Vaccination des Porcs : Guide Complet pour les Éleveurs

Dans les exploitations porcines, la vaccination est indispensable pour protéger les porcelets contre les maladies graves. Il est possible d’assurer la protection des jeunes animaux non seulement en vaccinant ces derniers, mais aussi les truies mères. Les principales maladies des porcelets sont la diarrhée, la maladie de l’œdème, les maladies respiratoires et la polysérite. En Suisse, une vaccination contre la plupart d’entre elles est possible.

Chaque élevage doit avoir son propre plan de vaccination, adapté à chaque cas par le vétérinaire responsable. Il doit décrire les types de vaccins à utiliser, leur voie d'administration et l'âge exact ou le moment du cycle auquel ils doivent être appliqués.

Types de Vaccins et Voies d'Administration

Les vaccins peuvent être différenciés en fonction des voies d'administration :

  1. Intramusculaire : La zone d'application la plus fréquente est le cou, mais le produit peut également être appliqué au niveau de la cuisse. Les systèmes sans aiguille réduisent le risque de transmission de pathogènes, de plaies ou d'abcès et de bris d'aiguilles dans la carcasse, tout en éliminant le risque de piqûres accidentelles pour les opérateurs. Dans ces systèmes, il est nécessaire de calibrer la pression d'application en fonction du type d'animal.
  2. Intradermique : Il peut être appliqué à l'aide d'une aiguille, mais l'application sans aiguille à l'aide d'un pistolet à pression spécial, qui introduit un petit volume dans le derme, est de plus en plus utilisée. Les points d'application doivent être peu poilus et suffisamment plats. Les points les plus fréquents sont le cou, les cuisses, le dos et, chez les truies gestantes, le centre au-dessus des mamelles.
  3. Sous-cutanée : L'injection se fait sous la peau et est généralement utilisée pour les porcelets de petite taille.
  4. Voie orale : Principalement administré par l'intermédiaire de l'eau de boisson. Ce système facilite l'application dans les grands groupes, mais seuls certains vaccins peuvent être administrés par cette voie.

Production porcine - Administration d’injection en toute sécurité chez les porcelets

Application des Vaccins

Il existe des recommandations spécifiques pour l'application des vaccins en fonction du poids des porcs :

  1. Porcelets jusqu'à 25 kg : Il faut les prendre un par un pour s'assurer que le point d'application du vaccin est correct. Pour faciliter ce processus, on peut diviser le parc en deux, ce qui laisse moins d'espace pour attraper les porcelets ; lorsqu'ils sont vaccinés, ils peuvent être marqués et laissés de l'autre côté.
  2. Porcs de plus de 25 kg : Les porcs peuvent être vaccinés sans contention individuelle. Il est utile de réduire la surface disponible au moment de la vaccination pour pouvoir le faire avec plus de précision, mais ce n'est pas strictement nécessaire. Les systèmes d’"extension" de seringues peuvent être utilisés pour faciliter ce type de vaccination.

Protocole de Changement d'Aiguille

L'élevage doit disposer d'un protocole écrit de changement d'aiguille (tableau 1), qui doit être adapté en cas de pathologie spécifique, car les aiguilles peuvent transmettre des maladies. Les zones de soins et de quarantaine doivent disposer de tout le matériel de vaccination et de traitement nécessaire, SPÉCIFIQUE à cette zone.

Si l'aiguille se brise pendant la vaccination et que nous soupçonnons qu'elle est restée à l'intérieur du porc, nous devons étiqueter l'animal affecté et le séparer afin de pouvoir avertir l'abattoir. Il existe des aiguilles qui peuvent être détectées à l'abattoir à l'aide de détecteurs de métaux.

Tableau 1. Protocole de base pour le changement d'aiguille dans l’élevage.

Vaccins Spécifiques et Maladies Ciblées

Les porcelets sont généralement vaccinés contre la circovirose (infection par le PCV2) et l’iléite provoquée par la bactérie Lawsonia. Par ailleurs, la vaccination de la truie mère permet de protéger indirectement les porcelets contre les diarrhées pendant la période d’allaitement. S’agissant de la maladie de l’œdème et de la polysérite infectieuse, des vaccins sont également disponibles sur le marché. Quant aux autres agents pathogènes, certains vaccins spécifiques à la porcherie peuvent aussi être fabriqués contre certains d’entre eux.

