Le lien entre l’autisme et l’alimentation est souvent mal compris. Chez de nombreux adultes autistes, le rapport à la nourriture dépasse largement la question du goût : il touche à la perception sensorielle, à la logique personnelle et à la manière dont chacun cherche à garder le contrôle sur son environnement.
Dans cet article, nous verrons comment ces différences sensorielles et cognitives influencent la manière de s’alimenter, pourquoi elles sont souvent mal comprises, et en quoi les comprendre permet d’aborder les repas avec davantage de sérénité.
Pour de nombreuses personnes autistes, l’autisme et l’alimentation entretiennent un lien sensoriel fort. Manger mobilise les sens à un niveau inhabituel : la texture, l’odeur, la température ou même le bruit des aliments peuvent provoquer une réaction immédiate, avant toute réflexion consciente. Le repas devient alors une expérience multisensorielle parfois épuisante, où chaque détail compte.
L’autisme fait partie des troubles du neurodéveloppement et concerne environ 700 000 personnes en France. Cette pathologie, souvent associée à une déficience intellectuelle, modifie profondément la manière dont les personnes perçoivent, interagissent et s’adaptent à leur environnement. Parmi les domaines les plus impactés : l’alimentation.
Dans les établissements médico-sociaux, proposer une alimentation adaptée est essentiel, tant pour répondre aux besoins physiologiques que pour préserver le plaisir et l’autonomie des personnes. L’autisme et plus globalement les personnes qui souffrent d’un handicap mental, génèrent des situations complexes autour du repas.
Chez les adultes autistes, les sens ne filtrent pas les informations de la même manière. Ce qui passe inaperçu pour la plupart des gens peut être perçu comme une agression par une personne autiste.
Une purée trop épaisse, une viande trop fibreuse, un fromage au parfum fort : autant d’éléments susceptibles de créer une réaction de rejet ou de stress.
Ces sensations ne se limitent pas à un simple inconfort. Elles activent des zones du cerveau liées à la protection et au danger, ce qui explique pourquoi certaines personnes autistes ressentent un besoin sincère et réel d’éviter certaines textures ou odeurs.
Le réflexe nauséeux, ou réflexe vomitif, est souvent mal interprété. Il ne s’agit pas d’une réaction volontaire, mais d’une réponse automatique du corps face à une stimulation perçue comme insupportable.
Une texture molle, collante ou grasse peut rappeler une sensation désagréable vécue dans le passé, renforçant le réflexe au fil du temps.
Ce mécanisme est lié à une hypersensibilité et à la mémoire sensorielle. Le cerveau associe rapidement une texture à une expérience négative et déclenche une réaction réflexe avant même que la raison ait le temps d’intervenir.
Exemple : la surcharge sensorielle à table
Noémie, adulte autiste, ne supporte pas les aliments mous comme les purées épaisses. Lors d’un repas entre amis, elle essaie d’en goûter une cuillère « par politesse ».
Dès la première bouchée, la texture pâteuse et la sensation en bouche lui déclenchent instantanément un haut-le-cœur. Elle s’excuse discrètement et quitte la table pour respirer.
Elle ne comprend pas comment les autres peuvent manger cela sans difficulté.
Les habitudes alimentaires illustrent aussi combien autisme et alimentation sont étroitement connectés. Chez beaucoup d’adultes autistes, ces habitudes répondent à un besoin de stabilité et de cohérence, plus qu’à une préférence gustative. Ces routines offrent un repère rassurant dans un monde sensoriel souvent imprévisible. Ce qui peut sembler monotone ou rigide vu de l’extérieur correspond en réalité à une stratégie d’autorégulation parfaitement logique.
Manger un aliment à la fois, éviter les mélanges, ou séparer les textures sur l’assiette : autant de comportements fréquents chez les personnes autistes. Ils permettent de réduire la charge sensorielle et d’anticiper les sensations à venir.
Le contrôle visuel joue également un rôle important. Savoir à quoi s’attendre avant chaque bouchée limite l’imprévu et favorise une expérience plus apaisée. Ces habitudes ne sont pas un refus de la nouveauté, mais une façon d’aménager le rapport au monde pour le rendre plus prévisible et supportable.
L’alimentation, comme beaucoup d’aspects du quotidien, s’appuie sur une logique interne propre à chaque personne autiste. Manger dans un ordre précis ou répéter les mêmes plats permet de maintenir une cohérence rassurante.
Un changement soudain - un ingrédient remplacé, une texture inattendue - peut provoquer une surcharge cognitive. Mieux vaut un repas familier et maîtrisé qu’un repas varié vécu comme une contrainte. Ces comportements ne sont pas des obstacles, mais des stratégies d’adaptation efficaces.
Exemple : les repas ritualisés
Noémie prépare ses repas de la même manière chaque jour. Les aliments sont toujours disposés dans le même ordre sur l’assiette, et elle mange les textures sèches avant les humides.
