La pâte de verre, une technique verrière ancestrale, a été redécouverte et sublimée par des artistes talentueux au fil des siècles. Cet article explore l'histoire, les techniques et les figures emblématiques de cet art fascinant.
Formé à l’École des arts décoratifs de Paris, dont il suit l’enseignement entre 1895 et 1899, François Décorchemont est une figure majeure de l’histoire des arts du feu. Ses recherches sur le verre le situent au rang des rares créateurs qui ont su évoluer du naturalisme de l’Art nouveau aux géométries rythmées de l’Art déco. Alchimiste de la couleur, il joue sur ses métamorphoses et sur la mutation des matériaux pour créer une pâte de verre épaisse aux nuances infinies, dans laquelle la lumière a un rôle déterminant.
Plus de trente ans après sa mort, Véronique Ayroles restitue sa création dans le climat d’effervescence qui détermina l’essor des arts décoratifs à la fin du XIXe siècle et motiva la redécouverte de techniques oubliées. La reproduction de l’ensemble des 600 modèles connus sous forme de catalogue raisonné, de près de cinquante dessins inédits replacés dans le contexte des créations et de nombreux documents d’archives font de cet ouvrage, qui comporte un glossaire technique, les répertoires des galeries et des modèles, un exceptionnel outil pour connaître l’œuvre d’un grand artiste.
Antoine Leperlier est né en 1953 à Conches (France). Ce Maître Verrier est spécialiste des pâtes de verre et il sait de qui tenir …puisqu’il est le petit-fils de François Decorchemont (1880-1971). Diplômé en arts plastiques et sciences de l’art, il s’orient rapidement vers les créations en pâte de verre. Les premières expositions nationales et internationales sont réalisées dans les années 1980 avec son frère Antoine. Le succès arrive rapidement avec des créations dont seul restait la lumineuse qualité de la pâte de verre propre à François-Emile Decorchemont.
Antoine LEPERLIER produit des créations en pâte de verre. On peut citer parmi ses oeuvres un vase pagode en pâte de verre, une sculpture facettes pâte de verre 3 parties, un modèle Etui réalisé en pâte de verre en 1988, et un vase en pâte de verre à décor marmoréen.
Gabriel Joseph Rousseau dit Argy-Rousseau né en 1885, scientifique, artiste et artisan est un personnage multi talentueux. Son nom ainsi qu’il nous est parvenu résulte de son mariage avec Marianne Perrine Hipathie Argyriadès. Argy-Rousseau est d’abord scientifique. En effet après sa formation à l’École Céramique de Sèvres en 1906 il dirige le laboratoire de recherche de la céramique à Sèvres en qualité d’ingénieur céramiste. C’est d’ailleurs là où il rencontre celui qui deviendra son ami, Henri Cros.
Henri Cros redécouvre la technique mais c’est Gabriel Argy-Rousseau qui pousse son utilisation en matière d’arts décoratifs à un degré élevé. À la même époque les grands noms des arts décoratifs comme René Lalique n’utilisent pratiquement que de la pâte de cristal. La différence, outre esthétique tient au fait qu’une pièce réalisée en pâte de verre est unique contrairement à celle créée en cristal.
Entre 1910 et 1920 la Société Les Pâtes de Verre d’Argy Rousseau ouvre dans le 17ème arrondissement de Paris sur l’Avenue des Ternes. Les premières œuvres qui en sortent sont très inspirées des thématiques Art Nouveau : la Nature et les animaux. Les pièces qui nous sont parvenues en plus grand nombre sont des vases. En 1921 la rencontre et l’association avec Gustave Moser-Millot galeriste en arts décoratifs au 30 Boulevard des Italiens à Paris est déterminante. De ce moment Gabriel Argy-Rousseau renouvelle son vocabulaire de formes et de motifs. En juin 1923 la Société des Artistes remet au créateur un premier prix pour ses pâtes de verre.
La pâte de verre est une technique verrière de verre coulé au moule. Il s’agit d’une technique de cire perdue traditionnelle et ancestrale qui fut utilisée de façon fréquente par les égyptiens dès le XIVème siècle avant notre ère. Le soufflage de verre fait son apparition entre le IIIème et le 1er siècle avant notre ère et va, petit à petit, prendre la place de la technique de la pâte de verre, jusqu’à la faire disparaître complètement.
Grâce aux fouilles archéologiques réalisées durant la deuxième moitié du XIXème siècle, des objets en pâte de verre vont être redécouverts, et de nombreux créateurs notamment des céramistes vont s’atteler à retrouver cette technique perdue depuis longtemps. De longues et fastidieuses expérimentations permettront à certains de faire avancer la technique et de rendre plus précise la connaissance du procédé de la pâte de verre.
La technique de la pâte de verre, commence par un travail de la cire. C’est avant tout une technique sculpturale. L’étape suivante est la réalisation d’un moule en plâtre réfractaire supportant de haute température que l’on effectue grâce à un coffrage autour de la cire. La cire est alors enfermée à l’intérieur du moule, il suffit de réchauffer la cire pour la faire fondre et pouvoir récupérer la forme en négatif, c’est ce qu’on appelle la technique de cire perdue.
