Autonomie Alimentaire Bovin: Définition et Stratégies

L’autonomie alimentaire des élevages est une tendance en pleine croissance qui a le potentiel de transformer l’agriculture moderne. En réduisant la dépendance aux ressources extérieures et en promouvant une utilisation plus efficace des ressources locales, l’AA peut mener à une agriculture plus résiliente, rentable, et respectueuse de l’environnement.

L’autosuffisance d’un élevage est cruciale pour sa pérennité. En renforçant son autonomie, l’exploitation agricole réduit non seulement ses frais, mais offre aussi à son bétail une alimentation de qualité.

Il s’agit d’une démarche technique et agronomique complexe, nécessitant des solutions adaptées. Les cultures fourragères constituent un pilier solide pour atteindre cet objectif.

1. Définitions et Contexte de l'Autonomie Alimentaire

L’autonomie alimentaire dans un élevage est évaluée par le rapport entre les aliments (fourrages, grains, tourteaux, etc.) produits sur la ferme, et les aliments nécessaires à l’alimentation du bétail (exprimés en unités massiques, énergétiques, ou protéiques) pour assurer un objectif de production et des objectifs socio-économiques (travail, coûts de production) fixés par l’éleveur.

Autrement dit, l’autonomie alimentaire en élevage bovin correspond à la part des besoins du troupeau couverte par les fourrages et concentrés produits sur la ferme. Au sein des élevages bovins françaises, 90% des aliments (fourrages et céréales) sont issus de la ferme.

Elle peut être déclinée en plusieurs spécificités, liées à l’apport en énergie et en protéines de l’aliment :

  • Autonomie alimentaire massique: part des besoins couverts par les aliments produits sur l’élevage, exprimé en MS.
  • Autonomie alimentaire protéique: part des besoins protéiques couverts par les aliments produits sur l’élevage, exprimé en MAT.
  • Autonomie alimentaire énergétique: part des besoins énergétiques couverts par les aliments produits sur l’élevage, exprimé en UF.

Ces déclinaisons permettent aussi de se situer grâce à des indicateurs techniques.

Développer l’autonomie revient à limiter l’utilisation d’intrants alimentaires en maximisant le lien entre le sol et le troupeau, et en valorisant au mieux les ressources alimentaires (fourrages, grains) produites sur l’exploitation. Il s’agit d’un objectif agroécologique visant à améliorer les performances agronomiques, écologiques et économiques de l’exploitation agricole.

L’autonomie n’est pas un indicateur d’efficience des systèmes d’élevage mais une composante de la sécurité de l’élevage face aux aléas. Viser l’autonomie alimentaire revient donc à développer une stratégie de gestion des risques économiques et climatiques.

Les éleveurs cherchent à sécuriser l’alimentation de leur troupeau en termes de quantité, de qualité et de coût de production. L’autonomie alimentaire en élevage bovin est aussi un enjeu fort pour faire face à la volatilité des prix des matières premières et intrants. S’ajoute à cela, l’adaptation aux aléas climatiques qui encourage les élevages vers la voie de l’autonomie fourragère et en concentrés.

Elevages laitiers, vers l'autonomie alimentaire des exploitations

2. Composantes de l'Autonomie Alimentaire

L’autonomie alimentaire se décompose en deux éléments : l’autonomie fourragère et l’autonomie en concentrés.

2.1. Autonomie Fourragère

L’autonomie fourragère s’évalue par le rapport entre les aliments grossiers (fourrages verts, fourrages déshydratés, pailles et certains sous-produits agroalimentaires fibreux) produits sur la ferme et consommés par le troupeau, et la totalité des aliments grossiers consommés par le troupeau (en unités massiques, énergétiques, ou protéiques).

L’autonomie fourragère peut être gérée par une intensification des surfaces fourragères (optimisation de la fertilisation azotée, introduction de cultures dérobées…) ou par un réajustement de l’équilibre sol-troupeau (diminution du chargement, valorisation du pâturage, adéquation entre les périodes de demande et de production des fourrages…).

2.2. Autonomie en Concentrés

L’autonomie en concentrés s’évalue par le rapport entre la part de concentrés (aliments riches en énergie, protéines, ou vitamines distribués aux animaux en complément des aliments grossiers visant à compléter et équilibrer le régime alimentaire de base) produits sur l’exploitation agricole et consommés par le troupeau, et la totalité des concentrés consommés par le troupeau (en unités massiques, énergétiques, ou protéiques).

