Chocolatine ou Pain au Chocolat: Origine et Débat d'une Viennoiserie Emblématique

Ce petit pain boulanger constitué de pâte feuilletée et fourré au chocolat est l'une des viennoiseries les plus réputés avec le croissant. Le débat « on dit chocolatine ou pain au chocolat ? » est bien connu, surtout dans le Sud-Ouest de la France ou cette viennoiserie est toujours prénommée chocolatine. La France a le génie de transformer les querelles de vocabulaire en batailles culturelles. Parmi les plus emblématiques, celle qui oppose pain au chocolat et chocolatine dépasse depuis longtemps la simple viennoiserie. Ce désaccord, qui enflamme les réseaux sociaux et divise les régions, interroge en réalité la manière dont la langue française s’est façonnée : entre uniformisation nationale et résistance locale.

La question posée ici n’est donc pas « qui a raison ? », mais « pourquoi deux mots ont-ils survécu ? » Comment un même produit, apparu dans le Paris du XIXᵉ siècle, a-t-il pu cristalliser deux appellations distinctes jusqu’à devenir un marqueur identitaire durable ? Découvrez enfin les arguments indiscutables pour défendre votre camp.

Pour certains, le pain au chocolat est une déclinaison du croissant : la même pâte feuilletée avec du chocolat en plus et une forme différente. À la différence de viennoiseries comme la brioche ou le pain aux raisins, l'histoire de la chocolatine est très peu connue et n'a pas d'ailleurs pas d'intérêt historique majeur. «Il n'y a pas de date à laquelle situer le premier pain au chocolat», explique Dominique Anract. «S'il fait bien entendu partie intégrante des codes et usages de la viennoiserie française, il s'agit d'une simple déclinaison du croissant», ajoute-t-il.

Essayez de parler pain au chocolat avec un habitant du Sud-Ouest. Il vous rétorquera qu'«on ne dit pas pain au chocolat, mais chocolatine». En quelques mots, celui-ci risque de raviver le clivage entre le Nord et le Sud que cette délicieuse viennoiserie a provoqué il y a longtemps déjà. Et le débat est toujours vif. Le plus amusant, c’est que ce pain au chocolat, ou chocolatine, n’a rien d’un pain, puisqu’il est à base de pâte feuilletée.

Tout le monde est d’accord : on salive rien qu’à l’évocation de cette viennoiserie rectangulaire enroulée autour de deux barres de chocolat. Dans la boulangerie, elle fait tellement envie... Mais quand on la commande, doit-on l’appeler « chocolatine », comme dans le Sud-Ouest, au Canada, au Mexique ou encore en Amérique Latine (si on en trouve) ou « pain au chocolat », comme dans le reste du monde ?

Ce serait donc pain au chocolat au Nord et chocolatine au Sud ? Oui… et non. La réalité du terrain est beaucoup plus complexe. Selon un sondage de mars 2019, 63 % des habitants de Nouvelle-Aquitaine parlent de chocolatine, alors qu’ils sont 94 % en Île-de-France à dire pain au chocolat. Et en Occitanie, si Toulouse déguste la chocolatine, en pays catalan, on mange des pains au chocolat, tout comme à Paris. Bref, l’expression divise même au sein des régions.

Chocolatine ou Pain au chocolat? [Podcast]

I. Origines et Apparition du Pain au Chocolat

L’origine du pain au chocolat est très vague. De même que pour l'histoire des viennoiseries autrichiennes et du kipferl, l'ancêtre du croissant, on peut dire que le pain au chocolat n'a pas une seule origine et que les diverses légendes qui entourent sa conception sont toutes potentiellement valables. Donc...

Certaines légendes affirment que le pain au chocolat s'appelle chocolatine, quand d'autres assurent l'origine du nom pain au chocolat. Parmi ces récits, que détaille le blog Couteaux & Tire-bouchons, l'un situe la naissance du pain au chocolat au XVe siècle. La région Aquitaine était alors sous le règne de l'Angleterre et ce sont les Anglais qui auraient donné au pain au chocolat le nom de chocolatine. Friands de la viennoiserie française, ils auraient commandé des «chocolate in bread» au comptoir des boulangeries, devenu «chocolate in», avec le temps. Une hypothèse probablement fausse.

