L'Histoire Mouvementée des Biscuits Brun : De Grenoble aux Jeux Olympiques

Il y a plus de 30 ans que la bonne odeur de biscuits ne flotte plus dans l'air à Saint Martin d'Hères. Mais la fabrication de biscuits, ce n'était pas que du gâteau! L'histoire de la biscuiterie Brun est riche et complexe. Beaucoup d’habitants de l’agglomération grenobloise se souviennent de la bonne odeur de biscuit qui flottait du côté du quartier de la Croix Rouge à Saint Martin d’Hères, là où était implantée la biscuiterie Brun.

La biscuiterie Brun a fermé ses portes le 31 décembre 1989 après un long combat menée par les ouvrières et ouvriers pour faire vivre une usine menacée de fermeture lors des différentes fusions qui se sont succedées depuis les années 50. Brun, c’est une histoire qui débute à la fin du 19ème siècle, d’abord à Claix, puis à Grenoble, avant d’arriver à Saint Martin d’Hères durant la première guerre mondiale.

C’est une histoire dont le point de départ est commun à celui de la SACER, entreprise d’entretien des routes (devenue Colas). Brun, c’est une histoire qui rime avec militantisme social de la part d’ouvriers et d’ouvrières à qui les directions successives de l’usine n’ont pas fait de cadeaux, loin s’en faut.

Pendant tout le 20e siècle, une délicieuse odeur de vanille venait régulièrement chatouiller les narines des Grenoblois. On vous raconte pourquoi. L’usine de biscuits Brun, à Saint-Martin-d’Hères (Isère) diffusait régulièrement une bonne odeur de vanille. C’est un temps que les moins de vingt ans n’ont pas pu connaître… mais c’est un souvenir plein d’émotion pour ceux qui ont grandi à Grenoble (Isère) et dans son agglomération jusqu’à la fin des années 1980.

Régulièrement, une bonne odeur vanillée embaumait l’air de l’agglomération grenobloise, et égayait la journée des petits et des grands… Même si la légende veut que cette odeur précédait souvent l’arrivée de la pluie ! Mais alors, d’où venait cette odeur de vanille ? D’une usine de biscuits familiale et grenobloise !

45 ème anniversaire de l'usine LU à Pessac

Les Débuts et l'Ascension de Brun

Vestiges des grands moulins de Villancourt des biscuits Brun au Pont-de-Claix.

Au XIXe siècle, les Brun sont cultivateurs à Claix en Isère. Entreprenants, ils se tournent vers l’industrie. Pierre Brun s’installe à Grenoble, il achète un moulin à la Capuche et a l’idée de fabriquer des biscuits. En 1885, il construit une biscuiterie rue Nicolas-Chorier à Grenoble et se spécialise dans la fabrication du pain de guerre ou biscuit du soldat.

L’histoire commence à la fin du 19e siècle, lorsque Pierre-Jean-Félix Brun, négociant en grains de Grenoble, ouvre une petite biscuiterie rue de Vizille. L’entrepreneur mise sur l’armée, très présente à cette époque à Grenoble, et met au point le « biscuit des soldats », mélange très nourrissant de farine et de matières grasses. En 1914, alors qu’éclate la première Guerre mondiale, la biscuiterie Brun est fournisseur officiel de l’armée française.

En 1914, la France entre en guerre. Plus de huit millions d’hommes sont mobilisés. Pour satisfaire la demande, une nouvelle biscuiterie est construite. Le biscuit du soldat circule alors dans les tranchées. Pour les Brun, la réussite est totale.

L’entreprise familiale se développe et s’installe dans une usine dans la ville voisine de Saint-Martin-d’Hères. En 1915, l’entreprise déménage à Saint-Martin-d’Hères, avenue Ambroise-Croizat, et devient un fleuron industriel sous l’impulsion de Gaétan Brun. Le fils Brun, Gaëtan, décide de revoir la recette et met au point le Petit Brun Extra et le Thé Brun, des biscuits plus fins.

Au début des années 20, la biscuiterie Brun emploie 1500 personnes et produit 40 tonnes de biscuits par jour. Pour arriver à 100 tonnes par jour dans les années 60. La biscuiterie s’agrandit et se modernise. La senteur des biscuits Thé Brun et Petit Brun Extra commencent à imprégner la ville.

En 1923, Claire Darré-Touche, veuve d’un grand minotier marseillais et mécène visionnaire, prend la tête de l’entreprise. Dans les années 20, Claire Darré-Touche, veuve d’un puissant industriel marseillais, apporte l’argent nécessaire pour faire face au développement de la biscuiterie. À la mort de Gaëtan Brun en 1923, elle prend l’affaire en main.

