Marseille, ville ancrée dans un bassin littoral entre une couronne de collines sèches et un golfe ample parsemé d'îles, voit sa géographie imposer des limites à la cité, ceinturée d'espaces naturels remarquables. Les paysages littoraux y sont multiples, allant des petits ports nichés au creux de vallons à la longue digue du large abritant les darses et les quais de la Joliette.
Les anses sablonneuses, les rochers désolés et les cabanons des calanques contrastent avec les maisons étagées du Roucas-Blanc, les jardins et les châteaux de la Corniche, et avec le fourmillement des quartiers anciens resserrés autour du Vieux-Port. Le paysage se lit au travers des étapes du développement urbain.
Au cœur de la ville, le paysage bâti fait se côtoyer immeubles collectifs et petites maisons, cabanons et tours d’habitat social comme au vallon des Auffes. Ce mélange hétérogène, qui semble un paysage en mutation, est ailleurs l’apanage des périphéries urbaines.
Depuis la mer, le cœur de Marseille s’articule autour du Vieux-Port surveillé par les forts Saint-Nicolas et Saint-Jean et ouvert vers le large au détour du promontoire du Pharo. Le plan d’eau animé par les bateaux de pêche et de plaisance est dominé au sud par l’emblématique colline de Notre-Dame de la Garde et par l’abbaye de Saint-Victor.
Au nord, c’est la ville antique puis médiévale du quartier du Panier, tapie sur la colline des Moulins avec ses ruelles tortueuses et ses passages en calade. Les majestueuses façades de l’Hôtel-Dieu et de l’Hôtel-de-Ville construit par Pierre Puget mettent en scène le quai du Port.
Un paysage littoral exceptionnel se déroule au sud du Vieux-Port, au pied de la colline de Notre-Dame de la Garde : un relief abrupt, de larges panoramas sur les îles et Marseilleveyre au sud, sur la Côte-Bleue au nord, un belvédère sur la ville vers l’est. Le paysage bâti est exceptionnel. L’urbanisme littoral relie le centre aux plages et aux quartiers résidentiels du sud.
Dans le vallon des Auffes, les maisons de pêcheurs se serrent autour de l’anse du Mal Aisé, dominée par les trois arches du pont qui encadrent les vues vers la mer. Les “pointus” tirés sur la grève, le chaos des cabanons, les terrasses des restaurants et les venelles étroites forment un microcosme à l’écart de la ville.
Les quartiers centraux et périphériques éclatés mélangent petites maisons à jardins, lotissements, grands ensembles et zones commerciales au contact immédiat de la campagne encore cultivée ou de la garrigue des collines. Au sud, le rivage allie villégiature, loisirs et nature. Les plages du Prado correspondent à une ouverture populaire sur la mer.
La ville est blanche et grise, tachetée par la trame arborescente des avenues, des jardins et des parcs. La ville est foisonnante de ses nombreuses communautés que l’histoire a amenées par vagues successives.
« Marseille. Sous le ciel bleu, des tuiles ensoleillées, des trous d’ombre, des platanes couleur d’automne ; au loin des collines et le bleu de la mer ; une rumeur montant de la ville, avec une odeur d’herbes brûlées et des gens allaient et venaient au creux des rues noires ».
« Marseille… jolie, bâtie de grandes maisons qui ont l’air de palais. Le soleil, le grand air du Midi entrent librement dans ses longues rues. « C’est aujourd’hui la seule des capitales antiques qui ne nous écrase pas de son passé ».
Michel Serre, Joseph Vernet peignent le port au XVIIIe siècle. Au XIXe siècle, l’École de Marseille affirme un naturalisme d’avant-garde qui annonce l’impressionnisme autour d’Emile Loubon et d’Auguste Aubert. Marseille est à la fin du XIXe siècle une étape privilégiée dans les itinéraires des photographes.
Adolphe Térris illustre le terroir marseillais et les travaux urbains qui bouleversent la ville. Il s’attache à la constitution d’une mémoire visuelle de la cité. Edmond Baldus et Charles Nègre travaillent également sur la ville et ses faubourgs. Germaine Krull publie en 1935 un ouvrage sur Marseille.
D’autres grands projets sont aussi venus transformer la ville comme l’opération d’intérêt national Euromed. Depuis 1995, cette opération a permis la requalification d’un littoral portuaire dégradé pour devenir le troisième quartier d’affaires de France*.
Les grands travaux de réhabilitation ont aussi porté sur la refonte du réseau routier de la ville et plus particulièrement certaines de ses entrées : démolition de plusieurs passerelles autoroutières (La Pomme, Rabateau, Gèze, Saint-Charles…) qui marquaient les entrées de la ville, objets routiers d’un autre temps défigurant les perceptions.