Quand un ingrédient est remplacé par un autre, même proche, elle préfère repousser le repas. Ce rituel n’a rien d’obsessionnel : c’est une manière de garder le contrôle sur un moment sensoriellement exigeant, tout en préservant son confort et sa sécurité intérieure.
Les difficultés alimentaires sont très fréquentes chez les personnes autistes, à tous les âges de la vie. Elles peuvent se traduire par une sélectivité marquée des aliments, un refus de certaines textures, couleurs ou odeurs, ou encore par des rituels rigides autour des repas. Ces difficultés ne relèvent pas d’un trouble du comportement alimentaire classique (comme l’anorexie ou la boulimie), même si les deux peuvent coexister.
Par ailleurs, un trouble spécifique de l’alimentation appelé ARFID (Avoidant/Restrictive Food Intake Disorder, ou trouble des prises alimentaires évitantes/restrictives) est beaucoup plus fréquent chez les personnes autistes.
I. Les difficultés alimentaires peuvent prendre des formes très diverses. Certaines personnes refusent de goûter des aliments nouveaux (néophobie alimentaire), d’autres n’acceptent qu’un nombre très limité d’aliments ou rejettent certaines textures, couleurs ou odeurs (sélectivité alimentaire). Les repas peuvent aussi s’accompagner de rituels : utiliser toujours la même assiette, couper les aliments d’une certaine manière, ou ne consommer qu’une marque spécifique. Il est également possible que cela mette en avant un défaut de compréhension de ce que les personnes perçoivent (cohérence centrale).
Il n’est pas rare non plus que les personnes autistes éprouvent des difficultés à mâcher, à avaler, ou à reconnaître leurs sensations internes de faim et de satiété (intéroception).
II. A. La néophobie alimentaire (peur de goûter de nouveaux aliments) est particulièrement marquée chez les personnes autistes.
C. Les repas en collectivité peuvent aussi être source de difficultés.
D. Sur le plan moteur, certaines personnes autistes présentent des difficultés de mastication ou de déglutition.
E. D’autres facteurs peuvent encore intervenir : des difficultés dans les fonctions exécutives (initier, organiser ou poursuivre un repas), des intérêts restreints centrés sur certains types d’aliments, ou encore des troubles somatiques non identifiés - notamment gastro-intestinaux - provoquant des douleurs ou un inconfort difficile à exprimer.
III. Sur le plan nutritionnel, un répertoire alimentaire très restreint expose à des carences nutritionnelles, voire à une dénutrition dans les cas les plus sévères. Un accompagnement adapté et progressif permet cependant d’élargir les habitudes alimentaires tout en respectant les besoins sensoriels de la personne.
La sélectivité alimentaire montre également la complexité du lien entre autisme et alimentation. Elle fait souvent l’objet de malentendus. Chez les adultes autistes, elle ne relève pas d’un manque de volonté ou d’un caprice, mais d’un fonctionnement sensoriel et cognitif différent. Comprendre cette distinction est essentiel pour éviter les jugements et les mauvaises interprétations.
La sélectivité alimentaire autistique se distingue des troubles du comportement alimentaire classiques. Elle n’est pas d’abord motivée par un désir de contrôle sur le poids ou l’image de soi, même si ces aspects peuvent s’y mêler, notamment sous l’effet des normes sociales ou d’une recherche de conformité.
Dans la majorité des cas, c’est avant tout une question d’équilibre sensoriel : éviter un aliment, en préférer un autre, manger d’une certaine manière ou à un certain rythme répond à un besoin de stabilité et de prévisibilité.
Certaines personnes autistes évitent des aliments à cause de leur texture, d’autres en raison de leur odeur, de leur couleur ou même du bruit qu’ils produisent en bouche. Ces choix traduisent une recherche de confort et de cohérence interne, et non une aversion arbitraire.
Avec le temps, il arrive que certaines personnes parviennent à réévaluer leur rapport à un aliment, lorsque le contexte devient plus sécurisant ou qu’un sens nouveau lui est donné. Ce processus demande du temps, de la compréhension, de la méthodologie et surtout l’absence de pression extérieure.
La sélectivité alimentaire n’est pas en soi un problème, tant qu’elle ne provoque ni carences importantes, ni angoisse majeure, ni retrait social. En revanche, lorsque ces situations apparaissent, il peut être utile de consulter un professionnel formé à l’autisme - par exemple un diététicien ou un éducateur spécialisé.
L’objectif n’est jamais de forcer à manger, mais d'identifier les obstacles sensoriels et émotionnels qui limitent certains aliments. Un accompagnement bienveillant permet souvent de retrouver un équilibre sans culpabilité ni contrainte.
