Cet article revient sur l’affirmation qui indique que le bénéfice de l’alimentation bio sur la prévention des cancers est avérée. La presse et les médias ont largement relayé les travaux d’une équipe française reconnue, publiée en octobre 2018 dans une revue internationale, avec la conclusion que la consommation d’une alimentation organique* en d’autres termes “bio” réduisait le risque d’incidence de certains cancers (1). Cette étude est intéressante et les auteurs ont réalisé un important travail.
Cependant il existe un certain nombre de biais méthodologiques qui ne permettent pas de soutenir les conclusions des auteurs. En effet les deux groupes de personnes évaluées diffèrent non seulement par le fait que les uns consomment une alimentation “bio”, mais également par d’autres facteurs : le sexe, l’âge de la première grossesse, facteur déterminant pour le risque de cancer du sein, la consommation de fruits et légumes, le niveau socio-économique, l’activité physique… tous facteurs susceptibles d’expliquer à eux seuls une différence.
De plus les sujets inclus dans l’étude devaient dire s’ils consommaient une alimentation “bio” de temps en temps, sans précision ni sur la quantité ni sur la durée de cette consommation. Ainsi même si cette étude met en évidence un « signal » entre alimentation « bio » et la moindre survenue d’un cancer, l’Académie nationale de médecine considère qu’à ce jour, au vu de cette seule étude, le lien de causalité entre alimentation « bio » et cancer ne peut être affirmé et invite à la prudence dans l’interprétation trop rapide de ces résultats.
ACADÉMIE NATIONALE DE MÉDECINE, 16 rue Bonaparte - 75272 Paris cedex 06 Tél. Association of Frequency of Organic Food Consumption with Cancer Risk: Findings from the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study.Baudry J, Assmann KE, Touvier M, Allès B, Seconda L, Latino-Martel P, Ezzedine K, Galan P, Hercberg S, Lairon D, Kesse-Guyot E.JAMA Intern Med.
Menée sur près de 70 000 personnes volontaires pendant 4 ans, l’étude est très sérieuse. Durant la période de l’étude, 2,2 % des personnes qui ne consommaient pas ou très peu d’aliments « bio » ont développé un cancer, contre 1,6 % chez les plus grands consommateurs de «bio». En fait, une étude de ce type peut montrer une coexistence mais pas affirmer un lien de causalité.
Par exemple, la méthodologie utilisée manque de précision notamment sur la quantité et la fréquence des aliments «bio» consommés. Par contre, des liens ont effectivement été constatés entre l’exposition professionnelle à des pesticides par exemple chez les agriculteurs, bien plus forte que celle qui peut être liée à notre alimentation, et l’augmentation du risque de certains cancers.
En effet, chaque année, 19 000 cas de cancers sont attribuables à une alimentation déséquilibrée. Le bénéfice aujourd’hui prouvé d’une alimentation « bio » est son impact sur l’environnement.1 Baudry J, Assmann KE, Touvier M, Allès B, Seconda L, Latino-Martel P, Ezzedine K, Galan P, Hercberg S, Lairon D, et Kesse-Guyot E, Association of Frequency of Organic Food Consumption with Cancer Risk, Findings from NutriNet-Santé Prospective Cohort Study, JAMA Intern Med.
Dans cette étude de cohorte prospective menée en population générale auprès de volontaires adultes français, nous avons inclus des données provenant de participants disposant d’informations sur la fréquence de consommation d’aliments biologiques et l’apport nutritionnel. Pour 16 produits, les participants ont déclaré leur fréquence de consommation d’aliments biologiques (jamais, occasionnellement ou la plupart du temps). Un score de consommation d’aliments biologiques (étendue de 0 à 32 points) a ensuite été calculé.
Parmi les 68 946 participants (78 % de femmes ; âge moyen (écart-type) au début du suivi, 44,2 [14,5] ans), 1 340 cas incidents de premier cancer ont été identifiés au cours du suivi, les plus fréquents étant 459 cancers du sein, 180 cancers de la prostate, 135 cancers de la peau, 99 cancers colorectaux, 47 lymphomes non hodgkiniens et 15 autres lymphomes.
Une plus grande fréquence de consommation d’aliments biologiques était associée à une réduction du risque de cancer.
