Aide Alimentaire à Montpellier : Fonctionnement et Initiatives Locales

Les crises actuelles fragilisent un grand nombre de personnes et de familles, les confrontant à la perte d'emploi, à la diminution des revenus et à l'isolement social dans un contexte sanitaire, écologique et économique incertain. Pour les cas les plus graves, l’aide alimentaire d’urgence est une solution. Cependant, une part significative et croissante de la population en précarisation ne trouve pas dans cette aide une solution satisfaisante.

Face à ce constat, des initiatives locales émergent pour construire des formes de solidarité complémentaires à l'aide alimentaire classique. Parmi celles-ci, l'association VRAC & Cocinas à Montpellier se distingue par son approche innovante.

Epicerie sociale de la Croix-rouge. Produits bio et en vrac

VRAC & Cocinas : Une Alternative Solidaire

Créée en décembre 2020, VRAC & Cocinas a pour vocation première de créer avec les habitants des groupements d’achat et des cuisines de quartier, tournés vers une alimentation de qualité et durable. Il s’agit d’accompagner les habitants et les acteurs locaux à concevoir et ouvrir “leurs” épiceries et cuisines de quartiers, puis à soutenir leur fonctionnement tant sur le plan humain, pédagogique que technique.

L’idée est donc de créer des lieux avec les habitants, dans lesquels ces derniers pourront réaliser des économies sur leurs achats (jardin bio, groupement d’achat Vrac et frais), sur les fluides (cuisines collectives), tout en percevant des revenus pour certain.e.s (restaurant solidaire, jardin en insertion, espace de production culinaire), en se réappropriant leur consommation, en faisant évoluer leurs pratiques alimentaires et en créant des liens sociaux et d’entraide.

Fonctionnement des Groupements d'Achat

Un groupement d’achat est un regroupement d’habitant.e.s qui commande collectivement autour de mêmes produits auprès de mêmes producteurs/fournisseurs. Vous souhaitez vous investir dans votre groupement de quartier ? Equipés d’une cuisine mobile nous réalisons des animations en pied d’immeuble.

En partenariat avec les acteurs du terrain ou d’autres associations locales, Vrac & Cocinas propose régulièrement des ateliers de cuisine aux adhérent.e.s à partir de produits non transformés. Chaque année, les associations locales proposent aux adhérent.e.s et aux habitant.e.s d’aller rencontrer les producteurs locaux.

Les Cocinas de Quartier : Des Lieux de Partage et d'Échange

Ces cocinas seront conçues et animées selon une démarche commune, mais peuvent développer différents types d’activités en fonction du contexte et des acteurs engagés.

Plusieurs personnes contribuent au succès de VRAC & Cocinas :

  • Cécilia Darbouret : Coordinatrice de l’association, avec une expérience solide dans l'accompagnement de projets d'ESS et l'agriculture paysanne.
  • Benoit Gallon : Chargé de mission, spécialisé en intermédiation et développement social.
  • Yacout Berrada : Médiatrice en démocratie alimentaire, passionnée par l'action sociale.
  • Martine Alvarez : Chargée de projet Cuisine de quartier de Lemasson, avec une longue expérience dans les groupements d'achat.
  • Pauline Scherer : Co-fondatrice, sociologue-intervenante spécialisée dans les inégalités alimentaires.
  • Nicolas Bricas : Co-fondateur, chercheur et socio-économiste de l'alimentation au Cirad.
  • Mabel Agurto : Secrétaire de l'association, agent de Développement Territorial.
  • Samuel Levallois : Co-fondateur, psychologue et cuisinier utilisant la cuisine comme outil social.
  • Mikaele Moine Cérame : Trésorière de l'association et membre active du groupement d'achat de la Mosson.

Le Département de l'Hérault et la Solidarité Alimentaire

Dans le cadre de son Projet Alimentaire territorial (PAT), le Département a inscrit la solidarité alimentaire au cœur des enjeux, en accompagnant le secteur associatif, les communes et intercommunalités dans la mise en place d’actions sur les territoires. Ces initiatives constituent un relais nécessaire, en complémentarité du travail effectué par les services départementaux des solidarités.

Les travailleurs sociaux évaluent les besoins des personnes accompagnées et peuvent mobiliser des aides financières ponctuelles pour accéder à l’alimentation. Ils peuvent aussi orienter le public vers les associations qui délivrent des colis alimentaires souvent dans l’urgence et vers les épiceries sociales et solidaires.

