les réglementations américaines à leurs avantages.

En Europe, bien que l’Union européenne montre plus de réticence à cette technologie, le lobbying bat son plein. Les ONG comme World Animal Net et World Animal Protection, financées par la même fondation Open Philantropy Project, sont des lobbies officiels de l’Union Européenne. De surcroit, l’homme d'affaires et philanthrope britannique Jeremy Coller a créé le consortium FAIRR dont l’objectif est d’en finir avec l’élevage. Enregistré comme lobby officiel à Bruxelles, ce consortium qui vaut 10 milliards de dollars plaide notamment pour la taxe du bétail (taxe sur la viande) ou la substitution des protéines.

Néanmoins, le chemin sera long pour convaincre la France de consommer ou commercialiser la viande in-vitro. Moi, non. » ; à la suite de l'annonce de la première commercialisation de la viande synthétique à Singapour.

Circuit financier non exhaustif

Réalité physique et enjeux commerciaux

Les avantages écologiques de ce nouveau mode de production ne sont, en réalité, pas assurés. Par tonne, le méthane est effectivement un gaz à effet de serre plus puissant que le CO2, note ainsi le professeur de physique Raymond Pierre Humbert. Mais il ne reste dans l'atmosphère que 12 ans, alors que le CO2 s'y accumule pendant des milliers d'années. Ainsi même si au départ cette production est plus écologique, en analysant sur le temps long et partant de l’hypothèse que la viande artificielle remplace la « production classique », la pollution de la viande in-vitro devient équivalente voir plus élevée.

En outre, les cellules nécessaires à la fabrication du sérum permettant la création de la viande in-vitro proviennent de fœtus d’animaux. Ce qui nécessite l’abattage de vaches gestantes pour y extraire leur fœtus et les précieuses cellules souches. Un procédé qui ne correspond pas vraiment à la production de « viandes éthiques » qui est censée respecter l’animal et son bien-être.

En réalité les enjeux sont plus commerciaux qu’éthiques, le marché de la viande est très important et peu élastique. C’est-à-dire que les produits sont considérés comme relevant d’une nécessité et qu’il y aura toujours des acheteurs malgré la fluctuation de prix. Même avec les divers associations et mouvements, il est peu probable qu’une forte chute de la consommation de viande survienne à moyen terme. En 2019, la production mondiale de viande était de 338,8 millions de tonnes (en équivalent poids carcasse). Rien qu’en Europe, les pays exportaient pour 2,5 milliards d’euros de viande et en importaient pour 1,5 milliards.

Outre les avantages commerciaux, c’est aussi un puissant levier de contrôle. Dans l’hypothèse d’un monde où la population consommerait seulement de la viande artificielle, le détenteur des brevets de fabrication contrôlerait le marché et la production mondial de l’alimentation non agricole.

Aujourd’hui la production de la viande in-vitro reste difficile, engendrant un prix élevé du produit. Cependant, les investissements importants de Bill Gates, de Kimbal Musk (frère du PDG de Tesla) ou de Google pourraient accélérer son développement. De surcroit, les stratégies d’influences semblent fonctionner, Singapour a autorisé sa vente et les États-Unis réfléchissent déjà à la structure qui s’occupera de la réglementation.

La production locale de viande à Wallis et Futuna

Dans le Pacifique Sud, Wallis-et-Futuna, collectivité d’outre-mer français (COM), n’échappe pas à la tendance régionale en ce qui concerne l'alimentation et ses conséquences sur la santé.

Selon les chiffres du dernier recensement agricole, il y a 22 116 porcs à Wallis et Futuna sur plus de 2000 exploitations. La production répond à une forte demande pour les événements religieux et coutumiers. Plus de 50% pour la coutume, le reste pour l'autoconsommation et la commercialisation. Un vrai potentiel.

Taleka Takasi fait partie des éleveurs patentés de l'île. Son élevage a maintenant 7 ans et compte plus d'une soixantaine de têtes. Cette mère de famille souhaiterait développer son activité, mais elle se heurte au problème de débouchés.

