Sans être écologique au sens actuel du terme, la population de l’actuel Val-de-Marne est, dans l’Ancien Régime, en étroite interaction avec son milieu. Par son économie de vie, relativement peu invasive, elle contribue au maintien de son équilibre.
Essentiellement rurale, constituée de 28 000 personnes, soit l’équivalent de la population actuelle de Villiers-sur-Marne, la majorité de ses habitants a un mode de vie économe par nécessité.
Carte du Val-de-Marne
Tannerie, industrie textile (dessuintage des laines, rouissage du chanvre et du lin), usines à feu, industrie papetière, fonderie de suifs rejetées en périphérie des villes et de Paris font dès le XVIIIe siècle partie du paysage val-de-marnais.
Ils suscitent miasmes putrides, fumées carbonées, corrosion des sols, eutrophisation des cours d’eau. À ce titre, ces ateliers sont fréquemment dénoncés par les riverains et réprimés par les polices locales.
Même s’il n’est jamais question de protéger la nature pour elle-même. Pourtant, au même moment, les Maîtrises des Eaux et forêts et leurs relais locaux réglementent l’accès aux bois déclarés « inaliénables » en 1790, leur protection s’appliquant aux arbres ainsi qu’aux animaux.
Ces garennes sont prisées par les seigneurs pour la chasse. Leurs arbres sont utilisés comme matière première pour la marine ou combustibles pour le développement des manufactures comme celles de Saint-Maur* ou Vincennes.
De prélèvements en déboisement, le pas est vite franchi alors que les besoins de l’industrie s’accélèrent. Des savants étudient les conséquences de ce phénomène. Bernardin de Saint-Pierre développe en 1783 la théorie de la dessiccation : les déboisements assèchent l’air de l’atmosphère et altèrent la qualité de son sol.
* Nous restituons les toponymes anciens des villes du Val-de-Marne, contemporains des périodes évoquées.
Coupe de bois
Au XVIIIe siècle se chauffer et se nourrir impliquent de transformer en force utile des ressources présentes dans la nature. Bois et végétaux : tandis que le peuple utilise divers combustibles : joncs marins, genêts, bruyères, paille, bouse de vache ou tourbe séchée, le bois de chauffe est cher et réservé à une élite.
Moulins à vent et à eau : outre le secteur de la meunerie, le moulin hydraulique actionne les pilons broyeurs de tan (écorce de chêne utilisée pour le tannage du cuir), de papier ou d’huile, les martinets métallurgiques, les soufflets des forges.
Le moulin de Saint-Antoine situé sur le pont de Charenton appartient à la famille des Malon de Bercy, comme ceux de la Tour et du Pavillon. Le plan-terrier* montre une partie des seigneuries de Conflans et de Charenton appartenant à la famille des Malon de Bercy.
*Un plan-terrier présente la description des terres et censives (territoires sur lesquels est prélevé un impôt appelé le cens) dépendant d’un seigneur.
Moulin à vent
Au « coin de la borne », grand bloc de pierre auprès duquel les ordures devaient être déposées dans les rues, le chiffonnier ramasse tasseaux de verre, chiffons de laine, pelures de fruits, jouets cassés, os, ferraille, cadavres de chats et chiens et les hisse dans sa hotte avec son crochet.
Ces éléments sont ensuite triés et transformés. Le chiffon mouillé, broyé donne du papier. De l’os on extrait de la gélatine qui est un substitut de viande pour les indigents, l’os calciné est réduit en noir animal destiné à filtrer le sucre de betterave. Le verre est fondu. Les fourrures des chiens et chats cousues en manchons.
Le boueur, après le passage du chiffonnier, emporte les résidus restants, mélanges composites de sable, poussière, crottin, suif.
L’entrepreneur en charge du ramassage des boues du Grand et du Petit Gentilly, choisi et nommé par adjudication pour six années en 1827, est le Sieur Jean Leveque, blanchisseur et voiturier de son état. Conformément au cahier des charges, il s’emploie à emporter les « boues, sables, graviers » et immondices jonchant voies et rues de la ville y compris ceux « que les pluies et les orages peuvent amener sur les rues » (Art. 5) à l’exception des « gravats provenant de démolition » (Art. 4).
Il doit « se procurer des voitures ou tombereaux bien conditionnés pour [les] retenir […] de manière que pendant le trajet rien ne puisse s’écouler de l’intérieur » (Art. 3). Enfin, « l’entrepreneur est chargé de se pourvoir de lieux pour faire dépôt des boues et immondices qu’il se réservera pour engrais des terres, mais à condition que ces dépôts soient formés loin des rues, routes, chemins et maisons d’habitation, quant à celles non propres pour l’engrais il lui est libre de les déposer dans les décharges communes et publiques » (Art.
Au moment de l’essor de Paris au XIXe siècle, les besoins de ses habitants en viande, lait, sucre augmentent. Les élevages de bovins se multiplient dans ses environs.
