Le monde imperceptible des microorganismes peuplant notre microbiote intestinal révèle progressivement des secrets surprenants sur notre santé. Ces dernières années, le microbiote intestinal a captivé l’attention des chercheurs, non seulement pour son impact primordial sur la santé humaine, mais également pour son lien intriguant avec les troubles du spectre autistique (TSA).
Le microbiote intestinal est un ensemble complexe de micro-organismes résidant dans le tractus digestif. Il comprend des bactéries en majorité, ainsi que des levures, des virus, et d’autres microbes. Cet écosystème joue un rôle central dans plusieurs fonctions vitales telles que la digestion des aliments, la régulation du système immunitaire et la communication avec le cerveau via l’axe intestin-cerveau.
Le microbiote intestinal est un univers fascinant et complexe composé de milliards de micro-organismes qui peuplent notre système digestif. Ces micro-organismes, comprenant principalement des bactéries, mais aussi des levures, virus et phages, jouent un rôle fondamental dans notre santé et notre bien-être au quotidien. Au cours de notre développement, de l’enfance à l’âge adulte, cet écosystème évolue et se stabilise, influencé par notre alimentation et notre mode de vie. L’équilibre du microbiote intestinal est crucial pour la digestion, la santé immunitaire, et la communication entre l’intestin et le cerveau, un axe vital particulièrement mis en lumière dans les recherches récentes sur l’autisme et d’autres troubles neurodéveloppementaux.
En soutenant à la fois le système nerveux et immunitaire, le microbiote intestinal contribue significativement aux fonctions métaboliques et empêche les bactéries nocives de proliférer. Le microbiote intestinal est essentiel pour maintenir un équilibre optimal qui soutient le système immunitaire et prévient la prolifération de bactéries nuisibles.
Une dysbiose intestinale, marquée par une diminution de la diversité bactérienne, peut perturber cet équilibre et entraîner divers problèmes de santé. Une altération de cet équilibre, appelée dysbiose, est liée à diverses maladies telles que les troubles immunitaires, les maladies chroniques de l’intestin, les allergies et les troubles neurodéveloppementaux comme l’autisme. Les perturbations du microbiote intestinal peuvent être comparées à un déséquilibre écologique, complexe et sensible, affectant négativement la digestion, l’immunité et la santé mentale.
L’hypothèse d’un lien entre microbiote intestinal et troubles du spectre autistique suscite un vif intérêt depuis plusieurs années au sein de la communauté scientifique. Il est vrai que les preuves des relations entre le microbiote intestinal et certaines maladies neuropsychiatriques s’accumulent. De plus, des études sur la souris auraient montré qu’une transplantation fécale de patients autistes générait des « comportements autistiques ». Enfin, ces patients autistes souffrent fréquemment de problèmes gastro-intestinaux.
Les troubles du spectre de l’autisme (TSA) se caractérisent par une grande diversité de problèmes comportementaux, linguistiques et sociaux. Cette hétérogénéité rend les TSA particulièrement complexes à traiter. Parmi les facteurs potentiels d’aggravation des symptômes, on retrouve la neuro-inflammation. Celle-ci pourrait résulter de processus inflammatoires au niveau cérébral, perturbant le fonctionnement du système nerveux central. De plus, certains chercheurs suggèrent que des perturbations précoces du microbiote intestinal peuvent influencer le développement cérébral, potentiellement favorisant l’apparition des TSA.
L'hyperperméabilité intestinale est une condition souvent observée chez les personnes avec des TSA, caractérisée par une fuite de nutriments, bactéries et déchets toxiques à travers la barrière intestinale vers le flux sanguin et le cerveau. Dans une étude, un rapport accru de lactulose/mannitol a été décelé chez 76 % des adultes autistes, indiquant une hyperperméabilité intestinale significative. Cette condition est propice à une réponse auto-immune déclenchant divers symptômes comme un brouillard mental, des allergies et une fatigue chronique.
La dysbiose intestinale chez les personnes atteintes de TSA représente une altération notable du microbiote intestinal, pouvant se comparer à un écosystème en déséquilibre lorsqu'une certaine diversité bactérienne fait défaut. Cette diminution de la diversité est corrélée à divers problèmes de santé à court et long terme, notamment des maladies immunitaires, le diabète de type 1 et 2, ainsi que des troubles neurodéveloppementaux comme les TSA. Le rôle du microbiote intestinal est crucial dans la communication bidirectionnelle entre l'intestin et le cerveau. Ainsi, une dysbiose peut effectivement contribuer à l'apparition de pathologies neurologiques.