Des morceaux de verre appelés groisil vont être pesés puis placés dans le moule pour fondre durant la cuisson et venir prendre l’empreinte de la forme à l’intérieur du moule.
| Étape | Description |
|---|---|
| 1. Travail de la cire | Sculpture de la forme désirée en cire. |
| 2. Réalisation du moule | Création d'un moule en plâtre réfractaire autour de la cire. |
| 3. Cire perdue | Fonte de la cire pour obtenir la forme en négatif dans le moule. |
| 4. Remplissage avec le groisil | Introduction de morceaux de verre colorés (groisil) dans le moule. |
| 5. Cuisson | Cuisson du moule pour faire fondre le verre et prendre la forme. |
En 1891, les frères Daum inaugurent leur premier atelier d’art, destiné à devenir le berceau des collaborations entre artistes et artisans. Des figures incontournables de l’époque Art Nouveau s’y sont formées, telles que Gruber, qui propulsa la verrerie dans l’industrie d’art, Berger, ou encore Almaric Walter, qui développa pour la première fois la technique de pâte de verre. Les premiers échanges entre Émile Gallé et Antonin Daum vont plus loin, en imaginant les plus beaux luminaires de l’époque. Les frères Daum sont alors les premiers à habiller la lumière de verre, et pour cette réalisation exceptionnelle, ils obtiennent un prix lors de l’Exposition Universelle de Paris de 1900.
Sous cette impulsion, ils créent l’École de Nancy avec Majorelle, Prouvé, Gruber ou encore Weissenburger, dans le but de promouvoir l’artisanat et les industries d’art de l’Est de la France. En 1968, la famille Daum donne un nouvel élan à la verrerie, devenue cristallerie depuis les années 1950, en remettant au goût du jour la technique de la cire perdue, appliquée à la pâte de cristal, redécouverte dans les années 1900 avec Almeric Walter.
La cristallerie prend un tournant décisif en lançant les premières collaborations artistiques avec les plus grands artistes de l’époque, tels que Dali, César ou encore Arman. Depuis, elle ne cesse de faire évoluer son savoir-faire, en travaillant de concert avec des artistes issus de tous les courants : art figuratif, art contemporain, art africain, art urbain, art floral, art féminin. La cristallerie ne s’interdit rien, avec pour seul objectif : réinventer la matière sans dénaturer l’œuvre.
La Maison Daum utilise son ADN des Arts Décoratifs à travers ses trois thèmes de prédilection : la femme, la flore et la faune, en signant des œuvres en éditions limitées, toutes numérotées.
Moins connu qu’un certain Emile Gallé ou Daum, Jean-Simon Peynaud (1869-1952) est un artisan talentueux dans le domaine de la faïencerie, la porcelaine et les cristaux. Artiste touche-à-tout, Jean-Simon Peynaud nous a laissé quelques œuvres d’exception qui font rarement irruption dans les ventes aux enchères. Il semble que la famille de Jean-Simon Peynaud n’a pas pu vivre uniquement de son art, il va se lancer dans d’autres activités telles que la porcelaine et les cristaux.
Il expérimente son art sur d’autres supports que le papier ou la toile, et essaie les émaux. Ses œuvres arborent des décors multicolores représentant des fruits, des fleurs, des scènes de vie ou des paysages. Il faisait concevoir des supports aux propriétés précises (catégorie de verre, dimensions, formes…) qu’il décorait après.
Il faut savoir que Jean-Simon Peynaud n’a jamais réalisé de pâte de verre, même si l’on peut trouver certaines œuvres en pâte de verre… signées Jean-Simon Peynaud. Il utilise le verre comme support créatif, ignorant les rouages de la technique approfondie du verre chaud (comme ce fut le cas des frères Vessiere).
Les prix des vases portant la signature de Jean-Simon Peynaud peuvent être différents pour un modèle identique, en fonction de la rareté de certains décors et formes, des finitions, de l’état de conservation de la pièce… Certaines pièces conçues dans le style Art Déco sont très rares et très recherchées, ce qui augmente considérablement leurs prix, notamment celles aux décors éléphant ou singe.
Émile Gallé installe sa manufacture à Nancy, et inspirera Jean Daum ainsi que sa descendance qui suivront son courant artistique. Ils s’échangeront également leurs techniques artistiques, celle de la pâte de verre fût développé par la verrerie Daum et reprise par Émile Gallé. La pâte de verre a été réinventée par la maison Daum, c’est Almaric Walter qui en est à l’initiative. La technique existe depuis le peuple des Égyptiens, soit à peu près l’an 500 000 AC. La verrerie cette technique au goût du jour : il s’agit d’un moulage à la cire perdue.
Gallé reprend ce processus et produit des œuvres qui sont souvent signées. De son côté, la verrerie Daum a utilisé le processus de la décoration à l’acide développé par Gallé.
Maîtrisant la technique la plus complexe de l’art verrier, Amalric Walter fut l’un des grands artistes de l’Art Nouveau. C’est en intégrant la cristallerie Daum en 1904 qu’Amalric Walter a véritablement construit sa notoriété et celle de l’enseigne. Avec Henri Bergé et d’autres modélistes, Amalric Walter va élaborer plus de 500 modèles différents.
Ébahis devant le savoir-faire et le talent exceptionnel d’Amalric, les frères Daum le conviaient à décorer l’intérieur de leurs locaux situés à Lyon (villa de Marius Berliet), en Belgique (maison Losseau à Mons) et à Nancy (maison de la rue Sellier) avec de la pâte de verre.
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