L’autonomie en concentrés vise à limiter les coûts de production et à améliorer la traçabilité des aliments distribués au bétail. Atteindre l’autonomie en concentrés peut nécessiter un équipement important (silos de stockage, cellules ventilées, aplatisseur…).

3. Indicateurs de l'Autonomie Alimentaire en Élevage Bovin

3.1. Autonomie Massique Fourragère

Elle représente la part de fourrages achetés sur la totalité des fourrages consommés.

Formule de calcul = 1-(MS fourrages achetés consommés/ total MS fourrages consommés) X100

Exemple:

Un élevage de 50 vaches laitières achète chaque année un plateau de 20 bottes de foin de luzerne, soit environ 10 tMS. La consommation annuelle de fourrages est de 175 tMS.

Calcul = [1- (10/175)]x100 = 94 %

Cet élevage a une autonomie massique fourragère de 94%.

3.2. Autonomie Massique en Concentrés

Elle représente la part de concentrés achetés sur la totalité des concentrés consommés.

Formule de calcul =1-(MS concentrés achetés consommés/ total MS concentrés consommés) X100

Exemple:

Un élevage de 50 vaches laitières achète chaque trimestre 7 tonnes de concentrés, soit environ 28 tonnes à l’année. La consommation annuelle de concentrés est de 60 tMS.

Calcul = [1- (28/60)]x100 = 53 %

Cet élevage a une autonomie massique en concentrés de 53%.

3.3. Autonomie Protéique

Elle représente la part de matières azotées totales (MAT) autoproduites et consommées sur la totalité de la MAT de la ration.

3.4. Autonomie Massique Totale

Elle représente la part d’achats extérieurs (fourrages et concentrés) sur la totalité des aliments consommés.

Formule de calcul =1-(MS fourrages et concentrés achetés consommés/ total MS fourrages et concentrés consommés) X100

Exemple:

Pour notre élevage de 50 vaches laitières pris en exemple :

Calcul = [1- (28+10)/(175+60)]x100 = 84 %

Notre élevage pris en exemple a une autonomie massique totale de 84%.

3.5. Autonomie Massique Globale

A ne pas confondre avec l’autonomie massique totale ! Elle représente le pourcentage de la capacité d’ingestion d’un UGB moyen du troupeau couvert par les achats extérieurs (fourrages et concentrés).

Formule de calcul =Capacité d’ingestion estimée par UGB - (MS fourrages et concentrés achetés consommés par UGB) / (capacité d’ingestion estimée par UGB) X100

Exemple:

Pour notre élevage de 50 vaches laitières pris en exemple, on estime la capacité d’ingestion d’un UGB à 5 tMS de fourrages et 500 kg de concentrés.

Autonomie massique globale = [5,5-((28+10)/50)/5,5)]x100 = 86 %

Cet élevage a une autonomie massique globale de 86%.

4. Stratégies pour Améliorer l'Autonomie Alimentaire

Plusieurs stratégies peuvent être mises en œuvre pour améliorer l'autonomie alimentaire des élevages bovins. Voici quelques approches clés :

4.1. Optimisation du Pâturage

Pour parvenir à l’autonomie fourragère, l’herbe doit être exploitée à un stade optimum, sur la plus longue période possible. Ce résultat est possible avec un couvert végétal spécifiquement choisi en fonction du sol, des conditions climatiques. Il faut sélectionner et associer différentes espèces et variétés complémentaires. Toutes doivent être adaptées à vos conditions pédoclimatiques.

Un autre impératif, dans le cadre de l’autonomie fourragère, est de réaliser un déprimage en début de saison. L’herbe se pâture, mais elle n’est pas la seule. Pensez aussi aux autres espèces fourragères comme le : choux, sorghos, colzas… Les fourragères sélectionnées doivent être adaptées au mode de récolte, elles doivent bien se conserver.

Moins d'interventions sur la parcelle, pas de conservation : le fourrage pâturé coûte 3 à 5 fois moins cher que le fourrage stocké.

Le déprimage de vos prairies, aussi appelé primherbage, est une technique qui consiste à faire pâturer vos animaux tôt dans la saison en les laissant pendant de courtes période dans les pâtures afin qu'ils consomment la partie supérieure des graminées qui a poussé pendant l'hiver.

