Qu'est-ce qui alimente le marais ? Comprendre le fonctionnement et l'importance des marais salants

Principalement situés sur les côtes atlantique et méditerranéenne, les marais salants français sont à la fois des enjeux touristiques, économiques, environnementaux et culturels.

Fonctionnement des marais salants

Une fois l’eau de mer infiltrée dans les marais salants, celle-ci traverse un savant parcours d’œillets où, au gré du vent et du soleil, l’eau s’évapore et se forment sur les fonds argileux les cristaux de gros sel qui seront récoltés et séchés pendant 2 ans. A sa surface, la délicate fleur de sel se cueille tous les matins et, après une journée de séchage, est prête à être commercialisée.

Telle est la routine chorégraphiée que l’on observe dans les marais salants de méditerranée et de la façade atlantique qui permettent de produire quelque 1 330 tonnes de sel par an* et générer plus de 600 emplois directs.

Le principe est simple et ingénieux : il s’agit d’acheminer l’eau en provenance de l’océan Atlantique, grâce à une légère dénivellation, dans différents bassins successifs, jusqu’aux cristallisoirs. Ainsi, la lente circulation de l’eau, gérée par le producteur de sel, favorise l’évaporation et donc la concentration de l’eau salée.

Sous l’effet combiné du soleil, du vent et du savoir-faire du producteur de sel, ce circuit d’eau, parfois de plusieurs kilomètres, aboutit à la formation de grains de gros sel et de fleur de sel dans les cristallisoirs. Tout l’art salicole consiste à la gestion fine des débits d’eau au regard de la météo pour favoriser la cristallisation.

Durant son parcours, la concentration de sel dans l’eau est multipliée par dix ! Elle passe de 30 grammes de sel par litre à 300 grammes de sel par litre dans les œillets ou aires saunantes où sont récoltés le gros sel et la fleur de sel.

La production de sel est très météo-dépendante : un seul orage peut mettre fin à la récolte !

Voici les étapes principales du processus :

  1. Réservoir d’eau de mer (vasière) : Relié à l’océan par un étier, il alimente le marais salant. La salinité y est de 30 g/l.
  2. Bassins d’évaporation/concentration (cobiers et fares) : L’eau circule en zig-zag pour évaporer et concentrer le sel, passant de 30 g/l à plus de 210 g/l.
  3. Cristallisoirs (œillets) : C’est ici que le sel est récolté. On trouve aussi les réserves journalières des cristallisoirs (adernes).

Si le principe est le même sur tous les sites de la façade atlantique, l’agencement des parties d’un marais salants est très différent d’un site à l’autre.

Sel de la mer à la terre - C'est pas sorcier [Intégrale]

L'importance environnementale des marais salants

Plus méconnu, l’aspect environnemental des marais-salants n’est néanmoins pas négligeable. Les marais salants, et plus particulièrement ceux situés sur les grands couloirs de migrations, font office de lieu d’étape, de nidification ou d’hivernage pour certains oiseaux : flamants roses, avocettes, sternes…

Les marais salants sont très favorables à un petit nombre d’espèces d’invertébrés, notamment les hydrobies et les artemias, ces phytoplanctons roses qui donnent leur couleur aux flamants. On estime aujourd’hui que ces puits de carbone pourraient stocker près de dix milliards de tonnes de CO2 par an dans le monde.

Les différents types de marais

Dans les vallées alluviales, les marais mouillés ou les marais inondables, sillonnés par des canaux, jouent le rôle de vase d’expansion des crues en période pluvieuse et servent de réservoir d’eau douce l’été. Ils agissent comme des éponges et des filtres épurateurs qui permettent de réguler l'apport et la qualité de l’eau en provenance du bassin versant.

Depuis les années 1980, l'intensification des productions s'est traduite dans l'ensemble des marais mouillés par l’introduction de culture de maïs. Les marais desséchés ou marais non inondables ne peuvent exister qu’en présence de marais mouillés en amont. Ils s’étendent entre le marais mouillé et la mer.

Ces territoires, appelés encore « des prises sur la mer » ou « polders » forment un ensemble de parcelles rectilignes délimitées par un réseau de canaux d’évacuation des eaux. L'eau, en surplus, est évacuée au moyen de portes à flot (ou portes à la mer) qui s’ouvrent à marée basse. À marée haute, la pression de la mer ferme les portes et empêche l'eau salée de refluer dans les parcelles agricoles.

Depuis l’endiguement du Delta du Rhône en 1860, celui-ci a les mêmes caractéristiques qu’un marais desséché (complète maitrise des eaux et grandes étendues planes).

La biodiversité des marais

Une faune et une flore riches et fragiles. Ces marais abritent une faune est une flore aussi riches que fragiles. Ils constituent en effet une zone refuge pour des mammifères rares tels que la loutre et le vison d’Europe, une halte migratoire et un site d’hivernage pour de nombreux canards et limicoles, un site de reproduction pour divers oiseaux d’eau, amphibiens et reptiles, le biotope de nombreuses espèces végétales rares et menacées.

Ces territoires sont des sites importants pour l’anguille, très menacée en France.