Exemple : identifier les vrais déclencheurs
Noémie travaille avec une éducatrice spécialisée pour comprendre ce qui la gêne vraiment dans certains plats. Ensemble, elles découvrent que ce n’est pas la carotte qu’elle déteste, mais la version râpée et humide, dont la texture et le bruit la dérangent.
En la cuisant légèrement et en changeant son assaisonnement, elle parvient à la réintroduire sans difficulté. Ce n’est donc pas forcément une question de goût, mais de perception sensorielle et de contexte.
IV. Une évaluation complète et multidimensionnelle est essentielle pour comprendre les mécanismes individuels de la sélectivité alimentaire et orienter les interventions. Une évaluation pluridisciplinaire est souvent utile : le médecin vérifie l’état nutritionnel, le diététicien aide à équilibrer l’alimentation, l’orthophoniste ou l’ergothérapeute peut travailler la motricité orale, les rigidités alimentaires et les particularités sensorielles, et le psychologue accompagne la réduction de l’anxiété liée à l’alimentation.
Adapter son rapport à la nourriture, quand on parle d’autisme et d’alimentation, ne consiste pas à tout changer, mais à trouver des repères qui respectent ses perceptions sensorielles et son rythme d’adaptation. L’objectif n’est pas de changer le rapport à la nourriture, mais d’en comprendre les mécanismes pour mieux composer avec eux.
Chaque personne autiste a sa manière d’apprivoiser un aliment nouveau. Certaines ont besoin de l’observer avant d’y goûter, d’autres de le sentir ou de connaître sa texture exacte avant de le mettre en bouche. Ces étapes permettent au cerveau de préparer la réaction sensorielle et de limiter la surprise.
Introduire un aliment de façon progressive aide souvent à le rendre plus accessible. On peut par exemple commencer par le regarder, puis le toucher, avant d’en goûter une infime quantité. Le but n’est pas d’aimer, mais de mieux contrôler l’appréhension face à l’inconnu, et surtout de comprendre l’aliment : sa texture, son goût, sa logique, la manière dont il interagit avec les autres saveurs. Cette compréhension apporte du sens, ce qui aide à mieux gérer la réaction sensorielle.
Adapter la texture, la température ou la présentation peut aussi tout changer. Un même aliment peut être accepté sous une forme et refusé sous une autre. Associer des repères sensoriels positifs - comme une sauce familière, un condiment apprécié ou un environnement calme - facilite grandement l’expérience.
Enfin, le moment du repas joue un rôle important. Manger dans un contexte paisible, sans pression sociale ni obligation, favorise une meilleure écoute de ses sensations internes.
Exemple : la découverte progressive
Noémie s’est fixé un objectif : découvrir un nouvel aliment chaque semaine, mais toujours à son rythme. Elle commence par le regarder, puis le sent.
Lorsque la sensation est tolérable, elle en goûte un petit morceau seul, sans autre saveur associée. Si cette étape se passe bien, elle l’intègre ensuite dans un plat qu’elle connaît déjà et apprécie.
Ce processus peut prendre plusieurs semaines, mais il lui permet de rester en contrôle tout en élargissant doucement ses possibilités alimentaires. L’essentiel n’est pas la vitesse, mais la sérénité avec laquelle chaque expérience se déroule.
V. A. B. L’adaptation de l’environnement constitue un levier essentiel. Le choix d’un matériel adapté, comme des assiettes à compartiments ou des couverts ergonomiques, peut également faciliter le moment du repas. Les pics apéritifs sont souvent appréciés car ils permettent une autonomie de l’enfant et permet de ne prendre qu’une toute petite quantité. On peut également trouver des pics en lien avec les centres d’intérêt de l’enfant (animaux, étoiles…).
C. Il ne s’agit jamais de forcer à manger, mais de favoriser une exposition répétée à l’aliment, d’abord par l’observation, puis par le toucher, l’odorat, et enfin la dégustation, étape par étape.
D. Un planning des menus peut être mis en place et réalisé avec l’enfant. La présentation des aliments doit également être cohérente et organisée afin de respecter les préférences sensorielles de la personne : certains préfèrent que les aliments soient séparés, servis à une température précise, ou présentés d’une certaine façon.
E. La patience, la bienveillance et l’absence de jugement sont fondamentales. Pour l’introduction d’un nouvel aliment, proposer de « découvrir » plutôt que de « goûter ». Il pourra progressivement le sentir, le mettre au contact de ses lèvres, le toucher avec la langue, le croquer puis le cracher (prévoir un bol spécifique à côté).
F. L’utilisation de renforçateurs alimentaires (puis une économie de jetons) sous forme de récompense, peut être utile dans certains cas pour motiver l’enfant à découvrir de nouveaux aliments, mais doit rester ponctuelle et encadrée. Elle doit être évaluée en fonction de son impact sur la santé : mieux vaut privilégier une petite quantité d’un aliment apprécié qu’une grande portion. L’objectif est de maintenir la motivation sans instaurer de dépendance à la récompense.