Nous avons mis en place des ateliers de cuisine saine et créative, qui s’adressent aux adultes ainsi qu’aux enfants de 6 à 12 ans. Les ateliers permettent aux adhérents d’expérimenter en cuisine et de repartir avec des idées de recettes, de participer localement à la collecte de denrées, de transformer les légumes de saison en conserves, afin de gagner en autonomie. Nous souhaitons aussi promouvoir les circuits courts notamment grâce aux différents partenariats que nous lions avec les distributeurs locaux de produits bio et de saison. Nous leur rachetons des produits abimés à coût réduit et bénéficions de dons d’invendus.

Animé et co-financé par le Département de l'Hérault, le Projet Alimentaire Territorial organise les actions en faveur d’une agriculture durable et d’une alimentation de qualité. Son objectif : être un outil d'aide à la décision et de suivi de la solidarité alimentaire pour les acteurs associatifs et institutionnels œuvrant dans la lutte contre la précarité alimentaire dans le département de l'Hérault.

L'Aide Alimentaire d'Urgence à Montpellier

Dans le cadre de l’aide alimentaire pour les personnes les plus démunies (CNCHD20 mars 2020), la Ligue des droits de l’Homme, le collectif Luttopia, le Secours catholique, la Cimade, AREA, Médecin du Monde, 2 Choses Lune, La Petite Cordée et le Secours populaire français (SPF34), organisent en coordination cette aide d’urgence à Montpellier.

Les représentants de chaque association et collectif impliqués se réunissent régulièrement pour prendre des décisions liées au fonctionnement. Un bâtiment de 400m² pour la distribution des colis aux publics bénéficiaires situé dans le quartier Près d’Arènes. Des procédures ont été imaginées afin d’optimiser les espaces, la fabrication des colis, leur distribution, la circulation des usagers sur les lieux (bénévoles et/ou bénéficiaires) et leur sécurité conformément aux mesures spécifiques liées au COVID-19.

Pour chaque site, des bénévoles référents ont été désignés pour assurer le bon déroulement des opérations et le respect des consignes sanitaires dues à l’épidémie du Coronavirus. Sur le site de préparation des colis, deux bénévoles de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) organisent la venue des bénévoles volontaires (provenance : SPF, LDH, particuliers) pour la confection des colis.

En parallèle, la centrale de collectage du Secours populaire de l’Hérault continue d’envoyer des denrées alimentaires et d’hygiène dans près de 25 antennes et comités locaux du département.

Un document unique et une procédure ont été imaginés puis diffusés aux travailleurs sociaux de la ville (CCAS et associations) afin de permettre aux personnes en situation de précarité de bénéficier d’un colis d’urgence. Un colis pour un adulte est prévu pour une durée de 15 jours. Il est composé d’une quinzaine de produits secs (pâtes, riz, semoule, lentilles, farine, conserve de légumes, huile, lait, sardines, sauce tomate, café, cacao en poudre, boîte de chocolats, etc.) et d’un kit hygiène (savon main, gel douche, dentifrice, gel hydroalcoolique).

En plus de la distribution sur site, un système de livraison à domicile est mis en place pour les personnes qui ne pourraient se déplacer en cette période de confinement (notamment pour les populations à risques selon les critères définis par le gouvernement).

Pour couvrir en urgence ses frais, le Secours populaire 34 a lancé une campagne de « Crowdfunding » (clôturée début mai). La solidarité est indispensable pour faire face à la situation et ne pas oublier les personnes les plus précaires durant cette crise sanitaire. C’est grâce à la mobilisation de dizaines de milliers de bénévoles que le Secours populaire peut mener ses actions.

L'alimentation n’est alors plus seulement considérée comme une simple consommation d’aliments, mais comme un moyen de construire des relations, relations à soi pour sa santé et son plaisir, aux autres par le partage et le don, à sa culture, mais aussi à l’environnement.

État des Lieux de l'Aide Alimentaire à Montpellier

Dans le cadre de la convention Plan Pauvreté signée entre la Ville de Montpellier, la Métropole et l’État, il a été souhaité approfondir la connaissance du dispositif d’aide alimentaire déployé sur ce territoire au travers de la réalisation d’un état des lieux. Un des objectifs de l’étude est d’alimenter la réflexion collective menée au travers des États Généraux de la Solidarité sur la question des solidarités alimentaires, en particulier au travers d’un repérage des dysfonctionnements et des manques, afin d’élaborer des préconisations qui permettront d’améliorer les pratiques des parties prenantes.