Manger bio régulièrement réduirait les risques de cancer, certains internautes en sont persuadés. Il existe une étude sur l'alimentation bio et la diminution du risque de cancer, publiée en 2018. Elle a été menée entre autres par des chercheurs de l’INRA et de l’Inserm. Durant 4 ans et demi, près de 69 000 personnes répondaient quotidiennement à des questionnaires sur leur alimentation. D’autres facteurs ont été pris en compte : la consommation d’alcool, le tabagisme, le niveau d’éducation et les revenus.
"Une diminution de 25% du risque de cancer a été observée chez les consommateurs 'réguliers' d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels", explique l’étude. La réduction du risque est significative pour le cancer du sein et le lymphome non hodgkinien. Une explication serait l’absence de pesticides dans le bio. Ces fruits et légumes produisent plus d’antioxydants, qui ont des effets positifs sur notre santé.
Denis Lairon, directeur de recherche émérite à l’Inserm : Globalement, oui. Avec les centaines d’études scientifiques dont on dispose sur différents aspects de l’agriculture biologique, dont la santé, il y a déjà beaucoup d’éléments d’informations pour en tirer des conséquences. Elles pointent la qualité nutritionnelle des aliments bio, c’est-à-dire ce qu’ils apportent en termes de nutriments.
Les aliments végétaux bio contiennent plus de matière sèche (moins d’eau), souvent plus de minéraux (magnésium), davantage d’antioxydant comme la vitamine C (jusqu’à 50 % de plus). En l’occurrence, les légumes bio contiennent en moyenne 50% de moins de nitrates qui s’accumulent dans les végétaux (racines et feuilles). Les céréales bio, elles, ont moins de cadmium et sont souvent peu raffinées (pâtes et pains complets, etc.). Ce qui explique le différentiel entre les aliments végétaux bio et non bio, c’est surtout les méthodes de fertilisation et de rotations des cultures.
Quasiment un aliment végétal sur deux est contaminé par au moins un résidu de pesticides de synthèse, selon un rapport publié en 2018 de l’agence sanitaire européenne (Efsa) qui analyse tous les cinq ans 85 000 échantillons de produits végétaux. Un tiers des échantillons ont des contaminations multiples par des résidus de pesticides - c’est le cas des pommes notamment. Si on prend les aliments bio, la contamination par des résidus de pesticides de synthèse était de 1,9 % en France et 6,5 % au niveau européen.
Cette étude s’inscrit dans la plus grande étude au monde sur le sujet, BioNutriNet, et est basée sur la cohorte d’adultes Nutrinet-Santé (plus de 100 000 personnes) suivis depuis 2009 en France. Dans les taux de cancers parmi les plus fréquents dans la cohorte, on a vu de très fortes différences pour le cancer du sein chez la femme ménopausée (-34%) et le lymphome non hodgkinien (-75 %). Nous avons aussi montré une réduction du risque de surpoids (-23%) et d’obésité (-31%), de risque cardio-vasculaire (-31%) et de diabète de type 2 (-35%).
L’influence que pourrait avoir la qualité intrinsèque de l’alimentation bio est difficile à quantifier de façon précise. En revanche, on a quantifié les impacts de la contamination de l’alimentation par des mélanges de pesticides : on a montré un risque fortement diminué d’avoir un cancer du sein postménopause ou un diabète de type 2 quand on n’est pas exposé à un certain mélange.
Les données scientifiques sont là, françaises et aussi étrangères, il faut les prendre en considération. Cet entretien est tiré du dernier numéro de Campagnes solidaires, la revue mensuelle de la Confédération paysanne.
Plusieurs études montrent des bénéfices de l’alimentation bio, notamment des risques moindres de certains cancers, de surpoids et d’obésité, de malformations congénitales. Les spécialistes insistent sur la cohérence d’ensemble de ces résultats, même si leur nombre reste trop faible pour que les liens de causalité soient incontestablement établis.
