Au cœur du massif de la Chartreuse (Isère), se trouve le monastère Notre-Dame de Chalais. Les moniales dominicaines de ce lieu voient leurs vies rythmées par la prière et le travail manuel, notamment la confection de délicieux biscuits. Découvrons l'histoire de ce lieu et de ses fameux biscuits.
Le site de Chalais a une histoire comparable à celle de Cîteaux. Au début du XIIe siècle, peu après l’arrivée de saint Bruno à la Chartreuse, saint Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble, établit quelques moines dans le domaine de Chalais, au-dessus de Voreppe, à quelques heures de marche de la Grande Chartreuse, face au Vercors. On les appelait « les ermites de Chalais ».
Le monastère de Chalais a commencé comme une maison d'ermites masculins, sous la direction de Hugues de Châteauneuf, comme les moines chartreux. Leur église devint abbatiale en 1125, et peu à peu la renommée et la prospérité de Chalais les amenèrent à fonder des filiales, si bien que Chalais se trouva abbaye-mère d’un véritable ordre monastique : l’ordre de Chalais.
En 1125, le pape Honorius II plaça Chalais sous sa protection. En 1205, l'ordre est à son apogée avec dix abbayes et trois prieurés. Les ramifications de l’ordre manifestent sa vocation montagnarde, forestière et pastorale. L’ordre eut vite sa propre règle, la « Charte de Charité de Chalais ».
L'ancienne église abbatiale date du XIIe siècle. L'abbaye se trouve à l'Est de Voreppe, à trois kilomètres à vol d'oiseau. L'abbaye bénédictine de Chalais fut fondée en 1101 par Hugues de Châteauneuf, évêque de Grenoble. Il y établit une maison à 940 m d'altitude sur les contreforts sud du massif de la Grande Chartreuse et y installa des moines désireux de vivre séparés du monde afin de retrouver la règle de saint Benoît sans s'intégrer dans la vie des paroisses.
Les premiers moines, dit « ermites de Chalais », vécurent de travaux de forestage et d'élevage d'ovins, entravés par la présence puissante des Chartreux, leurs très proches voisins. En 1142, des moines de Chalais furent appelés par l'évêque d'Embrun pour renforcer une petite communauté installée en 1130 dans une chapelle dédiée à saint Marcellin sur les hauteurs de Boscodon, près d'Embrun (Hautes-Alpes), dépendant alors des comtés de Forcalquier et de Provence.
Dans le même comté, en 1165, les moines de Boscodon fondèrent l'abbaye Notre-Dame de Lure. L'abbaye de Clausonne, est construite peu de temps après, en 1185 dans les Hautes-Alpes. L'Ordre de Chalais était né, suivant la règle de saint Benoît.
La fin du XIIIe siècle voit le déclin de l’ordre : Trop peu de ressources, développement plus rapide de Cîteaux et de la Grande Chartreuse, essais de fusion avec des ordres plus prospères. Chalais devient donc un monastère cartusien autonome et trouve une prospérité relative, ses ressources restant toujours modestes.
Surviennent les guerres de Religion. En 1562, l’abbaye est pillée, ruinée, démolie en partie. Trop pauvre pour relever seule ses ruines, la Chartreuse de Chalais perd son autonomie et devient filiale de la Grande Chartreuse. Malgré les travaux entrepris, le nombre des religieux diminue sans cesse : il n’en restera plus que cinq à la Révolution.
En avril 1844, le père Lacordaire, qui restaure l’ordre dominicain en France, rachète le domaine de Chalais et y installe les novices et étudiants français qu’il ramène d’Italie. Chalais devient alors le premier couvent d’étude des Frères Prêcheurs en France. En 1859, le père Lacordaire le transfère à Saint-Maximin (Var).
Chalais abritera alors les pères du tiers ordre enseignant fondé par le père Lacordaire puis deviendra une maison de repos pour les Dominicains. A partir de 1932, les Dominicains ayant fixé leur maison d’études près de Chambéry, viennent (aimablement invités par les propriétaires, la famille Nicolet-Courbier) y passer leurs vacances jusqu’en 1939. Puis ce fut la deuxième guerre mondiale. L’entretien des bâtiments, assuré par les propriétaires, devient difficile et le maquis s’y installe en 1943.
En 1956, un premier essai de restauration ne put aboutir, faute de ressources. Les moniales dominicaines d’Oullins, près de Lyon, s’y installent en 1963 et entreprennent la construction d’un nouveau monastère sur les ruines de l’ancien. Les difficultés financières sont innombrables ! En 1966, les moniales de Chinon viennent leur prêter main forte et la fusion se réalise entre les deux communautés. Avec leur biscuiterie, elles procurent un travail rémunéré plus stable.
La biscuiterie Notre-Dame-de-Chalais (dit aussi Biscuiterie Saint Dominique) a été fondée en janvier 1957 par les moniales dominicaines de Chinon. C’est le premier biscuit créé par les sœurs de Chinon en 1957. Il représente la tour Charles VII de Chinon. C’est un biscuit « dominicain » avec le blason noir et blanc des dominicains, créé après les Tours.
