Secteur Agroalimentaire au Maroc : Chiffres Clés et Analyse

Le secteur agroalimentaire est l’un des secteurs moteurs de l’économie marocaine. En effet, il contribue à hauteur d’un tiers du PIB industriel et 8 % du PIB national pour une production de plus de 5,4 milliards d’euros et dégage 1,6 milliards d’euros de valeur ajoutée. Le secteur agro-industriel occupe une place stratégique dans l'économie marocaine.

Il compte plus de 1700 entreprises qui représentent 25% du total des établissements industriels. Avec 1767 entreprises, l’agroalimentaire emploie d’une manière directe 15 % des salariés (63830 salariés) du secteur industriel et crée parallèlement plusieurs emplois dans différents secteurs (Agriculture, transport, emballage, industrie chimique,…). Ainsi nous pouvons dire que le secteur agroalimentaire est un pilier de l’économie marocaine et une source importante de rentrée de devises.

Aperçu du secteur agricole marocain

L’agriculture couvre 8,7 Mha de terres cultivées, dont 18% sont irrigués, et environ 30 Mha de parcours sont exploités par l’élevage. L’agriculture pluviale, en particulier la céréaliculture, dépend fortement des précipitations et l’autosuffisance céréalière varie selon les années de 30% à 75%. Le secteur agricole et de la pêche représentait 11,7% du PIB en 2020 et joue un rôle fondamental en matière d’emplois et d’activités, notamment en milieu rural. 70% de la population rurale en est directement dépendante.

La superficie agricole utile représente environ 30% de la totalité du territoire, soit 348 463 ha. Il représente le premier secteur manufacturier du pays, très loin devant le textile.

Le Maroc s’est doté en 2008 d’une politique ambitieuse, le « Plan Maroc Vert » (PMV), qui a permis par des mesures spécifiques d’appuyer le développement des exploitations commerciales et l’intégration des petits exploitants dans les filières d’approvisionnement nationales et internationales.

AFRICA NEWS ROOM - Maroc : Plan Maroc Vert au coeur de l'agriculture (2/3)

En 10 ans, les investissements dans le secteur agricole ont atteint 104 milliards de dirhams (Md MAD), soit près de 10 milliards d’euros, dont 41 Md MAD de fonds publics (3,8 Md€) et 63 Md MAD de fonds privés (5,9 Md€). L’investissement public a été focalisé sur les infrastructures d’irrigation et d’aménagement hydro-agricole (60 %), sur le développement de l’agriculture solidaire (15%) et sur le développement des filières de production (13%).

En 10 ans, le secteur agricole a vu son PIB augmenter de 60% (passant en 2008 de 77 Md MAD soit 7,2 Md€ à 125 Md MAD soit 11,7 Md€ en 2018), soit une croissance annuelle moyenne de 5,25%, supérieure au rythme de croissance de l’économie nationale (+ 3,4%). Les exportations agricoles ont plus que doublé en valeur et ont connu une profonde diversification (tomates + 213%, haricots verts + 167%, poivrons + 366%, fraises + 90%, huile d’olive + 528%).

Pêche et aquaculture

Le secteur de la pêche et de l’aquaculture représentait 1,1% du PIB marocain en 2019 (2,3% si on ajoute la transformation des produits de la mer) et croît depuis à un rythme annuel de 12%.

Importations et Exportations

Le Maroc exporte principalement des produits de la mer et des fruits et légumes. Il est déficitaire en céréales, en sucre et en huiles. En 2021, le Maroc a exporté pour 61,5 Md MAD (5,9 Md€) de produits agroalimentaires et en a importé pour 60 Md MAD (5,7 Md€), soit une situation quasi-équilibrée.

La branche agroalimentaire représente le quart de la production et de l'investissement du secteur industriel. Par ailleurs, la valeur de la production de l'industrie agroalimentaire est estimée à 50 milliards de dirhams dont 14% sont exportés.

Importations

La plupart des produits agroalimentaires sont importés de l’Union Européenne. Les importations de produits agroalimentaires en provenance de l’UE se sont élevées à 286 millions d’€. Les importations sont composées essentiellement de 5 produits qui totalisent 46 % : produits laitiers (beurre, lait, fromages), huiles végétales brutes, tabac, vins et alcools.

Exportations

Elles sont constituées de 79 % de 4 produits (huile d’olive, conserves de légumes, de boyaux et de poissons) et sont essentiellement tournées vers l’Union Européenne qui absorbe environ :

  • 80% des exportations marocaines de produits végétaux transformés ;
  • 60% des exportations marocaines de produits de la pêche.