L'inflammation chronique du microbiote est souvent à l'origine d'un cercle vicieux qui déstabilise le microbiote intestinal, conduisant à une augmentation de la perméabilité de la paroi intestinale. Cette perméabilité permet aux résidus, toxines, virus et bactéries de pénétrer dans le système, activant le système immunitaire et entraînant une inflammation chronique. Une fois enclenchée, cette inflammation altère continuellement le microbiote intestinal, aggravant davantage les dysfonctionnements observés.
Les scientifiques se penchent depuis quelques années sur la manière dont les 200 millions de neurones du système nerveux entérique communiquent avec les neurones du cerveau à travers l’axe intestin-cerveau. Il est ainsi intéressant de noter que 95% de la sérotonine est produite au niveau de l’intestin et prend part aux échanges entre le cerveau et l’intestin via le nerf vague. La sérotonine est un neurotransmetteur, parfois aussi appelé « hormone de la sérénité » qui régule une vaste gamme de fonctions comme l’humeur ou le comportement. En effet, des études indiquent que le microbiote intestinal participe à la communication entre l’intestin et le cerveau et influence le fonctionnement cérébral à travers ses diverses fonctions métaboliques, et un dialogue direct avec le système immunitaire et les neurones.
Les recherches sur la relation entre le microbiote intestinal et les troubles du spectre autistique (TSA) ont évolué avec des résultats intrigants mais parfois contrastés. De nombreux auteurs ont contribué à la compréhension du lien entre microbiote et autisme.
Aiguillonnées par ce faisceau d’indices, de nombreuses équipes ont cherché à mettre en évidence un rôle majeur, voire causal, d’une dysbiose intestinale dans l’autisme. Mais en considérant l’ensemble de ces études et les méta-analyses déjà réalisées sur le sujet, une équipe de chercheurs australiens a estimé qu’en tirer une telle conclusion était aller trop vite en besogne.
Dans le cas de l'homme, au sein de la fondation FondaMental, une collaboration entre les équipes spécialistes du syndrome d'Asperger et de l'autisme de haut niveau et les équipes de l'Inra (Métagénopolis) a analysé une quinzaine d'études, réalisées depuis 2002, sur le microbiote intestinal de près de 500 patients atteints de troubles du spectre autistique. Malgré l'hétérogénéité des méthodes et des résultats, les données préliminaires de ces études confirment l'existence d'anomalies du microbiote des patients.
Une étude impliquant 247 enfants n’a pas mis en évidence de lien direct significatif entre le diagnostic d’autisme et la composition du microbiote. Cependant, plusieurs études ont mis en avant des associations entre la population microbienne intestinale et l’autisme, suggérant que certaines souches bactériennes, comme Lactobacillus reuteri, pourraient influencer positivement les interactions sociales chez les personnes autistes. Les résultats obtenus sur des souris, utilisées comme modèles expérimentaux, ont permis de mieux comprendre les mécanismes impliqués, notamment l'amélioration du comportement social après administration de L. Reuteri.
Une étude menée au Canada en 2005 a mis en avant l’impact significatif des habitudes alimentaires sur le microbiote intestinal chez les enfants autistes. Les chercheurs ont observé que ces enfants ont souvent un régime alimentaire moins diversifié, ce qui conduit à une réduction de la diversité bactérienne dans leurs intestins. Cette réduction est principalement due à des préférences alimentaires spécifiques et répétitives, caractéristiques de nombreux enfants autistes. En outre, l’étude a constaté que ces habitudes alimentaires spécifiques pouvaient entraîner des selles plus molles, un indicateur potentiel de déséquilibre du microbiote. Les résultats soulignent l’importance de prendre en compte les habitudes alimentaires dans l’étude de l’autisme et du microbiote, tout en posant la question de la causalité entre ces deux éléments.
Les chercheurs ont donc réalisé une étude métagénomique du microbiote intestinal de 247 enfants australiens (dont 99 avec diagnostic d’autisme et 148 sans). Leurs analyses ont également intégré de nombreuses autres données connues pour impacter le microbiote intestinal : nutritionnelles, cliniques, génétiques, psychométriques, démographiques… Ils ont trouvé que la composition du microbiote intestinal des enfants présentait des différences négligeables en fonction du diagnostic d’autisme ou non. Seule l’abondance de l’espèce Romboutsia timonensis semblait être associée aux troubles du spectre autistique.
