#BalanceTonPorc: L'Histoire du Mouvement Lancé par Sandra Muller

Le mouvement #BalanceTonPorc a émergé dans le sillage de l'affaire Weinstein, marquant un tournant dans la libération de la parole des femmes en France. Initié par la journaliste Sandra Muller, ce hashtag a rapidement pris de l'ampleur, devenant la version française de #MeToo. Cet article explore l'histoire de ce mouvement, son impact, les controverses qu'il a suscitées et les décisions de justice qui en ont découlé.

Le Lancement de #BalanceTonPorc

Le vendredi 13 octobre 2017, en pleine affaire Weinstein, Sandra Muller, journaliste française, lâche le #balancetonporc. Elle dénonce un patron de chaîne de télévision française qui l'a humiliée et agressée verbalement lors d'un congrès professionnel. Deux jours avant #metoo, #balancetonporc est une véritable onde de choc.

Le 13 octobre 2017, Sandra Muller avait écrit dans un tweet : « #balancetonporc !! toi aussi raconte en donnant le nom et les détails un harcèlement [sic] sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends ». Quelques heures plus tard, elle publiait un autre message sur le réseau social : « “Tu as des gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit” Eric Brion ex patron de Equidia #balancetonporc ».

Dans le sillage du raz-de-marée provoqué par l'affaire Harvey Weinstein, la journaliste publie quatre « posts » sur le réseau social et dans l'un d'eux figure le hashtag #BalanceTonPorc, qui se répand alors comme une traînée de poudre. Derrière le mot-dièse, Sandra Muller écrit : « Toi aussi raconte en donnant le nom et les détails d'un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot. Je vous attends. » Quelques heures plus tard, elle publie ce message : « Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Éric Brion, ex-patron de Equidia #BalanceTonPorc. »

Quelques heures à peine avaient suffi pour que le hashtag soit repris par des milliers de femmes. Il trouve un écho auprès de milliers de femmes qui trouvent enfin la possibilité de parler. Fin juillet 2018, c'est près de neuf cent mille messages qui ont été envoyés via le hashtag (source Visibrain). Dans la foulée, cette libération de la parole avait entraîné son équivalent anglais, #metoo, poussé par l’actrice Alyssa Milano, elle-même relançant le mouvement créé par la militante américaine Tarana Burke, à l’origine de MeToo.

Réactions et Conséquences

Dépassée par le tsunami qu'elle a provoqué, sa créatrice revient sur ce phénomène. Si aujourd'hui la parole se libère, celles et ceux qui osent dénoncer subissent encore la « loi du bâillon » et doivent affronter menaces, pressions, chantage.

Ce hashtag est alors devenu la version française de #MeToo, utilisé par des milliers de femmes pour dénoncer le harcèlement dont elles estiment avoir été victimes au travail.

Un mot revient ce mercredi dans la bouche de Sandra Muller, jointe par téléphone à New York où elle réside. Celui de «soulagement». Après un long combat judiciaire, la journaliste et créatrice du hashtag #balancetonporc en octobre 2017 remporte une victoire décisive.

Pour Sandra Muller, cette victoire judiciaire est donc grandement symbolique, et absolument nécessaire : «Cette décision va donner confiance aux victimes pour aller porter plainte. Je ne suis personne, et on m’a écoutée.

« C’est un jour historique pour la cause des femmes, des victimes et pour la France », a réagi Sandra Muller.

Bataille Judiciaire et Décisions de Justice

La journaliste était poursuivie pour « diffamation » par Eric Brion, l’ex-directeur de la chaîne de télévision Equidia, qui a été selon ses propres dires le « premier accusé de #Balancetonporc ».

En première instance, Sandra Muller avait été condamnée, en septembre 2019, à payer 15 000 euros de dommages et intérêts à Eric Brion qu’elle avait accusé de harcèlement sexuel. Le 25 septembre dernier, la 17ème chambre du tribunal de grande instance de Paris l’a condamnée en première instance pour diffamation contre Eric Brion, l’homme qu’elle avait dénoncé dans le tweet originel qui a lancé BalanceTonPorc.

Elle avait fait appel de cette décision. Et cette fois, la justice a tranché en sa faveur : «Même si Eric Brion a pu souffrir d’être le premier homme dénoncé sous le #balancetonporc, le bénéfice de la bonne foi doit être reconnu à Sandra Muller», a jugé la Cour d’appel de Paris.

