Scandale dans l'élevage porcin : décryptage des images chocs

L'organisation L214, connue pour son militantisme en faveur de l'abolition de l'élevage, a publié une compilation d'images tournées dans un élevage de cochons situé à Limoise, dans l'Allier, qui fournit la marque Herta et sa filière « Préférence ». Ces images, difficiles à supporter, montrent des centaines de truies entravées dans l'obscurité, des porcelets sanguinolents, leurs cadavres entassés, des animaux souffrant de hernies et d'autres blessures. L214 dénonce des conditions d'élevage « sordides où les animaux passent une vie de souffrance » et a porté plainte pour « mauvais traitement et tromperie du consommateur ».

Au-delà de l'émotion légitime suscitée par ces images, il est important de comprendre ce qu'elles montrent réellement. Le Point a sollicité l'expertise d'un vétérinaire de terrain, indépendant, Ludovic Lecarpentier, référent « bien-être animal » au Conseil de l'Ordre des vétérinaires de Bretagne, qui exerce en élevage porcin depuis 27 ans.

Analyse des images par un vétérinaire

Les truies en cages

L'image de centaines de truies coincées dans des cases étroites est frappante. Selon L214, « par manque de place, il arrive que les truies écrasent leurs petits ». Ludovic Lecarpentier explique que ce système est employé dans tous les élevages du monde. Les truies gestantes vivent en groupe, et elles sont isolées au moment de la mise-bas pour éviter l'écrasement des petits. La truie entre en maternité une semaine avant son terme et y reste entre 21 et 28 jours après la naissance des porcelets. Bien que la case puisse paraître étroite, la truie se lève pour manger, uriner et allaiter ses petits. Ce système, hérité des années 1970, évolue peu à peu vers des cases « en liberté », où les truies seront dans un petit enclos avec leurs porcelets autour.

Améliorer le bien-être des porcs

La mortalité des porcelets

La vidéo montre de nombreux cadavres de porcelets, morts écrasés ou parce qu'ils étaient trop chétifs. Certaines truies peuvent mettre bas 16 ou 17 cochons. Dans ces portées de grande taille, il y a toujours un certain nombre de porcelets chétifs qui meurent. Environ 10 % des porcelets ne survivent pas, quel que soit le type d’élevage. Il existe une compétition pour accéder à la mamelle, et les porcelets chétifs se font souvent avoir. La vidéo zoome sur la cage, mais ne montre pas la « niche » où dorment les petits cochons, un endroit où la température est maintenue à 35 °C.

L'euthanasie des porcelets chétifs

La vidéo montre l'éleveur mettre à mort un porcelet « chétif » en le frappant contre le béton. L214 évoque le « claquage » du porcelet, tandis que la réglementation parle de « mise à mort par percussion crânienne », autorisée pour les porcs de moins de 5 kg. Ludovic Lecarpentier comprend que cela puisse choquer, mais précise que c'est une pratique observée dans tous les types d'élevage. Si l'éleveur est présent lors de la mise bas et voit un porcelet en compétition avec les autres, il peut intervenir. Un petit cochon de moins de 800 grammes à la naissance ne sera pas sauvé, et le maintenir en vie provoquerait une vie de souffrances.

Les hernies

D'autres passages montrent des porcs souffrant de hernies énormes, suggérant un défaut manifeste de soins de la part de l'éleveur. La vidéo montre des animaux présentant des hernies inguinales ou ombilicales relativement volumineuses. Il s'agit d'une malformation congénitale où les viscères abdominaux descendent au niveau du scrotum ou du nombril. Ces animaux peuvent vivre, mais ne peuvent pas être transportés vers l'abattoir, car cela pourrait provoquer une éviscération. Le vrai scandale, selon Ludovic Lecarpentier, est le vide juridique qui entoure le devenir de ces animaux. La plupart du temps, les éleveurs sont très embêtés, car aucune réglementation ne leur permet de les mettre à mort en France. Dans d'autres pays, les éleveurs peuvent les abattre en respectant des consignes précises de bien-être.

La caudectomie

La vidéo montre que les cochons ont tous la queue coupée, une pratique pourtant interdite (si c'est fait de façon systématique) par la réglementation. La caudectomie est encore pratiquée sur plus de 90 % des porcs pour éviter que leurs congénères ne grignotent leur queue. Cette « caudophagie » est liée à la densité des élevages et à l'ennui. Un arrêté de 2003 a établi des normes minimales relatives à la protection des porcs, mais certaines ne sont toujours pas appliquées. Un nouvel arrêté, publié en 2020, précise les notions de matériaux manipulables et d'accès à l'eau permanent.

Les caillebotis

Les caillebotis sont un moyen de mécaniser l'évacuation des déjections, mais leur gros inconvénient est qu'ils interdisent l'évacuation de la paille. Élever des porcs sur sol plein avec de la paille implique beaucoup de main-d'œuvre, et ce n'est pas compatible avec un prix de carcasse à 1,30 euro le kilo.

Conclusion

Bien que les méthodes de L214 puissent être controversées, elles mettent en lumière des problèmes réels dans l'élevage porcin. Ludovic Lecarpentier déplore que peu de progrès aient été réalisés depuis 2003 sur certains sujets, notamment la mise à mort des animaux par les éleveurs. Il souligne également que L214 ne milite pas pour améliorer les pratiques, mais pour l'abolition de l'élevage.

Mortalité des porcelets
Type d'élevage Pourcentage de mortalité
Élevage intensif Environ 10%
Élevage de plein air Plus élevé (maîtrise moins l'environnement)

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