Dans son ouvrage, August Zang and the French Croissant : How Viennoiserie Came to France, l'historien culinaire Jim Chevalier rappelle que l'arrivée en France du chocolat daterait de 1492. D'autres théories «plus plausibles», selon Dominique Anract, situent l'arrivée du pain au chocolat en France, au XIXe siècle. «C'est une viennoiserie assez récente», indique le président de la Confédération nationale de la boulangerie et boulangerie-pâtisserie française. En effet, toujours selon le livre de Jim Chevalier, ce serait le boulanger autrichien Auguste Zang, qui aurait importé les viennoiseries dans la capitale française, et notamment le «Schokoladencroissant».

Enfin, on raconte que le nom du pain au chocolat viendrait du goûter des enfants. Le traditionnel morceau de pain accompagné d'un carré de chocolat que mangeaient les écoliers à la récréation aurait tout simplement donné son nom à la célèbre viennoiserie... C'est une querelle qui déchire les Français depuis plusieurs dizaines d’années : la dénomination de cette viennoiserie, qu’on appelle "chocolatine" dans le sud-ouest et "pain au chocolat" partout ailleurs. Chacun est persuadé d’avoir raison.

S'il est difficile de trancher, la science, ou plutôt l'histoire, a peut-être une réponse à la question : pourquoi y a-t-il deux appellations différentes pour une même viennoiserie ? Ce sont les boulangers de Vienne en Autriche qui ont inventé ces pâtisseries à base de pâte à brioche. De plus, les boulangers français commencent à en fabriquer et parmi elles, il y en a une qui est un croissant au chocolat, un "Schokoladen Croissant" avec le "D" qui se prononce un peu comme un "T". La ressemblance avec "chocolatine" paraît assez évidente.

Pendant des années, les boulangers ont vendu ce "croissant chocoladine", qui est alors une brioche avec du chocolat à l’intérieur. Pourquoi ? C'est un mystère que les recherches de Jean Lapoujade n’ont pas élucidé.

Un historien lève le mystère sur cette incongruité de la langue française et de la gastronomie. Promis, on ne vous refera pas le coup du débat essoufflé de la chocolatine. Promis, en tant qu’enfant du Sud-Ouest, je ne prendrai aucunement parti dans les lignes qui suivront. Mais il va falloir accepter un constat désormais indéniable sur l’origine du nom de la viennoiserie la plus discutée de France.

Un boulanger et historien toulousain (oui, je sais, mais il est objectif), accompagné de plusieurs autres historiens, donne un élément de réponse qui apporterait, enfin, un dénouement à toute cette histoire. Le boulanger Jean Lapoujade, à l’origine du livre remarqué Les Mots du pain, est revenu dans La Dépêche du Midi (oui, oui, je sais, un journal toulousain) sur les origines de l’arrivée de la baguette et des premiers croissants en France.

« J’ai régulièrement fait des recherches sur tout ce qui touche le pain. La baguette a été amenée en France par un certain Zang August, au milieu du XIXe siècle. Il avait également amené le croissant, qui commémore une victoire des Autrichiens sur les Turcs en 1683. Une version au chocolat, ‘Schokoladeen croissant’, était également vendue », explique-t-il au quotidien. Et la chocolatine dans tout ça ? « Entre l’accent autrichien qui prononce les ‘d’ comme des ‘t’ et le nôtre, les Parisiens ont appelé la viennoiserie ‘chocolatine’. »

Pendant de longues années, toute la France parlait alors de « chocolatine »… jusqu’à ce que des pâtissiers s’approprient la recette et remplacent la pâte à brioche par une pâte feuilletée. « Les boulangers qui vendaient cette viennoiserie l’ont rebaptisée pain au chocolat pour qu’un lien soit fait avec leur métier. Ils ont également décidé de la renommer ainsi car elle se consommait au goûter et à cette heure-là, les gens mangeaient du pain avec un bout de chocolat », dit le boulanger toulousain.

Alors que la France décide d’adopter largement ce nouveau nom, seuls les habitants du Sud-Ouest continueront d’utiliser le mot « chocolatine ».