Crée en 1960, ils représentent les animaux de l’arche de Noé : 15 motifs différents ! Ce sont les préférés des enfants. Avec le logo du clocher de l’église, ils ont été créés à Chalais en 1971. Ce sont les « derniers-nés » au beurre et aux raisins secs.
La Communauté de Chinon a ensuite rejoint Chalais où la communauté d'Oullins avait déménagé en 1961 en emportant avec elle la biscuiterie. Les biscuits sont fabriqués et commercialisés par les sœurs elles-mêmes depuis plus de 50 ans. Les biscuits ont des représentations et des goûts différents. La biscuiterie permet au monastère de vivre du travail des mains des sœurs.
Malgré son isolement, Notre-Dame-de-Chalais est d’ordinaire un lieu ouvert au monde, vivant. Croyants ou randonneurs sont nombreux à y faire halte pour quelques jours de retraite spirituelle, afin de confier à la prière des sœurs des soucis, ou simplement acheter un paquet des délicieux biscuits que confectionnent ici les moniales.
Pour sœur Marie-Bernadette, en tant que commerciale de la biscuiterie - qui produit chaque année dix tonnes de gâteaux secs réputés - le confinement du printemps a été synonyme de pression accrue. « J’ai dû décrocher mon téléphone afin de trouver de nouveaux clients, écouler la production de biscuits qui s’accumulaient avec l’arrêt de la vente à la boutique du monastère.
Les moniales de Chalais ont su traverser les époques en adaptant leur mode de vie aux contraintes économiques et sociales. La biscuiterie est un exemple de cette adaptation, permettant à la communauté de subvenir à ses besoins tout en perpétuant une tradition de travail manuel et de partage.
| Biscuit | Année de création | Description |
|---|---|---|
| Tours Charles VII | 1957 | Représente la tour Charles VII de Chinon |
| Arche de Noé | 1960 | Animaux de l'arche de Noé (15 motifs) |
| Chalais (clocher) | 1971 | Logo du clocher de l'église de Chalais |
| Beurre et raisins secs | N/A | Les "derniers-nés" de la biscuiterie |
Aujourd'hui, comme au printemps, la communauté est sollicitée pour porter des intentions de prière « de personnes dans l’angoisse. Ce n’est pas une position facile, reconnaît la prieure. Face à cette souffrance, nous nous sentons parfois impuissantes. Quand ces situations deviennent trop lourdes, nous les déposons au pied de la croix ».
Pour les sœurs aussi, la situation constitue un bouleversement, plus ou moins bien vécu. « Pour certaines, cette mise à l’arrêt brutale est éprouvante, souligne sœur Julie. Nous sommes comme tout le monde ! Quand on apprend le mercredi soir que le vendredi il faut tout fermer, c’est dur psychologiquement. »
Cloîtrées, les religieuses de Chalais ne sont pas pour autant déconnectées. Presque toutes équipées d’un ordinateur, elles ont rapidement adopté les visioconférences. La lecture de la presse, en particulier d’articles tirés de La Croix et du Monde tous les jours au réfectoire, leur permet de rester informées de la marche du monde.
En tant que prieure, il lui revient de guider la barque de la communauté dans les moments de tempête, et d’essayer d’en déceler le sens. « À Pâques, j’ai mis l’accent sur le fait que cette pandémie nous faisait toucher du doigt notre vulnérabilité, que l’on a tendance à ne pas vouloir voir, se souvient-elle. La vulnérabilité fait partie de notre condition humaine. C’est seulement en l’acceptant que l’on peut avoir une qualité de relation meilleure, autre.
Sœur Maya, qui vit à Chalais depuis quarante-cinq ans, abonde. « Dans l’histoire de l’humanité, il y a eu de nombreuses maladies terribles. Ce qu’il y a de nouveau, c’est qu’aujourd’hui on veut tout maîtriser. Or on ne maîtrise pas cette pandémie. » Elle fait une lecture spirituelle de ces événements. « La mort ne représente pas la fin de la vie, mais un passage qui, nous le croyons, ouvre sur une autre vie. Le temps de l’Avent nous invite à cette méditation. “Veillez”, car le Seigneur viendra non seulement à Noël, mais aussi, de façon mystérieuse, à la fin des temps.
Les dominicaines se préparent à entrer dans cet Avent chargé d’incertitudes avec autant de joie que d’habitude. « Ce temps particulier, malgré ses inquiétudes, peut nous aider à nous recentrer sur l’essentiel, se projette ainsi sœur Julie. J’y vois une occasion de prêter davantage attention à ceux qui se trouvent autour de nous, de faire des choses plus modestes mais qui ont plus de sens par rapport à Noël. Les bons repas et les cadeaux, est-ce le plus important ? Rappelons-nous que nous ne fêtons pas un événement triomphant, mais Dieu qui se fait petit enfant.
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