  • Clostridium spp. et Clostridioides spp. : Ces vaccins stimulent la synthèse d’anticorps contre les toxines de Clostridium spp. Certains de ces vaccins contiennent plusieurs adhésines et l’entérotoxine thermolabile (LT) des souches entérotoxigènes d’Escherichia coli, éventuellement combinées au rotavirus porcin.
  • Diarrhée néonatale causée par les souches E. coli : Par l’immunisation active des truies et des cochettes reproductrices, les porcelets nouveau-nés sont protégés, après ingestion suffisante de colostrum, contre les infections intestinales causées par les toxines de Clostridium perfringens (types A et/ou C), Clostridioides (Clostridium) difficile (toxines A et B) et/ou Clostridium novyi (en fonction du vaccin). Cette protection se manifeste par une réduction des signes cliniques, des lésions macroscopiques et de la mortalité. Certains vaccins protègent aussi contre la diarrhée néonatale.
  • Circovirose (PCV2) : Pouvant toucher les porcelets sevrés et les porcs d’engraissement, la maladie de l’amaigrissement du porcelet (« Post Weaning Multisystemic Wasting Syndrome » [PMWS]) est le syndrome le plus courant résultant d’une infection par le PCV2. Les porcelets malades présentent un retard de croissance important et le taux de mortalité est nettement augmenté.
  • Lawsonia : Présente dans presque toutes les exploitations, la bactérie Lawsonia peut avoir un impact négatif considérable sur la santé et les performances des animaux. Le problème de cette pathologie réside dans le fait qu’elle passe généralement inaperçue, car elle n’entraîne pas forcément de diarrhée. Les animaux fortement touchés présentent toutefois des lésions intestinales importantes et sont chétifs. Souvent très hétérogènes, les groupes d’animaux infectés présentent des gains journaliers réduits, une valorisation des aliments plus faible et des pertes plus élevées.
  • Diarrhées d’origine bactérienne : Pendant la phase d’allaitement, la diarrhée est souvent causée par E. coli ou par des clostridies. Ingérés par les porcelets peu après leur naissance, à travers les fèces de la truie ou la mamelle, ces deux agents pathogènes peuvent déclencher des diarrhées aiguës et graves chez les porcelets allaités.

Stratégies de Vaccination

Seuls les animaux en bonne santé et qui ne sont pas sous traitement antibiotique peuvent être vaccinés. Selon l’homologation du fabricant, la vaccination contre le PCV2 et la bactérie Lawsonia est possible à partir de l’âge de deux ou trois semaines. Il est recommandé d’effectuer la vaccination à cet âge afin que les porcelets puissent développer une protection immunitaire avant le sevrage. Si la vaccination n’est effectuée qu’au moment du sevrage, les porcelets risquent de ne pas tous développer une immunité stable en raison du stress.

Pour prévenir les diarrhées précoces, on procède à la vaccination de la truie mère. Dans cette stratégie, ce n’est pas le système immunitaire du porcelet qui développe une immunité, mais la truie, qui transmet les anticorps aux porcelets par l’intermédiaire du colostrum. Dans ce cadre, il faut tenir compte de deux facteurs importants : premièrement, les porcelets nouveau-nés doivent ingérer le plus rapidement possible environ 200 g de colostrum pour pouvoir profiter pleinement des anticorps ; deuxièmement, la vaccination de la truie doit se faire au bon moment, soit entre deux et quatre semaines avant la mise base, selon le produit concerné.

En effet, la truie a besoin de suffisamment de temps pour pouvoir constituer un niveau élevé d’anticorps. Or elle commence à produire du colostrum environ une semaine avant la mise bas. Si la vaccination est trop proche de la mise bas, le taux d’anticorps dans le colostrum ne sera donc pas suffisant pour protéger les porcelets.

Techniques de Vaccination

Chez le porc, les méthodes classiques et largement répandues sont la vaccination orale et la vaccination intramusculaire à l’aide d’un pistolet de vaccination. Grâce aux technologies les plus récentes, il est désormais possible de pratiquer la vaccination des porcelets par voie intramusculaire ou intradermique à l’aide d’appareils spéciaux sans aiguille. L’avantage de ces innovations est que la propagation des agents pathogènes d’un animal à l’autre est réduite à un niveau minimal. Il existe cependant un risque : la technique de vaccination doit être correctement exécutée pour garantir le succès de la vaccination des porcelets.

Manipulation des Vaccins

Les vaccins sont généralement conservés au réfrigérateur à une température comprise entre 2 et 8° C. En effet, leur efficacité peut être compromise par la congélation, par des températures trop élevées ou par des variations de température. Ainsi, un thermomètre devrait être ajouté dans le réfrigérateur pour contrôler la plage de température.

Avant l’emploi, il convient dans tous les cas de suivre scrupuleusement les instructions de la notice d’emballage. Il s’agit entre autres de mélanger, de remuer ou de préchauffer correctement les vaccins à base d’huile. De plus, le dosage doit être correctement réglé en cas d’utilisation d’un pistolet de vaccination et ce dernier doit fonctionner parfaitement. L’utilisation d’appareils de vaccination propres et le remplacement régulier des canules sont des conditions indispensables pour éviter la transmission d’agents pathogènes d’un animal à l’autre.