L’origine du pain au chocolat, le frère du croissant, remonte à plusieurs siècles et est profondément enracinée dans la tradition française. Bien que l'origine du pain au chocolat contrairement à celle du croissant ne soit pas claire, la recette de cette viennoiserie fait partie de la pâtisserie française depuis le XIXe siècle. Au départ, l’appellation pain au chocolat était une version simplifiée de la viennoiserie des Autrichiens appelée « Schokoladencroissant », introduite en France au début du XIXe siècle et appréciée par les Français.

Cependant, le pain au chocolat et le croissant tel que nous le connaissons aujourd'hui ont évolué au fil des siècles pour devenir une délicieuse viennoiserie appréciée par les Français et des millions de personnes dans le monde. En termes de fabrication de cette viennoiserie, dans la recette traditionnelle, l’on utilise de la pâte feuilletée, du beurre, du chocolat et parfois du sucre. La pâte est pliée et repliée plusieurs fois pour créer ces fines couches feuilletées qui donnent au pain au chocolat sa texture croustillante.

Au fil des ans, le pain au chocolat est devenu un incontournable pour les Français dans les boulangeries en France. Il est généralement dégusté au petit-déjeuner ou en collation, accompagné d'un café ou d'un thé. En dehors de la France et des Français, le pain au chocolat a également conquis les palais du monde entier, devenant une viennoiserie prisée dans de nombreuses cultures.

Le débat sur l'appellation correcte, "pain au chocolat" ou "chocolatine", est un sujet amusant qui a persisté en France pendant des décennies. Le terme pain au chocolat est largement répandu et accepté dans de nombreuses régions de la France. Il est couramment utilisé dans le nord de la France, à Paris et dans certaines parties du centre du pays. Le terme chocolatine est principalement utilisé dans le sud-ouest de la France, bien que certaines personnes l'adoptent également ailleurs.

Le choix entre pain au chocolat et chocolatine est souvent influencé par des facteurs culturels et personnels. Il peut être transmis de génération en génération, en fonction de la région d'origine de la famille. Certains préfèrent simplement utiliser le terme qui est utilisé dans leur région, tandis que d'autres choisissent délibérément d'utiliser le terme qui, selon eux, sonne le mieux.

Au-delà du débat linguistique, ce qui compte réellement est le plaisir gustatif que procure cette délicieuse viennoiserie chocolatée.

Pas de débat sur l’appellation "viennoiserie", qui vient de la ville de Vienne. Dès le XVIIème siècle, peut-être avant, les ouvriers autrichiens maîtrisent la fabrication de produits réalisés à partir de pain, comme le kipferl, l’ancêtre du croissant.

À son arrivée en France en 1770, il n’est pas impossible que Marie-Antoinette d’Autriche ait rapporté quelques viennoiseries dans ses bagages. Ce sont ensuite deux Autrichiens, August Zang et Ernest Schwarzer, qui ouvrent en 1837 leur "Boulangerie viennoise" au 92 rue de Richelieu dans le IIème arrondissement de Paris. Ils importent chez nous leur savoir-faire et commercialisent les premiers croissants… ainsi que leur version chocolatée, le Schokoladencroissant, ou Schokoladen, pour faire plus court. Avec l’accent autrichien, le "d" se prononce "t". Résultat : les Parisiens se mettent à utiliser le mot qu’ils entendent, soit "chocolatine".

Au début du XXème siècle, les boulangers français se réapproprient le Schokoladencroissant et remplacent la pâte à pain par de la pâte feuilletée. Il faut un nouveau nom, pourquoi pas avec le mot "pain" pour faire le lien avec leur métier. Ils pensent tout simplement à "pain au chocolat", l’expression rappelant le traditionnel goûter des enfants. La confusion est née.

Le nouveau nom est adopté par les Français, mais pas tous ! Dans une grande partie du sud du pays, en Aquitaine et en Occitanie, des irréductibles ont préféré garder l’appellation d’origine. De quoi renforcer le clivage nord/sud.

II. La "Boulangerie Viennoise" et la Naissance du Feuilleté Moderne

En 1839, August Zang, officier autrichien, ouvre à Paris sa célèbre Boulangerie viennoise, au 92 rue de Richelieu. Il y introduit la pâte levée feuilletée et des produits inspirés du Kipferl viennois - ancêtre du croissant -, qui séduisent rapidement la bourgeoisie parisienne. Cette influence est documentée par Alan Davidson dans The Oxford Companion to Food (Oxford University Press, 2006) et par Jean-Louis Flandrin et Massimo Montanari dans Histoire de l’alimentation (Fayard, 1996).

