L'alimentation Post-Sevrage des Porcs : Optimisation de la Santé et de la Croissance

La conduite d'un élevage porcin se divise en trois phases principales : le naissage, le post-sevrage et l’engraissement. Chaque étape de développement requiert un environnement adapté aux besoins spécifiques des animaux.

Le sevrage est une étape cruciale qui influence la croissance et la santé des jeunes porcs, ainsi que leurs performances futures en engraissement. Cette période est souvent source de stress, affectant l'ingestion d'aliments, la croissance et augmentant la vulnérabilité aux infections. Les conséquences incluent une baisse de l'ingestion, une atrophie des villosités intestinales et une diminution de la production enzymatique endogène. Une instabilité de la flore intestinale peut également entraîner des diarrhées fréquentes.

Besoins Nutritionnels Spécifiques en Post-Sevrage

Après le sevrage, le porcelet passe d’une alimentation lactée (lait maternel) à une alimentation solide. A la naissance, le système digestif du porcelet n’est pas assez développé pour digérer l’amidon et les protéines végétales. Ce n’est qu’à partir de 3 à 4 semaines que la digestion des matières premières végétales devient possible. Ainsi, pour familiariser le porcelet à l’aliment solide et préparer son système digestif à la transition alimentaire au sevrage, la consommation d’un aliment sous la mère doit être encouragée.

Les trois principaux éléments à considérer dans l'alimentation des porcs sont :

  • La valeur énergétique des aliments: Elle peut s’exprimer en énergie digestible (ED), en énergie métabolisable (EM) et en énergie nette (EN). L’énergie nette est l’expression qui correspond au mieux à la valorisation réelle d’une matière première ou d’un aliment par l’animal ; c’est donc ce critère que l’on utilise en priorité pour construire le plan d’alimentation. EN s’exprime en mégajoules (MJ) ou en kilocalories (kcal) (1 MJ = 238,9 kcal).
  • Les acides aminés: Ils sont les constituants des protéines. Certains sont dits essentiels, car le porc ne peut pas les synthétiser, et doivent être apportés par l’alimentation. La lysine est le premier acide aminé limitant (dès qu’il en manque, les autres ne sont pas assimilés). Ainsi, l’apport de chaque acide aminé essentiel doit se faire en proportion par rapport à la lysine digestible apportée. Pour chacun de ces aminés, c’est la part digestible par l’animal que l’on utilise pour définir les besoins des animaux et caractériser une matière première ou un aliment. Une carence en acides aminés dégrade les performances de l’animal. Un apport en excès est à l’origine de rejets azotés et potentiellement de pollution environnementale.
  • Le phosphore: Il est essentiel au fonctionnement énergétique de l’animal et à son ossature. Un apport en excès peut également être à l’origine de pollution environnementale.

Les besoins en énergie et en acides aminés ne sont pas indépendants. Ils sont exprimés sous la forme d’un rapport entre lysine digestible et énergie nette (LYSdig/EN, en g/MJ). Ce rapport diminue avec l’augmentation du poids vif du porc, et ce d’autant plus rapidement pour les porcs qui ont tendance à déposer beaucoup de gras en fin d’engraissement.

Stratégies d'Alimentation

Les porcs peuvent être alimentés via une distribution à sec, dans des nourrisseurs ou des nourrisoupes, ou via une distribution en soupe. L’alimentation à sec se fait principalement à volonté, ce qui favorise la consommation des porcs et leur GMQ, mais dégrade l’IC et le TMP. Néanmoins, ces dernières années, les systèmes d’alimentation à sec se sont perfectionnés et peuvent permettre un rationnement et une alimentation multiphase à la case. La distribution en soupe concerne la majorité des places d’engraissement en France car elle permet l’utilisation de produits humides en grande proportion, tels que le maïs humide et des coproduits liquides, et une meilleure maîtrise du rationnement.

Un contrôle régulier de son système d’alimentation est essentiel pour s’assurer d’apporter la bonne quantité d’aliments nécessaire pour répondre aux besoins des animaux et éviter le gaspillage. L’abreuvement correspond à 93,6 % de la consommation d’eau d’un élevage. Les consommations d’eau par jour sont :

  • De 1 à 4 litres par jour en post-sevrage
  • De 4 à 12 litres par jour en engraissement

Apporter de l’eau aux porcs de plus de deux semaines en permanence est une obligation réglementaire, quel que soit le mode d’alimentation.