La commercialisation s’intensifie avec l’apparition des boîtes d’emballages métalliques. Les chevrons bleus et jaunes qui ornent les murs de l’entreprise sont peints en 1925. Véritable image de marque des biscuits Brun, les couleurs bleues et jaunes serviront l’entreprise jusqu’à sa fermeture.

L'Ère de la Seconde Guerre Mondiale

Mme Darré-Touche entretient d’excellentes relations avec Vichy. Elle est une amie d’enfance de Mme Pétain et sa propriété à Villeneuve-Loubet est à côté de celle du couple Pétain. Pétain est à Grenoble en mars 1941. Son épouse est accueillie par un « Vive la maréchale » lors de la visite de l’usine.

Dans l’usine Brun, la Résistance est active. Raymond Bank, journaliste interdit professionnel par Vichy, résistant et chef d’état-major, a travaillé dans l’usine.

Collaboration et Libération

Après la Libération de Grenoble le 22 Août 1944, la question se pose : Mme Darré-Touche (elle a alors 70 ans) a-t-elle collaboré ? Cette question complexe est étudiée, et il faut distinguer collaboration directe et indirecte. Les ventes de la distillerie : une collaboration indirecte, dans la mesure où l’alcool était vendu à des entreprises qui livraient l’Allemagne ?

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, en raison des liens d’amitié qui unissent Madame Darré-Touche et la famille Pétain, ses biens sont mis sous séquestre et l’entreprise est confiée à une gestion ouvrière. Elle conteste la décision, intente un procès qu’elle gagne.

Mme Darré-Touche préfère partir en Suisse dès la libération (l’opinion publique était dressée contre elle), ses biens sont mis sous séquestre. Un comité « ouvrier » de gestion est désigné le 1er octobre 1944. Le 30 octobre 1947 l’avis du garde des Sceaux blanchit Mme Darré-Touche, à la fois de l’infraction pour collaboration économique et du crime d’indignité nationale.

L'Après-Guerre et l'Âge d'Or

Elle reprend son affaire mais trop âgée, elle la revend en 1950. Après la Seconde Guerre mondiale, Brun est racheté par Pierre Forgeot, un ancien ministre de la IIIe République. En 1950, Pierre et André Forgeot, déjà propriétaires des pâtes Bozon-Verduraz, rachètent les biscuits Brun.

Les deux sociétés fusionnent et inventent un slogan qui aura un succès immense : « Pour chacun, pour chacune, biscuits Brun, pâtes la Lune ». En 1952, les français ont mangé 250 millions de biscuits Thé Brun. Dans les années 1950-60, l'usine compte jusqu'à 1500 salariés.

Le 1er juin 1951, un incendie est déclaré à la biscuiterie Brun. 100 000 francs ! C’est ce que donnait M.

Les enfants des employés de l’usine Brun étaient envoyés dans des colonies de vacances. Le 3 août 1952 : colonie de vacances des enfants des employés de l’usine Brun biscuit à Saint-Bernard-du-Touvet.

Colonie de vacances des enfants des employés de l’usine Brun biscuit à Saint-Bernard-du-Touvet.

Dans les années 1960, avec une production journalière de 100 tonnes Brun devient la première biscuiterie européenne.

À l’occasion des Jeux Olympiques de 1968, le Comité des Jeux Olympiques choisit l’entreprise comme fournisseur officiel. L'année 1968 est importante, puisque les biscuits Brun sont les sponsors officiels des Jeux olympiques de Grenoble. Sur cette photo, des ouvrières des Biscuits Brun avaient été choisies comme hôtesses des Jeux. Habillées en uniforme aux couleurs de la marque, elles se rendaient à Chamrousse et distribuaient des biscuits Thé Brun.

Ouvrières des Biscuits Brun avaient été choisies comme hôtesses des Jeux Olympiques de Grenoble.

L'Association avec LU et la Fermeture

En 1975, les rachats se succèdent. La situation géographique de l’entreprise est remise en question. L’idée de la déplacer dans une autre région fait son chemin. Pour des raisons d’espaces, sa modernisation est bloquée.

Cette même année, Pierre Forgeot décide de s'associer à Patrick Lefèvre-Utile, des biscuits LU de Nantes. Brun s’associe à Lu, puis BSN rachète Lu-Brun. Après la fusion avec LU, une relocalisation de la production à Reims, puis à proximité de Nantes, l'usine grenobloise ferme définitivement le 31 décembre 1989.

Des manifestations ont lieu en mai 1972, un plan social est annoncé en 1985 (signé seulement par FO). Malgré de nombreuses actions syndicales, l’entreprise ferme ses portes le 31 décembre 1990.

À Saint-Martin-d’Hères, les anciens locaux ont laissé place à des logements étudiants et à la Maison communale.