Ces opérations se sont accompagnées de la construction de voies de contournement (L2 et Boulevard Urbain Sud) et la mise en souterrain de certaines (bd Allende, tunnel du Prado…). Ces transformations sont à l’origine de dynamiques parfois contraires entre un centre historique qui se réhabilite retrouvant de l’espace et une périphérie qui se densifie.
Pendant ce temps, les quartiers périphériques (Saint-Barnabé, les Caillols, Saint-Julien, Saint-Loup, Château-Gombert…) voient leurs espaces de nature disparaître consommés par un immobilier dynamique. Les grandes propriétés ou les terres agricoles ont donné les opportunités à de nouvelles opérations immobilières dont les conséquences ne sont pas uniquement l’imperméabilisation des terres, la disparition des motifs paysagers des parcs mais aussi un engorgement des rues.
L’unité de paysage est aisément lisible car inscrite dans le vaste amphithéâtre naturel des massifs. Elle est ouverte sur la mer par la large échancrure de la rade ponctuée d’îles. L’unité de paysage inclut l’ensemble des collines ainsi que la rade et les îles.
Les collines possèdent leur propre identité. Au sud, l’île de Maïre, la crête de Marseilleveyre, le mont Puget depuis la mer jusqu’à la Gineste, les crêtes du mont Carpiagne et du mont Saint-Cyr. Au nord et au nord-est, la crête de la chaîne de l’Étoile avec les Maurins, le Pic du Taoume. Au nord-ouest, la crête de l’Estaque - La Nerthe jusqu’au Cap de Méjean.
Les vallées des Aygalades, de Saint-Marcel, du Jarret et les cols de la Gineste, du Pas-de-la-Viste ménagent des effets de découverte progressive et spectaculaire sur le paysage de la ville et de la rade. Les accès au bassin de Marseille se font par des goulets, des gorges ou des vallons ressérés : le Rove, la Nerthe, les Aygalades, Septèmes-les-Vallons, la vallée du Jarret, la vallée de l’Huveaune.
Au Panier, les ruelles étroites en pente vers la mer dominent le plan d’eau fermé du Vieux Port et les quais de la Joliette. Cette trame répond au quadrillage dense et régulier des avenues arborées et des rues autour de la Canebière.
La reconstruction du quartier du Port, détruit en 1943, a bénéficié d’une architecture rigoureuse. Celle-ci a su retrouver une unité architecturale avec un jeu de pleins et de vides, de volumes et de hauteurs, de toitures et de couronnements et l’utilisation de matériaux sobres.
Un axe de composition nord-sud est alors matérialisé par l’aménagement du Cours Belsunce à l’entrée nord de la ville. L’aménagement s’inspire du cours à carrosses d’Aix-en-Provence. Il est prolongé vers le sud par la rue de Rome.
D’est en ouest, la Canebière est tracée dans l’axe du vallon du Lacydon. Les îlots bâtis, réguliers, associent hôtels particuliers en pierre de taille et immeubles plus populaires à trois fenêtres sur trois niveaux. Le tissu urbain se densifie au XIXe siècle avec l’urbanisation des jardins des hôtels particuliers et la reconstruction des îlots proches du port. Les façades sont remodelées selon le goût du jour comportant l’emploi de ciment.
La ville conserve ici sa centralité et ses quartiers “bourgeois” restent fidèles à la continuité esquissée au XVIIIe siècle au sud de la Canebière. Avec ses rues en grande partie piétonnisées, le quartier de l’Opéra et les rues adjacentes constituent aujourd’hui le centre commercial et culturel de la ville, un quartier minéral et vivant.
Le quartier Belsunce a été bouleversé par la rénovation urbaine des années 1960. Seuls quelques détails de façade (les Atlantes de la rue d’Aix) ou l’ordonnancement des travées des façades est gardent la mémoire du cours originel. Plus proche du centre, le quartier Noailles présente un tissu bâti dense de maisons étroites et d‘immeubles de pierre au riche décor. Le quartier est très animé.
Le quartier de la Plaine s’organise autour du rectangle parfait de la place Jean-Jaurès encadrée de belles façades. Un projet urbain va bouleverser le paysage de la cité : la jonction de ces quartiers nouveaux avec les quartiers commerçants et les centres de décision du sud est réalisée par la percée de la rue Impériale (actuelle rue de la République) au travers des vieux quartiers. La ligne droite imposée par Haussmann a balayé la vieille ville insalubre. Puis un axe perpendiculaire, le boulevard des Dames, est ouvert sur le nouveau port.
La cathédrale de la Major est élevée en belvédère au-dessus des quais. Le paysage urbain est austère et minéral, coupé du quartier du Panier par les hauts murs de soutènement qui marquent la saignée dans la colline. Les immeubles de pierre haussmanniens s’élèvent jusqu’à six ou sept niveaux, en longs alignements uniformes.