L’adaptation progressive par le sens et le goût
Enfant, la simple odeur des petits pois me donnait envie de vomir. Il suffisait que quelqu’un en mange à plusieurs mètres pour que je ressente un réflexe nauséeux immédiat. Pendant des années, j’ai totalement évité cet aliment, sans chercher à comprendre pourquoi.
C’est seulement à l’âge adulte que j’ai commencé à y réfléchir autrement. Mon épouse en raffole, et j’ai voulu comprendre ce qui provoquait chez moi une telle réaction. J’ai alors testé une approche différente, à mon rythme, en associant cette expérience à quelque chose de positif : le piment.
Le piment fait partie de mes intérêts spécifiques. J’en mets presque partout, au point d'élaborer moi-même mes propres sauces artisanales, car je raffole des sensations qu’il procure : la chaleur, le picotement, la complexité du goût. J’apprécie aussi ce qu’il apporte sur le plan sensoriel : une intensité claire, maîtrisée, que je peux doser. En l’utilisant, j’ai découvert que je pouvais faire en sorte que la sensation du piment surpasse celle des petits pois.
À ce moment-là, je n’ai pas cherché à aimer les petits pois, mais à comprendre ce que je ressentais : cette odeur entêtante, ce goût qui prenait toute la place, et la manière dont mon corps y réagissait. Donner du sens et une explication logique à cette expérience a profondément changé ma perception du problème.
Aujourd’hui, je n’aime toujours pas les petits pois, mais je peux en manger sans stress. Ce n’est pas une question de volonté, mais de sens et de contexte. Quand quelque chose fait sens, l’expérience devient tolérable, parfois même enrichissante.
C'est un point que j'aborde ponctuellement en pair aidance : comme pour toute nouveauté, plus un aliment est compris, plus il devient potentiellement accessible - d’abord à travers la curiosité, ensuite la tolérance, puis parfois l’intérêt, voire un jour l’appréciation, et peut-être même le plaisir.
L’anorexie mentale est un trouble psychiatrique potentiellement fatal s’il n’est pas traité, avec une prévalence parmi les échantillons de la communauté de 0,3% et l’un des taux de mortalité les plus élevés parmi tous les troubles mentaux. Ce trouble se manifeste principalement à l’adolescence précoce.
Les études suggèrent que les patients atteints d’autisme présentent un risque plus élevé de développer des troubles des conduites alimentaires, en particulier l’anorexie mentale. Cependant, les mécanismes sous-jacents de cette comorbidité ne sont pas encore clairement compris. A ce stade, il est important de distinguer deux notions abordées dans la littérature : la comorbidité au sens du diagnostic, et ensuite les liens que l’on peut observer au niveau des symptômes. Nous parlerons donc de « traits autistiques » dans ce dernier cas afin de faire référence aux symptômes autistiques, qui ne sont pas nécessairement équivalents à un diagnostic de trouble du spectre autistique (TSA).
Les résultats de la revue de littérature suggèrent que certains traits autistiques ne s’atténuent pas avec la reprise de poids, et qu’il pourrait être nécessaire de les prendre en compte tout au long de la prise en charge et après le rétablissement du poids. En outre, des comportements alimentaires spécifiques fréquemment observés dans les TSA et liés aux aspects sociaux de l’alimentation semblent persister au fil du temps, ce qui suggère que les difficultés sociales liées aux TSA pourraient ne pas dépendre des effets de la restriction alimentaire et de la dénutrition. Par conséquent, la comorbidité anorexie et TSA pourrait impliquer un pronostic plus défavorable, non directement lié aux seuls résultats des troubles de l’alimentation.
Dans cette idée, récemment, Fithall et al. (2023) se sont intéressés aux liens entre TSA et AN et la théorie de l’esprit (c.-à-d. la capacité à percevoir les états mentaux d’autres personnes). En effet, ces difficultés de théories de l’esprit sont un symptôme important et reconnu dans l’autisme. Moins connues, des études montrent également des difficultés régulières de théorie de l’esprit chez les patients souffrant d’anorexie mentale. Ainsi, dans leur étude Fithall et al. (2023) ont interrogé 329 participants de 18-25 ans via une enquête en ligne.
Étant donné que certaines zones de symptômes qui se chevauchent entre l’anorexie mentale et le trouble du spectre autistique doivent encore être clarifiées, et compte tenu des implications critiques de cette comorbidité sur le traitement, le nombre de recherches dans ce domaine reste limité.
En conclusion, aujourd’hui, un diagnostic de TSA devrait systématiquement être abordé dans le cas d’une anorexie mentale, compte tenu des preuves de comorbidité entre les deux troubles et de leur impact sur le pronostic et le traitement.
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