Règle des 12

En post-sevrage, l’alimentation se fait en principe à volonté. Pour définir la quantité d’aliment 1er âge à distribuer aux porcelets, la règle des 12 peut être appliquée : poids du porcelet au sevrage + aliment 1er âge à recevoir = 12 kg. Cette règle peut devenir une règle des 13 ou des 14 en fonction du poids des porcelets et des caractéristiques nutritionnelles de l’aliment. L’application de cette règle suppose que les porcelets d’une même case soient de poids homogènes et que la transition 1er âge-2ème âge puisse se faire à la case.

Une alimentation à volonté va permettre aux porcs d’exprimer leur croissance maximale mais n’est pas la stratégie optimale pour maximiser sa marge sur coût alimentaire, notamment pour les élevages produisant des porcs mâles castrés, pour lesquels un rationnement permet une amélioration de l’indice de consommation et du TMP.

Creep-Feeding et Compléments Alimentaires

Le creep-feeding (CF) est l'introduction d'aliments solides pendant la lactation, généralement à partir du 7e ou du 10e jour de vie. La fonction des CF est de familiariser le porcelet avec des aliments solides et de fournir un soutien nutritionnel aux porcelets de grandes portées et de longs allaitements. Le CF doit être un aliment très appétissant et facilement digestible, donc sa formulation est complexe et des ingrédients à haute appétence sont utilisés en combinaison avec différents processus technologiques.

Entre 10 et 28 jours d’âge, une portée reçoit de 3 à 4 kg d’aliment sous la mère. Les porcelets ne consomment réellement qu’un tiers de cet aliment, le reste constituant des refus ou du gaspillage. Des compléments peuvent être distribués pour aider le porcelet durant ses premières semaines de vie. On retrouve par exemple le complément FORCIX qui permet de réduire la dysbiose intestinale.

Prévention des Diarrhées Post-Sevrage

La diarrhée post-sevrage affecte 54 % des élevages porcins dans le monde, engendrant un coût moyen supplémentaire de 5 € par porcelet. Principalement causée par la bactérie E. coli et d'autres agents pathogènes, elle peut également survenir suite à des changements dans l'environnement et l'alimentation des porcelets. Des stratégies efficaces pour prévenir la diarrhée post-sevrage incluent le maintien d'une hygiène optimale, d'une eau propre, d'une nutrition adéquate, la réduction du stress lors du sevrage et peut inclure la mise en œuvre de programmes de vaccination stratégiques.

5 mesures pour prévenir la diarrhée post-sevrage :

  1. Hygiène personnelle adéquate: Mettre en place des protocoles d'hygiène stricts pour toute personne entrant dans l'élevage.
  2. Éliminer la contamination croisée entre les salles: Utiliser des couleurs dédiées pour les matériels, l'équipement et les vêtements dans chaque salle.
  3. Maintenir un environnement sans germes: Un programme strict de nettoyage et de désinfection entre les bandes.
  4. Assurer une eau d'abreuvement de qualité: Une eau d'abreuvement propre est essentielle pour contrôler et prévenir les infections.
  5. Créer un environnement sec: Maintenir un environnement de vie sec aide à contrôler la propagation des bactéries.

Impact de la Consommation Initiale d'Aliments

Une bonne consommation précoce d'aliments par le pourcentage le plus élevé de porcelets de la bande joue un rôle clé. En effet, la mauvaise acceptation des aliments post-sevrage a été considérée comme une tendance générale du groupe et la variabilité individuelle, qui est une question clé, a été négligée.

Les travaux scientifiques les plus éclairants sur l'ingestion initiale après le sevrage ont constaté que le troisième jour après le sevrage, 10 % des porcelets n'avaient pas encore consommé d'aliments. En supposant que le porcelet soit capable de digérer un aliment solide et en se basant sur les besoins d'entretien (179 kcal EN/ kg0.6; Everts, 2015), 207 g d'aliment/jour (2500 kcal/kg) sont nécessaires pour empêcher un porc de 6 kg de perdre du poids, ce qui est généralement le cas après la première semaine.

Le tableau suivant illustre la proportion de porcs consommant moins de 10, 30, 60 et 100 g/jour pendant les 4 premiers jours après le sevrage :

Consommation Journalière Proportion de Porcs
Moins de 10 g X%
Moins de 30 g Y%
Moins de 60 g Z%
Moins de 100 g W%

Une consommation initiale faible entraîne une détérioration de la santé intestinale et de l'inflammation. Par conséquent, pour influencer ces mécanismes, il est crucial d'assurer une alimentation appétente et adaptée.

En conclusion, l'alimentation post-sevrage des porcs est une phase critique qui nécessite une attention particulière aux besoins nutritionnels, aux stratégies d'alimentation et aux mesures de prévention des maladies pour garantir une croissance saine et une productivité optimale.

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