Au fur et à mesure, qu'elle s'investit dans le secteur, Taleka constate que l'activité, telle qu'elle est pratiquée sur le territoire n'est pas du tout rentable. Même si les prix fixés généralement sont déjà très élevés.

Lors des périodes de communions, j'arrive à vendre les plus grosses pièces. Pendant l'année, ce sont les porcelets de 25 kilos qui partent comme des petits pains.

Pour les sacs de granulés, je dépense entre 250 et 300 000 xfp par mois. Le seul domaine pour qui l'élevage de porcs rapporte énormément, c'est l'importation des sacs de granulés. Chaque année, ce sont plus de 200 tonnes importés sur le territoire.

Pour faire face à cette dépendance, le lycée agricole a mis en place un projet de fabrication d'ensilage de manioc.

Patita HANISI est également éleveur. Il est membre du groupement des éleveurs. La solution selon lui, c'est de concrétiser le fameux projet d'abattoir dont on parle depuis des années sur le territoire.

L'abattoir est toujours en projet, le groupement est en relation avec la CCIMA pour cela. L'abattoir est une structure essentielle si l'on veut développer la filière porcine.

C'est le coût apparemment qui bloque, c'est très cher. De plus, il faudrait que nous soyons plus nombreux dans le groupement. Pour l'instant, nous ne sommes que 3 personnes.

Un des aspects importants de l'alimentation à Wallis et Futuna est la consommation de viande en conserve, notamment le "Tini pipi". Le Tini pipi a même réussi à se faire une place de choix dans les mets traditionnels.

Les défis de la santé publique à Wallis et Futuna

L’obstacle le plus consensuellement identifié aux politiques de prévention et de prise en charge par les acteur.e.s du secteur de la santé à 'Uvea (Wallis) et à Futuna est avant tout d’ordre « culturel » : c’est la « culture » polynésienne qui encouragerait l’obésité par une valorisation de l’embonpoint, associé à la maternité pour les femmes et au pouvoir pour les hommes.

Les enquêtes ethnographiques confirment l’évolution contemporaine des normes corporelles dans le Pacifique Sud, sous l’influence conjuguée des politiques de santé publique et des normes de beauté promues à l’échelle globale.

Les enquêtes épidémiologiques indiquent ainsi que, à Wallis et à Futuna, la prévalence de l’obésité et du diabète devient vraisemblablement majeure autour des années 1990, ce qui correspond à la généralisation de l’accès à une nourriture importée et ultra-transformée et aux congélateurs (actuellement, un foyer sur deux en est équipé voir Michoudet, 2019), et donc à la fin de la précarité alimentaire dans un environnement marqué jusque-là par une saison des cyclones particulièrement redoutable pour les produits de l’agriculture vivrière.

L'étude de Girin et al. (2014) indique que 87 % de la population adulte y est en surpoids ou obèse, et que 18 % de la population adulte est affectée par le diabète de type 2, réputé imputable au surpoids et à l’obésité.

Selon l’OMS, parmi les dix pays dont la proportion de population considérée comme obèse est la plus importante, neuf sont des États indépendants du Pacifique : les îles Cook, les Palau, Nauru, Samoa, Tonga, les îles Marshall, Niue, les Kiribati et Tuvalu affichent des taux d’obésité de leurs populations compris entre 40 et 50 % - un chiffre qui double aisément dès lors que l’on y ajoute la part des personnes considérées comme en surpoids.

Le Pacifique est ainsi la région du monde où, entre 1975 et le début des années 2000, la population adulte a connu le taux le plus important d’augmentation de l’indice de masse corporelle, calculé par décennie.

Les aliments locaux, tels que le taro, l'igname, le kape et le fruit à pain, sont riches en fibres, pauvres en matières grasses, en sel et en sucre.

Tableau : Prévalence de l'obésité dans les pays du Pacifique selon l'OMS

Pays Taux d'obésité (%)
Îles Cook 40-50
Palau 40-50
Nauru 40-50
Samoa 40-50
Tonga 40-50
Îles Marshall 40-50
Niue 40-50
Kiribati 40-50
Tuvalu 40-50

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