Par contre, l’étude révèle des variations de composition du microbiote intestinal chez les enfants autistes en fonction de l’alimentation, de la consistance des selles et de l’âge. Or certains traits autistiques, comme les intérêts réduits, les comportements répétitifs et les préférences sensorielles marquées peuvent influer sur l’alimentation. Selon les chercheurs, l’autisme engendrerait une alimentation moins variée donc de moins bonne qualité. Largement relayée dans les médias, cette publication va à l’encontre des théories sur le lien entre microbiote intestinal et autisme.
| Étude | Principales conclusions |
|---|---|
| Étude canadienne (2005) | Habitudes alimentaires spécifiques des enfants autistes conduisent à une réduction de la diversité bactérienne intestinale. |
| Étude australienne (247 enfants) | Composition du microbiote intestinal peu différente selon le diagnostic d'autisme, mais varie en fonction de l'alimentation, de la consistance des selles et de l'âge. |
| Études sur Lactobacillus reuteri | Associations entre certaines souches bactériennes et amélioration des interactions sociales chez les personnes autistes. |
Les troubles gastro-intestinaux sont fréquemment associés aux TSA, y compris des difficultés digestives liées aux glucides. Une intervention innovante, telle que la greffe de microbiote, a permis une réduction significative des symptômes gastro-intestinaux chez les personnes autistes au terme d’un traitement de 10 semaines. La modulation du microbiote intestinal apparaît ainsi comme une approche prometteuse pour atténuer certains symptômes de l’autisme.
Ainsi, la restauration de la symbiose hôte-microbiote par des essais cliniques pourrait atténuer les symptômes comportementaux chez les personnes atteintes de TSA. Cibler les bactéries dans l'intestin, par l'alimentation, les suppléments pro-et prébiotiques, la transplantation fécale voire les antibiotiques, pour traiter l'autisme.
Le transfert de microbiote intestinal (TMI) émerge comme une option prometteuse pour traiter les TSA en raison de ses effets bénéfiques observables à long terme. Cette thérapie implique une série d’étapes précises, comprenant un pré-traitement par la vancomycine, un lavement intestinal, et l’utilisation de suppresseurs d’acide gastrique, suivi d’un transfert de microbiote fécal quotidien pendant 7 à 8 semaines. Les résultats de recherches ont montré des améliorations persistantes des symptômes gastro-intestinaux et comportementaux jusqu’à deux ans après le traitement.
La thérapie de transplantation de microbiote fécal (MTT) se distingue par ses effets bénéfiques à long terme sur les enfants atteints de TSA. Des améliorations notables de la santé intestinale accompagnées d'une réduction significative des symptômes comportementaux ont été observées au cours de deux ans suivant le traitement. De plus, l'introduction de bactéries bénéfiques lors de la MTT a entraîné une amélioration significative des symptômes gastro-intestinaux. Les changements positifs dans le comportement des enfants avec TSA ont également été remarquablement soutenus, avec des parents rapportant une réduction progressive des symptômes.
Des approches telles que la transplantation de microbiote fécal ont démontré un potentiel certain, avec des résultats prometteurs réduisant les symptômes de l'autisme de 50% chez certains participants, deux ans après l'intervention. Parallèlement, l'axe intestin-cerveau offre une avenue thérapeutique innovante, promettant un traitement spécifique selon le profil microbien et symptomatique de chaque individu autiste.
Bien que les méthodes analytiques et les facteurs tels que l’alimentation et l’âge compliquent l’identification d’un profil microbien distinct chez les personnes autistes, des initiatives sont en cours pour explorer des interventions thérapeutiques. L'un des défis majeurs dans le traitement des TSA en lien avec le microbiote est de trouver des stratégies efficaces pour minimiser les facteurs de risque liés à la dysbiose intestinale.
Il reste à identifier les souches de bactéries impliquées. L'hypothèse qui nous paraît la plus probable est que, dans un premier temps, une population bactérienne intestinale interfère avec le dialogue normal microbiote-intestin. Ces bactéries pathogènes créeraient des inflammations au niveau de la paroi digestive. La réponse inflammatoire déclencherait par la suite une fragilité de la barrière intestinale, fragilité qui a été mise en évidence chez les patients autistes dès 1996 par l'équipe de Patrizia D'Eufemia, de l'université La Sapienza de Rome.
Les zones cérébrales ciblées par les produits bactériens et impliquées dans le déclenchement de l'autisme chez l'homme restent à identifier. Le scénario esquissé ci-dessus est à confirmer. Plus important, une meilleure compréhension du rôle des microbes permettra peut-être un jour de traiter efficacement ces pathologies très répandues.
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