Le tarissement chez la vache laitière est une période cruciale durant laquelle la sécrétion de lait s’interrompt. Elle s’étend de 45 à 60 jours avant la mise-bas. Cette phase est déterminante pour la préparation de la lactation et pour la prévention des maladies métaboliques. Il faut donc porter une attention particulière à l'alimentation pendant cette période.
L’alimentation en période sèche est un levier important pour prévenir les troubles sanitaires en début de lactation (acétonémie, fièvre de lait, etc). Le tarissement est une période charnière dans le cycle de production et de reproduction de la vache laitière. Un tarissement bien mené contribue à assurer un vêlage sans problème, un colostrum de bonne qualité et donc un veau en bonne santé, et un début de lactation sans pathologie métabolique telles que fièvre de lait ou cétose.
Il existe une grande diversité de pratiques d’alimentation des vaches taries. Cependant, l’ingestion des vaches laitières lors de cette phase est mal connue. La SCEA du Petit Rejet à Buironfosse (02) a ouvert ses portes à l’occasion de l’Hivernale d’Avenir conseil élevage qui s’est déroulée le 6 février dernier à Marly-Gomont.
Fondamentalement, les deux concepts ont leur raison d’être et sont pratiques, chacun avec ses forces et ses faiblesses. L’alimentation en deux phases de la période de tarissement est divisée en une première période de tarissement et une phase d’alimentation.
Au début de la période de tarissement , c’est-à-dire huit à quatre semaines avant le vêlage, la vache devrait se rétablir, son métabolisme est soulagé et ses réserves sont reconstituées. Le besoin énergétique est fortement réduit en raison de la perte de rendement laitier, c’est pourquoi la ration est souvent complétée par de la paille et est donc riche en fibres brutes. Dans la deuxième phase, celle de l’alimentation (trois semaines avant le vêlage jusqu’à la mise-bas), il faut tenir compte des besoins modifiés de la vache tarie. L’ingestion alimentaire diminue, ce qui nécessite une augmentation de la densité nutritionnelle dans la ration. En même temps, le rumen doit s’adapter à la ration de la vache en lactation. L’augmentation de la teneur en amidon dans la ration à base de céréales favorise également le développement des villosités du rumen.
La ration alimentaire doit être peu énergétique et assez encombrante (en pratique : riche en fibre et pauvre en glucides type amidon). La quantité de matière sèche ingérée quotidiennement doit être entre 12 et 14 kg (environ 2% du poids vif de l’animal). Cela permet de maintenir un bon volume du rumen, indispensable à une reprise d’appétit précoce après le vêlage.
Pour permettre une efficacité de la flore bactérienne du rumen dès le vêlage, les fourrages et concentrés de la ration des vaches en lactation doivent être réintroduits progressivement dans les trois semaines auparavant. Durant le début du tarissement, la taille des papilles ruminales, responsables, entre autres, de l’absorption des acides gras dans le rumen, peuvent diminuer jusqu’à 50 %. La capacité d’ingestion diminue durant cette 2e phase, cela étant dû à la place toujours plus grande prise par l’utérus dans le dernier mois de gestation, comprimant le rumen. Les jours précédant le vêlage, cette capacité d’ingestion diminue de 30 à 35 %, une vache de 650 kg ne consomme alors plus qu’environ 9 kg de matière sèche.
Les différentes qualités de fermentation comportent également divers risques auxquels les vaches taries sont particulièrement sensibles. L’augmentation des taux d’ammoniac, d’acide butyrique et d’amines, en particulier, cause plus de difficultés aux vaches très gestantes qu’aux autres.
Les éleveurs mesurent le pH urinaire pour assurer la bonne Baca des vaches taries. Il s’agit de la balance alimentaire cation anion (ou bilan alimentaire cation anion). Cet indicateur est important les trois dernières semaines de tarissement. Pour favoriser l’ingestion et optimiser la future production de lait, la Baca doit se situer autour de - 175 mEq/kg de MS.
Le PH urinaire des vaches permet d’évaluer le statut acido-basique des vaches. « Si le pH est inférieur à 5,5, le Baca est trop négatif. Au-dessus, c’est satisfaisant », résume l’agriculteur.
La BACA est une valeur calculée qui reflète l'équilibre entre les ions positifs (sodium et potassium), et les ions négatifs (chlore et soufre). Il est parfois nécessaire d'apporter du calcium lorsque l'on travaille à BACA négative.