Accords commerciaux

Le Maroc possède un accord d’association avec l’Union européenne (UE), entré en vigueur en 2000 et un accord agricole entré en vigueur en 2012. C’est un des rares pays à bénéficier du statut avancé avec l’UE, qui a bénéficié d’un plan d’action important parallèlement à la libéralisation progressive des échanges de produits agroalimentaires.

La coopération institutionnelle entre la France et le Maroc dans le secteur agricole est ancienne et diversifiée. Plusieurs conventions et protocoles de coopération vivent ou sont en cours de reconduction dans les domaines institutionnels, vétérinaires, phytosanitaires, de l’enseignement, de la formation et de la recherche agronomique et vétérinaire, ainsi que dans la santé publique.

Situation commerciale récente (2024)

Après s’être amélioré 2023, le déficit commercial du Maroc se dégrade en 2024 et atteint 28,7 Md EUR en 2024 (+6,8 %). Cette aggravation résulte d’une progression des importations et des exportations quasiment au même rythme, dans un contexte de déficit déjà conséquent. Les importations ont progressé de +6,4 % portées par les achats de biens d’équipement (+13 %), de produits de consommation (+10,7 %) et de demi-produits (+8 %), tandis que la facture énergétique a reculé de -6,7 %.

Les exportations se sont établies, pour leur part, à 43 Md EUR (+6,1 %), soutenues par la progression des phosphates et dérivés (+13,5 %), de l’automobile (+6,3 %), de l’aéronautique (+14,9 %) et de l’agriculture-agroalimentaire (+9,1 %). Les échanges commerciaux du Maroc avec le reste du monde ont globalement progressé de +6,3 % au titre de l’exercice écoulé, contre une baisse de -1,7 % en 2023.

Les performances des principaux écosystèmes industriels du pays - automobile, phosphates, agroalimentaire et aéronautique - se confirment en 2024, à l’exception du textile. Le secteur automobile maintient sa position de premier poste d’exportation avec 14,85 Md EUR (+6,3 %), porté par l’écosystème construction et le câblage. Placé au cœur de la stratégie d’industrialisation du Royaume, il demeure un soutien de la compétitivité marocaine.

Le secteur des phosphates et dérivés retrouve une dynamique positive après un recul en 2023 et redevient le deuxième exportateur du Royaume avec 8,21 Md EUR (+13,5 %). Cette progression reflète, pour le phosphate brut, un effet-prix favorable à la demande, alors que le prix de l’engrais repart à la hausse en 2024. Le secteur agricole et agroalimentaire confirme sa résilience, avec des exportations de 8,2 Md EUR, soutenues par la bonne tenue des produits agricoles malgré la persistance de contraintes hydriques structurelles.

Le secteur aéronautique affiche une forte progression (+14,9 %), tirée principalement par l’écosystème assemblage, et illustre la capacité du Maroc à s’ancrer dans les chaînes mondiales de haute technologie.

Partenaires Commerciaux

En 2024, l’Europe reste le principal partenaire du commerce extérieur marocain, avec 62 % des échanges (contre 63,2 % en 2023). L’Espagne demeure le premier partenaire (29,1 % des échanges), suivie de la France (21 %), qui se distingue par un excédent bilatéral favorable au Maroc, contrairement à l’Espagne dont les flux pèsent davantage sur le déficit. La baisse relative de la part européenne des échanges en 2024 profite directement à l’Asie, qui atteint 20,1 % des échanges (18,9 % en 2023). La Chine en est le principal moteur : ses échanges progressent de +1,3 Md EUR (+18,4 %), soit l’équivalent de la perte européenne, mais au prix d’un déficit bilatéral record pour le Maroc.

Quant au continent américain, les échanges du Maroc ont progressé de +6,1 % pour atteindre 12 % des échanges totaux, captés à deux tiers par les Etats-Unis. Vis-à-vis de l’Afrique, les échanges commerciaux se sont stabilisés à 5,3 Md EUR, reflétant la volonté persistante du Maroc de renforcer sa diversification régionale, sans changement majeur dans la structure des flux.

Dynamique des importations

En 2024, la dynamique des importations du Maroc est portée à la fois par les entreprises et par les ménages. Celles-ci se sont établies à 71,8 Md EUR, soit en hausse de +6,4 % après le repli de 2023 (-2,9 %). Cette progression est tirée principalement par les produits finis d’équipement (17,0 Md EUR), qui contribuent pour près de la moitié à la hausse des importations, et portent essentiellement sur les achats de voiture utilitaires, ou d’appareils relatif à la coupure ou la connexion des circuits électriques. Les demi-produits (chimie, acier, matériaux) augmentent de +8 %, confirmant la dépendance du tissu industriel aux intrants importés.