C’est dans ce contexte d’hybridation culinaire qu’apparaît le pain au chocolat, dérivé des petits pains briochés auxquels on ajoute du chocolat pour les enfants des familles aisées.

Le Terme est Attesté à Paris Dès la Seconde Moitié du XIXᵉ Siècle

Les archives de la Bibliothèque nationale de France mentionnent :

  • Journal des débats politiques et littéraires, 12 avril 1862 : annonce de “pains au chocolat frais chaque matin chez Bailly, rue de Richelieu”.
  • Joseph Favre, Dictionnaire universel de cuisine pratique (1894, t. III, p. 1476) : “Petits pains au chocolat, pâte à croissant garnie de barres de chocolat.”

Le produit est donc parisien, bourgeois, et son appellation “pain au chocolat” correspond à une logique descriptive - un pain garni de chocolat - sans dimension régionale.

III. Apparition du Mot "Chocolatine"

La première attestation connue du mot chocolatine remonte à la fin du XIXᵉ siècle :

  • Bulletin de la Société de linguistique de Paris (t. IX, 1896) : mention du mot dans le parler de la Haute-Garonne.
  • Revue de Gasconha, n°14, 1904 : “Les enfants réclament des chocolatines, mot inconnu des Parisiens.”
  • Archives municipales de Bordeaux (fonds Delmas, 1902) : facture d’un boulanger mentionnant “chocolatines (douze)”.

On voit donc émerger un mot propre au Sud-Ouest, déjà clairement distinct du lexique parisien. Le linguiste Pierre Rézeau (dans Dictionnaire des régionalismes de France, Champion, 2001) confirme que chocolatine s’est imposé dans les parlers gascons et occitans dès le début du XXᵉ siècle.

Trois Pistes Principales se Disputent l’Origine du Terme:

  1. Formation française interne : chocolat + suffixe -ine, productif à la fin du XIXᵉ siècle (comme tartine, mandarine). → Hypothèse soutenue par le Trésor de la langue française informatisé (TLFi) et par Alain Rey, Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert, 2016).
  2. Emprunt germanique : L’allemand du XIXᵉ siècle connaît Schokolatine, diminutif affectif de Schokolade, attesté dans le Grammatisch-kritisches Wörterbuch d’Adelung (1871). → Hypothèse reprise par Rézeau (2001), plausible compte tenu de l’influence autrichienne sur les viennoiseries.
  3. Contact anglo-bordelais : Bordeaux étant au XIXᵉ siècle un grand port britannique, le mot chocolate aurait pu inspirer la forme chocolatine par francisation phonétique. → Hypothèse évoquée par Jean Tournier, English Influence on French (Oxford, 1991).

Aucune hypothèse n’est unanimement validée, mais la plus crédible reste une création morphologique française locale, peut-être influencée par l’allemand.

IV. Répartition Géographique Actuelle

Les données collectées par Mathieu Avanzi (Université de Neuchâtel) dans L’Atlas du français de nos régions (Armand Colin, 2017) et dans le Projet Français de nos Régions (CNRS, 2015-2017) confirment la stabilité de la frontière linguistique.

  • 84 % des francophones métropolitains disent pain au chocolat.
  • 16 % disent chocolatine, concentrés dans les départements du Sud-Ouest : Charente, Dordogne, Gironde, Landes, Pyrénées-Atlantiques, Haute-Garonne, Tarn, Lot-et-Garonne, etc.

Le mot s’exporte au Québec, où il est aujourd’hui d’usage courant, probablement via la migration d’ouvriers et de religieux du Sud-Ouest (attesté dans l’OQLF dès 1935). Cette répartition est ancienne : des cartes dialectales de l’Institut de linguistique romane (CNRS, années 1950) montrent déjà la même frontière. On parle ici d’une variation géolinguistique stable, non d’une “erreur” de vocabulaire.