Chez Vitalac nous connaissons les difficultés des éleveurs et la technicité de leur métier. En élevage laitier, les points de vigilance sont nombreux, la gestion des vaches taries en est un important. Une vache en préparation vêlage est en effet fragile et plus vulnérable face aux agressions.
Les veaux sont, quant à eux, hébergés dans un autre bâtiment. Cette organisation permet à une personne seule de faire circuler aisément les animaux d’un enclos à l’autre. Ce point est appréciable aussi bien pour le confort des animaux que pour celui de l’éleveur.
Ainsi, il a installé au printemps 2024 une dalle avec cornadis à l’entrée de la pâture d'un hectare, afin d'accueillir l’été les animaux en fin de lactation ou à l’engraissement lorsqu’ils sortent.
Durant la période de préparation au vêlage qui dure environ 21 jours, les vaches restent uniquement dans le bâtiment. Comme cela a été évoqué lors de la présentation faite le matin de l’Hivernale, trois stratégies peuvent être travaillées pour favoriser cette transition : agir soit sur l’encombrement, soit sur le Bilan alimentaire cations anions (Baca) ou soit partir sur l’acidification totale de la ration pour éviter les problèmes tels que les fièvres de lait, les non-délivrances, l’acétonémie ou le retournement de caillette.
Après avoir testé diverses solutions pour travailler sur le Baca, avec des résultats insatisfaisants (jusqu’à 60 % des vaches avec des fièvres de lait durant une période), Guillaume a finalement pris le parti de donner aux animaux 400 g de minéral vache tarie avec 1 hépato protecteur (calcium 0,3 - Phosphore 0,1 - Magnésium 2,4 - Sodium 9,8 - VIT A, D, E Cu oligos - Oxyde de magnésie). Même si le prix de ce produit équivaut à celui d’une poudre de lait, il s’y retrouve : «Je n’ai eu qu’une seule fièvre de lait sur les 90 derniers vêlages», précise-t-il.
Vous l’aurez compris, sa stratégie s’est principalement tournée vers l’ingestion. Pour cela, il utilise de la paille broyée afin de préparer la panse à passer le plus vite possible d’un régime à 14 kg de MS à celui à 25 kg de MS. Grâce à ce régime, la vache atteint ce niveau au bout d’environ trois semaines.
L’intégration de paille broyée dans la ration des vaches taries date de 2024 et cette décision a été prise afin d’accélérer la préparation des taries, d’améliorer l’ingestion en ayant également un mélange plus homogène et moins sensible à l’échauffement et, enfin, pour préserver la mélangeuse (deux vis horizontales). Il s’agit de paille de blé issue de l’exploitation, d’abord passée à l’ensileuse puis dans une presse équipée d’un cône, au moment de la moisson, pour obtenir une majorité de brins mesurant environ 5 cm.
Guillaume insiste sur la nécessité de bien laisser sécher la paille pendant quatre à cinq jours avant cette opération. Le conditionnement se fait en grosses balles de 600 kg qui sont ensuite stockées dans un grand hangar. Guillaume souligne la prudence nécessaire pour les manipuler afin d’éviter leur éclatement si elles tombent, sans négliger la question de la sécurité des personnes.
Cette année, 30 cubes ont été produits (5 par ha sur 6 ha) pour un prix de 700 €. Ils sont utilisés exclusivement pour les taries dans une ration complète composée comme suit : 4 kg de paille broyée - 25 kg de maïs ensilage - 5 kg d’ensilage d’herbe - 400 g du minéral indiqué plus haut - 2 kg de correcteur (41 soja/colza). Les 30 cubes permettent de couvrir les besoins pour un an et demi.
Du côté économique, le coût alimentaire (177 € par 1 000 litres sur la dernière campagne), dont le niveau peut s’expliquer par un essai d’utilisation de lin dans l’alimentation (désormais abandonné) et l’utilisation du minéral vaches taries, est un point qui pourrait être amélioré. Toutefois, au niveau technique, les résultats sont satisfaisants avec une évolution de la quantité de lait produit cette année (+400 kg par vache par an), certainement grâce à l’attention portée par Guillaume aux vaches taries, et de conclure «le tarissement, c’est le début de la lactation d’après. Si on le loupe, on loupe toute la lactation…».
Produire plus de lait avec moins de vaches, c’est possible. La preuve en est avec le troupeau laitier du Gaec de l’Elan à Chazé sur Argos. Au Gaec de l’élan, chaque vache laitière produit, en moyenne, plus de 40 kg de lait par jour (avec 44 de TB et 34 de TP) .