L'histoire des marais

Ces marais ont été aménagés à maintes reprises depuis le Moyen âge. Ils ont été façonnés à l’initiative des moines et de la noblesse puis de la bourgeoisie et enfin par les divers propriétaires fonciers au sein des associations syndicales autorisées...

Formé il y a 8000 ans après la fonte glaciaire et la montée du niveau des eaux, le Marais poitevin est entièrement submergé par l’océan Atlantique et forme le golfe du Poitou. La ville de Niort, à l’origine en front de mer, va se retrouver à plus 40 km des côtes.

La baie de l’Aiguillon est le dernier vestige de ce golfe disparu avec les anciennes îles calcaires complètement isolées de la mer.

Bien que l’Homme soit présent autour du golfe des Pictons depuis plusieurs milliers d’années, il se contentait d’utiliser les ressources naturelles du marais en vivant de la pêche ou la chasse.

Les seigneurs locaux, ne sachant que faire de ces terres marécageuses, les cèdent aux moines. La plupart de ces abbayes sont édifiées sur d’anciennes îles calcaires qui dominent le marécage. Ces îles possèdent l’avantage d’avoir un sol stable et solide.

Les moines procèdent dès le 11ème siècle aux premiers travaux d’asséchement du marais en y voyant un potentiel d’exploitation agricole. Ils isoleront, par le biais de digues, les arrivées d’eau pluviales et marines et créeront des canaux d’évacuation encore aujourd’hui au cœur du fonctionnement du marais.

Lors de la guerre de Cent Ans, la majorité des ouvrages furent détruits et le marais délaissé.

Environ 150 ans plus tard, alors que le marais n’est pratiquement plus exploité, le roi Henri IV est séduit par le charme de la région. Il instaurera en 1599 un édit imposant l’obligation de dessécher les marais.

Plus tard, Louis XIII poursuivra cet aménagement en chargeant Pierre Siette, ingénieur géographe, de superviser 75 km de canaux sur la base des travaux de Humphrey.

Par la suite, la partie « est » du marais sera assaini par le canal de Vix et le Contre-Bot de Vix. L’ensemble de ces travaux ont pu être réalisés grâce aux importants capitaux fournis par les compagnies Hollandaises d’assèchement dont une grande partie des notables sont venus s’installer à Rochefort.

Une digue centrale appelée « bot » sert de délimitation entre le marais mouillé et le marais desséché. Au pied du « bot », côté marais desséché, est creusé un canal ou « achenal » qui servira à collecter les eaux du marais par le biais de canaux.

Suite de ces nombreuses réussites, les compagnies d’assèchements vont se multiplier voyant dans cette activité un important potentiel de profit.

À son arrivée au pouvoir Napoléon 1er voit le potentiel du marais et notamment la possibilité de développer un axe de transport fluvial parallèle à l’océan. Il fixe en 1807 les conditions de dessèchements et d’endiguements.

Une ordonnance royale de Louis-Philippe, en 1834, va créer les syndicats des marais mouillés dont la vocation est d’aménager ces marais et d’entretenir les ouvrages existants.

La gestion et la protection des marais

Le Parc Naturel Régional (PNR) du Marais poitevin est créé en 1979 compte tenu de l’importance des écosystèmes du territoire. Ce label PNR est perdu en 1997 en raison de la destruction progressive des niches écologiques et de la biodiversité liée à l’anthropisation et la politique d’agriculture intensive céréalière.

En 1992, la Commission européenne met en demeure la France de respecter la directive « oiseaux » sur le Marais poitevin. Celui-ci doit changer sa politique de gestion vers une préservation des zones humides.

Face à ses nombreuses difficultés, l’État français met en place un plan gouvernemental pour le Marais poitevin. Ces nombreux efforts ont permis une re-labellisation du marais en Parc Naturel Régional en 2014.

Géré par un syndicat mixte, ce PNR a pour mission d’aménager le territoire tout en assurant une protection du patrimoine naturel, culturel et paysager.

Plusieurs documents réglementaires ont entre-temps émergé comme le SDAGE Loire-Bretagne, le SAGE sur la Vendée, le SAGE Sèvre Niortaise et Marais Poitevin.

Vocabulaire spécifique des marais salants

Voici quelques termes spécifiques utilisés dans les marais salants :

  • Etier : Canal qui permet d’alimenter le marais salant.
  • Vasière : Réservoir d’eau de mer dimensionné pour alimenter les bassins pendant les mortes eaux.
  • Cobier : Premier bassin du circuit de chauffe, élimine les petits vers de vase.
  • Fares : Deuxièmes bassins du circuit de chauffe, pour évaporer le maximum d’eau.
  • Adernes : Bassins étendus pour maintenir l’eau à environ 30°C, alimentant les œillets.
  • Oeillets : Derniers bassins où le gros sel est récolté.
  • Ladure : Plateforme centrale de l’œillet où le paludier récolte le gros sel.
  • Trémet : Endroit où le sel de la récolte quotidienne est disposé.
  • Mulon : Tas de sel de la saline.
  • Cui : Tuyau d’évacuation de la saline.
  • Marche : Chemin d’exploitation privé des paludiers.

L’avantage de cette technique est qu’elle est peu coûteuse en fonctionnement (pas de machine, pas d’énergie) seul le travail manuel et physique du paludier est indispensable.

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