V. Reconnaissance Institutionnelle et Usage

  • Académie française (Dictionnaire de l’Académie, 9ᵉ éd.) : seule la forme pain au chocolat est enregistrée.
  • CNRTL / TLFi : chocolatine apparaît comme “régionalisme du Sud-Ouest (et du Canada)”.
  • Larousse : “Pain au chocolat (nom donné dans le Sud-Ouest à la chocolatine).”
  • Robert illustré : reconnaît chocolatine comme variante régionale.

L’analyse Google Books Ngram Viewer (1900-2020) montre que pain au chocolat est 30 à 40 fois plus fréquent dans les corpus français globaux. Mais les corpus régionaux (journaux de Bordeaux, Toulouse, Agen) inversent la tendance dès les années 1950.

La standardisation lexicale est donc nationale, mais pas totale : les usages régionaux persistent avec une remarquable vitalité.

VI. Enjeux Identitaires et Culturels

Le linguiste Louis-Jean Calvet, dans La guerre des langues (Plon, 1987), décrit comment les régionalismes deviennent des symboles de résistance face à la centralisation linguistique. Dire chocolatine dans le Sud-Ouest, c’est s’affirmer différent, fidèle à une tradition régionale. C’est un acte de parole enraciné, presque militant - comme dire gavé bon ou pitchoune.

En novembre 2018, des députés, proposent un amendement symbolique visant à inscrire le mot chocolatine au patrimoine immatériel de la France. Le Compte rendu intégral n°56 de l’Assemblée nationale (séance du 21 novembre 2018) en garde trace. L’amendement fut rejeté, mais l’épisode illustre la puissance émotionnelle du mot : une viennoiserie devenue drapeau.

Les travaux d’Avanzi et Le Dû (Langage et société, n°168, 2019) montrent que la revendication du mot chocolatine s’exprime aujourd’hui sur le mode humoristique : mèmes, débats radio, hashtags (#TeamChocolatine vs #TeamPainAuChocolat). La rivalité s’est transformée en rituel national, un clin d’œil linguistique partagé.

VII. Coexistence et Symbolique

Loin d’être un affrontement, la coexistence des deux mots relève d’un phénomène bien connu en sociolinguistique : la variation diatopique (selon le lieu). Comme brioche vs gâche, ou pain au lait vs viennois, les deux termes remplissent la même fonction sémantique dans deux aires linguistiques différentes.

L’historien Jean-Pierre Poulain, dans Sociologie de l’alimentation (PUF, 2002), y verrait l’effet d’une gastronomie “à deux vitesses” : un centre normatif et des périphéries vivantes. Dire chocolatine, c’est dire je ne suis pas de Paris. La force de ce mot vient précisément de sa marginalité : il crée du lien social au sein d’une communauté linguistique locale. Il illustre la théorie de Calvet sur la “glottophagie” - la tendance d’une langue dominante à absorber les variantes - et la résistance des idiomes périphériques.

Historiquement, pain au chocolat est la forme première, née à Paris vers 1850. Linguistiquement, chocolatine est une création régionale autonome attestée dès 1896. Sociologiquement, leur coexistence traduit la tension permanente entre unification et diversité.

L’historien des mots constate donc une évidence : la France a deux vocabulaires pour un même plaisir, et cette dualité est un trésor plutôt qu’une anomalie.Depuis, le débat sur le nom de cette viennoiserie alimente partout les conversations : "et toi, tu dis quoi ?" Ce dernier a pris une telle ampleur qu’en mai 2018, des élus LR ont lancé un amendement "chocolatine", dans le but de consacrer ce nom face à son éternel concurrent dans les régions qui l’utilisent.

"La valorisation des produits de qualité et de tradition, qui forment une richesse agricole, artisanale et commerciale dans nos territoires et notre pays passe souvent par une appellation populaire qui contribue fortement à sa notoriété. (…) Une telle évolution, légère, de la Loi, permettra de redonner ses lettres de noblesse à de nombreux produits locaux. L’Assemblée Nationale a rejeté cet amendement. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert, a précisé qu’il n’était pas au niveau du Parlement. Il y a des sujets plus importants. Qu’on dise "chocolatine" ou "pain au chocolat", l’essentiel c’est qu’on se comprend et qu’on continue de faire vivre nos boulangeries.

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