Cette herbe pâturée sera de moins bonne qualité mais cette méthode présente de nombreux avantages.

Un second outil pour améliorer la gestion de vos prairies pâturées ou fauchées est la somme de température. Cette méthode consiste à suivre le développement de vos plantes en fonction du nombre de degrés utiles au développement de la plante accumulés par jour depuis le début de sa croissance.

4.2. Choix Adapté des Fourrages Récoltés

Le choix des espèces ou des variétés est crucial. En plus de la valeur alimentaire, de l’appétence, de l’adaptation pédoclimatique… les fourragères sélectionnées doivent être adaptées au mode de récolte et bien se conserver.

Un fourrage récolté puis stocké représente 3 fois plus de frais comparativement à un fourrage pâturé. En matière d’autonomie fourragère, Il est utile de sélectionner les mélanges les plus adaptés à vos impératifs et à vos conditions agroécologiques. Ils doivent, par ailleurs, représenter une grande part d’énergie.

La betterave fourragère est, par exemple, une alliée intéressante des rations à l’auge (jusqu’à 18 000 UFL/ha pour un encombrement de 0,6 UEL).

Selon le mélange choisi, la récolte n’a pas lieu au même moment. En diversifiant les espèces ou les variétés, vous pouvez compter sur un fourrage de qualité tout au long de l’année.

4.3. Intégration des Légumineuses

Ces variétés sont recommandées pour tous les types de sol et dans toutes les régions. En plus de leurs très bonnes valeurs alimentaires, ces espèces disposent d’atouts agronomiques, particulièrement au sein d’une prairie multi-espèces ou dans une rotation. Ces plantes jouent en effet un rôle essentiel dans l’amélioration de la structure du sol, ce qui en fait des alliés essentiels pour atteindre l’autonomie fourragère.

Elles contribuent non seulement à l’enrichir en matière organique, mais fixent aussi l’azote atmosphérique, agissent directement sur la fertilité des surfaces agricoles et réduisent votre dépendance aux intrants extérieurs.

4.4. Cultures Dérobées

Implantées entre deux cultures classiques, les sorghos, chou, radis, navette ou pois fourragers, le ray grass, l'avoine, le seigle, le colza, le moha, le millet, la vesce, le trèfle, ...

Ensilage, bottes, enrubannage, ... Une bonne conservation des fourrages est indispensable, non seulement pour garantir l'alimentation des animaux en hiver mais aussi pour faire face aux aléas climatiques.

5. Avantages de l'Autonomie Alimentaire

L’autonomie alimentaire (AA) des élevages présente de nombreux avantages.

  • Réduction des coûts: En produisant leur propre fourrage et protéines, les exploitations peuvent diminuer les dépenses liées à l’achat d’aliments, améliorant ainsi leur rentabilité économique.
  • Sécurité alimentaire: En réduisant la dépendance aux importations, les exploitations renforcent leur sécurité alimentaire et leur résilience face aux fluctuations des marchés mondiaux.
  • Résilience économique: En se protégeant des fluctuations des prix des matières premières agricoles, les exploitations deviennent plus résilientes économiquement.

Tableau Récapitulatif des Indicateurs d'Autonomie Alimentaire

Indicateur Description Formule de Calcul
Autonomie Massique Fourragère Part de fourrages autoproduits 1-(MS fourrages achetés consommés/ total MS fourrages consommés) X100
Autonomie Massique en Concentrés Part de concentrés autoproduits 1-(MS concentrés achetés consommés/ total MS concentrés consommés) X100
Autonomie Protéique Part de MAT autoproduite Calcul sur Autosysel
Autonomie Massique Totale Part d'aliments (fourrages et concentrés) autoproduits 1-(MS fourrages et concentrés achetés consommés/ total MS fourrages et concentrés consommés) X100
Autonomie Massique Globale Pourcentage de la capacité d'ingestion couverte par les achats extérieurs [Capacité d’ingestion estimée par UGB - (MS fourrages et concentrés achetés consommés par UGB) / (capacité d’ingestion estimée par UGB)] X100

Conclusion

Maximiser l’autonomie fourragère et protéique en production bovine est une démarche essentielle pour assurer la durabilité et la rentabilité des exploitations. En intégrant des pratiques agricoles diversifiées et en optimisant la gestion des ressources naturelles, les éleveurs peuvent réduire leurs coûts, renforcer leur sécurité alimentaire et améliorer leur impact environnemental.

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