Lorsqu’ils lancent leur expérience, en 2017, les chercheurs du Centre d’études biologiques de Chizé (CNRS, université de La Rochelle) et du laboratoire Biogéosciences (CNRS, université de Bourgogne) n’envisagent pas de répondre à une question de santé publique, mais plutôt d’écologie. « Nous cherchions à savoir comment la contamination de l’environnement par de faibles doses d’un mélange de pesticides, c’est-à-dire ce que l’on rencontre dans les zones agricoles, pouvait affecter la survie d’oiseaux des champs comme la perdrix grise, raconte le biologiste et écologue Jérôme Moreau, de l’université de La Rochelle. Trouver un protocole expérimental qui mime ces conditions de vie, pour les comparer à une situation où les animaux ne sont pas ou très peu exposés, était compliqué : nous avons donc choisi de jouer sur la nourriture des oiseaux. »
Pendant plusieurs mois, les chercheurs ont élevé deux groupes de perdrix grises (Perdix perdix), les premières nourries avec du blé et du maïs issus de l’agriculture biologique, les autres avec les mêmes céréales, mais obtenues par l’agriculture conventionnelle. L’objectif est d’observer l’impact des traces de pesticides de synthèse - proscrits en agriculture biologique - présentes dans l’alimentation des oiseaux. « Certains collègues nous disaient qu’on ne verrait aucun effet. Au contraire, les résultats ont été frappants et nous ont surpris », raconte M. Moreau.
En quelques semaines d’expérience seulement, les « perdrix conventionnelles » voient leur système immunitaire déréglé par rapport à celui des « perdrix biologiques », leur taux de globules rouges réduit, la quantité de parasites intestinaux augmentée. Publiés en 2021 dans Environmental Pollution, ces résultats montrent en outre que les femelles conventionnelles pondent des œufs plus petits, à la coquille moins épaisse ; elles ont aussi accumulé plus de masse graisseuse et sont d’une corpulence plus forte que les « biologiques ». Quant aux mâles, leur plumage est moins coloré.
Ces effets modulés selon le sexe pourraient être liés, selon les chercheurs, aux propriétés de perturbateur endocrinien de certains pesticides.
L’agriculture biologique constitue un mode de production qui trouve son originalité́ dans le recours à des pratiques culturales et d’élevage soucieuses du respect des équilibres naturels. Ainsi, elle exclut l’usage des produits chimiques de synthèse, des OGM et limite l’emploi d’intrants (8 sept.
Si nous analysons cette définition, nous constatons qu’il est écrit « elle exclut l’usage des produits chimiques de synthèse ». Cela n’exclut pas totalement les pesticides, mais uniquement les pesticides de synthèse. Prenons l’exemple de la bouillie bordelaise (sulfate de cuivre). Ce fongicide est utilisé dans l’agriculture biologique de la vigne ou la pomme de terre.
La présence du logo eurofeuille, certifie que le producteur n’a pas utilisé de pesticides ou d’engrais chimiques ou qu’il a respecté une alimentation bio pour les animaux avec un recours limité aux antibiotiques et un respect du bien-être animal. Ce qui ne garantit pas que le produit est meilleur pour l’environnement ou la santé.
Le lait bio est moins riche en iode de 44% que le lait de l’agriculture conventionnel. L’iode est impliqué notamment dans la synthèse des hormones thyroïdiennes ainsi que dans de grandes fonctions de régulation de l’organisme. Encore un contre-exemple : le saumon bio est plus contaminé que le saumon non bio. En étudiant le sujet, il apparaît que le saumon bio est nourri au moyen de farines de poissons contaminés. Allons plus loin, le saumon est source de métaux lourds, le Mercure, et aussi source de Sélénium, micronutriment détoxifiant.
L’une des premières études prospectives sur le bio est une étude britannique « The Million Women Study» publiée en 2014. Organic food consumption and the incidence of cancer in a large prospective study of women in the United Kingdom JAMA Intern Med. 2018;178(12):1597-1606. L’autre étude sur le bio est une grande étude française NutriNet qui a interrogé 70 000 personnes (78 % de femme âgé en moyenne de 44 ans) sur 4 ans et demi (écart type 2 ans). NutriNet est une étude observationnelle et pas une étude interventionnelle donc on ne doit pas conclure à une causalité.
Source: Baudry et al. Association of Frequency of Organic Food Consumption With Cancer Risk Findings From the NutriNet-Santé Prospective Cohort Study. JAMA Intern Med. Published online October 22, 2018. Des chercheurs d’Harvard (Jamanetwork) évoquent en lien entre une consommation importante de produits bio et une diminution du risque concernant le cancer du sein post-ménopause et le lymphome non hodgkinien. La petite cohorte de personnes intégrées dans cette étude ne permet pas de conclure. Selon l’INRA, manger bio permet réduit le risque de syndrome métabolique et de diabète.