Focus sur les céréales

« Le Maroc risque de maintenir des besoins d’imports très élevés » en céréales, écrivait notre expert Marius Garrigue en avril dernier, évoquant la récolte catastrophique de 2022 liée à la sécheresse et le déficit hydrique qui persistait début 2023. Et en effet, le pays est particulièrement demandeur en ces premiers mois de la campagne de commercialisation 2023/24. Si « les niveaux de production se redressent en 2023 » par rapport à 2022, ils « restent insuffisants pour le pays », indiquait Marc Zribi, chef de l’unité Grains et sucre de l’établissement.

Blé Tendre

Le Conseil international des céréales (CIC) estime à 2,82 Mt la production marocaine pour la campagne 2023/24, contre 1,89 Mt pour 2022/23. Le stock initial ne serait que de 1,43 Mt, contre 2,60 Mt l’an dernier. Quant à la consommation, elle passerait de 7,82 Mt à 8,17 Mt d’une campagne à l’autre, surtout en raison d’une hausse attendue de l’utilisation pour l’alimentation humaine. Malgré une production plus élevée que l'an dernier, le Maroc va importer davantage de blé tendre pour couvrir ses besoins. Les achats de blé dur augmenteraient aussi par rapport à 22/23, passant de 1,02 Mt à 1,12 Mt.

Importations de blé tendre français

D’après les Douanes et les données de Refinitiv et Reuters, le Maroc a importé 2,8 Mt de blé tendre français sur 2022/23, contre 1,7 Mt en 2021/22 et 1 Mt en 2020/21. Sur les trois premiers mois de la campagne, ses achats de blé tendre français s’élevaient à 880 000 t, « en recul par rapport à 2022/23 », précise Marc Zribi. Agritel expliquait fin août que, comme d’autres partenaires historiques, le marché marocain est devenu plus concurrentiel ces dernières années, facilitant les importations de blés tendres de la Mer noire, et que la France devra « le reconquérir » sur 2023/24 pour atteindre ses objectifs à l’export.

Reuters rapportait début octobre que selon Intercéréales, le Maroc importerait 2,5 Mt de blé tendre français sur cette campagne, soit environ 46 % de ses besoins. Contre 60 % en 2022/23.

L’agroalimentaire à Tanger

Grâce à ses diversités géomorphologiques et climatiques, la région a pu développer un secteur agricole qui occupe une place de choix dans son économie. Population estimée à 37% de l'ensemble national. La région se distingue par sa production importante à l’échelle nationale compte pour 40% de la production des oléagineux, de 26% de la fraise, de 13% des produits laitiers et de 12% des légumes.

La valeur de la production agricole annuelle de la région s'élève à près de 6 milliards de DH et génère 23 millions jours de travail. Le secteur agricole dans la région, même s'il ne représente que 5% des superficies agricoles au niveau national, offre une part importante de la production de plusieurs filières.

Opportunités et faiblesses du secteur

La région Tanger-Tétouan constitue une région idéale pour les porteurs de projets de l’agroalimentaire en raison des atouts nombreux et variés qu’offre le Royaume :

  • Des conditions climatiques avantageuses ;
  • Un marché international fortement demandeur des produits du « panier méditerranéen »

Les richesses naturelles de la région Tanger-Tétouan attirent de plus en plus d’investisseurs dans l’agroalimentaire. En 2009, un investissement de 8,2 milliards de DH a été engagé pour optimiser l'organisation et la production agricole dans la région de Tanger-Tétouan. 43 de ces projets concernent l'agriculture moderne avec un investissement de 6,3 milliards de DH et 72 projets ciblent le développement de l'agriculture solidaire pour un montant global de 1,9 milliards de DH.

Faiblesses

Plusieurs faiblesses sont liées notamment au morcellement des exploitations, à l'insuffisance des équipements agricoles modernes et des infrastructures, en plus d'un manque d'organisation pour la plupart des filières de la production. Des faiblesses du secteur agricole à Tanger, notamment en ce qui concerne l'investissement (privé et public), l'industrie agroalimentaire, le manque d'organisation professionnelle efficace, le morcellement des exploitations (70% ne dépassent pas 5 ha), et l'optimisation des ressources hydriques.

Tableau récapitulatif des chiffres clés du secteur agroalimentaire marocain

Indicateur Valeur Année de référence
Contribution au PIB national 8% -
Nombre d'entreprises 1767 -
Emplois directs 63830 -
Investissements dans le secteur agricole (sur 10 ans) 104 milliards de dirhams 2008-2018
Croissance annuelle moyenne du PIB agricole 5,25% 2008-2018
Exportations de produits agroalimentaires 61,5 Md MAD (5,9 Md€) 2021
Importations de produits agroalimentaires 60 Md MAD (5,7 Md€) 2021

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