C’est en travaillant particulièrement sur l’alimentation des vaches taries que les éleveurs ont obtenu de tels résultats. « Quand une vache est en gestation, le veau prend de plus en plus de place. Nous avons changé la ration pour accompagner ce changement. Le but étant de maintenir la capacité d’ingestion de la vache. On prépare son métabolisme à produire du lait en quantité et rapidement après le vêlage », constate l’éleveur.
Autre point de vigilance des éleveurs : le niveau d’amidon dans la ration. « Il ne doit pas dépasser les 11 à 13 % à un mois de tarissement. Cette nouvelle ration “des vaches taries leur a permis de passer de 32 à 42 kg de lait en 2 ans.
Les éleveurs ont même pu augmenter la production de lait tout en diminuant le nombre de vaches présentes. « Pour la campagne 2018-2019, le troupeau produisait 1 300 000 litres de lait pour 145 vaches présentes. Aujourd’hui, 1 520 000 litres de lait sont produits mais avec 135 vaches présentes.
Par contre, le coût alimentaire a augmenté, en moyenne, de 2 €/vache/jour. Avant, il était de 4,66 €. Aujourd’hui, il s’élève à 5,55 €. Le produit lait/vache/jour a aussi augmenté passant de 10,42 € à 15,5 €. « Conclusion, la marge nette augmente de 4,30 € », souligne l’agriculteur, convaincu par ce nouveau mode d’alimentation.
« Aujourd’hui, nous avons un bâtiment pour les vaches laitières limité à 120 places. On optimise la place. C’est à dire produire le plus possible avec chaque vache en production.
En suivant ces conseils et en adaptant les pratiques à votre exploitation, il est possible d'améliorer significativement la santé et la production de vos vaches laitières.
| Stratégie | Description | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Alimentation en deux phases | Division en une phase de rétablissement et une phase d'adaptation | Adaptation précise aux besoins | Nécessite plusieurs changements de groupes |
| Alimentation monophasée | Ration unique tout au long du tarissement | Facile à mettre en œuvre | Moins adaptée aux besoins spécifiques |
| Stratégie ciblée BACA | Réduction ciblée du BACA dans la ration | Réduit le risque de fièvre de lait | Nécessite une analyse précise des fourrages |
Il est essentiel que les vaches taries puissent être nourries séparément. C’est la seule façon de mettre en œuvre des mesures ciblées pour encourager la consommation de matière sèche (MS) et prévenir la fièvre de lait. Dans l’idéal, les vaches taries sont gardées dans un système de stabulation libre en deux groupes : « far-off » (plus de trois semaines avant le vêlage) et « close-up » (moins de trois semaines avant le vêlage).
Si les analyses de l’alimentation montrent que le BACA doit encore être abaissé, des aliments liquides contenant des sels acides peuvent être mélangés. Dans la RTM, ce sirop est volontiers consommé. Dans les systèmes avec fourrage sec et sans mélangeuse, l’utilisation d’un sirop BACA de ce type est moins appropriée. Si la correction du BACA n’est pas possible en raison de l’alimentation de base disponible, l’apport en calcium doit être régulé (entraînement au calcium).
Les résultats montrent des différences significatives dans les performances de lactation : les exploitations ayant un concept de phase tarie clair ont obtenu en moyenne environ 1000 kg de lait de plus par vache et par an que les exploitations distribuant une alimentation sans ensilage ou n’utilisant pas d’alimentation en phase tarie ciblée. Les exploitations laitières misant sur une stratégie de phase tarie ciblée (voir illustration, stratégie 3) atteignent en moyenne environ 39 kg de lait par jour les 100 premiers jours.
En outre, la fréquence de la cétose a été enregistrée à l’aide des données de l’EPL de la lactation suivante. Le rapport matières grasses / protéines (RGP) dans les 100 premiers jours de lactation en était la base, une valeur > 1,45 étant considérée comme une suspicion de cétose. Là aussi, on constate que les animaux des stratégies 1 et 2 ont été plus souvent touchés que ceux des exploitations avec concept UFA phase tarie.
Comment bien préparer le tarissement ? Les besoins d'une vaches tarie sont différents de ceux d'une vache en production. Le tarissement réussi est celui qui permet à l'animal de couvrir ses besoins d'entretien et de gestation tout en conservant un état corporel stable. L'alimentation pendant le tarissement doit donc éviter un engraissement ou un amaigrissement excessif, tout en maintenant un encombrement maximum de la panse. Le but est de conserver les capacités volumétriques d'ingestion du rumen et de limiter ainsi le déficit énergétique en début de lactation.
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