Le prix des produits bio serait en moyenne 75 % plus élevé que celui de produits issus d’une agriculture conventionnelle. C’est ce que révèle une étude réalisée par linéaires, le magazine mensuel de la distribution alimentaire, sur les 218 catégories de produits qui dépassent un million d’euros de chiffres d’affaires, rapporte BFM TV. Le projet Diet4Trans a analysé les rythmes saisonniers des consommations alimentaires et les différences entre les groupes sociaux dans leurs habitudes de conso. Une association claire avec le statut socioéconomique apparaît.
Préférez certains produits bio. Lavage à l’eau courante + vinaigre de vin blanc ou de cidre. Ne nous trompons pas de combat et ne diluons pas le message. Nous pouvons conclure que dans le monde de l’alimentation, du Bio et de la Santé tout n’est pas tout blanc, tout noir. Rien n’est totalement bon et rien n’est totalement mauvais (à condition que ce soit de temps en temps) pour notre santé.
Des chercheurs du centre de recherche en Epidémiologie et Statistiques Sorbonne Paris Cité (Inra/ Inserm/Université Paris 13/CNAM) ont mené une étude épidémiologique basée sur l’analyse d’un échantillon de 68 946 participants (78% de femmes, âge moyen 44 ans) de la cohorte française NutriNet-Santé (voir encadré ci-dessous). Leurs données relatives à la consommation d’aliments bio ou conventionnels ont été collectées à l’inclusion, à l’aide d’un questionnaire de fréquence de consommation (jamais, de temps en temps, la plupart du temps) pour 16 groupes alimentaires[1]. Des caractéristiques sociodémographiques, de modes de vie ou nutritionnelles ont également été prises en compte dans cette analyse.
Au cours des 7 années de suivi (2009-2016), 1 340 nouveaux cas de cancers ont été enregistrés et validés sur la base des dossiers médicaux. Une diminution de 25% du risque de cancer (tous types confondus) a été observée chez les consommateurs « réguliers » d’aliments bio comparés aux consommateurs plus occasionnels.
Cette association était particulièrement marquée pour les cancers du sein chez les femmes ménopausées (-34 % de risque, score bio élevé versus bas) et les lymphomes (-76 % de risque). La prise en compte de divers facteurs de risque pouvant impacter cette relation (facteurs sociodémographiques, alimentation, modes de vie, antécédents familiaux) n’a pas modifié les résultats.
Plusieurs hypothèses pourraient expliquer ces données : la présence de résidus de pesticides synthétiques beaucoup plus fréquente et à des doses plus élevées dans les aliments issus d’une agriculture conventionnelle, comparés aux aliments bio. Autre explication possible : des teneurs potentiellement plus élevées en certains micronutriments (antioxydants caroténoïdes, polyphénols, vitamine C ou profils d’acides gras plus bénéfiques) dans les aliments bio.
Les conclusions de cette étude doivent être confirmées par d’autres investigations conduites sur d’autres populations d’étude, dans différents contextes. Néanmoins, ces résultats soutiennent les recommandations du Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) émises en 2017 pour les futurs repères alimentaires du Programme National Nutrition Santé (PNNS) visant à privilégier les aliments cultivés selon des modes de production diminuant l’exposition aux pesticides pour les fruits et légumes, les légumineuses et les produits céréaliers complets.
[1] Fruits, légumes, produits à base de soja, produits laitiers, viande/ poisson/œufs, féculents/légumes secs, pain/céréales, farine, huiles/condiments, plats préparés, café/thé/infusions, vin, biscuits/chocolat/sucre/confiture, autres aliments, compléments alimentaires.
Il s’agit d’une étude de cohorte nationale réalisée sur une large population d’adultes volontaires (qui deviennent des Nutrinautes après inscription) lancée en 2009, dont l’objectif est d’étudier les relations nutrition-santé. Le recrutement de nouveaux volontaires pour participer à l’étude NutriNet-Santé se poursuit.
tags: #alimentation #bio #et #cancer
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