Les vaccins ne doivent pas être mélangés avec d’autres substances actives (p. ex. fer ou analgésiques). Une combinaison avec un autre vaccin ne peut être effectuée que si les indications du fabricant mentionnent expressément que cela est possible.

Bénéfices et Risques des Vaccins

En règle générale, les effets secondaires des vaccins sont rares ou sans gravité : il peut par exemple y avoir un gonflement passager au point d’injection ou une brève augmentation de la température corporelle. En principe, les avantages d’une vaccination l’emportent largement sur les risques éventuels. Par ailleurs, les coûts du traitement en cas de maladie dépassent rapidement les coûts du vaccin, et ce, de plusieurs fois !

Exemple de Vaccin : Ecoporc SHIGA

Identification :

  • Dénomination du médicament vétérinaire: Ecoporc SHIGA suspension injectable pour porcs
  • Forme pharmaceutique: Suspension injectable

Composition :

  • Principes actifs: Escherichia coli
  • Informations supplémentaires: Chaque dose de 1 ml contient :
    • Substance active : Antigène Stx2e recombinant, génétiquement modifié : ≥ 3,2 x 10⁶ unités ELISA
    • Adjuvant : Aluminium (sous forme d'hydroxyde) : max. 3,5 mg
    • Excipient : Thiomersal : max. 0,115 mg
  • Liste complète des excipients : Hydroxyde d’aluminium (Al(OH)3), Thiomersal, Eau pour préparations injectables, Glutaraldéhyde
  • Aspect après agitation : suspension homogène de couleur jaunâtre à brunâtre.

Usage clinique :

  • Indications d'utilisation par espèce: Porcins
  • Utilisation: Immunisation active de porcelets à partir de l’âge de 4 jours, afin de réduire la mortalité et les signes cliniques de maladie de l’œdème due à la toxine Stx2e produite par E. coli (STEC).
  • Début de l’immunité : 21 jours après vaccination
  • Durée de l’immunité : 105 jours après vaccination

Contre-indications :

Ne pas utiliser en cas d’hypersensibilité à la substance active, à adjuvant ou à l’un des excipients.

Précautions et mises en garde :

  • Mise en garde particulière à chaque espèce cible: Vacciner uniquement les animaux en bonne santé.
  • Précautions particulières pour une utilisation sûre chez les espèces cibles: Sans objet.
  • Précaution particulière à prendre par la personne qui administre le médicament: En cas d'auto-injection ingestion accidentelle, demandez immédiatement conseil à un médecin et montrez-lui la notice ou l’étiquette.
  • Précautions particulières concernant la protection de l'environnement/Autres précautions: Sans objet.

Interactions et cas particuliers :

  • Utilisation en cas de gravidité, de lactation ou de ponte: L’innocuité du médicament vétérinaire n’a pas été établie en cas de gestation ou de lactation. Utilisation non recommandée durant la gestation et lactation.
  • Interactions médicamenteuses et autres formes d'interactions: Aucune information n’est disponible concernant l’innocuité et l’efficacité de ce vaccin lorsqu’il est utilisé avec un autre médicament vétérinaire. Par conséquent, la décision d’utiliser ce vaccin avant ou après un autre médicament vétérinaire doit être prise au cas par cas.

Effets indésirables et surdosage :

  • Incompatibilité majeure: Ne pas mélanger avec d’autres médicaments vétérinaires.
  • Effets indésirables: Fréquemment, de très petites réactions locales telles qu’un léger gonflement au site d’injection (5 mm maximum) sont observées, mais ces réactions sont transitoires et disparaissent rapidement (en sept jours maximum) sans traitement. Fréquemment, une légère augmentation de la température corporelle (1,7°C maximum) est observée après injection. Cependant, ces réactions disparaissent rapidement (en deux jours maximum) sans traitement. Des signes cliniques peu fréquents tels que de légers troubles comportementaux temporaires peuvent être observés après application d’Ecoporc SHIGA.

Posologie :

  • Espèce(s): Porcins
  • Posologie: Voie intramusculaire. Le site d’application privilégié est le muscle du cou derrière l’oreille.

Mesures de Soutien

Outre la vaccination, d’autres mesures prophylactiques sont essentielles pour que les porcelets restent en bonne santé. En effet, la vaccination n’est pas suffisante si les conditions de détention ne sont pas optimales ou si des erreurs sont commises dans la gestion. Un nettoyage et une désinfection corrects sont de mise pour maintenir la pression des agents pathogènes dans la porcherie à un niveau bas. Par ailleurs, les porcelets et la truie ayant des besoins en température très différents, le climat de la porcherie doit répondre à des exigences particulières. Ainsi, lors de la mise bas, la température dans le nid des porcelets devrait être de 35° C ; plus tard, au moment du sevrage, la porcherie des gorets doit être préchauffée. D’autres mesures de gestion, comme un contact sans stress autour de la mise bas et un apport suffisant de colostrum, permettent aux porcelets de prendre un bon départ.

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