Cet état des lieux a été mené entre novembre 2020 et mars 2021 sur la ville de Montpellier et repose sur deux enquêtes terrain et une revue de littérature. Après avoir recensé une quarantaine d’associations œuvrant dans le domaine de l’aide alimentaire sur la ville, 22 entretiens semi-directifs ont été réalisés dans l’optique de cartographier les lieux de distribution, de mieux caractériser chaque initiative et de déterminer le nombre de repas distribué sur Montpellier via les dispositifs d’aide alimentaire.

Parallèlement, 19 entretiens semi-directifs ont été menés auprès d’ayants droit à l’aide alimentaire, usagers ou non, dans le but de mieux comprendre leurs perceptions des dispositifs et leurs parcours d’accès.

L’enquête a permis de réaliser une cartographie des points de distribution de l’aide, en distinguant trois formats : la distribution de colis, la distribution de repas préparés et les épiceries sociales et/ou solidaires. Ces différentes formes d’aide impliquent une distinction entre l’aide d’urgence inconditionnelle au travers des repas préparés et l’aide conditionnelle au travers des colis ou des épiceries par exemple.

On constate une bonne implantation des structures sur le territoire, avec la présence de points de distribution dans chaque grand quartier de la ville et Quartier Prioritaire de la Ville (QPV, en jaune). Cependant tous les types de distribution ne sont pas présents partout. Par exemple, les épiceries recensées se situent en centre-ville, au Sud de la Mosson et à Tournezy.

L’accessibilité physique aux structures est un facteur primordial pour y recourir. L’enquête auprès des personnes en situation de précarité alimentaire montre que la proximité géographique des lieux de distribution dans le quartier de résidence voire avec une connexion simple avec un seul transport en commun sont très importants pour y accéder.

Plusieurs facteurs sont à prendre en compte lors de l’orientation d’un usager vers un point de distribution. En effet, lorsque celui-ci est en dehors du bassin de vie, l’orientation spatiale peut-être difficile et il faut considérer le poids des cabas pour retourner à son domicile.

Il est à noter que tous les ayants droit ne recourent pas à l’aide alimentaire et il ne faut donc pas négliger l’importance du non-recours. Selon notre enquête, ce non-recours peut être dû à un problème d’information : les personnes déclarent ne pas ou mal connaitre le système d’aide et les associations. Le rôle des travailleurs sociaux est donc indispensable pour les orienter. Il peut également être dû à un problème de refus de se faire aider, notamment pour une question de dignité.

Ce manque d’information, ainsi que la perception qu’ont les usagers sur les associations sont une des causes du non-recours. Les enquêtés qualifient l’accueil par les bénévoles de bienveillant et chaleureux. « Déjà que c’est difficile d’y aller, mais avec des locaux comme ça, ça n’incite pas à passer la porte.

Les produits distribués ont fait l’objet d’une attention particulière. Les quantités s’avèrent suffisantes si on prend en compte que les usagers complètent généralement leurs courses à côté pour pallier à un manque de diversité des produits, particulièrement de produits frais et de denrées pour les enfants.

La crise sanitaire a induit une augmentation de la demande d’aide, qui n’est pas perçue de la même manière selon les associations. Certaines constatent une augmentation de l’ordre de +20 à 30 %, alors que d’autres ne notent pas d’augmentation significative. Le constat commun demeure que de nouveaux profils sont apparus peu habitués aux différents types de prestations d’aide. On observe une augmentation des étudiants, des retraités, des familles monoparentales et des autoentrepreneurs. Certains de ces profils sont par ailleurs déjà identifiés comme plus vulnérables face à la pauvreté (Paturel, 2015).

Le principe de la conditionnalité de l’aide et le fait de devoir fournir des justificatifs ne sont pas apparus dans l’enquête comme un problème. Au contraire, cette pratique apparaît comme une forme de légitimation du recours à l’aide alimentaire et comme un moyen d’éviter les abus. Justifier de sa situation permet également d’établir un lien avec le travailleur social ou le bénévole. Néanmoins, le fait de devoir justifier son besoin d’aide dans chaque structure d’aide sociale est mal vécu et provoque un sentiment de honte.