Outre les produits de boucherie, charcuterie et laiterie, ils fournissent la matière nécessaire à la fabrication du « noir animal » (charbon noir constitué d’un concentré d’os calcinés) utilisé dans l’industrie sucrière. Cette dernière connaît une expansion pendant le blocus continental, au début du XIXe siècle, alors que la France coupée de ses colonies n’en importe plus et doit développer un mode de production local.
Conseillé par Chaptal, Napoléon ordonne aux préfets d’organiser la mise en culture de milliers d’hectares de betteraves sucrières et encourage la création d’au moins une fabrique par département. Les betteraves pressées fournissent un sirop brun sucrant qui est décoloré à l’aide de charbon animal, tandis que la pulpe du légume sert de complément à la nourriture du bétail.
Ainsi, ville, campagne et industrie tirent un profit maximal des animaux et des betteraves. Les modes de production s’inscrivent dans une forme « d’économie circulaire » puisqu’ils intègrent la limitation du gaspillage des ressources et génèrent peu de déchets.
Extraction du sucre de betterave
À la veille de la Révolution Française, la majorité des habitants de l’actuel Val-de-Marne vit du travail de la terre. Orages, gelées, fortes nébulosités et pluies entraînent fréquemment le pourrissement et la destruction des moissons qui provoquent parfois des crises de subsistance, des disettes et des famines.
Pendant le Petit Âge Glaciaire* (XIV-XIXe siècles) les épisodes de grand froids sont récurrents. Aucune année ou presque n’est épargnée par le gel dans le sud-est parisien. Quelques jours de froid vif suffisent à figer les cours d’eau et à interrompre les communications et activités proto-industrielles qui en dépendent.
Au dégel succède la débâcle qui, en mettant en mouvement des blocs de glace sur les flots, engendre naufrages et pertes de marchandises.
*Le Petit Âge Glaciaire (PAG) est une période caractérisée par une série d’hivers longs et d’étés frais ainsi que par des avancées successives des glaciers auxquels correspondent plusieurs minimums de températures moyennes.
Un ban de vendange est un acte administratif fixant chaque année le jour du début de la récolte du raisin dans un département. Les dates des bans de vendange, comme celles des floraisons ou du départ et de l’arrivée d’oiseaux migrateurs, permettent d’étudier la variation des températures. Leur relevé précède l’avènement de la météorologie, discipline fondant l’étude des phénomènes atmosphériques sur des mesures instrumentales.
Ces événements périodiques, appelés données phénologiques, ont en commun de dépendre de l’évolution saisonnière du climat. Ces données phénologiques anciennes sont aujourd’hui comparées aux données des appareils de mesures antérieurs à 1950 parce qu’elles présentent l’avantage de ne pas dépendre des techniques instrumentales qui ont évolué avec le temps. En revanche, elles peuvent comporter des fluctuations liées aux pratiques viticoles.
Selon les goûts, les traditions, les régions, les cépages, les dates de récolte diffèrent.
Vendange
Face aux fléaux ou calamités climatiques, les autorités prennent des mesures pour prévenir, contenir, réparer les conséquences des aléas depuis le Moyen Âge. L’Église donne du sens à l’événement destructeur, qu’elle attribue à la providence, et reconstruit l’unité de la communauté à travers des processions et des prières.
Levées de fonds, quêtes ou souscriptions pour venir en aide aux sinistrés d’orages à Mandres* ou d’inondations à Ivry,** réparation du clocher de l’église de Créteil après sa destruction par une tempête sont autant d’actes de conjuration des épisodes climatiques destructeurs dont nos archives ont gardé la trace.
Avec la mise en place d’une assurance au sein des départements de Seine et Seine-et-Oise pendant l’Empire la rhétorique providentialiste de l’Église fait place à un discours national et patriote dans lequel les citoyens sont engagés ensemble contre « un ennemi commun ».
Les législations d’Ancien Régime regorgent de mesures visant à la préservation des forêts giboyeuses et rivières poissonneuses du territoire de l’actuel Val-de-Marne, viviers de la Couronne et des seigneuries laïques et ecclésiastiques.
À l’opposé, 10 % des surfaces cultivables appartenant aux communes sont gérées par les habitants, ce sont les « communs ». Libres d’accès et de droits, ils sont dévolus aux activités non nécessairement productives comme la « vaine pâture ».
Appropriation, exploitation, velléité de maîtrise de la nature s’accompagnent de tentatives pour comprendre ses lois afin de s’y soumettre et jouir de ses bienfaits de façon soutenable, c’est-à-dire durable. Ainsi, les Essais d’agriculture en forme d’entretiens par un agriculteur à Vitry (1786), par exemple, décrit les interactions entre composition des sols, ensoleillement et plantations.
Le droit de vaine pâture mentionné consiste à faire paître son bétail gratuitement au sein d’espaces autorisés comme les bords des chemins, les friches, les taillis ou les champs privés après les récoltes. Les territoires sur lesquels s’exerce ce droit sont appelés les « communs ».
Ils regroupent plus largement les espaces ou équipements gérés et utilisés en commun selon des systèmes locaux souvent définis par des droits d’usage non écrits.
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