Ce mercredi, sa condamnation a été infirmée en appel, et l’homme qui la poursuivait en diffamation a été débouté. Près de quatre ans après la naissance de #balancetonporc, la condamnation pour diffamation de la journaliste et initiatrice du mouvement a été infirmée en appel, mercredi 31 mars. Eric Brion, l’homme qui la poursuivait, a été débouté, a indiqué la cour d’appel de Paris dans une décision transmise à l’Agence France-Presse (AFP) par ses avocats.

La condamnation de la journaliste Sandra Muller et initiatrice du mouvement #balancetonporc en France a été infirmée mercredi en appel. Eric Brion qui la poursuivait en diffamation a été débouté, a indiqué la cour d’appel de Paris dans une décision transmise par ses avocats.

« Même si Eric Brion a pu souffrir d’être le premier homme dénoncé sous le #balancetonporc, le bénéfice de la bonne foi doit être reconnu à Sandra Muller », a estimé la Cour.

« C’est évidemment un immense soulagement que cette victoire pour Sandra Muller et pour nous après un combat judiciaire long et difficile. La cour d’appel a estimé que la libération de la parole était un débat d’intérêt général fondamental et que madame Muller disposait d’une base factuelle suffisante » a réagi son avocate Jade Dousselin.

« La Justice s’est grandie aujourd’hui par cette décision courageuse et historique. La cour d’appel dit aux victimes « à toutes celles qui ont parlé, à toutes celles qui ont dit la vérité, celles là, la Justice ne les condamnera pas » a ajouté son conseil.

Ce mercredi, la cour d'appel a rendu sa décision dans l'affaire « Balance ton porc » et infirmé le jugement rendu le 25 septembre 2019 par le tribunal de grande instance de Paris « en toutes ses dispositions ». Sandra Muller n'est donc pas condamnée pour diffamation.

« C'est un véritable soulagement pour moi », se réjouit Sandra Muller. Il y a eu toutes ces affaires qui sont sorties sur des animateurs, des journalistes connus, avec toutes ces filles qui ont osé parler. Si on peut ne pas être condamné parce qu'on a dénoncé une parole, ça peut éviter des agressions", assure l'initiatrice de #balancetonporc.

Sandra Muller gagne la bataille.

« Je me réjouis de la décision de la cour d’Appel de ce jour qui a débouté Eric Brion de l’ensemble de ses demandes. J’ai porté un sujet d’intérêt général sur une base factuelle suffisante pour reconnaître ma bonne foi.

En déboutant Éric Brion, la justice française reconnaît que les attaques en diffamation ne suffisent pas à museler la parole des victimes. « Les propos poursuivis (visent) à dénoncer les comportements (…) afin que ces agressions physiques ou verbales (…) soient largement connues et ne puissent ainsi se perpétuer », a reconnu la cour d’appel dans son arrêt.

Arguments et Contre-Arguments

Lors de l'audience, la défense de Sandra Muller a demandé que le terme de « harcèlement » soit compris dans son acception courante et non dans un sens juridique. « Quand le tribunal nous dit “Je vais prendre au pied de la lettre la teneur des tweets”, il applique une grille de lecture qui ne correspond pas à la réalité et au ressenti de Sandra Muller », a plaidé Me Francis Szpiner, conseil de Mme Muller, en référence au premier jugement.

« On a ici une femme victime, pas une juriste », a martelé l'avocat.

La défense d'Éric Brion, elle, s'est attachée au droit, fustigeant le fait que « la dictature de l'émotion ait primé le droit ».

L'autre avocate d'Éric Brion, Me Marie Burgurburu, s'est quant à elle attachée à démontrer l'absence de bonne foi. À la fin de sa plaidoirie, l'avocate a également tenu à poser cette question essentielle à la cour : « Est-ce d'un intérêt général d'être “une balance” ? »

Alors que les soutiens de Sandra Muller insistent sur le caractère essentiel de cette libération de la parole, Me Burguburu dit ceci à la cour : « On vous demande de distinguer le premier tweet [“Toi aussi raconte” en donnant le nom et les détails un harcèlement sexuel que tu as connu dans ton boulot, NDLR], qui est évidemment d'intérêt général du deuxième (“Tu as de gros seins. Tu es mon type de femme. Je vais te faire jouir toute la nuit. Éric Brion, ex-patron de Equidia #BalanceTonBorc”), dont le but est d'humilier quelqu'un. » Et l'avocate de répéter : « On ne peut pas dire n'importe quoi sous couvert de défendre une cause, aussi noble soit-elle.