Lors de cette enquête, les usagers ont exprimé le souhait de « renvoyer l’ascenseur » en devenant bénévole. Deux raisons sont évoquées : la première porte sur la nécessaire contrepartie dans la construction d’un échange. Être toujours redevable sans pouvoir donner est mal vécu. La deuxième raison porte sur le souhait de faire reconnaître et de valoriser sa compétence en tant que bénéficiaire en devenant bénévole : on comprend mieux, on sait mieux trouver les mots et les gestes avec des bénéficiaires de l’aide quand on a vécu la même situation soi-même.

Cette notion de dignité a largement été soulignée par l’ensemble des enquêtés. L’aide alimentaire, notamment celle passant par la distribution de colis et de repas est perçue comme « le dernier recours », et met souvent les usagers face à la complexité de leur situation. Cette honte apparaît donc comme un frein pour le recours à l’aide alimentaire.

L’enquête révèle un intérêt pour explorer de nouvelles formes de solidarité par des dispositifs comme les épiceries à prix libres ou différenciés, des bons d’achat permettant de faire ses courses comme tout le monde, des espaces de mixité sociale (épiceries, restaurants, jardins, centres de ressources) permettant à tous d’accéder à une alimentation de qualité et de participer à la construction de son système alimentaire au travers d’une démocratie alimentaire.

Les résultats de cette étude ont été présentés lors d’une restitution dans le cadre du processus des États Généraux de la Solidarité le 30 mars 2021 auprès des acteurs impliqués dans l’aide alimentaire.

Les participants cotisent à la caisse en fonction de leurs moyens. La caisse subventionne une partie de la somme pour les personnes ayant de faibles ressources. Elle est gérée de manière démocratique par un comité citoyen de l’alimentation qui décide de son fonctionnement.

Ce projet émane d’un collectif national « Accès digne à l’alimentation », une mobilisation inter-associative qui appelait de ses vœux, dès mi-2020, une politique nationale de lutte contre la précarité alimentaire, et le soutien de projets d’accès à une alimentation durable et de qualité. La déclinaison locale a Montpellier est portée par 25 organisations et la gouvernance est la suivante: tous les partenaires peuvent faire partie du comité local de Territoires à Vivres Montpellier qui est une instance d’échanges et de prise de décision sur les chantiers à mener. Ce comité local est composé de 47 personnes volontaires. En plus de ce comité local, des groupes de travail thématiques œuvrent sur la conception des projets et leur mise en œuvre.

De ce fait la conseillère sociale a pour mission principale d’accueillir les personnes et d’évaluer leur situation financière et sociale. Les bénéficiaires sont des personnes disposant d’un reste à vivre disponible inférieur à 10 euros par jour et par personne. Si ce reste à vivre est inférieur à 10 euros, ces personnes peuvent accéder à l’épicerie pendant 4 mois renouvelables si leur situation ne s’est pas améliorée. Après une durée cumulée d’1 an d’accès, une pause de 4 mois est obligatoire.

Le choix de ce projet est propre à chacun dans son déroulement et dans sa réalisation. L’objectif principal de ce projet de vie est de permettre à chaque adhérent de réaliser un objectif concret lui permettant d’améliorer sa situation ainsi que de faire face à son quotidien. Les démarches relatives à ce projet devront être entreprises au cours de l’année d’accès. La définition et l’évaluation des étapes concrètes de ce projet de vie s’effectuent lors du rendez-vous d’entrée. L’adhérent reçoit une carte d’adhésion valable 1 an, celle-ci est strictement personnelle et nominative.

Le plan pauvreté de Montpellier vise à renforcer la solidarité alimentaire et l'accès à une alimentation de qualité pour tous.

Comment Bénéficier de l'Aide Alimentaire ?

Pour recevoir l’aide alimentaire sous forme de paniers repas, il faut s’inscrire chaque année dans un de nos centres et justifier de l’insuffisance de ses ressources. L’accès à l’aide alimentaire est réservé aux personnes les plus démunies qui ne dépassent pas un certain plafond de ressources.

La campagne d’été débute au mois d’avril et se termine à la fin du mois d’octobre. Pour procéder à l’inscription, un bénévole du centre vous recevra pour étudier votre situation financière. L’aide est soumise à un barème objectif et différent suivant que l’inscription porte sur la campagne d’hiver ou la campagne d’été.

Outre une pièce d’identité, il sera nécessaire d’apporter tout document établissant le montant de vos ressources (attestation CAF du mois en cours et/ou pôle emploi, bulletin de salaire, pension de retraite, rente…) et attestant de votre absence de ressource suffisante (avis d’impôt sur le revenu, par exemple).

Conclusion

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