Lorsqu'on évoque la mode japonaise, impossible d'ignorer les tabi, ces chaussures emblématiques au design unique, reconnaissables à la séparation entre le gros orteil et les autres. Mais d'où viennent-ils ? Comment ont-ils évolué au fil des siècles ?
Chaussettes Tabi traditionnelles
Les premières tabi sont apparues au XVe siècle, durant la période Muromachi au Japon. À l'origine, les tabi étaient des chaussettes épaisses en coton conçues pour être portées à l'intérieur avec des sandales traditionnelles telles que les zōri ou les geta.
À cette époque, les tabi étaient principalement portés par les classes supérieures : samouraïs, nobles et riches marchands.
Ces nouveaux modèles, appelés jika-tabi (« tabi de sol »), étaient durables, flexibles et conçus pour résister aux longues journées de travail. Les jika-tabi (地下足袋?, littéralement « tabi pour la terre »), d'existence plus récente, sont des chausses de même forme, faites de fibres de coton plus épaisses et plus résistantes et dotées d'une semelle en caoutchouc. Ces jika-tabi sont principalement portées par les ouvriers de la construction, les jardiniers, les tireurs de pousse-pousse, etc.
Jika-tabi : chaussures de travail japonaises
C'était aussi l'unique chaussant porté par les pompiers-charpentiers.
Le véritable tournant pour les tabi dans la mode mondiale a eu lieu en 1988, lorsque le créateur belge Martin Margiela a dévoilé ses célèbres Tabi Boots lors de sa première collection. La botte Tabi a choqué, perturbé et intrigué le monde de la mode, acquérant rapidement un statut culte dans les cercles avant-gardistes.
En 1984, alors qu’il est encore étudiant, Martin Margiela découvre au Japon la chaussure tabi. Parti avec ses camarades de l’Académie royale des beaux-arts d’Anvers, le créateur belge repère, aux pieds des ouvriers japonais, ces accessoires confectionnés en tissu.
Mais il faudra attendre le 23 octobre 1988 pour que la Tabi fasse une entrée fracassante, et définitive, dans l’univers mode. Lors du premier défilé Maison Martin Margiela, les fameuses chaussures à la couture blanche font leur apparition sur les podiums parisiens. Un projet pour le moins déroutant pour le public de l’époque, qui découvre le premier modèle Tabi signé Martin Margiela.
La Tabi, chaussure iconique du créateur Martin Margiela, était déjà présente sur le podium de son premier défilé parisien au printemps-été 1989. Aujourd’hui, elle demeure l’emblème d’une mode à jamais avant-gardiste et subversive.
C’est pour donner l’illusion d’un pied nu appuyé sur un talon haut que Martin Margiela les réinterprète pour les podiums parisiens la première fois en 1988. Le final de ce défilé inaugural pour la maison voit les mannequins déambuler avec de la peinture rouge sous leurs souliers, marquants de traces de pas leur passage, rendant aussitôt le modèle encore plus fascinant et déjà culte.
Les chaussures Tabi sont à la fois humaines et créatures extraordinaires, et elles continuent d’instiller des fascinations surnaturelles aux mordus d'art comme aux personnalités. Le créateur n’a pas imaginé la chaussure lui-même (il a souvent puisé des idées ailleurs, déconstruisant et reconstruisant des formes préexistantes), mais elle n’en reste pas moins un véritable symbole pour les cool kids et les esthètes qui aspirent à un accès à l’élite durement gagné.
“La chaussure Tabi est l’empreinte la plus importante de ma carrière : elle est reconnaissable, continue d’exister après 25 ans, et n’a jamais été copiée”, confie Martin Margiela dans le catalogue de son exposition au MoMa en 2017.
Bottes Tabi de Martin Margiela
Depuis, Maison Margiela les décline chaque saison, sous toutes les formes (ballerines, bottes, escarpins, et même des sneakers), couleurs et matières (cuir, caoutchouc, cristaux), ce best-seller lui assurant depuis près de quarante ans une relative sérénité financière.
Plus de dix ans après ce défilé inaugural, Martin Margiela poursuit son fantasme. Le 13 octobre 1995, lors de son défilé printemps-été 1996, son ambition de réduire la chaussure à l’essentiel - une simple empreinte - se concrétise enfin.
Désormais, ces empreintes devenues iconiques sont au cœur d’une collection capsule de 25 paires seulement. Intitulée Tabi Broken Mirror, celle-ci réunit des modèles brodés à la main, ornés de plus de 8 000 perles de verre, mini-sequins et ornements métalliques. Présentée comme le premier volet d’une série plus vaste qui célébrera, à raison d’une édition par an, l’emblématique accessoire, la capsule Tabi Broken Mirror reflète à merveille la Tabi dans toute son irrévérence.
Les tabis sont bien plus qu'un simple accessoire de mode ; elles témoignent de la tradition, de l'évolution et de l'avant-garde.
Longtemps une paire de chaussures de connaisseur·es de mode d’auteur, particulièrement clivante et onéreuse, serait-elle en passe de devenir mainstream ?
Un sentiment rebelle et anti-mode, bien avant les comptes de fans Instagram, et bien avant qu'Emily ne les porte à Paris.
Les personnalités aiment jouer avec leurs vêtements, et les chaussures Tabi leur confèrent une légitimité en tant que spécialistes mode. Cependant, lorsqu'elles sont portées par des personnalités mainstream, la chaussure perd son côté élitiste, ce qui n'est pas nécessairement une mauvaise chose.
La culture est vouée à changer, et une certaine tradition du tabou est maintenue par des créateurs tels que Abraham Ortuño, dont le travail chez Jonathan Anderson et Loewe comprend des kitten heels et des derbies présentant des pattes de Scooby Doo moulées en 3D.
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