Le paysage bâti est remarquable dans son hétérogénéité et par sa forte identité. Les quartiers haussmanniens à la volumétrie et à la trame régulières de la Joliette et dʼArenc sont en cohérence avec le port et les bâtiments des Docks, autour de la place de la Joliette. Actuellement, ces quartiers sont en pleine mutation avec le projet Euroméditerranée. La réhabilitation de la rue de la République est en cours, la place de la Joliette a été réaménagée.
Des bassins successifs sont créés, abrités par une digue parallèle à la côte. La "grande jetée du Large" reste détachée du rivage et sa liaison à la terre est assurée par des "traverses" perpendiculaires, certaines équipées de ponts levants, qui forment les limites latérales des darses.
Côté rivage, des terre-pleins sont gagnés sur la mer en comblant les criques et en arasant les buttes littorales pour former le "quai de rive" parallèle à la digue. Ces espaces sont lotis pour accueillir les bâtiments des docks, les silos, les infrastructures routières et ferroviaires.
Les infrastructures portuaires ont évolué au gré des flux commerciaux et des techniques nouvelles de transport et de stockage. De nos jours, le stockage de conteneurs et la suprématie du transport routier sur le ferroviaire nécessitent de vastes surfaces dégagées. Les hangars sont démolis au profit de vastes aires libres. Le réseau ferré et la grille dʼenceinte du port créent une coupure avec la ville.
L’espace est scindé par les voies ferrées et surplombé par les viaducs autoroutiers. Le paysage portuaire se découvre dans sa totalité depuis les autoroutes qui offrent de larges panoramas sur l’ensemble du littoral nord.
Saint-André et Saint-Henri se sont développés au XIXe siècle sous l’impulsion et autour des tuileries qui utilisaient l’argile extraite sur place. Au pied des usines en friche, le vieux village surplombe le port et la rade. Les maisons s’étagent en désordre à flanc de colline avec leurs terrasses, leurs jardinets et leurs cours. Elles se serrent autour d’un réseau dense d’étroits chemins traversiers et d’escaliers. Il faut pénétrer dans ces ruelles jusqu’à la place de l’église qui surplombe la mer et l’on découvre alors le magnifique panorama sur le village, les ports, la rade et les îles. Plus haut et vers la Côte Bleue les entailles des anciennes carrières et les superstructures des usines en friche ont composé un paysage austère et emblématique.
La réaffectation des anciennes carrières d’argile a généré un nouveau paysage avec la création du centre commercial “Grand Littoral”. Plus près du centre ville et à proximité du port, la Cabucelle et le Canet sont deux quartiers ouvriers où se mêlent encore ateliers, hangars et habitations. Aujourd’hui, l’espace est structuré par les multiples voies routières de l’entrée nord de Marseille. Le parcours est scandé par les carrefours giratoires paysagers.
Seuil à la topographie tourmentée, la vallée des Aygalades est empruntée par les axes de communication vers le nord. Saint-Louis et Saint-Antoine sont à la sortie de la grande ville, sur la route d’Aix-en-Provence. Les immeubles et les commerces se sont étirés le long de la route à l’ombre des platanes, alternant avec les fabriques et les villas. Derrière les murs de clôture, la vigne et le figuier animent les jardinets. Le bâti ancien est modeste et les façades sont mises en valeur par des badigeons de chaux colorée.
La topographie est complexe : le paysage est marqué par le viaduc de la voie ferrée. Autour de la butte où se perchent l’église, le cimetière et un petit groupe de maisons anciennes, se juxtaposent un pavillonnaire des années trente, les tours et les barres de l’habitat social des années soixante et la trame résiduelle des bastides et de leurs domaines. Sur les versants, les carrières témoignent d’une activité très ancienne. Elles donnent une ambiance particulière au quartier avec le va-et-vient des camions et les entailles des excavations qui marquent les arrière-plans paysagers.
À l’origine, le tissu urbain s’organisait selon l’axe nord-sud de la route d’Aix. Le réseau viaire associe ruelles et boulevards arborés. Une topographie complexe de petites collines, de vallons et de cuvettes a induit une trame de rues souvent en pente abrupte procurant des échappées visuelles sur les espaces dominés.
La Belle-de-Mai est marquée par l’empreinte d’une ancienne manufacture de tabacs. Ce quartier emblématique des mouvements ouvriers a abrité différentes vagues d’immigration. Dans les rues en pente raide ou de traverse, les maisons basses à un étage voisinent avec les immeubles de rapport récents, souvent hors de proportion. Un petit pavillonnaire ancien et éclectique se cache au fond de jardins plantés de glycines et de lauriers roses. Certains îlots sont constitués autour de cours étroites : divers ateliers occupent le rez-de-chaussée, les logements à l’étage sont distribués par des balcons filants.
Saint Charles : la gare sur son promontoire domine l...
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