L'Héritage de LU et le Petit Beurre

Vous ne le savez peut-être pas mais la forme du Petit Beurre de Lu cache une signification ! Observez-bien les 4 gros angles, les 52 dents et les 24 points qui composent le biscuit. Non, vous ne rêvez pas, il s'agit bien d'une allégorie du temps : les 4 saisons par an, les 52 semaines de l'année et les 24 heures de la journée.

Louis Lefèvre-Utile avait un objectif : faire passer le message que son biscuit pouvait se consommer toute l’année et à tout moment. Pour y arriver il utilise la forme de son gâteau. Il y a 4 angles sur un véritable petit beurre LU… qui correspondent aux 4 saisons de l’année Il y a 48 dents autour du biscuit, en comptant les 4 angles, ça fait 52… qui correspondent aux 52 semaines dans une année. Il y 24 points sur la face du biscuit… qui correspondent aux 24h dans une journée.

Le Petit-Beurre compte en effet 52 dents (en comptant les quatre grosses aux angles coins), ce qui représente les 52 semaines de l’année. Les quatre « oreilles », elles, symbolisent les quatre saisons. Et les 24 points qui le perforent évoquent les 24 heures de la journée.

Petit Beurre de LU : une success story familiale

En 1846, deux artisans biscuitiers Pauline-Isabelle Utile et Jean-Romain Lefèvre fondent une pâtisserie artisanale du côté de Nantes. En 1882, Louis Lefèvre-Utile, leur plus jeune fils, rachète l’entreprise familiale et décide d’industrialiser la production de biscuits. En 1886, il crée le célèbre Petit Beurre et en 1887, il fonde la société LU (les initiales de Lefèvre-Utile).

Depuis, ce biscuit, toujours fabriqué à l’usine LU de l’Haye-Fuassière en Loire-Atlantique, n’a jamais changé de forme. Et pour cause : il recèle un secret bien gardé.

Si un Petit Beurre de LU nous fait spontanément penser aux napperons sur lesquels on servait le thé auparavant, sa signification est bien plus profonde et ne doit rien au hasard. Célèbre pour son biscuit dentelé, la marque LU et sa farandole de recettes inimitables ont souvent la préférence à l’heure du goûter.

Au cours du XIXe siècle, Nantes était un port maritime et industriel où fleurissaient de nombreuses industries. Avec en chef de file et faisant le bonheur de tout un chacun, l’industrie agroalimentaire. Les baisses du prix des matières premières ont également permis de faire transiter le biscuit de la boulangerie vers la pâtisserie. Il n’en serait rien de l’histoire de LU sans la venue à Nantes en 1846 de Jean-Romain Lefèvre, alors pâtissier de formation.

D’abord engagé dans une pâtisserie rue Boileau, il épouse Pauline-Isabelle Utile en 1850. Ensuite, le couple décide de racheter le commerce pour qu’il devienne une « Fabrique de biscuits de Reims et de bonbons secs ». En 1882, son créateur, Jean-Romain se voit même attribuer la médaille d’or lors de l’Exposition industrielle de Nantes pour la qualité de ses biscuits.

Très vite, la marque sort du lot grâce à ses boîtes métalliques stylisées plus modernes. Jusqu’en 1886, année au cours de laquelle Louis dessine ce qui sera sans contexte son plus grand succès. À savoir Le Petit-Beurre LU Nantes.

Le 1er février 1997, Louis Lefèvre-Utile et son beau-frère Ernest Lefièvre fondent officiellement la société Lefèvre-Utile. Si bien qu’au début du XXe siècle, l’entreprise LU propose un catalogue alléchant de 200 biscuits. Avec la qualité pour mot d’ordre, avant la Première Guerre mondiale, l’entreprise compte 500 ouvriers et presque autant d’ouvrières travaillant à l’usine.

Aux côtés des trois principales fabriques de biscuits de Nantes, LU participe à l’effort de guerre. Aussi leurs usines se mettent à produire du pain de guerre, du « hard bread ». Néanmoins, LU se trouve en mauvaise posture, notamment à cause du vieillissement des machines et de la concurrence nationale.

Dès 1947 et grâce aux aides de l’État, l’entreprise se modernise pour faire face à la « bataille de production » engagée entre les plus grandes biscuiteries nationales. Au début des années 60, c’est l’invasion de produits américains sur le marché qui prend le relais des menaces.

Cette première restructuration d’une longue série annonce en même temps la fin de l’entreprise familiale.

Alors amateurs de biscuits en herbe, connaissiez-vous l’histoire de l’entreprise LU ? Une autre biscuiterie qui fait tourner les têtes ? Découvrez l’histoire de la biscuiterie Saint-Michel !

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