Dans son arrêt, la cour explique que les propos tenus par la journaliste sont bien reconnus diffamatoires. « Ce qui est, en revanche, retenu sur cette diffamation, c'est que Sandra Muller n'a jamais imputé à Éric Brion un harcèlement sexuel au travail, mais simplement un comportement inapproprié », précise Me Nicolas Bénoit, l'avocat d'Éric Brion, au Point.

L'avocat estime également qu'en disant que les propos écrits par Sandra Muller ne sont pas « pénalement répréhensibles » elle glisse alors vers une interprétation « morale » des faits.

« Les conséquences de tout ça, c'est qu'on a de plus en plus de morale qui entre dans le droit, et ce n'est pas logique. On a quelqu'un qui a le courage d'agir en justice pour dire "je ne suis pas le porc qu'on a décrit" et on ne lui donne pas raison alors que toute la terre a compris des tweets de Sandra Muller qu'il l'avait harcelée au travail. Toutes les réactions le montrent et aujourd'hui la cour vient donner un blanc-seing à toutes les personnes qui souhaitent dénoncer tout et n'importe quoi sur Internet. On leur dit en substance "faites comme vous le voulez : vous ne risquez plus rien". Voilà le sens de cette décision. »

Points de Vue et Débats

Selon Mathilde Jouanneau, la dénonciation de ces propos sexistes est une avancée et une prise de conscience par la société d'un phénomène que les femmes ne supportent plus. L'utilisation du hashtag #MeToo et l'appel à pouvoir dénoncer ce type de propos va engendrer un vrai phénomène de société, un phénomène politique et une avancée pour le droit des femmes.

Marie Burguburu fait une distinction entre la dénonciation et la délation. Dénoncer des comportements, ça lui paraît extrêmement salutaire. Et puis, il y a cet appel à la délation : balancer des noms ! Ce qui est d'une violence absolument inouïe ! La délation devient quasiment moralisatrice, libératrice !

Mathilde Jouanneau estime qu'on a le droit de nommer celui qui tient des propos sexistes. Cela fait partie d'un principe essentiel qui est la liberté d'expression. Sur les réseaux sociaux, il y a un danger parce que c'est une prise de parole qui va engendrer une vindicte populaire. Mais en droit, ça fait partie d'une liberté d'expression ; on peut s'interroger si elle est salvatrice ou si elle est destructrice... Personnellement, je pense que c'est un phénomène qui a fait avancer d'un grand pas, le féminisme et la prise de conscience d'un débat qui devient un débat politique. Ce n'est pas uniquement une libération de la parole des femmes ; c'est également sortir de la sphère privée et en faire un sujet public et donc un sujet politique.

Rebecca Amsellem souligne que cela a permis de faire émerger une sororité entre les femmes. Elle ajoute qu'il y a une meilleure énergie à faire autre chose qu'à faire condamner la personne qui a permis de faire en sorte qu'il y ait une nouvelle révolution féministe en France (par exemple créer des organisations pour éradiquer ce qu'on appelle la masculinité toxique).

Eric Brion, quant à lui, pense que la libération de la parole des femmes et de leur place dans la société, à laquelle il est très favorable, ne se fera pas sans les hommes. Cela doit se faire ensemble.

Tableau récapitulatif des acteurs clés :

Nom Description
Sandra Muller Journaliste, initiatrice du mouvement #BalanceTonPorc
Eric Brion Ex-directeur de la chaîne de télévision Equidia, accusé par Sandra Muller
Jade Dousselin Avocate de Sandra Muller
Marie Burguburu Avocate d'Eric Brion
Mathilde Jouanneau Avocate, fondatrice et présidente de "Femmes et Droit"
Rebecca Amsellem Docteure en économie, fondatrice de la newsletter féministe "Les Glorieuses"

Mouvements "#BalanceTonPorc" et "#MeToo" : "la parole des femmes continue de se libérer"

tags: #balance #ton #porc #sandra #muller #histoire

Articles populaires: